2008-2009, Sarkozy persisteSalut à toi, le licencié ; salut à vous, la veuve et l’orphelin ; salut à toi, le malade ; salut à toi, la victime… et meilleurs voeux à tous ! À l’occasion de la traditionnelle cérémonie des voeux télévisés, Nicolas Sarkozy a, sur fond passe-partout et pas bling-bling pour un sou des austères volumes de la bibliothèque de l’Élysée, revêtu sa tenue préférée. Et voilà le roi du Fouquet’s transformé en preux chevalier. À la débâcle, il oppose sa détermination ; à la crise, son volontarisme. Depuis plusieurs mois, il va répétant que « la crise est une opportunité », mais mercredi soir, le président de la République a adapté un peu son vocabulaire en déclarant : « La crise nous oblige à changer plus vite et plus profondément. La crise est une épreuve. Elle est aussi un défi. Ce défi-là, je veux le relever avec vous. Vous pouvez compter sur moi. » Inventaire d’un « défi » que Nicolas Sarkozy lance en fait à la France. Emploi : Ça casse ou ça casse ! Dédiant ses premiers mots « à ceux qui ont perdu leur emploi sans y être pour quoi que ce soit », Nicolas Sarkozy multiplie tout au long de son discours les effets de manche et les accents compassionnels, alors que les chiffres du chômage viennent, avec 64 000 chômeurs supplémentaires en novembre, d’enregistrer la hausse la plus spectaculaire de toute l’histoire des statistiques en la matière. « Les difficultés qui nous attendent en 2009 seront grandes », prévient-il aimablement. Jamais mieux servi que par lui-même, le président de la République vante son « souci de la justice » : il est conscient, nous dit-il, qu’après avoir engagé 360 milliards d’euros dans le plan de sauvetage des banques afin de « préserver les économies de chacun », « ce sont les emplois de tous qu’il faut désormais sauver ». Et de citer son « plan de relance massif de l’investissement » qui, selon lui, « y contribuera », ainsi que les mesures spécifiques « arrêtées pour sauver notre industrie automobile, en contrepartie de l’engagement des constructeurs de ne plus délocaliser leur production ». Si, à Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne), les dizaines d’ouvriers de l’équipementier automobile Molex, occupés à réveillonner devant leur usine, ultra-bénéficiaire mais promise à la fermeture en raison de la délocalisation de la production en Europe de l’Est, pour leur malheur ont entendu Nicolas Sarkozy, ils ont dû avaler de travers certaines des gouleyantes victuailles apportées par la population. Mettant en avant la « solidarité » qui, selon lui, « doit jouer sans que le travail soit découragé », le président de la République place au coeur de sa politique pour 2009 le « revenu de solidarité active » (RSA) avec lequel « chaque Français qui reprendra un travail sera encouragé, valorisé, récompensé ». Et passe complètement sous silence l’indemnisation de la privation d’emploi, au moment même où ses principaux conseillers font pression sur des syndicats réticents afin qu’ils acceptent une réduction des durées d’indemnisation pour les chômeurs (lire aussi page 4). Enfin, après avoir failli, et dans les grandes largeurs, sur le pouvoir d’achat, Nicolas Sarkozy, qui prudemment n’en dit plus un mot, prépare l’opinion à de nouveaux sacrifices sur le terrain du travail et de l’emploi. « Pour nous en sortir chacun devra faire des efforts, avertit Nicolas Sarkozy. Car de cette crise va naître un monde nouveau auquel nous devons nous préparer en travaillant plus, en investissant davantage, en poursuivant les réformes qu’il n’est pas question d’arrêter car elles sont vitales pour notre avenir. » Hôpitaux : la cote d’alerte est franchie Le président Sarkozy a rangé la réforme de l’hôpital parmi ses priorités. Le projet préparé par Roselyne Bachelot, « hôpital, santé, patients, territoire », sera débattu au cours du mois de janvier. Au lendemain de plusieurs événements dramatiques qui se sont soldés par des morts (un enfant pour cause d’erreur dans une injection et un homme de soixante ans emporté par une crise cardiaque faute d’avoir pu trouver une place aux urgences de l’Essonne), le chef de l’État entend rester sourd aux avis répétés des professionnels de santé, des syndicalistes. Ces événements tragiques ne sont pas le fruit du hasard, mais risquent au contraire d’être plus nombreux si le gouvernement persiste dans une gestion fondée sur la rentabilité. Le gouvernement invoque les coûts élevés de soins plus sophistiqués et plus performants et plaide pour une « maîtrise » des dépenses aux effets particulièrement pervers. La tarification à l’activité (T2A) incite l’administration hospitalière à ajuster le nombre de lits à un rythme de flux tendu. Conséquence, des heures d’attente dans les urgences, capacité d’accueil insuffisantes dès qu’un pic de fréquentation survient. Personnels en nombre insuffisant et déficit en lits disponibles, le cocktail est particulièrement dangereux, et peut s’avérer mortel. Les fermetures d’hôpitaux, de services hospitaliers, de maternité participent d’une détérioration du système de santé publique. Ces fermetures, préconisées dans le projet de loi Bachelot au nom de la sauvegarde des finances publiques, s’accompagnent d’une politique d’encouragement à la création de nouvelles cliniques privées ayant mission de service. Si la santé coûte cher , elle peut, pour certains, rapporter gros. Lycée : la situation restera tendue Reculer n’est pas supprimer. Nicolas Sarkozy l’a encore répété mercredi soir, assurant que la réforme du lycée, que Xavier Darcos a été contraint de remettre à plat sera l’un des dossiers prioritaires de cette année 2009. « Elle est nécessaire pour éviter l’échec de tant de nos enfants dans l’enseignement supérieur et l’injustice qui fait que tant de fils et de filles de familles modestes n’ont pas les mêmes chances que les autres », a déclaré le chef de l’État. Justifiant, avec une mansuétude peu coutumière, le recul de son ministre de l’Éducation nationale. « Prendre le temps de réfléchir ensemble, ce n’est pas perdre du temps pour la réforme, a-t-il fait valoir. C’est en gagner. » Soit. Mais Nicolas Sarkozy aurait tort de croire qu’une simple annonce de concertation suffirait à rassurer le monde éducatif. Échaudés par l’attitude méprisante de Xavier Darcos, les syndicats lycéens attendent leur ministre au tournant. Et prennent cette soudaine bonne volonté avec beaucoup de prudence. « Nous continuerons de nous mobiliser tant que les garanties demandées ne sont pas déposées », avait déjà prévenu fin décembre l’Union nationale des lycéens (UNL) qui anticipe un hiver « très chaud » pour Xavier Darcos, s’il n’entend pas leurs revendications. Un premier journée d’action a été fixée le 8 janvier, en compagnie de la FIDL qui annonce, par ailleurs, des « états généraux » des lycées les 24 et 25 janvier prochain. Les deux syndicats lycéens retrouveront, le 17 janvier ; l’ensemble des organisations d’enseignants et de personnels pour une nouvelle journée de manifestations. Avant la journée d’action interprofessionnelle du 29 janvier… Bref, les semaines à venir ne seront pas de tout repos pour le gouvernement. D’autant plus qu’en marge de la réforme du lycée, dont l’application est désormais repoussée à la rentrée 2010, Xavier Darcos va devoir continuer à affronter la colère de nombreux professeurs, notamment dans le primaire, ulcérés par les lubies comptables de la politique éducative : 13 500 suppressions de postes prévue à la rentrée 2009, dont 3 000 dans les RASED, réduction des heures d’enseignement, zizanie de l’aide personnalisée… Autant de points chauds qui continue de nourrir la fronde enseignante. Fin décembre, Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, disait s’attendre à un mouvement social « remarquable » au mois de janvier. Il ira sans doute au-delà.. Institutions territoriales : une volonté autoritaire et centralisatrice Autre chantier que Nicolas Sarkozy a confirmé comme prioritaire pour 2009, celui d’une « nouvelle organisation territoriale », que tant de « conservatismes » ont, pour lui, rendus « inextricables ». Ainsi les départements, les régions mais aussi les communes et leurs regroupements en agglomérations ou communautés urbaines sont pointés du doigt comme une des causes des difficultés que rencontre notre pays pour son développement. Ce qui fait fortement réagir la plupart des élus concernés, de gauche comme de droite. Ainsi, les dernières réunions des Assemblées des départements de France (ADF), comme celles des régions de France (ARF), ont refusé cette remise en question, arguant qu’à des niveaux différents ces deux institutions coopèrent, l’un, le département, dans une proximité plus forte, l’autre, la région, dans une vision plus globale d’un territoire. Le tout pour répondre aux besoins des populations - souvent pour pallier les insuffisances de l’État : c’est le cas, par exemple, des transports - et pour favoriser par ailleurs le développement économique, sachant que 75 % des investissements publics en France sont le fait des collectivités territoriales. Alors, disparition des départements, regroupement ou fusion de ceux-ci avec les régions, fin de la compétence générale qui permet à toute collectivité, en plus de ses obligations, d’intervenir sur tous les sujets au plus près des préoccupations de terrain et de ne pas être de simple rouage de la politique de l’État, fin de l’autonomie des communes particulièrement autour des grands centres urbains, celles-ci devenant de nouveaux arrondissements d’une grande agglomération…, aucun de ces risques n’est à écarter. Ce ne sont pas les dénégations d’Édouard Balladur, à la tête de la commission mise en place par Nicolas Sarkozy et qui doit remettre son rapport en février, qui peuvent rassurer. Car derrière cette volonté présidentielle il y a une démarche autoritaire et centralisatrice du pouvoir qui s’inscrit en contradiction avec les lois de décentralisation qui avaient constitué un progrès démocratique. C’est inquiétant, d’autant que les collectivités territoriales constituent un des éléments constitutifs, depuis plus de deux siècles, de la vie démocratique de notre pays. Enfin, les élections régionales cantonales et régionales ayant lieu en 2010 et 2011, les arrière-pensées politiciennes ne sont pas absentes. Europe : le rendez-vous du 9 juin Nicolas Sarkozy a choisi ses thèmes quand il évoque le bilan de la présidence française de l’Union européenne au moment où le relais est transmis à la République tchèque. En l’occurrence, il a préféré dire quelques mots sur la crise géorgienne, qui occupa le devant de l’actualité l’été dernier. Les efforts de l’UE et de la Russie ont fait baisser la tension, du moins provisoirement, si de son côté le président géorgien Saakachvili ne souffle pas sur les braises et calme ses ardeurs à propos de l’adhésion de Tbilissi à l’OTAN. Quant aux bombardements israéliens à Gaza, Nicolas Sarkozy s’est contenté de confirmer son voyage dans la région dans les prochains jours. Mais le grand rendez-vous de 2009 sera celui des élections européennes. Celles-ci s’inscrivent dans une situation inédite, car jamais l’Europe n’a été confrontée à une crise telle que celle qui la frappe aujourd’hui. Les dogmes libéraux les plus intangibles, aux yeux des dirigeants européens, tels que la concurrence libre et non faussée, le respect du pacte de stabilité et l’indépendance absolue de la Banque centrale ont été pour la première fois chahutés - sans pour autant être remis en cause. Ces élections européennes seront l’occasion de relancer le débat sur le traité de Lisbonne, que les Irlandais ont rejeté par référendum, décision que les 27 voudraient remettre en question par un nouveau référendum. Après le « non » des Français et des Néerlandais à la constitution européenne en mai 2005, dont les dirigeants de l’UE ont refusé de tenir compte, l’enjeu démocratique sera au coeur du scrutin du 9 juin, de même que le débat de fond sur l’orientation de la politique européenne. Réagir :
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