
Offensive CGT sur le temps de travail
19/01/2011
Bernard
Thibault demande au gouvernement de mettre la loi sur la durée du
travail en conformité avec la charte européenne et exige du patronat la
renégociation des accords non conformes.
Jusqu’à
78 heures par semaine, c’est ce qu’autorise la législation française,
au mépris de règles européennes. Hier, Bernard Thibault a dénoncé cet
état de fait lors d’une conférence de presse à Montreuil. Le secrétaire
général de la CGT s’appuie sur les conclusions du rapport 2010 du
Comité européen des droits sociaux (Ceds) qui condamne la France pour
non-conformité avec la charte révisée des droits sociaux. Le Ceds, une
institution du Conseil de l’Europe, juge de la conformité des
législations et des pratiques nationales à la charte sociale européenne.
C’est à la suite d’une réclamation de la CGT et d’une autre de la
CGC que le Ceds a conclu à la non-conformité de la loi française à la
charte européenne en matière de temps de travail. La charte stipule en
effet que les États « s’engagent à fixer une durée raisonnable au
travail journalier et hebdomadaire ». Or, dans le système du forfait en
jours qui concerne les cadres et des « salariés dont la durée du temps
de travail ne peut être prédéterminée et qui disposent d’une réelle
autonomie dans l’organisation de leur emploi du temps », aucune limite
n’est prévue pour la durée hebdomadaire du travail. Cela concerne près
de 10 % des salariés. La seule limite est fixée par l’obligation d’un
temps de repos. Mais elle permet qu’on demande au salarié de travailler
jusqu’à 78 heures par semaine, et le Ceds considère cette durée « trop
longue pour être considérée comme raisonnable ».
Rouvrir des négociations collectives
Un second point visé par le Ceds concerne les astreintes.
L’assimilation du temps d’astreinte au temps de repos constitue, aux
yeux du comité européen, « une violation du droit à une durée de
travail raisonnable ».
La CGT va donc engager le combat d’abord en direction du
gouvernement et du Parlement, pour qu’ils modifient la législation
française pour la mettre en conformité avec la charte européenne. Elle
va interpeller en ce sens les groupes parlementaires et proposer un
projet de loi. « Nous ne laisserons pas le gouvernement utiliser
uniquement les décisions européennes pour justifier les réformes
contraires aux intérêts des salariés », assure Bernard Thibault. Et il
prévient les employeurs que « certains des accords qu’ils ont conclus
sur la base de la législation française sont condamnables ». « Et ça
peut coûter cher ! » ajoute-t-il, en rappelant le cas similaire des
Contrats nouvelle embauche. La CGT demande donc au patronat de rouvrir
des négociations collectives sur « les accords réputés non conformes
qui placent les entreprises dans une situation d’insécurité
juridique ». Elle incite ses syndicats à être offensifs pour obtenir la
remise en question des dispositions non conformes à la charte
européenne. Le secrétaire général de la CGT demande également aux
syndicats et salariés concernés d’engager des procédures aux
prud’hommes.
Riposte à une offensive contre les 35 heures
Bernard Thibault ne cache pas que l’action
qu’il engage se situe en
riposte à une offensive contre les 35 heures qui vise à
« transférer la
charge des allégements de cotisations consenties aux entreprises
sur
les salariés » et à « abandonner toute
référence légale à une durée du
travail » au nom de « la compétitivité de
l’économie française ». Mais
pour la CGT, le véritable problème n’est pas de
revenir sur les
35 heures, mais de répondre à « la moitié du
salariat qui n’est pas à
temps complet toute l’année et aimerait travailler
plus ».
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