
CAC 40 : 80 milliards de profits se font la malle
26/02/2011
Groupes du CAC 40 : ce qui ne peut plus durer
Ils
ont réalisé 80 milliards de profits, les multipliant par deux en 2010.
Ils prospèrent alors qu’en France le chômage se maintient à un haut
niveau et que la croissance se traîne. Enquête sur ce grand écart et
sur les moyens d’y remédier.
Total, 5e groupe pétrolier mondial, qui affiche un bénéfice 2010 de
10 milliards d’euros, en hausse de 25 % sur 2009, claironne qu’il va en
verser la moitié à ses actionnaires. Cela équivaut à un peu plus des
trois quarts des dépenses de personnel du groupe en France et dans le
monde. Le géant de l’or noir ne fait pas exception. À quelques cas
près, les groupes du CAC 40 montent tous au paradis. Bénéfice en hausse
de 25 % pour L’Oréal, de 73 % pour LVMH, de 900 % pour Michelin… Et les
dividendes sont au rendez-vous.
Cette envolée des profits nourrit les revendications des personnels.
Revendications salariales. Chez Total, une augmentation des
rémunérations de 10 % n’écornerait les dividendes que de 13 %.
Revendications en matière d’emploi, de formation, quand on sait que les
effectifs des groupes du CAC 40 ont en 2009 baissé de 60 000 postes.
Mais cette orgie de profits n’est pas sans poser de problèmes à
l’ensemble de la société française. Comment accepter que ces
40 compères puissent avoir les joues roses alors que la croissance en
France se traîne et que le chômage reste à un haut niveau ? Cela pose
la question de la manière dont ils obtiennent ces profits et dont ils
les utilisent.
Renault et psa importateurs automobiles
L’exemple de l’automobile est édifiant. Les deux groupes, Renault et
PSA, ont redressé leurs comptes en 2010 mais depuis plusieurs années,
pour augmenter leur rentabilité, ils ont délocalisé une part de leurs
productions. Ainsi, si l’automobile rapportait 7 milliards d’euros par
an à notre balance commerciale, depuis 2008, elle lui en coûte
désormais autant. Qui sont les principaux importateurs ? Renault et
PSA. Ils devancent même Volkswagen, qui pourtant n’a pas d’usine en
France. Ils vendent sur le marché français des véhicules montés en
Espagne, Slovénie, Roumanie, Portugal, Slovaquie, république Tchèque ou
Turquie.
On touche là aux caractéristiques de nos grands groupes et de ce
qu’un spécialiste qualifie d’« hypertrophie des multinationales
françaises », n’hésitant pas à affirmer que si « l’économie française
ne peut s’enorgueillir ni de la puissance financière du Royaume-Uni, ni
de la réussite industrielle de l’Allemagne, elle compte davantage de
représentants parmi les grandes firmes mondiales » (1). Le classement
est impressionnant : onze groupes du CAC 40 sont les nos 1 mondiaux
dans leur secteur. Nos multinationales sont massivement implantées à
l’étranger. Nous sommes ainsi les champions du monde de la
délocalisation des capitaux et probablement des emplois. Les actifs à
l’étranger des entreprises françaises, c’est-à-dire les capitaux
exportés pour prendre tout ou partie du capital de sociétés hors de
l’Hexagone ou pour créer des filiales, sont équivalents en 2009 à
58,6 % du PIB français. L’Allemagne est loin derrière avec seulement
l’équivalent de 39,3 % de son PIB. Les États-Unis et le Japon sont
largement distancés. C’est une orientation qui a été ardemment soutenue
par les gouvernements successifs.
Le CAC 40 alimente les files à Pôle emploi
La droite, le patronat et la plupart des médias cachent ces
réalités. Ils pointent du doigt le coût du travail pour expliquer
l’affaiblissement français afin de mieux dissimuler la responsabilité
des « cakes » du CAC. Si la France exporte beaucoup moins que
l’Allemagne et si elle importe de plus en plus, c’est parce qu’ils
délocalisent davantage de capitaux. Pour augmenter leurs profits, ils
prennent le large, ferment des sites en France, délocalisent des
productions, les réimportent en France. Ils alimentent ainsi les files
à Pôle emploi.
Le développement à l’international correspond pourtant à une
nécessité de l’époque mais il doit contribuer à l’essor des peuples et
non à leur enfoncement. Cela suppose qu’il y ait une maîtrise
démocratique de ce développement, que les choix d’investissement, leurs
critères, aussi bien en France que dans les opérations à l’extérieur
des groupes français ne soient pas l’apanage d’une petite caste
d’administrateurs ou de responsables politiques. Ils doivent être
largement débattus. Les salariés des groupes concernés doivent avoir
voix au chapitre, disposer de droits, de pouvoirs pour que la façon
dont les ressources sont utilisées soit utile au pays, à l’emploi, au
développement de tous. En France et dans le monde.
(1) « Les multinationales françaises, quelle force de frappe »,
Alexander Law, dans la France et ses multinationales, publié par
l’Institut Xerfi, janvier 2011.
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