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Celanese
sacrifie les salariés de son usine béarnaise
CHIMIE
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Le
groupe américain
annonce la fermeture du site de Lacq. Syndicats et élus
craignent une réaction
en chaîne
de suppressions d'emplois sur
tout le complexe chimique.
L'annonce
était
attendue en Béarn,
mais pas dans sa brutalité:
la direction américaine
de Celanese a, depuis Dallas, fait part de sa décision
de fermer son usine de production de Pardies, sur le
complexe chimique de Lacq (voir l'enquête
dans l'Humanité
du
13
mars).
L'hypothèse
de cette fermeture avait provoqué
une mobilisation sans précédent.
Le 28 février,
à
l'initiative des syndicats de l'entreprise et avec le soutien des élus,
2 500 personnes s'étaient
rassemblées
pour défendre
l'usine. Et depuis plusieurs
semaines les salariés
filtraient l'acheminement des wagons
transportant l'acide acétique
fabriqué
par
Celanese, obligeant l'entreprise à
diminuer la production.
20%
DE RENTABILITÉ
L'usine
de Pardies est la seule unité
de production d'acide acétique
en Europe et 90 % de sa production fournit le marché
européen.
Il y a cinq ans, le géant
de la chimie américaine
Celanese, lui-même
détenu
par le fonds de pension
Blackstone, achetait l'usine béarnaise.
Parallèlement,
il construisait en Chine une
usine de production d'acide acétique.
Aujourd'hui,
après
avoir fait tourner durant cinq ans l'usine avec un taux de
rentabilité
de 20 %, Celanese prétexte
d'une « baisse de la demande » et
d'un
« recul du chiffre d'affaires au quatrième
trimestre 2008 »
pour
décider
de la fermeture de ce site. «
Celanese doit adapter au niveau de la demande sa capacité
de production (...) en fermant les sites dont les coûts
sont
les
plus élevés »,
affirme la direction.
Hier
matin à
8h30, les représentants
des salariés
au comité
d'entreprise ont donc appris que l'arrêt
de la production et la fermeture interviendraient dans un
délai
de trois à
sept mois, sept mois en cas de « paix
sociale » et
trois mois en cas de
mouvement. Un chantage intolérable
pour les salariés.
354 emplois sont enjeu dans
l'entreprise elle-même.
Mais les délais
annoncés
par Celanese risquent bien
de déboucher
sur une cascade de décisions
meurtrières
pour l'emploi sur tout le complexe chimique de Lacq. Deux
entreprises, Air liquide (50 salariés)
et Yara (150 salariés),
ont leur sort directement lié
à
Celanese. La direction d'Air liquide
indique d'ores et déjà
qu'elle réfléchit
à
s'en aller. Pour Yara, la production
d'ammoniaque est directement liée
à
celle de Celanese. Mais une autre entreprise, la Soficar.
a besoin de
l'azote produit par
Air
liquide pour fabriquer sa fibre de
carbone... Jusqu'où
peut
conduire celle sorte de chute de
dominos dans le complexe de Lacq dont l'avenir est déjà
très fragilisé
par la perspective d'un départ
de Total à
la fin de l'extraction du gaz prévu
pour 2013 ? Des milliers d'emplois sont en tout cas
concernés
REACTION
EN CHAINE
« Inacceptable,
tonne Olivier Dartigolles,
adjoint au maire de Pau et porte-parole national du Parti communiste.
Nous
ferons tout ce qui est possible, en lien avec les salariés
et leurs organisations, pour contrer cette décision
et obliger l'État
et les grands groupes industriels, dont TOTAL, à
prendre leurs responsabilités
en investissant pour permettre le développement
et la restructuration de l'ensemble du bassin
industriel ». Le PCF demande en vain depuis des
semaines que le Préfet
organise une table ronde sur l'avenir de Lacq. Une même
colère
anime David Habib, député
maire socialiste de Mourenx et président
de la communauté
de communes de Lacq, qui juge « intolérable
la décision
de Celanese Cette entreprise est rentable et le gouvernement doit
mettre ses
paroles en actes en ne permettant pas à
Celanese de partir dans ces conditions ». Alain
Masse, secrétaire
de la
CGT
de Celanese, craint « cette réaction
en chaîne
qui risque de mettre en cause des milliers d'emplois sur le bassin de
Lacq, mais
aussi dans le transport ferroviaire et les activités
de fret du port de Bayonne ». La CGT
se montre « sceptique
sur les possibilités
de reclassements » compte
tenu de « la
spécificité
des
métiers
concernés
et la moyenne d'âge
assez élevée
des salariés ».
Olivier
Mayer.
Article
paru dans L’Humanité du mardi 24 mars 2009
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