
Chávez, Evo,
Correa et Lugo analysent la crise et les enjeux en Amérique
Latine
La
rencontre organisée par Via Campesina a attiré
près de 1.500 personnes
de 60 mouvements sociaux venues assister, le soir du 29, aux discours
des présidents sud-américains Fernando Lugo
(Paraguay), Rafael Correa
(Equateur), Hugo Chávez (Vénézuela) et
Evo Morales (Bolivie).
Renato
Godoy de Toledo, envoyé spécial à
Belém (Etat du Pará)
Cette rencontre s’est tenue du 27
janvier au 1er février à Belém,
capitale de l’Etat du Pará et du Forum Social
Mondial.
Le thème choisi par les présidents et dirigents
de mouvements
sociaux avait pour titre le « Dialogue sur
l’intégration populaire de
notre Amérique ». De fait,
l’Amérique, particulièrement latine,
était
le principal enjeu des débats. Toutefois, Chávez,
le dernier exposant à
prendre la parole, a souligné que
l’expérience de ces gouvernements
montre que “l’autre monde possible”,
prôné par le FSM, est en train de
naître.
Malgré le climat de fête, les leaders
sud-américians ont
également écouté des critiques et des
doléances. A la fin de
l’événement, le représentant de Via
Campesina, João Pedro Stedile, a
affirmé que l’action des présidents
était en deça des attentes des
mouvements sociaux. « Nous voulons des changements
structurels, pas de
soutien au capital », a critiqué le
coordinateur national du MST. Il a
également exposé aux présidents un
programme minimum pour lutter contre
la crise et fortifier la région : la
nationalisation des banques, la
création d’une monnaie régionale et la
rupture avec la dépendance
extérieure.
Sans Lula
Contrairement à la rencontre
organisée quelques heures après, par la
CUT (Centrale Syndicale Unique de Travailleurs) et par
l’Institut Paulo
Freire, le président Luiz Inácio Lula da Silva
n’était pas présent, de
même que les militants petistes, pourtant nombreux lors de la
réunion
de la nuit. Au cours de la rencontre sans petistes,
l’assistance était
constituée essentiellement de représentants des
diverses organisations
de Via Campesina à travers le monde, mais aussi des membres
du Parti
Socialisme et Liberté (Psol), des syndicalistes de la
Centrale des
Travailleurs et Travailleuses du Brésil (CTB) et par des
féministes de
la Marche Mondiale des Femmes, lesquelles ont applaudi
Chávez lorsque
ce dernier s’est déclaré favorable
à l’égalité des sexes.
Hardi, le
Vénézuélien a
affirmé : “ Je suis féministe,
(Simon) Bolívar était un
grand féministe”, a-t-il dit, en se tournant vers
le président
équatorien, qui semblait ne pas être
d’accord. Chávez a été le
dernier
président à prendre la prole, mais
également le plus ovationné par le
public. Dans son discours, il a rappelé les
différentes étapes que son
pays a dépassé, en termes de lutte et
d’accumulation de forces, pour
arriver à ce moment. La principale
référence du discours de Chávez a
été l’ex-président cubain
Fidel Castro. “Fidel est ici”, a-t-il dit,
après avoir conter de nombreuses histoires sur la
révolution cubaine.
FSM et Chávez
Le président
vénézuélien a fait un bilan de son
mandat contextualisé
par le processus du Forum Social Mondial. « En 2001,
les pays étaient
dominés par le Consensus de Washington, malheureusement
celui-ci n’ a
pas fait ses preuves. En 2002, au
Vénézuéla, un plan
contrerévolutionnaire avait déjà
été crée. En 2005, Hugo
Chávez affirma
pour la première fois, au gymnase du Gigantinho
(à Porto Alegre), que
la révolution au Vénézuéla
empruntait le chemin du socialisme ! »,
at-il rappelé, en parlant à la
troisième personne, tout en récoltant
une salve d’applaudissements. Ensuite, il a tracé
le profil de
l’hétérogénéité
des participants à cette rencontre :
« Ici nous avons
un Indien (Evo), un religieux (Lugo) et un économiste de
Harvard, un
“Chicago Boy”, qui a changé de
côté, dit-il, en satirisant la formation
de Rafael Correa. Chicago Boys était le nom d’un
groupe d’économistes
chiliens, qui, influencés par
l’économiste Milton Friedman, furent les
précurseurs du néolibéralisme en
Amérique Latine pendant la dictature
de Augusto Pinochet.
Les Etats-Unis ont également constitué un des
sujets abordés par
les présidents, surtout du fait que ce pays est
considéré comme le
principal responsable de la crise économique
financière. A propos de la
transition à Washington, Chávez a
commenté en disant :
“J’espère que le
petit cavalier qui vient de sortir de la Maison Blanche par la petite
porte sera jugé par la justice internationale pour
génocide”. Le
Vénézuélien a aussi fait des critiques
à l’encontre du nouveau
président américain, Barack Obama.
« Nous demandons juste une chose à
Obama : le respect à la souveraineté
nationale. Nous ne voulons pas
qu’il adopte la même posture que son
prédécesseur, de quelque forme que
ce soit. Toutefois, il a déjà
démontré la même arrogance en disant
que
‘Chávez est un obstacle’, a-t-il
ajouté. Concernant la fermeture du
centre de détention américain de la base de
Guantánamo, sur l’Île de
Cuba, le président
vénézuélien a
affirmé : « C’est une
bonne chose
d’avoir fermé cette prison. Mais, alors,
qu’ils rendent Guantánamo aux
Cubains”. Comme exemple à la fermeture des bases
militaires
américaines, il a cité son collègue
Rafael Correa, qui n’a pas
renouvelé le contrat qui autorisait la présence
d’une base militaire
américaine à Manta, en Equateur.
Socialisme du
21ème siècle
Dans son discours, le président
équatorien a essayé de définir le
socialisme du 21ème siècle, qu’il
défend avec ses pairs, Chávez et Evo.
‘’ Ce processus doit être construit
conjointement, avec autocritique,
en évitant les erreurs du passé. Il doit
être une expression commune,
face à des problèmes communs”, a-t-il
défini. Pour Correa, la crise
internationale illustre parfaitement le véritable visage du
capitalisme. « _ Ils n’ont pas
d’argent pour nourrir des millions de
personnes affamées, par contre, ils en ont pour soutenir les
intérêts
du capital », a-t-il proféré,
se référant ainsi aux aides accordées
par
des pays occidentaux aux grandes entreprises. La perte de
l’hégémonie
du Consensus de Washington au cours des dernières
années, selon lui, a
été provoquée par un facteur
important : les mouvements socieux. « Le
peuple latino-américain est en train de se
réveiller et nous, en tant
que présidents, nous ne sommes que le reflet de cela. Les
mouvements
sociaux représentent la partie essentielle de ce processus
qui a des
origines historiques », a-t-il souligné,
dans un ton de remerciement au
public présent.
Itaipu
Le président paraguayen a surpris
tout le monde. Quelques heures
avant de partager le gradin avec Lula, Fernando Lugo a fait un discours
dur, en réaffirmant son intention de revoir le
traité de Itaipu. Malgré
le projet binacional, 95% de l’énergie
hydroélectrique sont distribués
au Brésil. « Un traité
léonien, signé à
l’époque de la dictature, ne
peut continuer d’être en vigueur. Il ne peut
prendre en considération
les revendications d’injustice des Paragyayens pour un prix
équitable
de l’énergie », a-t-il
défendu. L’ancien évêque a
fait un récit sur sa
participation à d’autres éditions du
Forum et souligné la présence des
mouvements sociaux dans le soutien aux gouvernements progressistes en
Amérique du Sud. « Nos gouvernements
progressistes sont convaincus que
les mouvements populaires sont la base des changements dans la
région.
Ces luttes ont transformé l’Amérique.
Au Paraguay, nous croyons en
cette Amérique Latine différente, et que notre
pays retrouvera sa
dignité. Nous voulons être traités de
la même façon. Il n’y aura aucun
repos tant que nous n’aurons pas atteint cet
objectif », a-t-il promis.
“Convoquez-moi”
Avec la victoire assurée au
référendum du 25 janvier, le président
bolivien Evo Morales a fait un discours qui rendait hommage aux
représentants des mouvements sociaux.
‘’Si nous sommes réunis ici
aujourd’hui, c’est grâce à
vous. Voici les maîtres de la lutte
sociale”. A propos des événements en
cours dans son pays, le président
Morales a affirmé qu’il y a des groupes qui
digèrent très mal leur
défaite au référendum. Parmi ces
opposants, Evo cite des membres de
l’Eglise Catholique. ‘’Nous disons
qu’un autre monde est possible, je
pense qu’une autre église est aussi
possible’’, a-t-il ajouté,
ovationné par Fernando Lugo, à ses
côtés. A la fin de son intervention,
Evo Morales a dit qu’il est normal que des erreurs
surviennent dans les
changements que connaît l’Amérique
Latine, par contre, aucune trahison
ne peut être admise. Et pour terminer :
« Ne m’oubliez pas,
convoquez-moi toujours.
Chanteurs
Au début de cette rencontre, des
représentations culturelles des
musiciens Fernando Aniteli, du groupe Teatro Mágico, et du
rappeur GOG
ont reçu des applaudissements des présidents.
Toutefois, le
‘’chanteur’’ le plus
ovationné dans la soirée au gymnase de
l’Université d’Etat du Pará
(Uepa) a été le président
équatorien Rafael
Correa, qui, accompagné d’un guitariste, a
entonné des chansons des
musiciens cubains Sílvio Rodriguez et Pablo Milanez. Entre
les deux
chansons, le président Correa a demandé au
musicien de jouer “Hasta
siempre comandante”, chanson favorite du
célèbre chanteur cubain Carlos
Puebla, en hommage à Ernesto Che Guevara. A la fin de la
rencontre,
Chávez, Correa et, plus timidement, Evo et Lugo,
chantèrent ensemble
cette chanson et entraînèrent au devant de la
scène la fille de
Guevara, Aleida, pour chanter tous en choeur. Chávez,
à certains
moments de son discours – le plus long de tous -, a
fait référence à la
présence de Aleida dans le gymnase. “Aleida est
ici avec nous. C’est le
sang de Che”, avait-il dit.
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