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Francis Parny

Rapport au Conseil national

des 25 et 26 juin 2008

  

Cher(e)s camarades,

 

Notre Conseil national doit définir la phase statutaire de la préparation de notre congrès, fixer son ordre du jour, lancer un appel à contribution pour la constitution d’une base commune, élire différentes commissions.

Vous avez reçu lundi tous les documents nécessaires à cette fin.
 
Nous avons préparé cette phase statutaire par un travail collectif déjà important : l’Assemblée générale extraordinaire de décembre 2007, la mise en place de huit ateliers, la diffusion des notes qu’ils ont rédigées et les trois journées nationales de Paris, Marseille et Tours. 

Nous avons rarement préparé un congrès aussi longtemps à l’avance.

Notre conseil national doit évaluer avec lucidité, qualitativement et quantitativement, le travail déjà effectué.

700 camarades ont participé aux trois journées nationales, issus de 72 départements, mais les notes transmises par les fédérations et certains membres du Conseil National concernant l’engagement du débat dans le parti sont pour le moins plus mesurées, certaines indiquent que le débat est juste entamé, d’autres qu’il est inégal, d’autres enfin mentionnent de nombreuses initiatives.
 
La première tâche de notre conseil, à l’évidence, sera d’élargir dans les mois qui viennent, et dès la période des vacances, ce débat, en permettant au maximum de communistes d’y participer et de l’enrichir. L’été peut être l’occasion d’organiser des rencontres au caractère détendu et notamment à l’occasion des rendez-vous de la vignette.  Ces initiatives, ou d’autres, pouvant être l’occasion de donner suite à notre décision de tenir des rencontres populaires ouvertes à toutes celles et tous ceux qui, à gauche, souhaitent contribuer à l’élaboration d’un projet alternatif.
 
Je vous propose que cette introduction à notre débat revienne sur les principaux enseignements que nous tirons de nos trois journées nationales, et essaye de définir les points forts qui en ont émergé et les questions qui ont été l’objet de débats contradictoires, ou reconnues comme devant être approfondies.
 
En même temps notre congrès ne peut pas se préparer en dehors de la vie quotidienne de nos concitoyens et des enjeux sociaux et politiques qui sont au cœur de la nécessaire riposte à la politique de Nicolas Sarkoky. 

Le développement des luttes, notre initiative politique dans celles-ci, doivent être un souci constant de tous les communistes dans notre activité quotidienne, dès cet été, tout à la fois :

-       pour que la présidence française de l’Union européenne soit l’occasion pour nous de contribuer à des mobilisations populaires pour un nouveau traité ;

-       pour faire vivre notre campagne « la bourse ou la vie », à l’aide de la « lettre au président’ » que nous porterons à l’Elysée en septembre ;

-       pour organiser des rencontres populaires multiformes avec nos concitoyens permettant de débattre avec eux de l’alternative à construire ;

-       pour préparer une grande fête de l’Humanité. Sans rien vouloir dévoiler, je crois savoir que le rendez-vous de midi sera un grand rendez-vous.

 Ce gouvernement est en perpétuel mouvement sur tout ce qui permet de casser les services sociaux. Cela suppose une riposte permanente. Hier encore de nouvelles attaques étaient annoncées sur le remboursement des médicaments pour les maladies de longue durée avec une innovation discriminatoire : ces non-remboursements ne concerneraient que les nouveaux malades !

 Le président du pouvoir d’achat tel, qu’il s’était auto proclamé, n’arrête pas de décevoir une attente réelle sur cette question. Le relèvement à minima du SMIC le confirme à nouveau. Peu importe, Nicolas Sarkozy a trouvé la solution il lance une campagne de publicité ! 

Concernant le pouvoir d’achat et le prix de l’essence, nous serons devant le maximum de grandes surfaces et de centres commerciaux le 2 juillet pour faire connaître nos propositions et le 4 juillet nous reprendrons de nouvelles initiatives. 

Nous devons aussi être très attentifs à l’accentuation des dérives autoritaires de ce régime qui s’en prend à l’information, à l’audiovisuel public et plus grave encore aux accords discutés entre les partenaires sociaux. 

Xavier Bertrand pour justifier cette « trahison » des accords invoque l’intérêt général. Comment accepter une telle définition de l’intérêt général qui la résume au contrat passé entre le président et le peuple au travers de son élection. Ce qui est dans mon programme est mon bon vouloir mais puisque vous l’avez voté c’est aussi le vôtre. Vous étiez prévenus, c’est normal, circulez, il n’y a rien à négocier avant quatre ans. Cette notion d’intérêt général, définie de façon unilatérale, est grave pour notre démocratie. Aujourd’hui il nous faut combattre l’arrogance. Elle va de pair avec les pressions inadmissibles de l’UMP sur les journalistes de l’AFP et d’autres médias. 

Notre parti est victime d’un ostracisme sans précédent dans les médias, cela doit nous conduire à la vigilance permanente, notre démarche auprès du CSA a permis quelques avancées. 

La casse de l’audiovisuel public menace. La découpe des stations FR3 prépare une concentration accrue des multimédias de province toujours dans les mêmes intérêts financiers. Le manque de clarté et l’insuffisance des moyens financiers de remplacement prévus pour compenser la suppression de la publicité à France-Télévision et l’annonce inopinée de cette mesure font déjà des ravages dans la programmation future de cette chaîne, dans la production et la création de fictions audiovisuelles, avec des conséquences pour l’emploi. Le nombre de journée de tournage et les chiffres d’affaires des industries techniques ont baissé de quinze pour cent au premier trimestre.  

Le cadre de nos débats 

Avant de revenir sur les enseignements des trois journées nationales, je veux vous faire immédiatement la proposition d’un cadre dans lequel nous pourrions débattre jusqu’au congrès. 

Nous proposons d’approfondir notre réflexion à partir des trois questions déjà évoquées : comment affiner notre regard sur l’Europe, le monde et la société, comment construire le projet concret qu’il nous faut et le rassemblement majoritaire qui est nécessaire pour le faire triompher, et comment définir l’outil qu’il nous faut pour mener à bien tout cela. 

Cette option de poursuite du débat peut-elle être un cadre commun pour tous les communistes déjà engagés dans la réflexion ? Il me semble que oui. 

Quelles que soient les options qui s’expriment sur notre parti, ses alliances, sa stratégie, ce qui nous rassemble tous, c’est une certaine idée du monde et de la société et la volonté de les changer. Nous sommes résistants et rebelles et dans la résistance le nouveau commence à se construire. 

Personne ne croit ou dit qu’une perception juste du monde et de ses contradictions est suffisante pour le changer. Mais un contresens sur ce qui caractérise son évolution condamnerait toute action de changement à être inopérante. 

Construire un projet n’est pas non plus suffisant mais tout aussi indispensable. Communistes nous sommes, communistes nous voulons être. Cela suppose de clarifier notre appartenance à ce courant de pensée, toujours bien présent dans notre société mais mis en cause par les histoires qui l’ont incarné. Qu’on réfléchisse à partir du Parti communiste ou du communisme, nul ne peut, parmi nous, se soustraire au travail qui définit notre relation actuelle à ce courant, à la façon dont nous voulons l’incarner, aux propositions à court, moyen et long termes que nous faisons à notre peuple, pour donner de la consistance à notre projet politique. 

Construire un projet, c’est aussi dire ce que l’on veut en faire, dans quel cadre d’union et de rassemblement en affirmant notre volonté de travailler concrètement à tous les niveaux du pays, avec notre population, au changement nécessaire. 

Réfléchir enfin sur l’outil qu’il nous faut pour porter notre projet n’exclut pas un débat contradictoire sur la nature des rassemblements, des alliances nécessaires et des formes qu’il faut leur donner. Quelle que soit notre opinion sur la forme qui nous paraît la plus efficace, personne ne peut gommer la nécessité de réfléchir à nos rapports entre communistes, à la place de nos directions, à notre ouverture a l’ensemble de nos concitoyens, à un débat avec tous les représentants de la gauche et à l’efficacité de nos décisions. 

Il me semble qu’en faisant cette proposition, nous partons de la mise en commun de réflexions déjà engagées sans gommer nos différences. Mais nous préférons mettre en avant « l’en commun » qui nous rassemble plutôt que nos clivages. 

J’en viens maintenant à notre réflexion sur les trois rencontres nationales.
 

Le monde a changé 

Concernant le monde tout d’abord. Il a changé profondément, disons-nous. Le monde et l’Europe sont devenus les espaces obligés de l’espace politique. Non seulement parce que le capitalisme s’est mondialisé, mais parce que le mouvement objectif de la mondialisation permet à chaque être humain de se penser comme citoyen du monde. Nul ne peut se penser à l’écart de ce processus, ni les états, ni les peuples, ni les personnes. Cela modifie profondément l’activité humaine et en premier lieu la politique. Mais notre réflexion a permis aussi de dégager l’idée que la globalisation capitaliste est porteuse de nombreuses contradictions, en particulier entre les potentialités immenses de développement de l’humanité qui existent et l’incapacité du capitalisme à les mettre en œuvre.

Comment expliquer autrement les crises sociales, économiques, financières, du travail et de l’emploi, de l’énergie, de l’eau et de l’ensemble des ressources naturelles, de l’alimentation, de la démographie, etc. 

Nous avons également souligné que si le monde a changé continuellement, l’analyse des vingt dernières années mérite toute notre attention. La chute du mur de Berlin en 1989 a inauguré un renforcement de l’hégémonie américaine et la mise en place par l’administration Clinton, puis par la présidence Bush, d’un unilatéralisme dont la formule clé était « ce qui est bon pour les Etats-Unis est bon pour le monde ». 

Cette attitude de domination semble aujourd’hui connaître pour le moins de graves difficultés. 

On le voit clairement au Moyen-Orient où la stratégie hégémonique des Etats-Unis a produit une insécurité majeure. Elle a nourri le terrorisme. Elle a conduit aux situations chaotiques d’Irak et d’Afghanistan. La première puissance mondiale est en réelle difficulté. Elle ne peut maîtriser, dans l’instabilité et la violence, les conséquences de sa propre politique. Ce sont cependant les peuples, notamment le peuple palestinien, qui en paient le prix. Un prix exorbitant. Cette crise de la domination a des conséquences dures et contradictoires mais elle surgit de l’échec des politiques de force et de guerre. 

On le voit aussi en Amérique latine. Les gouvernements de cette région affrontent la contre-offensive d’une droite qui se réorganise avec le soutien des Etats-Unis, face aux succès du mouvement populaire et des victoires électorales de la gauche latino-américaine. On constate par exemple les volontés séparatistes de la droite bolivienne ou bien le retour de la 4ème flotte américaine dans la région.

Le gouvernement colombien a voulu créer un dangereux précédent en violant la souveraineté territoriale de l’Equateur pour attaquer un camp des FARC, tuer Raoul Reyes, un de leurs principaux responsables, et mettre ainsi fin aux négociations pour la libération des otages. Tous les pays de la région, sauf les Etats-Unis, ont rejeté cette violation du droit international, condamnant de cette façon la doctrine Bush. 

Cette tragique affaire a précipité la création d’un Conseil de défense sud-américain qui sera, avec la Banque du sud récemment créée pour une alternative aux dominations des Etats-Unis et du FMI, l’un des nouveaux mécanismes d’intégration des pays du cône sud et un nouvel espace de concertation pour la prévention des conflits et la protection des territoires.

Dans le même esprit 10 gouvernements latino-américains de gauche ont vivement dénoncé la directive de la honte de l’Union européenne sur l’immigration au nom de la justice, des droits humains et du refus de la criminalisation des migrants.

L’Europe 

On le voit enfin en Europe à travers un triple échec. 

C’est d’abord, naturellement, l’échec d’un mode de construction européenne à travers le NON irlandais.

C’est aussi la tension brutale intervenue en décembre dernier entre l’Union européenne et l’Afrique avec une montée de contestation nouvelle et forte de pays africains dénonçant les formes d’échange et de relations imposées par Bruxelles. C’est enfin l’échec manifeste du partenariat euro-méditerranéen, sauf à considérer qu’il ne serait que la mise en place d’une zone de libre-échange dans un esprit très néolibéral. 

L’Union européenne n’est même pas à la recherche d’une vraie crédibilité. Et ce n’est pas le voyage de Nicolas Sarkozy au Proche-Orient qui appellerait pour le moins d’être suivi d’actes concrets, ni son projet d’une Union pour la Méditerranée - prolongeant le partenariat existant déjà en crise - qui pourront sauver le rôle extérieur d’une Union européenne suscitant beaucoup d’espoir hier, mais de plus en plus contestée aujourd’hui. 

La politique européenne n’a-t-elle pas, d’ailleurs, une responsabilité, après quelque 15 ans de ce partenariat, dans la situation très préoccupante des trois principaux pays du Maghreb où, depuis plusieurs mois, une répression brutale répond à des émeutes populaires, notamment de jeunes, qui traduisent une accumulation de graves problèmes sociaux et de carences démocratiques. 

Face à cet échec européen, ni la France et ses dirigeants, ni l’Europe n’en tirent conséquence sur le rôle qui pourrait être le leur afin d’ouvrir d’autres possibles. 

Nicolas Sarkozy, sourd au refus populaire d’une Europe libérale, s’engage toujours plus avant dans la voie d’un néolibéralisme autoritaire. Trois actes politiques majeurs en témoignent : l’adoption du traité de Lisbonne contre la volonté populaire et la volonté aujourd’hui de poursuivre la ratification de ce traité ; la reconnaissance de la centralité de l’OTAN avec la réintégration de la France comme symbole de soumission à l’hégémonie des Etats-Unis alors que la France prend la présidence de l’Europe et le renforcement de la présidentialisation de la 5ème république. 

Le résultat du référendum en Irlande nous offre la possibilité d’une relance de nos initiatives politiques. Nous avons d’ailleurs déjà commencé avec la rencontre, ici à Colonel Fabien avec Marie-George Buffet, de représentants de l’Europe et notamment du Sin Feïn et la conférence de presse des députés européens des pays qui ont voté non aux référendums organisés. 

Il nous faut d’abord, sur cette question, réaffirmer le caractère large du vote irlandais comte tenu de la campagne de dénigrement à son égard. 

En Irlande, ce sont les quartiers populaires et les zones rurales pauvres qui ont voté non, les travailleurs manuels à 74%, les chômeurs à 58%, les jeunes à plus de 60%, les femmes à 56%. C’est bien d’un vote populaire des femmes et des jeunes dont il s’agit. 

Cette réalité sociale confirme ce qui s’était passé en France et aux Pays Bas. 

Le traité est mort, il faut un nouveau traité. 

Et puisque ce sont les peuples qui rejettent le traité, il faut mettre leur consultation au cœur même de toute solution alternative. 

C’est ce qu’indique, après la réaction immédiate de Marie-George Buffet, la déclaration du Parti de la gauche européenne : 

«Pour qu’il corresponde enfin aux aspirations et aux besoins des peuples, ce nouveau traité doit reposer sur d’autres bases que les logiques néolibérales et militaristes qui ont été au cœur des rejets des traités successifs. Il doit être élaboré de façon totalement inédite pour l’Union européenne, dans un processus démocratique et populaire. Les élections pour le prochain Parlement européen doivent être, aussi, un moment de clarification sur les différentes positions traitant de l’avenir de l’Europe. Un nouveau texte devra être ratifié par référendum dans tous les pays. Nous proposons à cette fin que, sans attendre, des initiatives soient prises pour entreprendre le travail sur ce traité, à partir de consultations des citoyens faisant connaître leurs exigences et en association entre le Parlement européen et les parlements nationaux ». 

Telle est la bataille que nous devons mener dès cet été tout en nous opposant fortement aux quatre priorités que Nicolas Sarkozy entend vouloir donner à la présidence française de l’Europe. 

Toute cette réflexion sur l’Europe devra se poursuivre jusqu’au congrès ; ce sera la meilleure préparation aux élections européennes.

Je reviens une dernière fois, et pour terminer, sur l’état du monde.

 Le bilan, certes rapide, que nous avons fait sur le mouvement du monde corrige le sentiment communément répandu que la mondialisation capitaliste empêcherait tout changement. Et l’émergence de pays comme l’Inde, le Brésil ou la Chine vient encore bouleverser la donne économique mondiale.

 Ce bilan appelle une conception nouvelle de la solidarité et de l’action collective pour construire ensemble une réponse alternative crédible.

L’initiative internationale décidée lors de notre Assemblée générale de décembre dernier se tiendra dans cet esprit les 15 et 16 novembre. 

Puisque j’ai annoncé que je m’efforcerai de cerner des questions à approfondir ou qui posent problème à partir des interventions des différents camarades dans le débat et sans vouloir, ni pouvoir être exhaustif, je vous propose quelques thèmes. 

Sans doute la question de la lutte des classes au plan international.

La globalisation capitaliste est bien sûr une source d’aggravation  des difficultés des peuples.

Mais c’est aussi le résultat d’une certaine faiblesse du capitalisme. Confronté à la baisse des taux de profits dans les pays du Nord il a cherché à exporter au niveau planétaire les difficultés qu’il rencontrait par l’élargissement de l’exploitation au niveau mondial et la mise en concurrence de tous les travailleurs entre eux.

L’exploitation à outrance de ceux du Sud va de pair avec l’affaiblissement de ceux qui dans les pays du Nord avaient conquis une rémunération plus juste de leur force de travail et un « retour » véritable sur les richesses qu’ils avaient produites. 

Dès lors, et plus que jamais, la formule « prolétaires de tous les pays unissez-vous » s’en trouve renforcée. 

Quand Renault conçoit ses moteurs au Japon, fabrique ses plastiques en Slovaquie, assemble ses véhicules en Roumanie ou au Brésil, il nous faut penser mondialement les luttes et les alternatives. Les grèves chez Dacia en Roumanie, soutenues par les « Renault » en France, en sont une illustration. 

A cette réflexion sur les combats ouvriers, il faut sans douter ajouter la diversification des pratiques sociales et politiques, qu’il s’agisse du mouvement altermondialiste, de la (re)construction de services publics « par les citoyens eux-mêmes » dans divers pays du sud, de la « banque du sud » ou d’initiatives d’état pour créer de nouvelles institutions concurrentielles de l’ordre voulu par les puissances financières mondiales. 

C’est d’ailleurs toutes les institutions mondiales qui doivent être revisitées en fonction de nouveaux contenus qui s’appuieraient sur le principe d’accords mutuellement avantageux contribuant au développement durable de la planète, à la défense et au progrès des droits de l’homme et de la paix dont le combat aujourd’hui ne saurait être dissocié du combat social. 

Enfin, comment ne pas voir que toutes ces questions créent un « fait mondial » de plus en plus présent dans notre quotidien et reconnu par nos concitoyens. Il est l’objet de débats renouvelés dans les quartiers populaires comme dans les entreprises. Il n’y a qu’à voir en ce moment comment le candidat B. Obama est l’objet de multiples commentaires pleins d’espoir. 

Les rapports Nord-Sud sont de plus en plus présents dans tous les débats politiques et de société de nos concitoyens.

Et c’est vrai qu’il n’est pas possible de trouver solution aux questions du Nord sans régler les questions du Sud.

L’immigration n’est pas « un problème », nous dit Aminata Traoré, le problème c’est celui du développement. L’action pour le développement et le co-développement dans le monde sont la seule voie efficace d’une sécurité mondiale durable dans tous les pays. 

L’Etat Nation n’est plus le cadre unique de la transformation sociale, il s’inscrit dans les évolutions mondiales et les solidarités qu’elles génèrent. Si la mondialisation capitaliste s’appuie sur l’idée que rien n’est possible dans le cadre national, c’est pour mieux imposer le renoncement à tout changement. Cela ne peut nous conduire à un repli sur nous-mêmes. La guerre des civilisations ce n’est pas nous ! 

Soyons attentifs aux regards de nos concitoyens sur le « fait mondial ». Les peuples se « mondialisent ». Porteurs de leurs racines, de leurs cultures, ils partagent bien plus que le divertissement marchand. Le monde est partout. Les peuples, la jeunesse en particulier, commencent à le vivre comme un bien commun, une chance, porteuse de révoltes de luttes et d’aspirations démocratiques. Cette « mondialité », est une chance : plongeons-nous passionnément dans ce mouvement. 

Projet – Rassemblement – Parti 

Concernant la journée de Marseille. La construction de notre projet et la formulation de grands axes définissant les contours de ce que nous proposons à nos concitoyens pour répondre à la question qu’ils se posent : « Que puis-je espérer pour ma famille, pour mes proches, pour moi-même, pour demain ? » est un exercice difficile qui se situe certainement plus devant nous que derrière. 

Pourtant là aussi, nous avons avancé. 

La question du projet est complexe, mais beaucoup d’entre-nous ont dit qu’elle était sans doute décisive dans notre réflexion. 

Elle se situe en effet à l’articulation de plusieurs questions : le communisme ; la crédibilité de nos propositions, la nécessité de montrer dans quelle perspective de société nous nous plaçons, la nécessité de préparer notre participation à des expériences de gestion qui rompent avec les logiques d’aménagement de cette société. 

Le projet donne à voir à la fois ce que nous voulons et ce que nous sommes. 

Comment partir de ce qui se passe dans le réel, étudier les contradictions en mouvement dans notre société et dans le monde identifier les possibles qui affleurent pour définir les grandes réformes, les quelques grands axes que nous pourrions populariser au cœur de ces contradictions, sans en rabattre sur nos objectifs de transformation sociale, en donnant à voir comment la vie pourrait changer. 

Et sans aucun doute, le projet est aussi le meilleur moyen de rassembler la majorité de nos concitoyens. 

Un projet n’est pas une accumulation de propositions même pertinentes, il doit produire du sens, montrer la cohérence de ses propositions, susciter l’action et le rassemblement sans lesquels le projet de trouvera pas son aboutissement. 

Les élections municipales viennent de montrer qu’un projet de vie commun dans une ville est le plus sûr moyen de rassembler dès lors qu’il est présenté comme un processus en construction dans lequel chacun et chacune peuvent s’investir pour le transformer. 

Cette exigence de démocratie comme but et moyen de notre action est sans doute une des conditions les plus importantes à la réussite de notre projet. Non pas que nous devrions démultiplier les propositions à ce sujet. Dans un récent ouvrage, Jean Luc Nancy attire notre attention sur le rôle qu’il voudrait voir jouer aux « politiques » en la matière : moins montrer ce qu’il faudrait faire et beaucoup plus dégager des espaces où le citoyen définit lui-même les formes qu’il veut donner dans le temps et dans l’espace a son intervention. 

Je veux reprendre quelques-unes de ces questions avant de dire ce qui visiblement a rassemblé dans la rencontre de Marseille et peut être ce qui doit être approfondit. 

Sur le communisme. 

Des points de vus différents s’expriment sur cette question. L’atelier n° 5 nous propose un positionnement. En six mois sans aucun doute nous n’aurons pas toutes les réponses à nos interrogations. 

Ce qui nous est proposé c’est de reconnaître que le communisme est en crise. Cette assertion fait débat. 

Il me semble que la proposition ne cherche nullement à décrier le communisme mais à constater que la crise est présente dans la vie quotidienne de nos concitoyens.

Et tant mieux car le mot crise renvoie à une contradiction. En l’occurrence ce que nous expérimentons dans nos relations aux autres, c’est que le communisme est reconnu comme porteur de valeurs – souvent résumées dans le vocable humaniste – reconnues comme positives et en même temps chargé de négatif en liaison avec les expériences qui se sont réclamées du communisme. 

L’atelier propose un débat jusqu’au congrès nous permettant de mieux dire ce que nous récusons dans les expériences politiques qui ont échoué et ce sur quoi, dans le communisme, nous nous appuyons pour développer notre activité et nos propositions. 

Sur le « possible » 

C’est aussi une question compliquée. Le Monde d’hier rendait compte des enquêtes INSSE en titrant sur la morosité sociale des Français refusant la politique économique de Sarkozy mais acceptant toutes les réformes sur la durée du travail, les retraites etc. Sur ces questions, nous avons des propositions que nous jugeons atteignables mais comment les faire avancer dans les luttes sans mettre en débat la responsabilité sociale des entreprises et en même temps la nature des gouvernances proposées dans les entreprises. Faire gagner de l’argent aux salariés pris sur les plus values financières réalisées par les investisseurs dans le rachat des entreprises, ce n’est pas la même chose qu’une augmentation de salaires basée sur le partage d’une gouvernance dans laquelle les salariés proposeraient l’augmentation des plus values sur la base d’investissement dans la recherche, la formation, l’innovation sociale. Dire cela c’est dire aussi que le dépassement du capitalisme ne peut s’effectuer sans une transformation des rapports sociaux.

Des propositions atteignables ne peuvent pas faire l’économie d’une réflexion. Celle-ci n’éloigne pas du possible mais nous en rapproche.

Le possible est aussi le résultat d’un processus et parfois ce qui n’était pas appréhendé comme possible le devient dans ce processus.

Projet, visée de société, luttes sociales, débat d’idées s‘alimentent l’un l’autre dans le chemin qu’ils tracent. 

Quand Sarkozy propose de gagner plus en travaillant plus il séduit certains. Mais après avoir vidé les caisses pour des cadeaux à ses amis il n’a plus (sans doute l’aurait-il fait de toute manière) comme moyen que la casse du code du travail, la dérégulation, et l’actionnariat au service des choix financiers. Mais comment est perçue la formule aujourd’hui. Je connais un ambulancier qui doit travailler 192 Heures pour gagner le SMIC et 250 heures pour gagner 1400 euros Combien de temps va-t-il tenir ? Le « gagner plus en travaillant plus » n’est pas un projet de vie. 

Et quel glissement idéologique bien sur. Se souvient-on que Chirac en 1995 avait comme mot d’ordre dans sa campagne : « le salaire ne doit pas être opposé à l’emploi ». 

A gauche il y a de la diversité mais certaines déclarations mériteraient un débat contradictoire plus ferme et organisé. Quand Delanoë se dit libéral et socialiste, il ne s’agit pas de lui lancer l’anathème mais de comprendre comment cette assertion est l’accomplissement, là aussi, d’une évolution. 

D’abord politiquement c’est inacceptable car le signe envoyé est un signe de confusion entre droite et gauche sur la base du mot « liberté ». Faut-il faire l’énumération des libertés brimées et bafouées par la droite ? D’autres, à l’intérieur même du Parti socialiste ont dénoncé cette obstination à chercher à se rapprocher de la droite en se social-libéralisant (Benoit Hamon). 

Mais l’affirmation libéral et socialiste s’appuie sur la confusion entretenue entre un libéralisme économique qui serait l’apanage de la droite et un libéralisme issu du siècle des lumières qui ne serait que purement politique et défendrait le droit et les libertés. L’analyse que nous faisons du monde me dispense de démontrer ici comment le libéralisme économique s’est développé en soumettant toute la société, les rapports économiques mais aussi sociaux à ses logiques financières et marchandes ravageuses. Yvon Quiniou dans l’Humanité ou Jean Claude Michéa dans son livre ont dénoncé cette supercherie. 

Mais je reviens à l’assemblée de Marseille.

 On peut identifier dans cette assemblée des questions qui ont été débattues par plusieurs intervenants : L’Europe, le nucléaire, la question de l’industrie et de sa place dans le nouveau type de développement que nous voulons promouvoir, le rassemblement des exploités et des opprimés, la démocratie, le rassemblement et l’offre politique que nous faisons. 

Je crois d’abord que nous devons être attentifs a tous les camarades qui regrettent de ne pas être associés à l’élaboration de nos propositions et notamment parce qu’il s’agit souvent de militants d’entreprises. 

Sur l’Europe l’enjeu du clivage est très clair : faut-il construire l’Europe du dehors ou de l’intérieur ? 

Indéniablement une question, au moins, a rassemblé largement les présents : la nécessité de placer un nouveau type de développement au cœur de notre projet. 

Appuyé sur quatre principes :

-       une action publique qui garantisse la liberté de choix des personnes dans leur accès aux biens de consommation courants ;

-       une appropriation publique et sociale des biens communs de l’humanité ;

-       le dépassement du marché du travail par la sécurisation des parcours d’emploi de formation ainsi que des revenus ;

      -       la maîtrise publique des marchés financiers.

Ces principes sont à la fois complétés et forment le cadre d’une réflexion sur la question écologique et sur la révolution informationnelle pour laquelle une initiative particulière sera organisée avant le congrès. 

Il me semble que dans les contributions que j’ai pu lire, la satisfaction est forte à l’égard des deux derniers principes. Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas poursuivre une campagne d’explication à leur égard mais la volonté de dépasser le capitalisme est compréhensible lorsqu’on parle de dépasser le marché du travail, combattre donc la variable d’ajustement à laquelle on veut le réduire, et la question des marchés financiers a recours à des propositions qui combinent les questions de propriété, la décentralisation, une réflexion qui concerne l’Europe et le monde, le rôle de prescripteur de l’Etat. 

Je crois en même temps que beaucoup de camarades, notamment dans les entreprises, souhaitent que l’on poursuive la réflexion sur le marché ; suffit-il par exemple de définir un champ de secteurs qui devrait échapper au marché ? Et de retrouver dans ce champ pour l’essentiel les biens communs à partager ? Quelles sont les conditions dans lesquelles une maitrise citoyenne sociale et écologique des marchés est opérante, c'est-à-dire nous permet de sortir des critères capitalistes de gestion 
 
Ces questions renvoient aussi à une nécessaire réflexion sur le socialisme de marché. L’intervention de l’Etat dans l’économie pour réguler le marché est-elle suffisante ou bien faut-il la coupler avec l’instauration de véritables nouveaux rapports sociaux permettant la maitrise de l’entreprise et de l’économie par les travailleurs et les citoyens ? 

Je pense qu’il nous faut travailler la relation entre l’intervention publique et la transformation des rapports sociaux à l’entreprise.

Nous fêtons mai 68, n’oublions pas qu’une des revendications les plus importantes du Grenelle de cette année la, au-delà de la hausse du pouvoir d’achat a été la reconnaissance de la section syndicale dans les entreprises. 

C’est sans doute ce débat sur les rapports sociaux à l’entreprise qui nous permettra de dépasser notre interrogation sur le rassemblement des dominés et des opprimés, en permettant de mettre en évidence les potentialités du monde du travail à promouvoir du nouveau sans l’opposer aux victimes de toutes les dominations. 

Le nouveau type de développement que nous souhaitons définir doit également inclure une réflexion sur les politiques industrielles dans leur relation avec la recherche les services et les nouveaux emplois.
 

Concernant les questions du rassemblement.

 Nos débats ont permis, je crois, de clarifier plusieurs questions et de mettre en évidence la nécessité d’une analyse critique de toutes les formes de rassemblement que nous avons expérimentées sans à priori sur l’une ou l’autre, avec la volonté d’en tirer des enseignements pour l’avenir. 

Nous devons à la fois réfléchir aux rassemblements citoyens et aux alliances politiques, sauf à considérer que nous ne poserions pas la question du pouvoir. 

La rencontre de Marseille a beaucoup travaillé la première question en insistant sur l’aspect fondamental que constitue le partage des réflexions et des propositions entre parti politique et citoyens. Parce que la politique devrait être justement ce partage qui permet de définir l’intérêt général et parce qu’il en va de l’efficacité même du rassemblement. Sans projet partagé pas de victoire, pourrions-nous dire. 

Mais d’autres débats sont en train d’évoluer. 

Par exemple, nous avons beaucoup spéculé sur l’espace politique que nous ouvrirait la dérive droitière du Parti socialiste ou le repli contestataire de la LCR. Une telle formulation apparaît de plus en plus comme inadéquate. 

D’abord parce qu’elle laisse entendre que notre action politique est auto-centrée et  ne vise que notre développement. Bien sur, nous nous considérons utiles à la gauche comme au pays et notre place dans la vie politique a donc son importance. Mais, nous raisonnons en termes de rassemblement majoritaire de la gauche pour changer la vie. Dans ce cadre, ni la dérive du PS ni le repli de la LCR ne nous conviennent. 

Nous continuons de nous adresser à toute la gauche dans sa diversité. Mais cette gauche est traversée par un débat idéologique dans lequel les idées libérales ont largement pénétré. Cette situation ne convient pas à des millions de nos concitoyens de gauche. Une des questions qui nous est posée c’est de leur faire une offre politique pour qu’ensemble nous reconstruisions une gauche de gauche. 

Voila l’espace politique que nous pouvons construire, par nous-mêmes, à partir de notre regard sur le monde, de notre projet, sans attendre que des opportunités nous soient ouvertes par les stratégies de nos partenaires potentiels. 

L’instauration du bipartisme est bien sur une volonté des puissants qui dominent ce monde et notre société. C’est principalement à nous que revient la responsabilité de mettre en échec ce projet. 

En tout cas, sans rassemblement et sans alliances pas de victoire ni de transformation de notre société même si l’on peut sans doute ajouter que sans véritable programme alternatif de la gauche il n’y aura pas de victoire non plus et pas de transformation sociale. 

Le débat jusqu’au congrès permettra un échange sur les formes que peut prendre la nécessité de ce rassemblement : alliances, front, mouvement. 

En permanence nous avons la nécessité d’une interpellation de toute la gauche. 

Peut-être que le moment où nous sommes - celui d’une réflexion de mise à jour de notre réflexion et de notre politique - doit être l’occasion de nous adresser à toutes celles et tous ceux qui souhaitent un retour de la gauche sur des bases véritablement alternatives aux logiques libérales pour leur proposer d’en débattre librement avec nous dans les initiatives de préparation de notre congrès.

 Enfin sur le parti et notre organisation. 

Jacques Chabalier, secrétaire départemental de L’Indre et Loir, nous l’avait dit, choisir Tours pour parler du parti relevait d’une attitude ambitieuse.
 
Et effectivement, de même que les congressistes de Tours, en 1920, ont fait le choix de créer un parti avec l’ambition de rassembler pour changer le monde, nous avons inscrit notre réflexion sur notre organisation, en 2008, avec la même ambition, en liaison avec nos réflexions de Paris et de Marseille dans un monde qui est radicalement différent. 

Notre débat a porté notamment sur la manière de prendre nos décisions, la gestion de nos conflits, l’efficacité de notre fonctionnement, l’évaluation de nos politiques et la conception de nos directions. Toutes ces réflexions sont à poursuivre, à travailler. Il s’agit d’examiner collectivement leur sens, leurs conséquences, pour pouvoir les évaluer et lors du congrès, décider en connaissance de cause. 

Mais notre acquis est d’avoir su tenir compte justement, des deux débats nationaux précédents en faisant du parti non une question en soi, forcément sujette aux querelles identitaires, mais un moment de notre réflexion sur les conditions et les rapports de force du combat pour la libération humaine aujourd’hui. 

Il faut savoir l’ambition que nous voulons porter. La réflexion sur notre parti est intiment liée à l’utilité que nous voulons lui voir reconnaître. D’ores et déjà, quelles que soient les améliorations que nous voulons apporter à notre fonctionnement, le collectif de femmes et d’hommes rassemblés dans le parti communiste français représente un potentiel de générosité, d’intelligence, d’expérience et de savoir-faire sur lequel nous devons nous appuyer. 

C’est pourquoi, je crois, Marie-George Buffet nous invitait à avoir « la même démarche sur cette question que celle que nous retenons pour notre combat émancipateur. S’appuyer sur les potentiels, élargir les possibles pour lever les entraves et créer de nouvelles dynamiques ».
 

Cher(e)s camarades,

 
Nous avons encore bien du travail devant nous. Luttes, débats, préparation de la fête vont nous mobiliser pour l’été. Je veux attirer encore votre attention sur l’Université que nous organisons à la fin du mois d’août. 

Ce sera une étape d’approfondissement de nos réflexions en vue du congrès, sous forme d’éducation populaire avec de nombreux ateliers dans lesquels nous inviterons également des personnalités en recherche sur les questions qui nous préoccupent. 

Des centaines de communistes peuvent y trouver les éléments d’une rentrée politique collective et enthousiasmante. Votre participation pourra d’ailleurs s’articuler avec l’université d’été du PGE qui aura lieu dans ces locaux, à Colonel Fabien, dans quelques jours, où déjà plus d’une centaine de camarades d’Europe sont inscrits. Ils n’attendent plus qu’un nombre égal de participants français.

 
Permettez-moi de vous souhaiter également de bonnes vacances.