| Retour accueil |
Cher(e)s
camarades,
Notre
Conseil national doit définir la phase statutaire de la préparation de notre
congrès, fixer son ordre du jour, lancer un appel à contribution pour la
constitution d’une base commune, élire différentes commissions.
Vous
avez reçu lundi tous les documents nécessaires à cette fin.
Nous
avons préparé cette phase statutaire par un travail collectif déjà
important : l’Assemblée générale extraordinaire de décembre 2007, la mise
en place de huit ateliers, la diffusion des notes qu’ils ont rédigées et les
trois journées nationales de Paris, Marseille et Tours.
Nous
avons rarement préparé un congrès aussi longtemps à l’avance.
Notre
conseil national doit évaluer avec lucidité, qualitativement et
quantitativement, le travail déjà effectué.
700
camarades ont participé aux trois journées nationales, issus de 72
départements, mais les notes transmises par les fédérations et certains membres
du Conseil National concernant l’engagement du débat dans le parti sont pour le
moins plus mesurées, certaines indiquent que le débat est juste entamé,
d’autres qu’il est inégal, d’autres enfin mentionnent de nombreuses
initiatives.
La
première tâche de notre conseil, à l’évidence, sera d’élargir dans les mois qui
viennent, et dès la période des vacances, ce débat, en permettant au maximum de
communistes d’y participer et de l’enrichir. L’été peut être l’occasion
d’organiser des rencontres au caractère détendu et notamment à l’occasion des rendez-vous
de la vignette. Ces initiatives, ou
d’autres, pouvant être l’occasion de donner suite à notre décision de tenir des
rencontres populaires ouvertes à toutes celles et tous ceux qui, à gauche,
souhaitent contribuer à l’élaboration d’un projet alternatif.
Je
vous propose que cette introduction à notre débat revienne sur les principaux
enseignements que nous tirons de nos trois journées nationales, et essaye de
définir les points forts qui en ont émergé et les questions qui ont été l’objet
de débats contradictoires, ou reconnues comme devant être approfondies.
En
même temps notre congrès ne peut pas se préparer en dehors de la vie
quotidienne de nos concitoyens et des enjeux sociaux et politiques qui sont au
cœur de la nécessaire riposte à la politique de Nicolas Sarkoky.
Le
développement des luttes, notre initiative politique dans celles-ci, doivent
être un souci constant de tous les communistes dans notre activité quotidienne,
dès cet été, tout à la fois :
-
pour
que la présidence française de l’Union européenne soit l’occasion pour nous de
contribuer à des mobilisations populaires pour un nouveau traité ;
-
pour
faire vivre notre campagne « la bourse ou la vie », à l’aide de la
« lettre au président’ » que nous porterons à l’Elysée en
septembre ;
-
pour
organiser des rencontres populaires multiformes avec nos concitoyens permettant
de débattre avec eux de l’alternative à construire ;
-
pour
préparer une grande fête de l’Humanité. Sans rien vouloir dévoiler, je
crois savoir que le rendez-vous de midi sera un grand rendez-vous.
Concernant
le pouvoir d’achat et le prix de l’essence, nous serons devant le maximum de
grandes surfaces et de centres commerciaux le 2 juillet pour faire connaître
nos propositions et le 4 juillet nous reprendrons de nouvelles initiatives.
Nous
devons aussi être très attentifs à l’accentuation des dérives autoritaires de
ce régime qui s’en prend à l’information, à l’audiovisuel public et plus grave
encore aux accords discutés entre les partenaires sociaux.
Xavier
Bertrand pour justifier cette « trahison » des
accords invoque
l’intérêt général. Comment accepter
une telle définition de l’intérêt
général
qui la résume au contrat passé entre le président
et le peuple au travers de
son élection. Ce qui est dans mon programme est mon bon vouloir
mais puisque
vous l’avez voté c’est aussi le vôtre. Vous
étiez prévenus, c’est normal,
circulez, il n’y a rien à négocier avant quatre
ans. Cette notion d’intérêt
général, définie de façon
unilatérale, est grave pour notre démocratie.
Aujourd’hui il nous faut combattre l’arrogance. Elle va de
pair avec les
pressions inadmissibles de l’UMP sur les journalistes de
l’AFP et d’autres
médias.
Notre
parti est victime d’un ostracisme sans précédent dans les médias, cela doit
nous conduire à la vigilance permanente, notre démarche auprès du CSA a permis
quelques avancées.
La
casse de l’audiovisuel public menace. La découpe des stations FR3 prépare une
concentration accrue des multimédias de province toujours dans les mêmes
intérêts financiers. Le manque de clarté et l’insuffisance des moyens
financiers de remplacement prévus pour compenser la suppression de la publicité
à France-Télévision et l’annonce inopinée de cette mesure font déjà des ravages
dans la programmation future de cette chaîne, dans la production et la création
de fictions audiovisuelles, avec des conséquences pour l’emploi. Le nombre de
journée de tournage et les chiffres d’affaires des industries techniques ont
baissé de quinze pour cent au premier trimestre.
Avant
de revenir sur les enseignements des trois journées nationales, je veux vous
faire immédiatement la proposition d’un cadre dans lequel nous pourrions
débattre jusqu’au congrès.
Nous
proposons d’approfondir notre réflexion à partir des trois questions déjà
évoquées : comment affiner notre regard sur l’Europe, le monde et la
société, comment construire le projet concret qu’il nous faut et le
rassemblement majoritaire qui est nécessaire pour le faire triompher, et
comment définir l’outil qu’il nous faut pour mener à bien tout cela.
Cette
option de poursuite du débat peut-elle être un cadre commun pour tous les
communistes déjà engagés dans la réflexion ? Il me semble que oui.
Quelles
que soient les options qui s’expriment sur notre parti, ses alliances, sa
stratégie, ce qui nous rassemble tous, c’est une certaine idée du monde et de
la société et la volonté de les changer. Nous sommes résistants et rebelles et
dans la résistance le nouveau commence à se construire.
Personne
ne croit ou dit qu’une perception juste du monde et de ses contradictions est
suffisante pour le changer. Mais un contresens sur ce qui caractérise son
évolution condamnerait toute action de changement à être inopérante.
Construire
un projet n’est pas non plus suffisant mais tout aussi indispensable.
Communistes nous sommes, communistes nous voulons être. Cela suppose de
clarifier notre appartenance à ce courant de pensée, toujours bien présent dans
notre société mais mis en cause par les histoires qui l’ont incarné. Qu’on
réfléchisse à partir du Parti communiste ou du communisme, nul ne peut, parmi
nous, se soustraire au travail qui définit notre relation actuelle à ce
courant, à la façon dont nous voulons l’incarner, aux propositions à court,
moyen et long termes que nous faisons à notre peuple, pour donner de la
consistance à notre projet politique.
Construire
un projet, c’est aussi dire ce que l’on veut en faire, dans quel cadre d’union
et de rassemblement en affirmant notre volonté de travailler concrètement à
tous les niveaux du pays, avec notre population, au changement nécessaire.
Réfléchir
enfin sur l’outil qu’il nous faut pour porter notre projet n’exclut pas un
débat contradictoire sur la nature des rassemblements, des alliances
nécessaires et des formes qu’il faut leur donner. Quelle que soit notre opinion
sur la forme qui nous paraît la plus efficace, personne ne peut gommer la
nécessité de réfléchir à nos rapports entre communistes, à la place de nos
directions, à notre ouverture a l’ensemble de nos concitoyens, à un débat avec
tous les représentants de la gauche et à l’efficacité de nos décisions.
Il
me semble qu’en faisant cette proposition, nous partons de la mise en commun de
réflexions déjà engagées sans gommer nos différences. Mais nous préférons
mettre en avant « l’en commun » qui nous rassemble plutôt que nos
clivages.
J’en
viens maintenant à notre réflexion sur les trois rencontres nationales.
Concernant
le monde tout d’abord. Il a changé profondément, disons-nous. Le monde et
l’Europe sont devenus les espaces obligés de l’espace politique. Non seulement
parce que le capitalisme s’est mondialisé, mais parce que le mouvement objectif
de la mondialisation permet à chaque être humain de se penser comme citoyen du
monde. Nul ne peut se penser à l’écart de ce processus, ni les états, ni les
peuples, ni les personnes. Cela modifie profondément l’activité humaine et en
premier lieu la politique. Mais notre réflexion a permis aussi de dégager
l’idée que la globalisation capitaliste est porteuse de nombreuses
contradictions, en particulier entre les potentialités immenses de
développement de l’humanité qui existent et l’incapacité du capitalisme à les
mettre en œuvre.
Comment
expliquer autrement les crises sociales, économiques, financières, du travail
et de l’emploi, de l’énergie, de l’eau et de l’ensemble des ressources
naturelles, de l’alimentation, de la démographie, etc.
Nous
avons également souligné que si le monde a changé continuellement, l’analyse
des vingt dernières années mérite toute notre attention. La chute du mur de
Berlin en 1989 a inauguré un renforcement de l’hégémonie américaine et la mise
en place par l’administration Clinton, puis par la présidence Bush, d’un
unilatéralisme dont la formule clé était « ce qui est bon pour les
Etats-Unis est bon pour le monde ».
Cette
attitude de domination semble aujourd’hui connaître pour le moins de graves
difficultés.
On
le voit clairement au Moyen-Orient où la stratégie hégémonique des Etats-Unis a
produit une insécurité majeure. Elle a nourri le terrorisme. Elle a conduit aux
situations chaotiques d’Irak et d’Afghanistan. La première puissance mondiale
est en réelle difficulté. Elle ne peut maîtriser, dans l’instabilité et la
violence, les conséquences de sa propre politique. Ce sont cependant les
peuples, notamment le peuple palestinien, qui en paient le prix. Un prix
exorbitant. Cette crise de la domination a des conséquences dures et
contradictoires mais elle surgit de l’échec des politiques de force et de
guerre.
On
le voit aussi en Amérique latine. Les gouvernements de cette région affrontent
la contre-offensive d’une droite qui se réorganise avec le soutien des
Etats-Unis, face aux succès du mouvement populaire et des victoires électorales
de la gauche latino-américaine. On constate par exemple les volontés
séparatistes de la droite bolivienne ou bien le retour de la 4ème
flotte américaine dans la région.
Le
gouvernement colombien a voulu créer un dangereux précédent en violant la
souveraineté territoriale de l’Equateur pour attaquer un camp des FARC, tuer
Raoul Reyes, un de leurs principaux responsables, et mettre ainsi fin aux
négociations pour la libération des otages. Tous les pays de la région, sauf
les Etats-Unis, ont rejeté cette violation du droit international, condamnant
de cette façon la doctrine Bush.
Cette
tragique affaire a précipité la création d’un Conseil de défense sud-américain
qui sera, avec la Banque du sud récemment créée pour une alternative aux
dominations des Etats-Unis et du FMI, l’un des nouveaux mécanismes
d’intégration des pays du cône sud et un nouvel espace de concertation pour la
prévention des conflits et la protection des territoires.
Dans
le même esprit 10 gouvernements latino-américains de gauche ont vivement
dénoncé la directive de la honte de l’Union européenne sur l’immigration au nom
de la justice, des droits humains et du refus de la criminalisation des
migrants.
On
le voit enfin en Europe à travers un triple échec.
C’est
d’abord, naturellement, l’échec d’un mode de construction européenne à travers
le NON irlandais.
C’est
aussi la tension brutale intervenue en décembre dernier entre l’Union
européenne et l’Afrique avec une montée de contestation nouvelle et forte de
pays africains dénonçant les formes d’échange et de relations imposées par
Bruxelles. C’est enfin l’échec manifeste du partenariat euro-méditerranéen,
sauf à considérer qu’il ne serait que la mise en place d’une zone de
libre-échange dans un esprit très néolibéral.
L’Union
européenne n’est même pas à la recherche
d’une vraie crédibilité. Et ce n’est
pas le voyage de Nicolas Sarkozy au Proche-Orient qui appellerait pour
le moins
d’être suivi d’actes concrets, ni son projet
d’une Union pour la Méditerranée -
prolongeant le partenariat existant déjà en crise - qui
pourront sauver le rôle
extérieur d’une Union européenne suscitant beaucoup
d’espoir hier, mais de plus
en plus contestée aujourd’hui.
La
politique européenne n’a-t-elle pas, d’ailleurs, une responsabilité, après
quelque 15 ans de ce partenariat, dans la situation très préoccupante des trois
principaux pays du Maghreb où, depuis plusieurs mois, une répression brutale
répond à des émeutes populaires, notamment de jeunes, qui traduisent une
accumulation de graves problèmes sociaux et de carences démocratiques.
Face
à cet échec européen, ni la France et ses dirigeants, ni l’Europe n’en tirent
conséquence sur le rôle qui pourrait être le leur afin d’ouvrir d’autres
possibles.
Nicolas
Sarkozy, sourd au refus populaire d’une Europe libérale, s’engage toujours plus
avant dans la voie d’un néolibéralisme autoritaire. Trois actes politiques
majeurs en témoignent : l’adoption du traité de Lisbonne contre la volonté
populaire et la volonté aujourd’hui de poursuivre la ratification de ce
traité ; la reconnaissance de la centralité de l’OTAN avec la
réintégration de la France comme symbole de soumission à l’hégémonie des
Etats-Unis alors que la France prend la présidence de l’Europe et le
renforcement de la présidentialisation de la 5ème république.
Le
résultat du référendum en Irlande nous offre la possibilité d’une relance de
nos initiatives politiques. Nous avons d’ailleurs déjà commencé avec la
rencontre, ici à Colonel Fabien avec Marie-George Buffet, de représentants de
l’Europe et notamment du Sin Feïn et la conférence de presse des députés
européens des pays qui ont voté non aux référendums organisés.
Il
nous faut d’abord, sur cette question, réaffirmer le caractère large du vote
irlandais comte tenu de la campagne de dénigrement à son égard.
En
Irlande, ce sont les quartiers populaires et les zones rurales pauvres qui ont
voté non, les travailleurs manuels à 74%, les chômeurs à 58%, les jeunes à plus
de 60%, les femmes à 56%. C’est bien d’un vote populaire des femmes et des
jeunes dont il s’agit.
Cette
réalité sociale confirme ce qui s’était passé en France et aux Pays Bas.
Le
traité est mort, il faut un nouveau traité.
Et
puisque ce sont les peuples qui rejettent le traité, il faut mettre leur
consultation au cœur même de toute solution alternative.
C’est
ce qu’indique, après la réaction immédiate de Marie-George Buffet, la
déclaration du Parti de la gauche européenne :
«Pour
qu’il corresponde enfin aux aspirations et aux besoins des peuples, ce nouveau
traité doit reposer sur d’autres bases que les logiques néolibérales et
militaristes qui ont été au cœur des rejets des traités successifs. Il doit
être élaboré de façon totalement inédite pour l’Union européenne, dans un
processus démocratique et populaire. Les élections pour le prochain Parlement
européen doivent être, aussi, un moment de clarification sur les différentes
positions traitant de l’avenir de l’Europe. Un nouveau texte devra être ratifié
par référendum dans tous les pays. Nous proposons à cette fin que, sans
attendre, des initiatives soient prises pour entreprendre le travail sur ce
traité, à partir de consultations des citoyens faisant connaître leurs
exigences et en association entre le Parlement européen et les parlements
nationaux ».
Telle
est la bataille que nous devons mener dès cet été tout en nous opposant
fortement aux quatre priorités que Nicolas Sarkozy entend vouloir donner à la
présidence française de l’Europe.
Toute
cette réflexion sur l’Europe devra se poursuivre jusqu’au congrès ; ce
sera la meilleure préparation aux élections européennes.
Je
reviens une dernière fois, et pour terminer, sur l’état du monde.
Ce
bilan appelle une conception nouvelle de la solidarité et de l’action
collective pour construire ensemble une réponse alternative crédible.
L’initiative
internationale décidée lors de notre Assemblée générale de décembre dernier se
tiendra dans cet esprit les 15 et 16 novembre.
Puisque
j’ai annoncé que je m’efforcerai de cerner des questions à approfondir ou qui
posent problème à partir des interventions des différents camarades dans le
débat et sans vouloir, ni pouvoir être exhaustif, je vous propose quelques
thèmes.
Sans
doute la question de la lutte des classes au plan international.
La
globalisation capitaliste est bien sûr une source d’aggravation des difficultés des peuples.
Mais
c’est aussi le résultat d’une certaine faiblesse du capitalisme. Confronté à la
baisse des taux de profits dans les pays du Nord il a cherché à exporter au
niveau planétaire les difficultés qu’il rencontrait par l’élargissement de
l’exploitation au niveau mondial et la mise en concurrence de tous les
travailleurs entre eux.
L’exploitation
à outrance de ceux du Sud va de pair avec l’affaiblissement de ceux qui dans
les pays du Nord avaient conquis une rémunération plus juste de leur force de
travail et un « retour » véritable sur les richesses qu’ils avaient
produites.
Dès
lors, et plus que jamais, la formule « prolétaires de tous les pays
unissez-vous » s’en trouve renforcée.
Quand
Renault conçoit ses moteurs au Japon, fabrique ses plastiques en Slovaquie,
assemble ses véhicules en Roumanie ou au Brésil, il nous faut penser
mondialement les luttes et les alternatives. Les grèves chez Dacia en Roumanie,
soutenues par les « Renault » en France, en sont une illustration.
A
cette réflexion sur les combats ouvriers, il faut sans douter ajouter la
diversification des pratiques sociales et politiques, qu’il s’agisse du
mouvement altermondialiste, de la (re)construction de services publics
« par les citoyens eux-mêmes » dans divers pays du sud, de la
« banque du sud » ou d’initiatives d’état pour créer de nouvelles
institutions concurrentielles de l’ordre voulu par les puissances financières
mondiales.
C’est
d’ailleurs toutes les institutions mondiales qui doivent être revisitées en
fonction de nouveaux contenus qui s’appuieraient sur le principe d’accords
mutuellement avantageux contribuant au développement durable de la planète, à
la défense et au progrès des droits de l’homme et de la paix dont le combat
aujourd’hui ne saurait être dissocié du combat social.
Enfin,
comment ne pas voir que toutes ces questions créent un « fait
mondial » de plus en plus présent dans notre quotidien et reconnu par nos
concitoyens. Il est l’objet de débats renouvelés dans les quartiers populaires
comme dans les entreprises. Il n’y a qu’à voir en ce moment comment le candidat
B. Obama est l’objet de multiples commentaires pleins d’espoir.
Les
rapports Nord-Sud sont de plus en plus présents dans tous les débats politiques
et de société de nos concitoyens.
Et
c’est vrai qu’il n’est pas possible de trouver solution aux questions du Nord
sans régler les questions du Sud.
L’immigration
n’est pas « un problème », nous dit Aminata Traoré, le problème c’est
celui du développement. L’action pour le développement et le co-développement
dans le monde sont la seule voie efficace d’une sécurité mondiale durable dans
tous les pays.
L’Etat
Nation n’est plus le cadre unique de la transformation sociale, il s’inscrit
dans les évolutions mondiales et les solidarités qu’elles génèrent. Si la
mondialisation capitaliste s’appuie sur l’idée que rien n’est possible dans le
cadre national, c’est pour mieux imposer le renoncement à tout changement. Cela
ne peut nous conduire à un repli sur nous-mêmes. La guerre des civilisations ce
n’est pas nous !
Soyons
attentifs aux regards de nos concitoyens sur le « fait mondial ». Les
peuples se « mondialisent ». Porteurs de leurs racines, de leurs
cultures, ils partagent bien plus que le divertissement marchand. Le monde est
partout. Les peuples, la jeunesse en particulier, commencent à le vivre comme
un bien commun, une chance, porteuse de révoltes de luttes et d’aspirations
démocratiques. Cette « mondialité », est une chance :
plongeons-nous passionnément dans ce mouvement.
Concernant
la journée de Marseille. La construction de notre projet et la formulation de
grands axes définissant les contours de ce que nous proposons à nos concitoyens
pour répondre à la question qu’ils se posent : « Que puis-je espérer
pour ma famille, pour mes proches, pour moi-même, pour demain ? » est
un exercice difficile qui se situe certainement plus devant nous que derrière.
Pourtant
là aussi, nous avons avancé.
La
question du projet est complexe, mais beaucoup d’entre-nous ont dit qu’elle
était sans doute décisive dans notre réflexion.
Elle
se situe en effet à l’articulation de plusieurs questions : le
communisme ; la crédibilité de nos propositions, la nécessité de montrer
dans quelle perspective de société nous nous plaçons, la nécessité de préparer
notre participation à des expériences de gestion qui rompent avec les logiques
d’aménagement de cette société.
Le
projet donne à voir à la fois ce que nous voulons et ce que nous sommes.
Comment
partir de ce qui se passe dans le réel, étudier les contradictions en mouvement
dans notre société et dans le monde identifier les possibles qui affleurent pour
définir les grandes réformes, les quelques grands axes que nous pourrions
populariser au cœur de ces contradictions, sans en rabattre sur nos objectifs
de transformation sociale, en donnant à voir comment la vie pourrait changer.
Et
sans aucun doute, le projet est aussi le meilleur moyen de rassembler la
majorité de nos concitoyens.
Un
projet n’est pas une accumulation de propositions même pertinentes, il doit
produire du sens, montrer la cohérence de ses propositions, susciter l’action
et le rassemblement sans lesquels le projet de trouvera pas son aboutissement.
Les
élections municipales viennent de montrer qu’un projet de vie commun dans une
ville est le plus sûr moyen de rassembler dès lors qu’il est présenté comme un
processus en construction dans lequel chacun et chacune peuvent s’investir pour
le transformer.
Cette
exigence de démocratie comme but et moyen de notre action est sans doute une
des conditions les plus importantes à la réussite de notre projet. Non pas que
nous devrions démultiplier les propositions à ce sujet. Dans un récent ouvrage,
Jean Luc Nancy attire notre attention sur le rôle qu’il voudrait voir jouer aux
« politiques » en la matière : moins montrer ce qu’il faudrait
faire et beaucoup plus dégager des espaces où le citoyen définit lui-même les
formes qu’il veut donner dans le temps et dans l’espace a son intervention.
Je
veux reprendre quelques-unes de ces questions avant de dire ce qui visiblement
a rassemblé dans la rencontre de Marseille et peut être ce qui doit être
approfondit.
Sur
le communisme.
Des
points de vus différents s’expriment sur cette question. L’atelier n° 5 nous
propose un positionnement. En six mois sans aucun doute nous n’aurons pas
toutes les réponses à nos interrogations.
Ce
qui nous est proposé c’est de reconnaître que le communisme est en crise. Cette
assertion fait débat.
Il
me semble que la proposition ne cherche nullement à décrier le communisme mais
à constater que la crise est présente dans la vie quotidienne de nos
concitoyens.
Et
tant mieux car le mot crise renvoie à une contradiction. En l’occurrence ce que
nous expérimentons dans nos relations aux autres, c’est que le communisme est
reconnu comme porteur de valeurs – souvent résumées dans le vocable humaniste –
reconnues comme positives et en même temps chargé de négatif en liaison avec
les expériences qui se sont réclamées du communisme.
L’atelier
propose un débat jusqu’au congrès nous permettant de mieux dire ce que nous
récusons dans les expériences politiques qui ont échoué et ce sur quoi, dans le
communisme, nous nous appuyons pour développer notre activité et nos
propositions.
Sur
le « possible »
C’est
aussi une question compliquée. Le Monde d’hier rendait compte des enquêtes
INSSE en titrant sur la morosité sociale des Français refusant la politique
économique de Sarkozy mais acceptant toutes les réformes sur la durée du
travail, les retraites etc. Sur ces questions, nous avons des propositions que
nous jugeons atteignables mais comment les faire avancer dans les luttes sans
mettre en débat la responsabilité sociale des entreprises et en même temps la
nature des gouvernances proposées dans les entreprises. Faire gagner de
l’argent aux salariés pris sur les plus values financières réalisées par les
investisseurs dans le rachat des entreprises, ce n’est pas la même chose qu’une
augmentation de salaires basée sur le partage d’une gouvernance dans laquelle
les salariés proposeraient l’augmentation des plus values sur la base
d’investissement dans la recherche, la formation, l’innovation sociale. Dire
cela c’est dire aussi que le dépassement du capitalisme ne peut s’effectuer
sans une transformation des rapports sociaux.
Des
propositions atteignables ne peuvent pas faire l’économie d’une réflexion.
Celle-ci n’éloigne pas du possible mais nous en rapproche.
Le
possible est aussi le résultat d’un processus et parfois ce qui n’était pas
appréhendé comme possible le devient dans ce processus.
Projet,
visée de société, luttes sociales, débat
d’idées s‘alimentent l’un l’autre dans
le chemin qu’ils tracent.
Quand
Sarkozy propose de gagner plus en travaillant plus il séduit certains. Mais
après avoir vidé les caisses pour des cadeaux à ses amis il n’a plus (sans
doute l’aurait-il fait de toute manière) comme moyen que la casse du code du
travail, la dérégulation, et l’actionnariat au service des choix financiers.
Mais comment est perçue la formule aujourd’hui. Je connais un ambulancier qui
doit travailler 192 Heures pour gagner le SMIC et 250 heures pour gagner 1400
euros Combien de temps va-t-il tenir ? Le « gagner plus en
travaillant plus » n’est pas un projet de vie.
Et
quel glissement idéologique bien sur. Se souvient-on que Chirac en 1995 avait
comme mot d’ordre dans sa campagne : « le salaire ne doit pas être
opposé à l’emploi ».
A
gauche il y a de la diversité mais certaines déclarations mériteraient un débat
contradictoire plus ferme et organisé. Quand Delanoë se dit libéral et
socialiste, il ne s’agit pas de lui lancer l’anathème mais de comprendre
comment cette assertion est l’accomplissement, là aussi, d’une évolution.
D’abord
politiquement c’est inacceptable car le signe envoyé est
un signe de confusion
entre droite et gauche sur la base du mot
« liberté ». Faut-il faire
l’énumération des libertés brimées et
bafouées par la droite ? D’autres, à
l’intérieur même du Parti socialiste ont
dénoncé cette obstination à chercher à
se rapprocher de la droite en se social-libéralisant (Benoit
Hamon).
Mais
l’affirmation libéral et socialiste s’appuie sur la confusion entretenue entre
un libéralisme économique qui serait l’apanage de la droite et un libéralisme
issu du siècle des lumières qui ne serait que purement politique et défendrait
le droit et les libertés. L’analyse que nous faisons du monde me dispense de
démontrer ici comment le libéralisme économique s’est développé en soumettant
toute la société, les rapports économiques mais aussi sociaux à ses logiques
financières et marchandes ravageuses. Yvon Quiniou dans l’Humanité ou
Jean Claude Michéa dans son livre ont dénoncé cette supercherie.
Mais
je reviens à l’assemblée de Marseille.
Je
crois d’abord que nous devons être attentifs a tous les camarades qui
regrettent de ne pas être associés à l’élaboration de nos propositions et
notamment parce qu’il s’agit souvent de militants d’entreprises.
Sur
l’Europe l’enjeu du clivage est très clair : faut-il construire l’Europe
du dehors ou de l’intérieur ?
Indéniablement
une question, au moins, a rassemblé largement les présents : la nécessité
de placer un nouveau type de développement au cœur de notre projet.
Appuyé
sur quatre principes :
-
une
action publique qui garantisse la liberté de choix des personnes dans leur
accès aux biens de consommation courants ;
-
une
appropriation publique et sociale des biens communs de l’humanité ;
-
le
dépassement du marché du travail par la sécurisation des parcours d’emploi de
formation ainsi que des revenus ;
- la maîtrise publique des marchés financiers.
Il
me semble que dans les contributions que j’ai pu lire, la satisfaction est
forte à l’égard des deux derniers principes. Cela ne signifie pas qu’il ne faut
pas poursuivre une campagne d’explication à leur égard mais la volonté de
dépasser le capitalisme est compréhensible lorsqu’on parle de dépasser le marché
du travail, combattre donc la variable d’ajustement à laquelle on veut le
réduire, et la question des marchés financiers a recours à des propositions qui
combinent les questions de propriété, la décentralisation, une réflexion qui
concerne l’Europe et le monde, le rôle de prescripteur de l’Etat.
Je
crois en même temps que beaucoup de camarades, notamment dans les entreprises,
souhaitent que l’on poursuive la réflexion sur le marché ; suffit-il par
exemple de définir un champ de secteurs qui devrait échapper au marché ?
Et de retrouver dans ce champ pour l’essentiel les biens communs à
partager ? Quelles sont les conditions dans lesquelles une maitrise
citoyenne sociale et écologique des marchés est opérante, c'est-à-dire nous
permet de sortir des critères capitalistes de gestion
Ces
questions renvoient aussi à une nécessaire réflexion sur le socialisme de
marché. L’intervention de l’Etat dans l’économie pour réguler le marché
est-elle suffisante ou bien faut-il la coupler avec l’instauration de véritables
nouveaux rapports sociaux permettant la maitrise de l’entreprise et de
l’économie par les travailleurs et les citoyens ?
Je
pense qu’il nous faut travailler la relation entre l’intervention publique et
la transformation des rapports sociaux à l’entreprise.
Nous
fêtons mai 68, n’oublions pas qu’une des revendications les plus importantes du
Grenelle de cette année la, au-delà de la hausse du pouvoir d’achat a été la
reconnaissance de la section syndicale dans les entreprises.
C’est
sans doute ce débat sur les rapports sociaux à l’entreprise qui nous permettra
de dépasser notre interrogation sur le rassemblement des dominés et des
opprimés, en permettant de mettre en évidence les potentialités du monde du
travail à promouvoir du nouveau sans l’opposer aux victimes de toutes les
dominations.
Le
nouveau type de développement que nous souhaitons définir doit également
inclure une réflexion sur les politiques industrielles dans leur relation avec
la recherche les services et les nouveaux emplois.
Concernant
les questions du rassemblement.
Nous
devons à la fois réfléchir aux rassemblements citoyens et aux alliances
politiques, sauf à considérer que nous ne poserions pas la question du pouvoir.
La
rencontre de Marseille a beaucoup travaillé la première question en insistant
sur l’aspect fondamental que constitue le partage des réflexions et des
propositions entre parti politique et citoyens. Parce que la politique devrait
être justement ce partage qui permet de définir l’intérêt général et parce
qu’il en va de l’efficacité même du rassemblement. Sans projet partagé pas de
victoire, pourrions-nous dire.
Mais
d’autres débats sont en train d’évoluer.
Par
exemple, nous avons beaucoup spéculé sur l’espace politique que nous ouvrirait
la dérive droitière du Parti socialiste ou le repli contestataire de la LCR.
Une telle formulation apparaît de plus en plus comme inadéquate.
D’abord
parce qu’elle laisse entendre que notre action politique est auto-centrée
et ne vise que notre développement. Bien
sur, nous nous considérons utiles à la gauche comme au pays et notre place dans
la vie politique a donc son importance. Mais, nous raisonnons en termes de
rassemblement majoritaire de la gauche pour changer la vie. Dans ce cadre, ni
la dérive du PS ni le repli de la LCR ne nous conviennent.
Nous
continuons de nous adresser à toute la gauche dans sa diversité. Mais cette
gauche est traversée par un débat idéologique dans lequel les idées libérales
ont largement pénétré. Cette situation ne convient pas à des millions de nos
concitoyens de gauche. Une des questions qui nous est posée c’est de leur faire
une offre politique pour qu’ensemble nous reconstruisions une gauche de gauche.
Voila
l’espace politique que nous pouvons construire, par nous-mêmes, à partir de
notre regard sur le monde, de notre projet, sans attendre que des opportunités
nous soient ouvertes par les stratégies de nos partenaires potentiels.
L’instauration
du bipartisme est bien sur une volonté des puissants qui dominent ce monde et
notre société. C’est principalement à nous que revient la responsabilité de
mettre en échec ce projet.
En
tout cas, sans rassemblement et sans alliances pas de victoire ni de
transformation de notre société même si l’on peut sans doute ajouter que sans
véritable programme alternatif de la gauche il n’y aura pas de victoire non
plus et pas de transformation sociale.
Le
débat jusqu’au congrès permettra un échange sur les formes que peut prendre la
nécessité de ce rassemblement : alliances, front, mouvement.
En
permanence nous avons la nécessité d’une interpellation de toute la gauche.
Peut-être que le moment où nous sommes - celui d’une réflexion de mise à jour de notre réflexion et de notre politique - doit être l’occasion de nous adresser à toutes celles et tous ceux qui souhaitent un retour de la gauche sur des bases véritablement alternatives aux logiques libérales pour leur proposer d’en débattre librement avec nous dans les initiatives de préparation de notre congrès.
Jacques
Chabalier, secrétaire départemental de L’Indre et Loir, nous l’avait dit,
choisir Tours pour parler du parti relevait d’une attitude ambitieuse.
Et
effectivement, de même que les congressistes de Tours, en 1920, ont fait le
choix de créer un parti avec l’ambition de rassembler pour changer le monde,
nous avons inscrit notre réflexion sur notre organisation, en 2008, avec la
même ambition, en liaison avec nos réflexions de Paris et de Marseille dans un
monde qui est radicalement différent.
Notre
débat a porté notamment sur la manière de prendre nos décisions, la gestion de
nos conflits, l’efficacité de notre fonctionnement, l’évaluation de nos
politiques et la conception de nos directions. Toutes ces réflexions sont à
poursuivre, à travailler. Il s’agit d’examiner collectivement leur sens, leurs
conséquences, pour pouvoir les évaluer et lors du congrès, décider en
connaissance de cause.
Mais
notre acquis est d’avoir su tenir compte justement, des deux débats nationaux
précédents en faisant du parti non une question en soi, forcément sujette aux
querelles identitaires, mais un moment de notre réflexion sur les conditions et
les rapports de force du combat pour la libération humaine aujourd’hui.
Il
faut savoir l’ambition que nous voulons porter. La réflexion sur notre parti
est intiment liée à l’utilité que nous voulons lui voir reconnaître. D’ores et
déjà, quelles que soient les améliorations que nous voulons apporter à notre
fonctionnement, le collectif de femmes et d’hommes rassemblés dans le parti
communiste français représente un potentiel de générosité, d’intelligence,
d’expérience et de savoir-faire sur lequel nous devons nous appuyer.
C’est
pourquoi, je crois, Marie-George Buffet nous invitait à avoir « la même
démarche sur cette question que celle que nous retenons pour notre combat
émancipateur. S’appuyer sur les potentiels, élargir les possibles pour lever
les entraves et créer de nouvelles dynamiques ».
Cher(e)s
camarades,
Nous
avons encore bien du travail devant nous. Luttes, débats, préparation de la
fête vont nous mobiliser pour l’été. Je veux attirer encore votre attention sur
l’Université que nous organisons à la fin du mois d’août.
Ce
sera une étape d’approfondissement de nos réflexions en vue du congrès, sous
forme d’éducation populaire avec de nombreux ateliers dans lesquels nous
inviterons également des personnalités en recherche sur les questions qui nous
préoccupent.
Des
centaines de communistes peuvent y trouver les éléments d’une rentrée politique
collective et enthousiasmante. Votre participation pourra d’ailleurs
s’articuler avec l’université d’été du PGE qui aura lieu dans ces locaux, à
Colonel Fabien, dans quelques jours, où déjà plus d’une centaine de camarades
d’Europe sont inscrits. Ils n’attendent plus qu’un nombre égal de participants
français.
Permettez-moi
de vous souhaiter également de bonnes vacances.