Dans le Figaro de la semaine dernière, Alain Minc a décrété l’état d’urgence.
Il écrit dans une « lettre ouverte à mes amis de la
classe dirigeante » qu’il faut « mesurer que le pays a les nerfs à
fleur de peau, que les citoyens ont le sentiment, fut-il erroné, de
subir une crise dont nous sommes tous, à leurs têtes, fautifs. »
« Ignorez-vous – lance Alain Minc - que la quête de
boucs émissaires est une constante de notre histoire et que 1789 se
joue en 1788 ? »
Tous à nos pics camarades, La Bastille n’est pas loin.
Malgré
tout, Alain Minc met le doigt sur une originalité française confirmée
dans la crise que nous traversons. Celle-ci est à la fois lourde de
menaces pour le monde du travail et toute la population et elle est en
même temps, à l’origine d’une protestation de plus en plus unanime et
d’un mouvement social sans précédent par sa force et sa lucidité sur
les racines de cette crise.
Pour ne pas être trop chauvin, précisons tout de suite
que la protestation sociale est aussi européenne et mondiale ; des
manifestations européennes sont prévues à la mi-mai à Bruxelles, à
Prague, à Berlin et à Madrid notamment ; et la contestation du G 20
confirme que la mobilisation, comme la crise, est mondiale.
La crise est d’abord une menace, elle s’aggrave. Depuis
le début de l’année il y a 3 000 chômeurs de plus chaque jour, deux par
minute. Les chiffres du chômage sont pourtant sous-estimés et
trafiqués. La dégradation de la situation se voit dans l’annonce
hebdomadaire, presque journalière, de plans de licenciements et de
restructuration, mais aussi dans la hausse des prix avec cette
révélation scandaleuse que ces prix sont plus élevés en grande surface
pour les produits conditionnés pour les familles nombreuses. Elle se
voit dans l’augmentation du nombre de personnes en dessous du seuil de
pauvreté ou du nombre de familles menacées d’expulsions locatives. Et
la dégradation constante et organisée des services publics se poursuit,
notamment la véritable mise à mort de l’hôpital public.
Mais la crise est aussi intolérable par
l’insolence de
ceux qui en sont à l’origine. Les profits flambent. Les
groupes du CAC
40 ont réalisé en 2008, pour quelque 75 milliards
d’euros de bénéfice
malgré le retournement de la conjoncture au second semestre.
Nombre
d’entre eux ont accru les dividendes versés aux
actionnaires et tous
s’apprêtent, cette année, à réduire
leur masse salariale. L’emploi est
ainsi, plus que jamais, la véritable variable d’ajustement
de la crise.
A la moindre baisse de commandes, à la moindre réduction
des bénéfices,
au premier désidérata des actionnaires, les grandes
entreprises n’ont
qu’une réponse : baisser le coût du travail,
supprimer des emplois.
C’est pour mettre fin à ce reflexe de classe que
Marie-George Buffet a
déposé le 24 mars une proposition de loi visant à
« interdire les
licenciements dans les entreprises qui ont distribué des
dividendes aux
actionnaires dans l’année comptable
précédente ». C’est une première
proposition d’urgence, avant d’autres propositions qui
seront déposées
notamment sur les pouvoirs des salariés dans la gestion, et le
conditionnement des aides publiques au contrôle de ces aides par
les
salariés et les élus.
La mobilisation populaire se fait sur une claire conscience des raisons
de la crise. Les sondages confirment que 6 à 8 personnes sur 10
ont une
mauvaise opinion de la Bourse, de l’économie de
marché, du capitalisme,
des banques ou des grandes entreprises. Les luttes se déroulent
à la
fois pour défendre des acquits de notre système social
reconnu utiles
dans ces temps de crise mais aussi sur des thèmes offensifs
à la
recherche de droits nouveaux et de considérations où
l’intérêt général
se mêle aux intérêts individuels. Ainsi faut-il
saluer par exemple
l’Appel des Appels regroupant des professionnels divers qui tous
dénoncent une société présentant
« l’homme économique » comme un
modèle
incontournable qui détruit les métiers de ces
professionnels et leur
mission au service de toutes et de tous. Dans tous les conflits, dans
toutes les mobilisations se conjuguent les soucis de radicalité
et
d’unité à l’image de l’intersyndicale
et de la plateforme qui la
rassemble. Les mécanismes essentiels du système
capitaliste sont
contestés comme la précarisation
généralisée de l’emploi ou les
rémunérations scandaleuses et disproportionnées
des patrons, des
actionnaires et des managers.
C’est le modèle de développement capitaliste qui est
mis en cause lui-même, en tant qu’il continue de creuser des inégalités
de plus en plus insupportables, en tant qu’il développe des logiques de
concurrence dans lesquelles les petits sont toujours les victimes, en
tant qu’il est prédateur des ressources naturelles de la planète en
général, en tant qu’il s’appuie sur un libre échange qui nie toujours
plus la demande au point de mettre en cause la production des richesses
elle-même, à la base pourtant de tout développement humain.
Cette crise est bien sur mondiale, elle nécessite des mobilisations planétaires.
C’est l’ensemble des institutions politiques,
financières, commerciales internationales qui sont à la fois
questionnées par la crise et dans l’impossibilité de trouver des
solutions puisqu’elles reproduisent toujours les mêmes poncifs de la
société capitaliste.
Face au G20 qui se tiendra le 2 avril à Londres, la
journée du 28 mars a été déclarée journée mondiale de mobilisation par
le Forum social mondial de Belèm. Le PCF y participe activement, et
sera présent, avec une délégation de notre Conseil National, à la
manifestation parisienne de cet après-midi. La veille du G20 à Londres,
où d’importantes manifestations sont prévues, le Front de gauche invite
à débattre de l’Europe dont nous avons besoin.
Alors qu’on nous annonce régulièrement un nouveau
Bretton Woods, les G20 se suivent et se ressemble bien loin des
nécessités. Cette fois encore les annonces concernant les paradis
fiscaux risquent de faire long feu. Pourtant la confrontation d’idées
s’accentue sur les besoins d’une autre organisation mondiale des
relations économiques. L’ONU a pris une initiative intéressante en
mettant en place un groupe de travail présidé par le prix Nobel Joseph
Stieglitz auquel participent des personnalités progressistes. Ces
derniers jours, la proposition d’une monnaie de réserve mondiale
pouvant servir d’outil anticrise commun, déconnecté des intérêts
particuliers du dollar, a pris une toute nouvelle importance confortée
par les récentes déclarations des Chinois sur le besoin d’une monnaie
de réserve semblable aux droits de tirage spéciaux du FMI.
Dans la préparation de ce G20, l’Europe à encore
faillit, à l’image du sommet « social » programmé en mai et annulé. La
démission du Premier ministre tchèque Mirek Topolanek risque de peser
sur la ratification du traité de Lisbonne. D’autres pays européens
connaissent des difficultés encore pires que la République tchèque. La
Hongrie, la Roumanie ont du demander une aide d’urgence du FMI, tout
comme la Lettonie. Dominique Strauss-Kahn vient lui-même de déclarer, à
la veille du G20, que la crise économique dans ces pays peut provoquer
des désordres sociaux qui « menaceraient les démocraties et
dégénéreraient en conflits et même en guerre ».
Quant au voyage de Nicolas Sarkozy en Afrique, deux ans
après les promesses tonitruantes de ruptures avec la « Françafrique »,
les citoyens africains et français attendent encore que le Président
« du pays des droits de l’homme » prenne en compte leurs demandes de
réformes politiques, de transparence dans la prise de décision, de
satisfaction des aspirations des peuples africains, de respect de leur
souveraineté et de coopération mutuellement avantageuse.
La réintégration complète de la France dans l’OTAN
enfin, vient renforcer encore les choix dangereux et inadaptés au monde
d’aujourd’hui de notre président. Nous avons besoin tout à la fois
d’une Europe et d’une France qui soient fortes et indépendantes dans
une toute autre politique. L’OTAN n’est pas une institution banale.
C’est un consensus obligé sur un concept stratégique, ce sont des
politiques convergentes, des conceptions et des objectifs communs, une
hiérarchie de puissances, une chaîne de commandements... C’est aussi la
valorisation des politiques de force et du surarmement des Etats
appartenant à cet OTAN que Nicolas Sarkozy appelle sa « famille
occidentale ».
C’est dire l’importance de la manifestation internationale du 4 avril et du Contre-sommet du 1er
au 5 avril à Strasbourg, organisés par 500 organisations politiques,
pacifistes, syndicales d’une trentaine de pays. La mobilisation est
forte en France, en Allemagne et en Grande-Bretagne, mais il y aura
aussi des délégations d’Espagne, de Grèce, de Turquie et même les
Etats-Unis, le Canada et le Japon seront représentés à Strasbourg. Les
organisations pacifistes jouent un rôle important dans ces initiatives.
En France notamment, le Mouvement de la Paix que nous avons rencontré
récemment, coordonne le « Collectif national unitaire anti-OTAN »
auquel le PCF appartient, et qui rassemble une cinquantaine
d’organisations.
Les autorités françaises, dès le début, ont mis de
nombreux obstacles sécuritaires et financiers pour entraver
l’organisation de la manifestation et des autres initiatives du
Contre-sommet. Les atteintes aux droits de manifestation, de réunion et
d’expression se sont accumulées comme le montre l’affaire des
« drapeaux de la Paix » que des habitants de Strasbourg avaient étendus
à leurs fenêtres et que les forces de l’ordre leur ont demandé de
retirer ou encore le fichage des habitants du centre-ville. Les
autorités commencent à reculer. Elles ont accepté que le lieu de
rassemblement pour la manifestation soit le « Jardin des deux rives » à
côté du Pont de l’Europe.
En France, face à la crise, Nicolas Sarkozy, le
gouvernement et la droite manœuvrent en recul. Certes, ils poursuivent
leur politique de réformes fondée sur les mêmes critères de réduction
de la dépense publique, de pression sur les salaires et de cadeaux
multiples au patronat. Mais ils sont obligés de tenir compte de la
mobilisation. Ils cèdent sur certains points : en Guadeloupe, sur le
travail du dimanche, sur l’évaluation des enseignants chercheurs. Mais
ils n’abdiquent jamais sur leur volonté de poursuivre la casse des
acquis de notre système comme on le voit dans l’Université. L’électorat
de Nicolas Sarkozy l’oblige à ces reculs. Un sondage de Viavoice est
ainsi commenté par son directeur : « De façon singulière, les
mouvements sociaux actuels n’induisent pas un clivage « traditionnel »
entre gauche et droite. Ils bénéficient de la solidarité des
sympathisants de gauche, des sympathisants du Modem, et d’une forte
minorité de l’électorat sarkozyste de 2007 (- 42% -).
Cette ligne de fracture atypique éclaire, pour partie, le
positionnement du président de la République. Pour autant, ces
divergences de l’électorat sarkozyste ne se prolongent pas en un
clivage politique : les personnes interrogées font volontiers référence
au « courage » et au « dynamisme » du chef de l’Etat ; beaucoup
estiment que Nicolas Sarkozy est « le meilleur », par comparaison avec
la gauche ou avec les leaders politiques précédents et que « personne
ne pourra faire mieux ».
Et dans le même temps, le Président a retrouvé des
accents de père fouettard, dans un long discours sécuritaire à Gagny,
la veille même de la formidable journée d’action du 19 mars afin, sans
doute, de déplacer les médias sur ce sujet. Il ne s’agit pas seulement
là d’une diversion minable. On ne peut en effet qu’être inquiets de
cette dérive autoritaire actuelle. La chasse aux jeunes est devenue une
pratique courante, comme la caporalisation de la justice. « Police
partout, justice nulle part » : ce slogan refleurit à juste titre. La
vidéosurveillance traque nos citoyens à longueur de temps. Dans les
entreprises, les patrons, encouragés, ont la main lourde avec les
syndicalistes. La tutelle sur les médias atteint des sommets. Nous
appelons à un rassemblement devant France Télévision et les grands
médias le 8 avril au matin pour exiger le pluralisme de l’information
et le 1er avril nous soutiendrons
dans un rassemblement, place Nationale, les quatre journalistes
auditionnés par la police dans l’affaire de la cassette sur Nicolas
Sarkozy sur FR
De son côté, le Medef lui-même est dans une posture
délicate. Alors que sa direction jouait résolument la carte de la
modernité libérale, ce patronat se voit très directement mis en cause
par l’opinion. Laurence Parisot use de termes guerriers contre la grève
du 19 mars, mais on a pu entendre, dans bien des endroits, des petits
patrons se solidariser avec les manifestants.
Quant au Parti socialiste, son positionnement sur la
crise et le plan de relance tient pour l’essentiel dans une différence
de niveau d’engagement sans distinction véritable sur le contenu des
mesures. Le PS semble vouloir s’efforcer de mobiliser sur le thème de
l’opposition à Nicolas Sarkozy, en faisant jouer une fois de plus le
« vote utile » pour exprimer le mécontentement que provoque la
politique de la droite. Mais cette orientation se heurtera dans la
campagne européenne au choix du parti socialiste de s’engager avec plus
de netteté, pour aujourd’hui et pour demain, au sein du Parti
socialiste européen. Ce choix s’est notamment affirmé par la présence
de sa première secrétaire à Madrid, au lendemain du congrès de Metz,
pour adopter le « Manifesto » du PSE, puis le 19 mars à Bruxelles pour
présenter le « plan de relance » de celui-ci. Le premier grand meeting
de la campagne européenne du Parti socialiste se tiendra d’ailleurs à
Lille le 24 avril avec les dirigeants du PSE.
Bien sur le chef de l’Etat s’efforce d’occuper le
terrain de la bataille des idées. Il y occupe même une place
privilégiée par un discours sur la moralisation du capitalisme, la
limitation des excès financiers des actionnaires et des managers.
Certes, les actes concrets manquent et limitent la portée du discours
mais l’absence d’une présence forte de la gauche sur ce terrain est
bien sûr dommageable.
Pourtant de nombreux indices dans le monde et en France
montrent que des alternatives sont possibles. Dans un chat sur
Monde.fr, Raymond Torres, directeur de l’Institut international
d’études sociales du Bureau international du travail (BIT), dénonce la
faiblesse des mesures pour l’emploi dans les plans de relances
mondiaux. Il appelle a donner « aux normes internationales du travail
du BIT une place plus importante, pour éviter ainsi une concurrence
déloyale, néfaste pour l’économie mondiale » et à développer le volet
formation des plans de relance en « ciblant » les publics à risques,
les moins qualifiés, les jeunes peu qualifiés ; en permettant aux
services publics de l’emploi d’intervenir dans les entreprises avant
même le licenciement, comme dans certains pays européens.
Ils peuvent ainsi aider les employeurs à mettre en
place des programmes de formation qui diminuent les risques de
licenciement, et évitent que le temps libéré par le chômage technique
ne serve à rien.
La réponse politique à la crise, nous pouvons la
nourrir de nos choix de communistes. Non pas qu’ils soient les seuls à
correspondre aux besoins de nos concitoyens ou que nous mêmes
suffisions, seuls, à promouvoir des rassemblements majoritaires. Nous
avons fait le choix de construire des fronts sur des contenus exigeants
et dans des rassemblements les plus larges possibles à chaque fois.
Nous apportons dans ces rassemblements notre pensée et nos
propositions. Elles enrichissent le pot commun de ces unions qui
permettent que partis politiques et mouvement social se côtoient.
Notre congrès a précisé le choix de société que nous
faisions. Rupture avec le capitalisme pour satisfaire les besoins
humains par un nouveau type de développement appuyé sur le
développement et la recherche, sur des politiques industrielles
respectueuses des ressources de notre planète, mobilisant notamment les
énergies renouvelables ; intervention de la puissance publique et
promotion de nouveaux droits pour les salariés dans les entreprises et
pour les citoyennes et les citoyens dans les quartiers populaires.
Prenons conscience que ces choix peuvent mieux être
reçus aujourd’hui, tant la crise fait percevoir toute la nocivité du
fonctionnement capitaliste. Nos concitoyens prennent leur distance avec
ce système, ça bouge dans les têtes : on accepte moins les inégalités,
on tolère moins certaines injustices, on attend une autre utilisation
de l’argent, on mesure mieux que ce n’est pas la crise pour tout le
monde ; la crédibilité même du capitalisme est en question. Cela
suscite une aspiration au changement, un climat propice pour faire
connaître et soutenir nos propositions.
360 milliards d’euros pour les banques cela fait
réfléchir au fait que de l’argent il y en a et que l’Etat est en
situation de le mobiliser. Alors pourquoi ne pas demander des
contreparties à ce renflouement, une prise de participation de l’Etat,
la nationalisation de certaines banques pour constituer un pôle public
du crédit qui avec la Caisse des dépôts oriente l’argent autrement, en
faveur de la recherche et de l’innovation, en faveur de productions
respectueuses de nos ressources, en faveur des entreprises qui créent
des emplois, favorisent la formation de leurs salariés, augmentent leur
rémunération. Ces propositions peuvent mettre en lumière la nécessité
de rompre avec le pacte de stabilité de l’union européenne déjà mis à
mal par ses propres défenseurs, de redéfinir les missions de la BCE, de
mettre en place une autre monnaie de réserve mondiale que le dollar, à
l’image des droits de tirages spéciaux du FMI.
Les centaines de millions distribués en dividendes, en
parachutes dorés et autre stock d’argent en option privative sur les
valeurs boursières rendent insupportables les licenciements, les bas
salaires, la précarité et le chômage partiel organisé par ceux qui
profitent de ces pactoles. Alors pourquoi ne pas donner plus de droits
aux comités d’entreprises et aux délégués du personnel pour suspendre
ces plans de licenciements, obliger à discuter des plans alternatifs
déposés par les organisations syndicales en mobilisant élus et
représentants de l’Etat auprès des salariés afin que prévale l’intérêt
général ? 1968 a permis la reconnaissance de la section syndicale
d’entreprise, 2009 doit déboucher sur de nouveaux droits pour les
salariés. C’est un défi nouveau car l’entreprise a changée depuis 1968.
Les réseaux de sous-traitances et leur dépendance à
l’égard des grands groupes donneurs d’ordres nécessitent une
reconnaissance des droits des salariés y compris en dehors de leur
entreprise, là où les décisions se prennent. De ce point de vue, les
bassins d’emplois peuvent être des lieux de droits nouveaux où
l’intervention des organisations syndicales peut s’allier à celle des
élus et des représentants des pouvoirs publics.
Il est possible aussi de développer considérablement la
mutualisation des contributions des entreprises et des fonds publics à
une formation rémunérée de qualité, notamment contre le chômage
partiel. Exigeons une tout autre ampleur du fonds d’investissement
social concédé, sous la pression des luttes, par le chef de l’État et
imposons sa gestion paritaire.
L’égoïsme des grands managers entrepreneuriaux et les
sommes gigantesques qu’ils détournent de la satisfaction des besoins
humains y compris de l’investissement productif peut permettre de
réfléchir, à nouveau, à la responsabilité sociale des entreprises, au
gâchis que représentent les exonérations de cotisations sociales qui
leurs sont octroyées.
Le débat autour du scandaleux bouclier fiscal peut
permettre de montrer la nécessité de revenir à une fiscalité
individuelle dont le maître mot redeviendrait progressivité,
progressivité de l’effort de chacun en fonction de ses revenus pour
alimenter les politiques publiques en faveur de tous. Saluons ici
l’initiative de notre groupe au Sénat qui a déposé un projet de loi
visant l’abrogation du bouclier fiscal, la suppression totale des
« parachutes dorés » pour les grands patrons et l’interdiction des
stocks options. La droite a voté contre en séance au moment même où
Nicolas Sarkozy prétendait moraliser les rémunérations patronales !
La progression vertigineuse du chômage rend plus
perceptible le fait que le plus important plan de suppressions
d’emplois organisé en France est celui que l’État met en œuvre à
hauteur de 30 000 emplois pour 2009 avec, notamment, le
non-remplacement d’un départ de fonctionnaire à la retraite sur deux.
C’est le service public qu’on assassine, entrainant un risque de
récession plus fort de notre économie alors que la crise devrait au
contraire rendre plus nécessaire le développement de tous les services
collectifs pour la satisfaction des besoins sociaux et pour contribuer
au maintient de l’activité économique.
On le voit ces propositions dessinent déjà les contours
d’un autre projet de société que celui qui est de plus en plus rejeté
par nos concitoyens. N’ayons pas peur d’élever le débat jusqu’à cet
objectif : il s’agit de dessiner un autre avenir de le faire tous
ensemble à partir du rejet grandissant du capitalisme.
Tous les mouvements sociaux sont marqués de la
recherche de sens pour notre vie. Le « Lyanage » Guadeloupéen n’est pas
un syndrome des iles. Il revendique le respect de chacune et chacun
dans la relation à l’autre. Il fait écho aux propos de cette infirmière
de Marseille qui dans le premier meeting du front de gauche réclamait
de vivre dignement de son salaire. L’argent n’est pas une fin en soi.
Seule Laurence Parisot peut tenter de justifier les rémunérations des
patrons en affirmant qu’il faut que l’on sache que la France est un
pays où l’on peut gagner de l’argent. Le culte de la concurrence prend
un coup de vieux tant les oppositions qu’il organise entre salariés,
entre territoires, entre étrangers et français minent la relation entre
les humains et met en cause la cohésion sociale.
Confirmons notre évolution décisive dans notre
perception du monde et la conséquence qu’elle a sur notre vision de la
transformation sociale. La crise peut susciter des envies de replis et
de protection. Se protéger d’accord mais encore faut-il dire de qui et
de quoi. Protéger nos avancées sociales en France d’accord mais en
constatant qu’il en existe aussi dans d’autres pays parfois supérieures
aux nôtres.
Il ne faut pas attendre bien longtemps pour comprendre
que ceux qui parlent de protectionnisme ne nous proposent pas de nous
défendre contre le capitalisme mais le plus souvent contre le plombier
polonais vécu comme un concurrent potentiel menaçant. Aucun bouclier ne
peut nous protéger du monde et de son évolution. Les barrières
douanières imaginées parfois aux frontières de l’Europe seraient
d’ailleurs bien impuissantes à combattre le dumping social et les
délocalisations à l’intérieur même de l’Union européenne. Là encore le
culte de la concurrence conduit a bien des désillusions et la loi du
plus fort qui oppresse toujours le plus faible n’a ni justification
morale ni avenir. La coopération qui suppose le développement de tous y
compris des plus faibles est la voie de l’avenir et du
Co-développement, elle passe par des accords industriels et commerciaux
qui incluent des clauses de promotion sociale mutuellement
avantageuses. Nous sommes pour un SMIC européen égal à 60 % au moins du
salaire « moyen » de chaque pays et nous le savons bien, les luttes de
l’automobile en Roumanie ont reçu le soutien des « Renault » en France
parce qu’ils sentaient bien la nécessité de ce combat commun.
Affirmons également la place première que nous donnons
au féminisme comme un élément constitutif de la transformation sociale.
Gisèle Halimi au Zénith en revenant sur la clause de l’Européenne la
plus favorisée ne donne pas droit seulement à cette revendication
essentielle. Au travers de cette revendication elle rend l’espace
européen pertinent pour le progrès social comme il pourrait l’être pour
d’autres propositions sur des terrains différents. Elle donne à voir un
véritable projet européen qui donne envie de construire un espace
commun avec une plus value humaine porteuse de sens et de civilisation.
La campagne des Européennes doit donc placer en son
cœur ces questions liées à ce que vivent nos concitoyens, liées à la
crise, liées au mouvement social, permettant de montrer qu’il est
possible le 7 juin de dire à Sarkozy que l’on veut une autre politique
en France et de dire qu’on veut une autre construction européenne.
Bien sûr, le lien avec 2005, la lutte contre le traité
constitutionnel et contre les traités qui fondent cette Europe doit
être fait. Bien sûr aussi, la nécessité d’avoir des députés combattants
dans cette Europe, permettant de révéler les aspects les plus nocifs
des circulaires et des traités, et de les mettre en échec parfois, est
tout aussi indispensable. La récente conférence de presse tenue par le
Front de Gauche avec Francis Wurtz contre les nouvelles menaces à
l’égard des services sociaux d’intérêt général (SSIG) constitue un
nouvel exemple de cette nécessité.
Mais nous devons porter un projet alternatif clair pour
la France et pour l’Europe dans cette campagne. Montrer que nous ne
tournons pas la page du mouvement social mais que bien au contraire
nous faisons tout pour lui trouver un prolongement dans le vote. Les
élections européennes ne sont pas des élections secondaires sous
domination d’autres échéances. Elles constituent cette année le seul
moment proprement politique pour dire non à Sarkozy et oui à des
politiques différentes en France et en Europe ; pour exprimer un vote
en harmonie avec nos luttes, nos résistances et nos espoirs.
Les conditions dans lesquelles le rassemblement pour le
Front de Gauche se sont faites témoignent malheureusement des
difficultés de la Gauche. Le NPA a préféré une stratégie de
construction préalable d’un rapport de force à la gauche du Parti
socialiste à un rassemblement clair de toutes les composantes
politiques qui rejettent l’Europe telle qu’elle est construite
aujourd’hui et combattent pour des politiques ni libérales, ni sociales
libérales, en France et en Europe. Le MRC a appuyé son refus de
participer sur sa volonté de privilégier la souveraineté nationale dans
le cadre de la construction européenne, alors qu’aucune force du Front
de Gauche ne met en cause cette notion dès lors que la souveraineté
populaire dans le cadre national, comme dans le cadre européen est
affirmée comme nécessaire. Les Alternatifs, dans la consultation de
leurs adhérents ont mis en avant l’absence de l’unité la plus large en
renvoyant dos à dos l’ensemble des composantes de la gauche non
socialiste, sans tenir compte des discussions entre le Front de Gauche
et eux-mêmes aboutissant à une plateforme commune partagée dans tous
ses points et une répartition des listes reconnues équitable.
Mais tel qu’il est, le Front de Gauche est déjà une
promesse de dynamique porteuse d’avenir. Il constitue à gauche la seule
nouveauté des élections du 7 juin. De par le rassemblement des forces
politiques qui le composent et de par la présence sur nos listes de
nombreux représentants du mouvement social à l’image de celles et ceux
qui vivent ensemble dans notre pays.
Les listes sont maintenant arrêtées. Nos têtes de
listes sont à parité et marquent notre diversité d’engagement politique
et citoyen. Notre campagne peut donc prendre maintenant toute son
ampleur. Nous devons déployer une campagne de proximité à dizaine de
milliers de voix, tournée vers les acteurs des luttes, vers les jeunes,
nos proches dans les quartiers, les campagnes et les entreprises
Chers camarades, notre campagne ne manque donc pas
d’arguments et de propositions à faire valoir. Notre originalité
communiste peut contribuer ainsi aux cotés d’autres originalités et en
cohérence avec elles à un vaste débat public sur les enjeux du moment.
Le front de gauche peut répondre aux attentes de notre peuple. Il est
le seul cadre unitaire à gauche.
Nous devons déployer l’ensemble de nos forces
militantes pour ce combat. L’engagement de chacune et de chacun est
décisif. Formons cette chaine humaine qui a montré en 2005 et en
diverses occasions sa capacité à construire des résistances et des
alternatives aux politiques capitalistes jusqu’à les rendre
majoritaires. L’enfermement protestataire est le plus souvent un choix
par défaut. En montrant sa capacité à proposer une autre politique
crédible, argumentée, ni libérale, ni sociale libérale ou sociale
démocrate, le Front de Gauche peut convaincre beaucoup de citoyennes et
de citoyens de gauche de nous rejoindre dans cette dynamique.
Cela passe par des moments de mobilisations fortes et
nos meetings dans les grandes régions y contribueront comme nos
émissions officielles à la télévision et à la radio. Mais voyons bien
que dès maintenant c’est notre capacité à démultiplier notre présence
au plus près de celles et ceux qui nous côtoient dans les entreprises,
dans les quartiers et les campagnes qui sera décisive.
Nous recensons déjà plus de 150 réunions publiques sur
une cinquantaine de départements. Il nous faut passer la vitesse
supérieure. Organisons des milliers de rencontres dans tous les
départements, allons au porte à porte, mobilisons les sites sur
internet, les blogs et les chats pour échanger et construire des
rassemblements, utilisons les appels à voter pour diffuser le maximum
d’informations à celles et ceux qui les signent sur l’évolution des
enjeux de campagne.
Utilisons tous les moyens pour rencontrer, dialoguer,
inviter à s’engager et travaillons ensemble à faire de cette campagne
un moment populaire alors que les mouvements sociaux s’affirment et que
le besoin de riposte à Sarkozy grandit pour ouvrir une alternative
politique à gauche.
L’argumentaire édité pour tous les militants nous donne
de la confiance supplémentaire. La déclaration de principe que nous
avons adoptée au front de Gauche affirme des choix communs ambitieux.
Les dix grands axes énoncés par Marie-George au Zénith circulent et
sont repris dans les manifestations et dans nos rencontres.
Alors, camarades allons-y avec confiance, avec la
confiance que nous donne cette période de fortes mobilisations
populaires et citoyennes.