« Je
veux permettre à chaque ménage d’être propriétaire, parce que la
propriété est le rêve de chacun d’entre nous. » Un an et demi plus
tard, cette rengaine, ressassée à longueur de discours par le candidat
Nicolas Sarkozy au printemps 2007, a pris un sacré coup de vieux. La
crise mondiale est passée par là. Livré à la seule loi du marché et aux
spéculateurs de tous poils, le secteur de l’immobilier subit
aujourd’hui un sacré coup de frein. Et même si la situation en France
n’a pas pris les proportions dramatiques observées aux États-Unis, où
deux millions de ménages pourraient perdre leur logement, les victimes
commencent à se faire connaître. Au premier rang desquelles ces 30 000
familles coincées dans l’étau des prêts-relais, ces crédits contractés
pour faire le lien entre un achat et une vente.
Comment en est-on arrivé là ?
Au commencement, il y a bien sûr la volonté, louable, de beaucoup de
Français d’acquérir leur logement. Parce que le loyer est considéré
comme un « fonds perdu », et que chacun, en achetant, espère pouvoir
transmettre un patrimoine aux générations suivantes. Résultat : une
demande extrêmement forte (1,7 million de logements achetés chaque
année), pour une offre qui ne suit pas forcément. Depuis sept ans, les
prix n’ont donc cessé de progresser, de s’envoler même, encouragés par
des conditions de crédits très attractives (taux bas, durées de plus en
plus longues, mise en place de prêts à taux zéro). Face à cet
emballement, le pouvoir politique est resté muet. « Personne n’a rien
fait, ni avant ni après 2002 », pour calmer cette surchauffe, confirme
l’économiste Michel Mouillart, spécialiste du logement. Il faut dire
qu’avec les droits de mutation et autres taxes sur la plus-value
immobilière, l’État a aussi largement profité de l’explosion des prix.
Sans redistribuer cette manne à bon escient, bien au contraire.
Des « remèdes » incertains
« L’essentiel de l’effort financier de l’État porte sur les
défiscalisations (les dispositifs Robien, Borloo…) », qui ouvrent droit
à d’importantes exonérations à ceux qui achètent un bien pour le louer,
s’indigne Jean-Pierre Giacomo, de la Confédération nationale du
logement (CNL). « Or non seulement cela coûte très cher (1 milliard
d’euros chaque année, contre moitié moins au logement social), mais, en
plus, ces logements ont été construits dans des zones où les besoins
n’étaient pas toujours réels. » Efficacité douteuse, donc. Aussi
douteuse que ce que propose le chef de l’État pour relancer le secteur.
Car, depuis, la surchauffe a été douchée par la crise du crédit née aux
États-Unis. Celui-ci s’est tari, tout comme la confiance. Le nombre des
transactions dans l’ancien a chuté, début 2008 (- 12 %), avant de
s’effondrer dans l’été (- 25 % dans les grandes métropoles de
province). Contaminant les programmes neufs, avec des baisses de 40 000
à 50 000 mises en chantier annuelles. Face à cette dégringolade,
Nicolas Sarkozy a annoncé le rachat par l’État, et à prix décoté, de 30
000 logements « dont les travaux n’ont pas été lancés faute de
certitude sur les ventes ». Une mesure saluée par les promoteurs… mais
pas par tous. « Cela m’étonnerait beaucoup que des promoteurs vendent à
perte des opérations, avec des décotes de 20 % à 30 % comme c’est
envisagé », a ainsi tempéré hier Guy Nafilyan, le PDG de Kaufman &
Broad.
Des milliers de familles sur le carreau
Les 30 000 ménages ayant souscrit des prêts-relais
attendent
toujours, de leur côté, un signe du gouvernement. Faute de
mesures
concrètes, la ministre du Logement, Christine Boutin, a dû
se contenter
jeudi de réclamer pour ces familles la
« clémence » des banques…
« Un
appel à la « clémence bancaire » et
à des délais de grâce méconnaît les
contraintes financières des banques, dont nul n’ignore
qu’elles sont à
court de liquidités », a poliment
répliqué l’Association française des
usagers des banques.
« En attendant, il y a toujours dans notre pays 1,4 million de
demandeurs de logement social, rappelle Jean-Pierre Giacomo. Et le
budget logement pour 2009 baisse, lui, de 7 %. » Cherchez l’erreur.
Alexandre Fache