Gaza. Des voix contre le massacre

Solidarité. Dirigeants politiques de gauche et responsables syndicaux relaient l’indignation et l’exigence de l’arrêt de l’agression contre Gaza. Une journée de mobilisations nationales aura lieu samedi.

« Aux peuples de porter le langage de paix » Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF

« Combien sont-ils ces femmes et ces enfants de Gaza morts sous les bombes israéliennes ? Combien sont-ils ces Palestiniens vivant aujourd’hui dans la terreur, le deuil, la faim ? Personne ne le saura jamais. Ce que je sais, en tout cas, c’est que ce massacre doit cesser tout de suite et laisser enfin place à une logique de paix dans la région. Donner sa chance à la paix, c’est travailler à la seule solution pouvant clore le cycle des fanatismes et de la violence : deux États de pleine souveraineté, palestinien et israélien, vivant dans les frontières de 1967, dans la coopération et la sécurité. Face au silence assourdissant de la communauté internationale, il revient aux peuples de porter ce langage de paix : aussi samedi, allons toutes et tous manifester pour exiger un cessez-le-feu, la levée du blocus de Gaza, l’ouverture immédiate de véritables négociations de paix. Il y a urgence ! »

« Exiger un cessez-le-feu immédiat »

Jean-Marc Ayrault,

président du groupe PS à l’Assemblée nationale

« Nous condamnons cette intervention militaire à Gaza parce qu’elle enterre une nouvelle fois tout espoir de règlement durable et creuse un peu plus le fossé entre Israël et le monde arabe. Le Hamas porte une lourde responsabilité en ayant rompu la trêve. Mais Israël, avec le blocus et cette intervention, est coupable d’une réponse disproportionnée. Les encouragements donnés par l’administration Bush à l’intervention israélienne sont à cet égard désastreux. Toute la communauté internationale doit faire bloc pour exiger un cessez-le-feu immédiat, la levée du blocus sur l’aide humanitaire à la population de Gaza et l’envoi d’une force internationale d’interposition. Nous appelons également le président Obama à rompre avec la politique de son prédécesseur et à relancer avec l’Europe, la Russie et l’ONU un nouveau processus de paix. »

« Je soutiens le peuple palestinien »

Noël Mamère

Député maire (Verts) de Bègles (Gironde)

« Même si la victoire militaire d’Israël est inéluctable, c’est pour son gouvernement une impasse politique. Cela ne fera que retarder ce qui serait la logique : deux États pour deux peuples. Cette opération militaire est plus guidée par des impératifs de politique intérieure à la veille d’élections législatives que par des nécessités de sécurité, même si on peut comprendre le désarroi d’une partie des Israéliens face aux tirs de roquettes du Hamas. Mais la réalité c’est que le peuple palestinien est pris en otage. C’est une logique destructrice. Dans cette situation, les mobilisations sont toujours nécessaires. La question est de savoir si on soutient le peuple palestinien ou le Hamas ? Moi je soutiens le peuple palestinien, sans considérer le Hamas comme ce qu’il souhaite devenir, c’est-à-dire un martyr qui prendrait la place de l’Autorité palestinienne et éliminerait un peu plus les maigres espoirs que l’on peut avoir pour une négociation future. »

« Les puissances occidentales portent une lourde responsabilité »

Claude Debons,

secrétaire national du Parti de gauche

« Je condamne avec force l’offensive militaire meurtrière de l’État d’Israël et son refus du cessez-le-feu. Je suis profondément indigné du cruel blocus et maintenant de la « punition collective » infligée aux habitants de Gaza, avec des milliers de victimes. Le Parti de gauche sera présent à la manifestation samedi pour témoigner sa solidarité au peuple palestinien et demander l’arrêt de toutes les opérations militaires. Le choix du gouvernement israélien d’une riposte militaire d’une violence sans précédent depuis la guerre de 1967 ne peut apporter aucune solution durable à la légitime exigence de sécurité du peuple israélien face aux inacceptables tirs de roquettes visant les populations civiles. En ayant accepté que les dirigeants israéliens bafouent toutes les règles internationales, les puissances occidentales portent une lourde responsabilité dans la crise actuelle. Une paix juste implique la reconnaissance du droit de chaque peuple - palestinien et israélien - à vivre en sécurité dans son propre État avec les garanties internationales nécessaires ».

« Cessez-le-feu, retrait des troupes israéliennes et force internationale d’interposition »

Benoît Hamon,

porte-parole du Parti socialiste

« En acceptant le principe d’un corridor humanitaire, Israël réagit sous la pression des images terribles des enfants victimes des bombardements, sous la pression internationale. Je crois d’ailleurs, de ce point de vue, que le président Obama ne se montre pas au diapason du discours classique de l’administration américaine. Je suis convaincu que dans ce dossier, il surprendra.

Mais on ne peut évidemment pas s’en tenir à une suspension des bombardements trois heures par jour. Les bombes s’abattent sur un territoire asphyxié de longue date par le blocus. Il faut un cessez-le-feu, un retrait des troupes israéliennes, et le déploiement d’une force internationale d’interposition. Ensuite, il n’y a pas d’autre choix que d’imposer aux Israéliens et aux Palestiniens une paix qu’ils ne pourront pas bâtir seuls, dans un face-à-face. Il faut les aider à sortir de l’impasse à laquelle ont conduit d’une part le choix d’Israël, depuis des années, de se placer en dehors de toute feuille de route sérieuse, et d’autre part, la radicalisation du Hamas.

Principal partenaire financier des territoires palestiniens, l’Union européenne, qui a récemment décidé de « rehausser » sa relation avec Israël, devrait jouer un rôle de premier plan dans la construction d’une issue. Il est inconcevable qu’elle demeure, dans cette affaire, un « nain » politique. »

Arrêter le massacre de civils

Bernard Thibault,

secrétaire général de la CGT

« Le massacre de civils par l’armée israélienne dans la bande de Gaza, conséquence de l’engrenage meurtrier de l’intervention militaire, doit cesser immédiatement. Les bombardements condamnables du Hamas sur le sud d’Israël ne peuvent justifier ce déferlement de violence. Aucune guerre ne pourra régler le conflit israélo-palestinien. Au contraire, la violence appelle la violence et éloigne pour longtemps tout espoir de solution politique. C’est déjà ce qui a résulté du blocus de la bande de Gaza par Israël conduisant à des conditions de vie extrêmement dures pour la population palestinienne. Dans cette situation dramatique, la CGT exprime sa totale solidarité à l’égard du peuple palestinien et à ses représentants syndicaux, notamment à la PGFTU, syndicat qui se bat pour défendre les conditions de vie des travailleurs palestiniens. Le gouvernement français et l’Union européenne doivent prendre l’initiative d’une résolution des Nations unies afin d’obtenir un cessez-le-feu immédiat, sous peine de sanctions, le retrait des forces israéliennes et l’installation d’une force de protection. Dès maintenant, le gouvernement français et l’Union européenne doivent suspendre l’accord d’association avec l’État d’Israël et cesser toute coopération militaire afin de faire pression sur les autorités Israéliennes. La communauté internationale doit faire respecter ses propres résolutions, qui sont la base d’un règlement du conflit, notamment la création d’un État palestinien pleinement souverain sur l’ensemble des territoires occupés. »

« Brutalité cynique »

Gérard Aschieri,

secrétaire général de la FSU

« Est-il besoin de dire l’horreur de ce qui se passe en Palestine ? La révolte qui saisit devant les massacres, l’injustice, le mépris pour le droit international, la brutalité cynique ? Ni le syndicaliste, ni l’enseignant, ni le citoyen ne peuvent y être indifférents.

J’ai été sidéré d’avoir vu à la télévision Tzipi Livni parler froidement de « légitime défense » après le bombardement d’une école de l’ONU. Mais je suis autant choqué des propos qui renvoient dos à dos les belligérants. Pas seulement à cause de la disproportion. Parce que si les attaques contre les populations civiles sont injustifiables d’où quviennent, la responsabilité première du conflit est dans la politique israélienne qui a toutes les caractéristiques des politiques coloniales que nous avons connues par le passé. Et on ne peut pas isoler la sanglante bataille que nous connaissons du blocus imposé depuis des mois à Gaza et qui a poussé au désespoir un million et demi de personnes. Notre pays et la communauté internationale ont une responsabilité : faire cesser immédiatement l’intervention militaire et imposer enfin le respect des résolutions de l’ONU et du droit. C’est en portant ces exigences, et aussi en développant un travail éducatif, que notre pays et les forces sociales qui le constituent contribueront à éviter que ce conflit ne génère des comportements racistes ou antisémites. »

« Solidarité avec le peuple palestinien opprimé »

Nathalie Arthaud,

porte-parole de Lutte ouvrière

« Lutte ouvrière appelle à manifester le samedi 10 janvier contre l’agression de l’armée d’Israël à Gaza. Cette armée, une des plus modernes du monde, après avoir soumis ce petit territoire surpeuplé à un bombardement intensif, a fait donner ses chars et assassine - parce qu’il n’y a pas d’autre mot - des femmes, des hommes et des enfants. Il faut que cette agression s’arrête immédiatement. Elle est l’expression brutale de l’oppression que l’État d’Israël exerce sur le peuple palestinien, privé de pays, de libertés, de droits, et même de conditions économiques minimales permettant de survivre. J’affirme ma solidarité avec le peuple palestinien opprimé en ajoutant que la politique du gouvernement israélien va à l’encontre des intérêts du peuple d’Israël lui-même car un peuple qui en opprime un autre ne peut pas être libre ni espérer vivre en sécurité. »

« Un nouveau Guernica »

Olivier Besancenot

Porte-parole de la LCR

« Un nouveau Guernica se déroule au Moyen-Orient dans le vacarme des bombes et des obus israéliens avec le silence complice de tous les gouvernements occidentaux et arabes. Par son courage et sa dignité, le peuple palestinien fait peur aux puissants de ce monde. Sa résistance permanente depuis des dizaines d’années est une épine intolérable dans le pied des monarchies féodales ou des magnats du pétrole. Incapable de justifier son terrorisme d’État, le gouvernement israélien en vient à se justifier par une campagne abjecte de mensonges découvrant derrière chaque cadavre d’enfant un « terroriste » du Hamas. Dans le monde d’aujourd’hui dominé par la guerre contre les peuples menée par les multinationales, la lutte du peuple palestinien devient le symbole de la résistance populaire. Il résiste pour nous contre l’oppression, l’humiliation et l’asservissement, nous avons les mêmes adversaires. Au-delà des belles paroles ou des murmures complices, chacun est devant un choix décisif : être aux côtés de la résistance palestinienne ou du côté des agresseurs. Samedi, nous serons toutes et tous dans la rue. »

« Pour une mobilisation large, politique et non communautaire »

Daniel Breuiller

Maire (Gauche citoyenne) d’Arcueil,Val-de-Marne. Ville partenaire d’Hébron

« Il y a un immense mensonge autour de l’agression israélienne sur Gaza. Celui de la sécurité pour Israël alors que son gouvernement a tout fait pour ne pas avoir d’interlocuteur, pour affaiblir le camp de la paix, pour nier les droits du peuple palestinien ne laissant place qu’au désespoir, aux affrontements ; confortant le Hamas et permettant à Israël de dire, je continue. Qu’est ce qui est visé sinon l’annexion de la Palestine. On peut toujours trouver des motifs, des tirs de roquettes, qui sont injustifiables… mais les massacres à Gaza sont révoltants. Je suis bouleversé. D’autant que, faire croire qu’il y a une solution militaire est un mensonge. La seule solution est politique. Il faut une force d’interposition internationale sous mandat de l’ONU pour garantir la sécurité aux peuples israélien et palestinien. Aujourd’hui, la mobilisation large, politique et non communautaire, est indispensable pour faire prévaloir une solution de paix et la création d’un État palestinien. »

« Il faut des sanctions contre Israël »

Luisa Morgantini

Députée italienne de la Gauche unie européenne.

« Aujourd’hui, il faut travailler à ce que l’UE n’augmente pas son niveau de relation avec Israël - (NDLR : contrairement à ce qu’ont décidé les ministres des Affaires étrangères des 27 le 8 décembre dernier). La responsabilité de la communauté internationale est grande. Elle n’a pas reconnu le gouvernement du Hamas. Elle n’a pas travaillé à ce qu’Israël respecte le droit international. Il faut des sanctions. La seule fois où Israël a stoppé l’implantation de colonies, c’est quand le Sénat des États-Unis a bloqué les aides annuelles au gouvernement israélien. Je pense qu’il faut que l’UE suspende son accord d’association avec Israël, qui est soumis au respect des droits de l’homme, etc. Ce faisant, nous respecterions nos propres règles. »

« Les manifestations nous aident »

Jeff Halper,

coordinateur du Comité Israélien contre la destruction des maisons palestiniennes

« En Israël nous sommes entre 5 % et 10 % à nous opposer à cette guerre. Mais nous faisons partie d’une société civile internationale beaucoup plus importante. Israël veut faire croire que c’est un conflit local mais en réalité c’est un conflit global. Si l’on ne compte que sur la mobilisation interne à Israël, nous ne parviendrons pas à arrêter cette guerre. Mais les mouvements dans le monde peuvent forcer les gouvernements à faire quelque chose.

Les manifestations qui sont organisées un peu partout, particulièrement en Europe, en France et aux États-Unis sont particulièrement indispensables et nous aident. La mobilisation doit s’amplifier pour mettre fin à ce conflit et résoudre le problème politiquement. »

Propos recueillis par Pierre Barbancey, Sébastien Crépel, Olivier Mayer, Rosa Moussaoui, Jean-Paul Piérot et Max Staat