Mobilisation contre une

« vengeance politique »

19/07/2011

700 à 1 000 personnes ont manifesté, samedi, à Bayonne, contre l’extradition de l’ex-militant basque d’ETA, Daniel Derguy.

Aucun doute pour les 700 à 1 000 personnes qui ont manifesté, samedi, à Bayonne, en soutien à l’ancien militant basque d’ETA Daniel Derguy : l’arrestation de ce dernier, le 6 juillet, sous le coup d’un mandat d’arrêt européen émis par la justice espagnole, puis sa remise en liberté sous contrôle judiciaire, est « une vengeance politique ». Pour eux, le lien est évident avec la tentative d’arrestation ratée d’Aurore Martin, qui fait l’objet, elle aussi, d’un mandat d’arrêt européen émis par la justice espagnole, pour des faits qui ne sont, eux, pas condamnables en France : sa participation au mouvement politique basque Batasuna. « Ce qu’ils cherchent à travers lui, c’est ce qu’ils n’ont pas pu concrétiser avec elle : la livraison d’un militant du Pays basque français à l’Espagne et son emprisonnement à Madrid », expliquaient, samedi, les manifestants à l’AFP. Le 21 juin dernier, 200 militants avaient fait échouer l’arrestation d’Aurore Martin par la police française.

Deux semaines après, le 6 juillet, les policiers sont venus chercher Daniel Derguy dans sa maison, à Cahors. Celui-ci raconte avoir « cru à un enlèvement », tant il se considérait « en règle avec la justice ». Libéré sous régime conditionnel le 14 mars 2008, cet ancien militant d’ETA de cinquante et un ans faisait l’objet d’un suivi régulier de la part d’une juge d’application des peines, spécialisée dans les affaires de terrorisme : en 1996, il avait écopé de vingt ans (la peine maximale) pour divers faits d’association de malfaiteurs liés à ses activités au sein de l’organisation basque. Cette fois, la justice espagnole a émis contre lui un mandat d’arrêt européen pour des faits qui remontent à 1994, année où son empreinte digitale avait été relevée sur une carte de visite accompagnant une lettre piégée à l’explosif.

Pourtant, comme le souligne son avocate, Yolanda Molina Ugarte, jointe hier par téléphone, à l’époque de son procès, « toutes les procédures des militants basques emprisonnés en France étaient envoyées à Madrid ». Pour elle, « son dossier a donc été gardé au chaud pour être ressorti au moment politiquement opportun », sans considération de « la vie d’un homme qui avait l’espoir d’en finir un jour avec ce passé ». Selon l’avocate, le chef d’accusation de « tentative d’assassinat » repose en outre sur une « analyse rapide et juridiquement floue ». Dix-sept ans après, son client n’a de plus « aucune chance de pouvoir se défendre et d’expliquer comment son empreinte a pu se retrouver sur cette carte de visite ». Le 27 juillet, la cour d’appel d’Agen rendra sa décision sur le fond. Entre-temps, les magistrats entendent recevoir des autorités espagnoles un supplément d’information sur les chefs exacts du mandat d’arrêt. Cité par la Dépêche du Midi, Daniel Derguy l’assure : « C’est l’échéance de ma vie (…). Elle débutera ou s’achèvera ce jour-là. » S’il est extradé, ce sera la première fois que les autorités françaises remettent à l’Espagne un de leurs ressortissant après l’émission d’un mandat d’arrêt européen.