États-Unis . Politique
extérieure, économie, environnement, libertés
publiques. Aucun chapitre du bilan du président en exercice
n’échappe au qualificatif de
« désastreux ».
On ne saura que mercredi matin le nom du prochain président des
États-Unis, mais lui, il a déjà perdu. Lui, c’est George W. Bush, le
président le plus impopulaire qui ait jamais dirigé le pays. Seulement
un peu plus de 20 % de ses concitoyens lui font encore confiance, selon
les dernières enquêtes publiées ici. Et parmi les 80 % d’insatisfaits,
plus de la moitié sont « absolument mécontents », voire carrément « en
colère ». Même le candidat républicain John McCain se sera tenu, durant
sa campagne, le plus possible éloigné, voire critique, de ces boulets
que représentent le président actuel et son bilan.
La crise économique la plus sérieuse depuis 1929
La dégringolade de l’économie a pris une telle ampleur qu’elle
constitue désormais le sujet de préoccupation numéro 1 des électeurs.
Et même si Bush n’a pas été l’initiateur de la politique de
financiarisation à l’origine du désastre - celle-ci ayant été
enclenchée bien avant lui par Reagan et amplifiée par Bush (le père) et
Bill Clinton - il a incontestablement - accentué les processus de
dérégulation. Reconnaissant, dans son ultime discours sur l’état de
l’Union en janvier, que l’économie traversait « une période
d’incertitude » l’hôte de la Maison-Blanche brandissait alors un plan
de relance. « Les Américains peuvent rester confiants » dans la
croissance « à long terme », clamait-il. Le problème, c’est que le plan
en question consistait à offrir de nouvelles réductions d’impôts aux
plus riches et aux actionnaires. Autrement dit : une nouvelle fuite en
avant dans la doctrine libérale, ce qui n’a pas manqué d’alimenter tout
ce dont s’est nourri le krach.
Bush et son équipe ont voulu l’extension
d’une « société des
propriétaires », déjà dans les tuyaux,
elle aussi, de l’administration
Clinton. La déréglementation du crédit,
censée permettre aux familles
modestes d’accéder au « rêve
américain », a débouché sur un
véritable
désastre pour des millions de familles, pillées par les
banques puis
expulsées de leurs logements (lire notre reportage en page 4).
On
pourrait ainsi allonger la liste des calamités sociales
auxquelles se
trouvent confrontés en permanence les citoyens les plus
démunis mais
aussi maintenant une grande partie des classes moyennes :
difficultés
croissantes à se soigner à cause de ldes prix des
assurances maladie
dont plus de 45 millions de personnes sont toujours totalement
dépourvu ; cauchemar des retraités qui ont perdu
tout ou partie de
leurs pensions complémentaires à la Bourse et ne peuvent
pas vivre avec
celles assurées par la sécurité sociale,
dégradation du système public
d’éducation, des infrastructures, négligées
pour cause de baisses
d’impôts et d’augmentation exponentielle des
dépenses militaires.
L’embourbement irakien
Dans l’histoire, c’est sans doute ce désastre-là qui restera le plus
fermement collé au règne de George W. Bush. Le président a
instrumentalisé l’horreur et l’émotion suscitées par les attaques
terroristes du 11 septembre 2001 pour justifier l’invasion de l’Irak.
Il y a ajouté, on s’en souvient, de grossiers mensonges d’État sur les
prétendues armes de destruction massive de Saddam. Le cercle des
intellectuels néoconservateurs, tels Robert Kagan, William Kristol ou
Paul Wolfowitz, très influents initialement auprès du président et qui
théorisaient, de longue date, sur « la mission civilisatrice » des
États-Unis, se sont saisi du moment pour passer aux actes. Au nom de la
lutte antiterroriste, l’hyperpuissance s’est arrogé le droit de
conduire des « guerres préventives » et de faire la police sur la
planète, en se passant si besoin de l’approbation de la communauté
internationale.
Les deux guerres engagées, en Afghanistan puis en Irak, devaient
être rapides et permettre d’installer des régimes « démocra- tiques »,
prêts à coopérer étroitement avec Washington, l’objectif étant de
redessiner la carte d’un « grand Moyen-Orient » apaisé dont les
ressources pétrolières - et surtout leur disponibilité pour les grandes
compagnies occidentales -, seraient mieux sécurisées.
Quelques années plus tard, la réalité est accablante. Le
Moyen-Orient n’a sans doute jamais été aussi instable, et le règlement
du conflit israélo-palestinien est dans l’impasse. Car Washington, qui
s’est instauré comme unique arbitre international sur la question,
affiche un tel parti pris pro-israélien que toute avancée apparaît
aussitôt condamnée à finir étouffée dans l’oeuf.
George W. a dû certes tenir compte, lors des élections du mid-term
en 2006, du rejet de la guerre exprimé par les électeurs qui ont élu
une majorité démocrate dans les deux chambres du Congrès. Il a dû
renvoyer peu à peu quelques-unes des figures du néoconservatisme dont
il s’était entouré, tel Donald Rumsfeld, l’ex-secrétaire - d’État à la
défense, pour les remplacer par des éléments plus pragmatiques, issus
généralement de l’entourage de son père. Mais il ne semble pas pour
autant avoir remisé les funestes principes de la « guerre permanente »
en menaçant Téhéran s’il n’obtempérait pas sur la question - nucléaire.
Atteintes aux libertés civiles
Le président Bush et son équipe ont lancé une offensive sans
précédent dans l’histoire pour restreindre certains des droits
fondamentaux des citoyens, pourtant garantis par la Constitution. Là
encore la lutte antiterroriste a servi de prétexte. L’adoption du
patriot act a ainsi permis de - placer arbitrairement sous écoutes
certains citoyens, de remettre en question le principe de l’habeas
corpus et celui de pouvoir être défendu devant une cour.
Un espace de non-droit a été créé à Guantanamo, où de présumés
terroristes sont totalement soumis à l’arbitraire des autorités
états-uniennes. Pis : l’administration Bush s’est de fait octroyé le
droit de torturer : directement, dans des « zones spéciales » qu’elle
contrôle chez elle ou à l’étranger (comme Guantanamo), ou en
sous-traitant chez des alliés - eux-mêmes peu regardants sur les droits
de l’homme - les mauvais traitements infligés aux prisonniers (comme
l’a illustré le scandale de l’affaire des vols secrets de la CIA en -
Europe).
Sourd au défi du réchauffement climatique
George W. Bush, président du pays le plus pollueur de la planète, a
refusé de signer le protocole de Kyoto contre les émissions de gaz à
effet de serre. Placé aujourd’hui sur la défensive sur ce thème, y
compris par son opinion publique, il persiste néanmoins à refuser de
s’intégrer à toute démarche véritablement multilatérale qui supposerait
le respect de normes fixées pour tous par les Nations Unies. Il propose
de travailler sur le dossier avec de gros pays émergents comme la Chine
ou l’Inde. Une méthode qui présente un double avantage : pointer
d’autres pollueurs et passer des accords uniquement sur la base des
émissions de CO2 d’aujourd’hui. Et non de celles, pourtant cruciales
dans le processus de réchauffement, émises par les nations
industrialisées, dont les États-Unis, durant les décennies passées.