Bernard Thibault (CGT)« PAS DE RELANCE DURABLE SANS CHANGER LE SYSTÈME » Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT. Comment réagissez-vous quand Nicolas Sarkozy pose des exigences de contreparties aux aides de l’État, se fait moralisateur du système ? Bernard Thibault. Il doit
tenir compte des critiques de
ce qu’il a appelé le plan de relance,
notamment l’absence
de dispositions concernant
les salariés. Il y a décalage
entre son discours sur la réforme
nécessaire du capitalisme
débridé et ses décisions
qui, toutes, confortent le système
actuel. Demander aux
grands patrons de renoncer à
leur bonus ne révolutionnera
pas le système. On est donc
dans le symbolique, mais ça
montre que la mobilisation
peut contraindre le chef de
l’État à revoir sa politique.
La crise peut pousser les salariés à se replier ou à des accès de colère. Comment ressentez-vous le climat social ? Bernard Thibault. Il faut savoir exprimer sa colère et il faut ne pas s’en tenir là. Nous avions déjà mesuré l’exaspération à l’automne puisque la CGT aurait souhaité que la mobilisation unitaire se construise plus tôt. La crise est devenue l’argument suprême pour refuser toute avancée sociale alors que la reconnaissance du travail à sa juste valeur devrait être le levier de la relance de l’activité. Cette mobilisation du 29 janvier avec, ce qui est du jamais vu, une plate-forme unitaire qui porte un socle revendicatif de fond, ne peut pas être interprétée comme une journée exutoire, sans lendemain. Ce n’est ni l’état d’esprit de la CGT, ni je crois celui de toutes les organisations syndicales. D’ailleurs nous avons déjà fixé un rendez- vous pour le 2 février. On annonce une avalanche de plans sociaux, que préconise la CGT pour enrayer cela ? Bernard Thibault. En matière d’emploi et d’activité, tous les voyants sont au rouge et rien ne laisse entrevoir une sortie du tunnel. Audelà des charrettes de licenciements, il y a les séparations dites à l’amiable, procédure nouvelle qui permet au patronat de déroger au droit collectif. Des milliers d’emplois disparaissent dans les petites entreprises, à commencer par les plus précaires, les intérimaires et CDD. Ce n’est pas visible mais ça représente l’essentiel des pertes d’emplois. La ministre de l’Économie annonce qu’il faut s’acclimater à l’idée d’un niveau de chômage à 10 %. Mais le système continue avec les bénéfices des banques toujours au rendezvous et les dividendes distribués. La seule variable d’ajustement demeure, dans l’État comme dans les entreprises, la masse salariale. Il faut inverser cela. Avez-vous des propositions concrètes ? Bernard Thibault. Il faut inventer des outils financiers qui permettent de se débarrasser de la logique financière comme seul paramètre du bien-fondé des décisions économiques. Dans le secteur industriel, dont dépend un cinquième des emplois en France, on ne peut pas penser dans le court terme qui est celui du taux de profitabilité financière. Il ne suffit pas d’injecter de l’aide, il faut plus d’exigence sur son utilisation. Nous proposons, comme d’autres, un pôle public de financement. Et les salariés doivent avoir droit au chapitre. Nous exigeons notamment un droit suspensif pour les salariés sur les décidécisions touchant à l’emploi. La crise doit permettre d’alimenter le débat sur ce qu’il faut changer vraiment. On ne peut remettre la machine en route durablement sans changer le système et ses règles. Le 29 janvier sera-t-il une journée de mobilisation de plus ? Bernard Thibault. Non parce que ce sera sans doute une journée sans comparaison par son ampleur, la diversité des catégories de salariés qui y vont participer. Le nombre d’appels aux arrêts de travail est incomparable. Dans le mouvement associatif social, médical, du logement… beaucoup se sont reconnus dans cette journée syndicale et y appellent. De même que les lycéens et étudiants, les organisations de retraités. La dimension unitaire du 29 janvier contribue à sa dynamique. Cette unité est-elle ponctuelle ou va-t-elle marquer le paysage syndical plus durablement ? Bernard Thibault. Il faut souhaiter une nouvelle phase pour le mouvement syndical français. Les querelles de chapelles ne peuvent pas l’emporter sur la vocation première du syndicalisme qui est de défendre l’intérêt des salariés. On ne peut pas se le permettre. Avec les nouvelles règles de la représentation syndicale, il doit être plus facile d’articuler démocratie et recherche d’unité. Les différences vont maintenant être tranchées par les salariés dans les élections professionnelles. Elles ne peuvent être un obstacle au travail commun. Vous rencontrez vos partenaires le 2 février. Pour faire quoi ? Bernard Thibault. Si la mobilisation est, comme je l’espère, très importante, le chef de l’État devrait réagir. S’il ne le fait pas, nous examinerons la suite que cela appelle. Le gouvernement aurait tort de considérer que le 29 janvier n’est qu’un mauvais moment à passer. |
François Chérèque (CFDT)« LE GOUVERNEMENT NE SERAIT PAS SÉRIEUX S’IL NE RÉPONDAIT PAS À LA MOBILISATION » François Chérèque, secrétaire général de la CFDT. Sur quels points particuliers la CFDT affirmet- elle des désaccords avec le plan de relance gouvernemental ? François Chérèque. Le plan de relance est centré principalement sur le moyen et le long terme, c’est-à-dire l’aide aux entreprises, en particulier pour la recherche et l’investissement. C’est utile mais il manque deux choses : d’une part sur le pouvoir d’achat et la consommation, c’est plus que faible, et d’autre part les contreparties demandées aux entreprises et aux banques sont plus que floues. Le gouvernement exprime des souhaits plus que des contraintes réelles. En parlant de contreparties, avez-vous en tête ce que Nicolas Sarkozy dit à propos des bonus ou des dividendes, ou pensez-vous plus généralement au comportement des entreprises ? François Chérèque. Dans le secteur de l’automobile par exemple, il faut fixer ces contreparties par une négociation au niveau de l’entreprise. Une négociation qui concerne les salariés de l’entreprise et aussi de son environnement, les sous-traitants notamment. Il faut qu’il y ait négociations, engagements sociaux vis-à-vis des salariés, sur l’utilisation de ces aides. Comment faire bouger le
pouvoir d’achat ? Par les salaires ?
François Chérèque. Ça ne peut pas être uniquement par les salaires. Partout où les entreprises peuvent donner du pouvoir d’achat par les salaires, il faut des négociations. Et le gouvernement a les outils pour intervenir par les contreparties aux allégements de charges. Mais en période de crise, toutes les entreprises ne peuvent pas le faire. La collectivité doit alors intervenir. D’abord pour aider les plus modestes et nous avons proposé d’avancer le RSA et d’aller plus loin que prévu pour les minima sociaux. Mais il faut aussi aider les salariés qui sont toujours oubliés, les classes moyennes avec un revenu qui démarre à 1200 - 1300 euros, par des mesures fiscales, l’accès au crédit à taux zéro pour l’habitat, l’aide pour l’accès à la santé avec les mutuelles, l’aide au transport… Les salariés savent bien qu’en période de crise, les salaires ne sont pas Et le gouvernement a les outils pour intervenir par les contreparties aux allégements de charges. Mais en période de crise, toutes les entreprises ne peuvent pas le faire. La collectivité doit alors intervenir. D’abord pour aider les plus modestes et nous avons proposé d’avancer le RSA et d’aller plus loin que prévu pour les minima sociaux. Mais il faut aussi aider les salariés qui sont toujours oubliés, les classes moyennes avec un revenu qui démarre à 1200 - 1300 euros, par des mesures fiscales, l’accès au crédit à taux zéro pour l’habitat, l’aide pour l’accès à la santé avec les mutuelles, l’aide au transport… Les salariés savent bien qu’en période de crise, les salaires ne sont pas une réponse pour tout le monde. Mais ne faut-il pas augmenter le SMIC ? François Chérèque. Il faut en parler avec un débat sur les conséquences économiques d’une telle mesure. Avez-vous des propositions pour faire face aux plans sociaux ? François Chérèque. Pour agir sur les plans sociaux, il faut avoir les informations en amont. Il faut donc que les représentants des salariés aient une place dans les conseils d’administration, les lieux de pouvoir. La crise est telle qu’il faut qu’on aille plus loin sans doute pour le chômage partiel : ne faut-il pas consacrer plus de moyens à la formation pour que les salariés soient en meilleure situation à la sortie de la crise ? Il faut utiliser toutes les batteries de mesures possibles. Si on ne fait pas ça, des entreprises vont fermer et quand l’activité redémarrera, ce seront des emplois délocalisés. Le 29 janvier sera une journée exceptionnelle ? François Chérèque. Ce ne sera pas une journée parmi d’autres et c’est pourquoi la CFDT a voulu attendre pour la tenir. Cette journée est la plus importante depuis trois ou quatre ans. La mobilisation contre le CPE était très forte mais là nous sommes sur un sujet plus vaste. Il est insupportable que les salariés payent cette crise, ils n’en sont pas responsables. En fonction de l’ampleur de la mobilisation, la réaction patronale et gouvernementale sera différente. Comment sentez-vous la mobilisation ? François Chérèque. Je ne veux pas jouer les devins mais les appels intersyndicaux se multiplient y compris dans le privé. Ça va être un test. On a tout fait pour que ça réussisse : l’unité syndicale réalisée, le temps qu’on s’est donné pour avoir une plate-forme et informer… Ces jours-ci, les désaccords syndicaux sur d’autres sujets doivent s’éteindre. Le gouvernement ne serait pas sérieux s’il ne répondait pas à la mobilisation. Depuis 15 jours c’est plutôt le silence de ce côté. Notre responsabilité est d’amener les salariés dans la rue pour que la réponse du gouvernement soit importante. Dans cette crise, les syndicats peuvent-ils continuer à obtenir des améliorations concrètes pour les salariés ? François Chérèque. Nous avons le sentiment à la CFDT que ces derniers mois nous avons apporté des améliorations concrètes. Ça peut être discuté. Par exemple sur l’assurance chômage, la formation, etc. Nous voulons continuer. Il faut que les nouvelles régulations ne se fassent pas au détriment du social. Et pourquoi pas obtenir des droits supplémentaires ? |
Jacques Voisin (CFTC)« IL FAUT REDONNER DU SENS À LA SOLIDARITÉ » Jacques Voisin, président de la CFTC Vous critiquez le plan de relance gouvernemental face à la crise, sur quels points en particulier ? Jacques Voisin. Sur ses objectifs mêmes. La question de l’emploi et du pouvoir d’achat doit rester en pleine actualité. Le « ménage » est une notion essentielle en économie. S’il faut produire, il faut consommer et avec le niveau des salaires, du SMIC qui est aujourd’hui un salaire de survie et des retraites qu’on connaît, on ne peut pas consommer normalement en France. La crise ne doit pas être un prétexte à ne rien faire pour le pouvoir d’achat. Si on veut ne pas seulement s’occuper des effets mais des causes de la crise, la question d’une juste répartition des richesses produites est posée notamment pour l’emploi la rémunération du travail et l’investissement. Tout ça doit être au coeur des réponses d’une économie au service des hommes. Donc, votre principale critique concerne l’emploi et le pouvoir d’achat… Jacques Voisin. Oui, mais également le contrôle de l’État sur les entreprises qu’il aide. Il n’y a pas de raison pour que, si l’État intervient dans le capital d’une entreprise, s’il apporte le soutien à l’investissement, il n’y ait pas une juste représentation de l’État dans le conseil d’administration de l’entreprise. Enfin, le plan de relance sera très vite insuffisant. Il faut penser un nouveau volet mais pas n’importe comment. À la CFTC, vous avez le projet d’un statut des travailleurs. Est-ce ce type de solution qui doit être avancé alors que la crise menace l’emploi ? Jacques Voisin. C’est en pleine actualité. Nous ne pensons pas que la crise soit une fatalité et qu’il faille continuer comme depuis vingt ans à demander des efforts aux salariés… Il faut proposer de vrais projets professionnels, des projets de vie aux travailleurs. C’est le sens de ce statut. Nous disons « sécurité professionnelle », il doit y avoir continuité des droits même en cas de rupture du contrat de travail. Éric Woerth dit que la grève est une mauvaise réponse en temps de crise… Jacques Voisin. La grève
c’est pour nous l’ultime recours
quand on a épuisé toutes les solutions du
dialogue social. Il y a un signal
à donner aux pouvoirs
publics et aux entreprises et
c’est le sens du 29 janvier : « Il
y a un vrai malaise, des situations
de détresse. Et vous ne
prenez pas les moyens pour y
répondre ! » C’est un avertissement.
Nous disons aussi
que c’est dommage que les
syndicats n’aient que cette
posture possible parce qu’ils
ne sont pas mis en situation
de responsabilité. La grève
peut faire avancer des choses.
Et qu’en attendez-vous concrètement ? Jacques Voisin. J’attends une prise de conscience, que l’État et les entreprises disent que la question du pouvoir d’achat reste posée. Qu’on réponde à cette précarité. Il faut que dans le plan de relance qui est nécessaire, on aille plus à fond. Nicolas Sarkozy dit qu’il veut nous associer. Mais quels moyens va-t-on nous donner ? Le syndicalisme doit être un levier des changements. Mais ne faut-il pas aussi une prise de conscience des salariés ? La crise ne conduitelle pas aussi à un repli des salariés, un chacun pour soi ? Jacques Voisin. Il faut redonner du sens à la solidarité. L’unité syndicale peut y aider. Il y a une plate-forme revendicative de propositions. J’espère que le 2 février quand on se reverra entre organisations syndicales, les salariés, les demandeurs d’emploi, les jeunes auront été entendus d’abord sur l’emploi, ensuite sur le pouvoir d’achat des plus fragiles et sur la précarité des jeunes notamment. C’est la première fois depuis 1958 que la CFTC ne signe pas l’accord sur l’UNEDIC. Pour quelle raison ? Jacques Voisin. Il y a eu unanimité du bureau confédéral. Le MEDEF n’a pas pris conscience de la situation. Qu’est-ce que ça veut dire aujourd’hui baisser les cotisations patronales ? Il n’est pas normal qu’il y ait 500 millions d’excédent dans l’assurance chômage quand il y a seulement 48 % de chômeurs indemnisés. Dans ces conditions, la baisse des cotisations est à la limite de la décence. Les entreprises demandent de la souplesse sans vouloir en payer le prix. Il faudrait moduler les cotisations en fonction du comportement des entreprises. Celles qui ne font que du CDD devraient payer plus. Madame Parisot dit que la CFTC marque un but contre son camp en menaçant le paritarisme… Jacques Voisin. Chacun assume ses responsabilités. Madame Parisot a sifflé seule la fin du match. Pourquoi ? Continuons à discuter. Vous avez été en pointe contre le travail du dimanche… Jacques Voisin. On ne lâchera pas là-dessus. Quel sens donner à la vie ? L’économie est au service des hommes, pas le contraire. |
Gérard Aschieri (FSU)« L’UNITÉ D’ACTION, UN ÉLÉMENT POUR REDONNER CONFIANCE AUX SALARIÉS » Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU Comment appréciez-vous les réponses apportées aujourd’hui à la crise ? Gérard Aschieri. Notre critique
principale porte sur l’absence, dans
le plan gouvernemental, de toute mesure
en faveur des salariés et, à travers
cela, de la consommation, et
l’oubli des services publics. Un des
axes forts du texte revendicatif commun
est la question des salaires, des
retraites et de l’emploi. Avec, dans la
fonction publique, une double déclinaison :
une négociation salariale et
le refus des 30000 suppressions
d’emplois.
La réponse à la crise ne doit pas
passer par la dégradation des droits
des salariés mais, au contraire, s’appuyer
sur des droits nouveaux et des
valeurs de solidarité que représentent
une protection sociale de qualité et
des services publics dans lesquels il
faudrait investir. Le président de la
République affiche des choix d’investissements.
Mais ce sont souvent
des investissements dans les infrastructures,
des autoroutes, des TGV,
et il oublie des fondamentaux, les investissements
dans l’école, la recherche.
Par ailleurs, le plan gouvernemental
met l’accent sur l’argent mis
dans le système financier et bancaire.
On ne conteste pas la nécessité de
mettre des liquidités, mais on
conteste qu’il n’y ait pas de contreparties
véritables ni de contrôle de
leur utilisation. Le problème n’est
pas d’abord la moralisation des bonus,
mais comment l’État impose
aux banques un comportement qui
répond au besoin des entreprises, des
salariés et des consommateurs.
Je constate que tout le monde a
mis du sien, sans trop de difficultés,
pour élaborer cette plate-forme unitaire
qui n’est pas que de compromis
mais comporte ces objectifs ambitieux.
L’enseignement a vu des mouvements durant toute l’année 2008. Audelà de leurs spécificités (primaire, collèges, lycées, université), y a-t-il des choses qui les rassemblent et peuventils se retrouver dans le 29 janvier ? Gérard Aschieri. Je réponds oui aux deux questions. Il y a plusieurs choses en commun. Ces mouvements rassemblent les personnels et les usagers, jeunes et parents. C’est une constante très positive depuis plusieurs mois. Les succès que ces mouvements ont pu emporter sont liés à cette caractéristique. Ces mouvements contestent une politique qui tourne le dos à ce qui serait nécessaire pour lutter contre l’échec et qui remet en cause la notion de service public. En second lieu, ce qui rassemble ces mouvements, c’est le refus de la suppression des postes. Ils s’intègrent parfaitement dans la plate-forme interprofessionnelle, notamment sur cet aspect. Je crois que l’existence de ce mouvement durable dans l’éducation et les succès qu’il a commencé à remporter ont peut-être aidé à l’unité interprofessionnelle. Le 29 janvier, est-ce que ce sera une journée nationale de mobilisation de plus ou at- elle un caractère exceptionnel ? Gérard Aschieri. Ce sera la première mobilisation de cette ampleur, avec cette unité et cette plateforme ambitieuse depuis longtemps. Cette unité, on ne l’a plus connue depuis le conflit sur le CPE. Est-ce que les salariés vont suivre ? Tous les échos le montrent. Dans l’enseignement, la totalité des organisations représentatives des enseignants appelle à la grève. Ce qui est aussi positif, c’est la décision des organisations syndicales de se revoir tout de suite, le 2 février, au plan interprofessionnel, et le 3 février, pour la fonction publique, pour débattre des suites si le gouvernement ne répond pas. Nous pensons qu’il faudra sans doute une nouvelle initiative unitaire interprofessionnelle et des mobilisations secteur par secteur. Dans l’éducation, la période des vacances par zone peut être propice pour des initiatives tournantes. Le souci étant qu’elles soient le plus unitaires possible. Qu’attendez-vous du gouvernement ? Gérard Aschieri. Pour la fonction publique, je souhaite l’ouverture de négociations salariales et un moratoire sur les 30000 suppressions d’emplois. La crise doit-elle conduire à modifier les stratégies et les pratiques syndicales ? Gérard Aschieri. Au-delà de la crise, la situation de notre pays nécessite beaucoup plus d’unité. Je crois que le mouvement syndical français a besoin de surmonter ses divisions. Je ne parle pas en termes de structures syndicales. C’est un aspect seulement du débat. Apprendre à travailler ensemble, définir ensemble des revendications sans être d’accord sur tout et, en dépit des divergences, mener des actions communes sur un noyau dur de revendications me paraît essentiel. C’est un élément important pour redonner de la confiance aux salariés. Le mouvement syndical joue sa crédibilité sur sa capacité de rester uni et d’obtenir des résultats. |
Jean-Claude Mailly (FO)« IL AURAIT ÉTÉ PRÉFÉRABLE QUE L’ÉTAT ENTRE DANS LE CAPITAL DES BANQUES » Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière Vous dites qu’il ne faut pas que les salariés payent la facture de la crise. C’est la motivation du 29 janvier ? Jean-Claude Mailly. C’est une des raisons fortes de la mobilisation du 29 parce que, depuis la survenue de la crise, les salariés n’ont pas été entendus. Sauf sur des mesures de type curatif comme sur le chômage partiel. Des aides ont été distribuées au secteur bancaire, à des entreprises, et rien pour les travailleurs. S’ils ne se mobilisent pas, ils resteront les premières victimes de la crise et n’auront aucune réponse à leurs revendications. Quelles revendications mettez- vous particulièrement en avant ? Jean-Claude Mailly. Quelle est l’origine de cette crise ? C’est une déformation de la répartition des richesses. Une part de plus en plus importante accordée au capital au détriment du travail. Et concernant le capital, de plus en plus pour les dividendes et de moins en moins pour l’investissement. Si on veut changer la donne, l’une des urgences est l’augmentation des salaires et des retraites. Et ça relancera l’activité par la consommation. Il faut donc un coup de pouce au SMIC, conditionner les exonérations de charges à l’existence d’accords salariaux. C’est de la responsabilité gouvernementale. ![]() Et sur le plan de relance du gouvernement, quelle est votre opinion ? Jean-Claude Mailly. Il est insuffisant. Sur les 26 milliards qui devraient aller à l’investissement plus de dix vont à la trésorerie des entreprises. L’État anticipe sur la TVA, par exemple, parce que les banques ne prêtent pas suffisamment. Il va falloir remettre d’autres dispositifs pour la relance. Si Sar-kozy croit vraiment que son plan va relancer la machine, qu’il accepte, en attendant, un moratoire sur les licenciements ! Vous regrettez que les aides aux entreprises ne soient pas accompagnées de contreparties. Lesquelles ? Jean-Claude Mailly. D’une part, l’interdiction de délocaliser et des engagements en matière d’emploi et, de l’autre, des exigences par rapport aux dividendes et aux bonus. Au sujet des 10,5 milliards d’euros apportés aux banques, nous pensons qu’il aurait été préférable que l’État entre dans le capital pour avoir plus facilement voix au chapitre. D’autres pays l’ont fait. En dehors du moratoire sur les licenciements, avez-vous des propositions pour sécuriser l’emploi ? Jean-Claude Mailly. Nous demandons un contrôle des pouvoirs publics sur les licenciements. Il y a trois catégories de situations. Des entreprises qui sont effectivement en difficulté, des entreprises qui profitent de la crise comme d’une aubaine pour faire des plans sociaux, et celles qui n’ont pas de problèmes de carnet de commandes mais des problèmes de crédit. Nous avons proposé le rétablissement provisoire de l’autorisation administrative de licenciement. Nous demandons aussi le rétablissement du système des préretraites. Ensuite, c’est la dynamique économique qui créera de l’emploi. Il y a enfin l’emploi public, nous demandons un gel de la réforme générale des politiques publiques (RGPP). Le 29 janvier est-ce une journée de mobilisation de plus ou a-t-elle un caractère exceptionnel ? Jean-Claude Mailly. Elle a un caractère un peu exceptionnel. D’abord, tout le monde appelle. Nous sommes pour l’unité d’action quand on s’est mis d’accord sur les modalités et les revendications. C’est plus large que les organisations syndicales de salariés, il y a les lycéens et étudiants, les handicapés, les médecins hospitaliers… Il y aura des grèves dans de nombreux secteurs, FO a déposé un préavis interprofessionnel. La mobilisation marchera, il faudra que le gouvernement l’entende. La plate-forme intersyndicale pour le 29, c’est une démarche nouvelle porteuse d’avenir ? Jean-Claude Mailly. C’est ponctuel pour le 29 janvier et c’est plus une analyse d’ailleurs que des revendications précises. Il faut, dans cette période de crise du système capitaliste, montrer la nécessité pour les salariés de se mobiliser. Je constate que chez les salariés il y a une forte demande sur le pouvoir d’achat, une grosse inquiétude sur l’emploi, et ils savent qu’il peut y avoir de l’argent dans les caisses. Et ils n’ont rien eu. Le 2 février les 8 organisations se revoient. Pour mesurer la mobilisation ? Jean-Claude Mailly. Il faudra mesurer deux choses : la réussite de la grève et les manifestations. On prendra une décision en fonction de ça. Il faut que le gouvernement bouge. Le président ne peut pas avoir deux discours. Il est quasiment antilibéral à l’international et il continue avec les mêmes règles dans le pays. Il faut obtenir des choses concrètes sur les salaires, les contreparties aux aides publiques et sur la consolidation de la protection sociale. |
Alain Olive (UNSA)« LE 29 NE DOIT PAS ÊTRE JUSTE UN DÉFOULEMENT INCANTATOIRE » Alain Olive, secrétaire général de l’UNSA En quoi le plan de relance gouvernemental ne vous satisfait-il pas ? Alain Olive. Nous avons dit qu’il était nécessaire mais pas suffisant. Il est orienté principalement vers une aide à l’investissement des entreprises. Il y a très peu de choses qui concernent la demande, et ça nous inquiète. La consommation est en train de baisser, et c’est en France le principal moteur qui tire la croissance. Tous les autres pays jouent sur la demande. Il faudra y venir. Et que préconisez-vous pour agir sur la demande ? Agir sur les salaires ? Alain Olive. On est dans un contexte où l’inflation est basse. Agir sur les prix va être compliqué. On doit jouer essentiellement sur le pouvoir d’achat. Nous soutenons aussi l’idée qu’il faut investir sur la santé, l’éducation. Et il y a la question de l’emploi public. Nous demandons un moratoire sur les suppressions de postes dans le public. Le gouvernement a été pris à contrepied par la crise financière : il était sur une politique de l’offre depuis juillet 2007. La crise financière, qui n’est pas terminée, oblige à réorienter sa politique. Mais il maintient ses options sur l’emploi public, c’est une contradiction. Il faut plus de lisibilité. Avez-vous des propositions
pour sécuriser l’emploi
des salariés ?
Alain Olive. Il faudrait associer d’avantage les élus du personnel aux mesures sur le chômage technique ou sur les licenciements. Je ne crois pas à l’autorisation administrative de licenciement. Mais il y a moyen, à travers les élus du personnel, d’empêcher que des entreprises fassent n’importe quoi. Par exemple dans le secteur de l’industrie pharmaceutique, il y a des effets d’aubaine, la crise permet de faire passer des réductions d’effectifs qui ne sont pas justifiées par la santé des entreprises. Il faudrait donc des droits nouveaux et une meilleure transparence. Et plus encore dans les entreprises qui bénéficient d’aides publiques. Nicolas Sarkozy demande aux dirigeants des banques de renoncer aux bonus et de modérer la distribution des dividendes. Ce sont des effets d’annonce ? Alain Olive. Il ne s’agit pas de gérer au coup par coup mais de prendre des mesures qui font sens. La crise va durer, elle n’est pas conjoncturelle. Comment va-t-on la gérer ? Il y a six mois, l’Espagne était le modèle de l’Europe. Aujourd’hui, le chômage y atteint 13 %. Il faut une vision à moyen terme et impliquer les partenaires sociaux. Il y a des licenciements, y compris dans des entreprises qui font des profits, les salariés sont mis devant le fait accompli et n’ont plus qu’à négocier le plan social. Des entreprises n’ont pas compris qu’on avait basculé dans un monde nouveau et cherchent des taux de rendement à deux chiffres comme avant. Est-ce que la journée de mobilisation du 29 janvier est une bonne réponse à ces questions ? Alain Olive. La journée du 29 janvier doit être utile. Pas seulement un défoulement incantatoire. Avouons que c’est parfois le cas. Ça peut être différent cette fois parce que les organisations syndicales ont eu la sagesse de se mettre d’accord sur une plate-forme. C’est inédit. On ne changera pas du jour au lendemain le syndicalisme. Nous avons des positionnements différents mais on s’est mis d’accord sur des points communs. Et on peut avancer sur des propositions unitaires. Il y aura sans doute une forte mobilisation le 29 janvier. Est-ce que les organisations syndicales pourront donner un sens à cette mobilisation ? Mais quel peut être ce sens ? Alain Olive. Il y a six mois, ceux qui, comme les syndicats, prédisaient que le système financier allait dans le mur étaient traités de ringards. Aujourd’hui tout le monde est keynésien, régulateur, etc. Il y a eu de grandes déclarations sur la régulation financière, mais pour l’instant on ne voit pas grand-chose. Il faudra des messages clairs sur le pouvoir d’achat, les licenciements notamment. Vous vous revoyez avec les autres organisations le 2 février pour examiner les suites. En fonction de quoi allez-vous vous déterminer ? Alain Olive. La mobilisation va être déterminante. En période de crise, il peut y avoir deux attitudes. Se retrousser les manches et se mobiliser ou le chacun pour soi. Le gouvernement suivra avec beaucoup d’attention ce qui va se passer et ne pourra pas négliger une forte mobilisation. Nicolas Sarkozy sait tenir compte des rapports de forces. Avec le 29 janvier, un récit un peu particulier est en train de s’écrire par rapport à l’histoire syndicale française. |
Bernard Van Craeynest (CFE-CGC)« LES CADRES VIVENT EUX AUSSI LES LICENCIEMENTS » Bernard Van Craeynest, président de la CFE-CGC. Le dernier baromètre sur les attentes de cadres, que vous venez de publier avec Opinionway montre que leur perception de l’évolution de la situation économique et sociale est « au plus bas historique ». Ont-ils à craindre autant que les autres catégories de salariés ? Bernard Van Craeynest. Jusqu’à présent, on connaissait l’existence de cycles économiques, avec des périodes hautes et basses. Là, nous sommes face à une crise jamais connue, par son ampleur et la rapidité de sa propagation. Beaucoup pensent un peu vite que les cadres sont des privilégiés dans le monde du travail. Ils sont pourtant en train de vivre, comme les autres, les licenciements, les fermetures d’entreprises. Ils subissent aussi le fait qu’un certain nombre de services sont les premiers à disparaître quand ça va mal, le conseil, l’ingénierie ou la publicité. Même des secteurs réputés solides, avec des carnets de commandes pleins, ne sont pas épargnés. La Chine, qui commandait jusqu’alors 150 avions par an, prévoit zéro commande en 2009. Dans ce cadre, le plan de
relance du gouvernement
vous paraît-il suffisant ?
Bernard Van Craeynest. Il en faudra un autre, c’est clair, même si des mesures ont été prises concernant les conventions de reclassement, l’extension du contrat de transition professionnelle ou encore sur le chômage partiel. Les entreprises ont besoin d’un ballon d’oxygène financier. Mais les aides publiques ne peuvent pas être données sans contreparties et ces contreparties doivent être contractualisées. Il faut écrire noir sur blanc que les entreprises ne toucheront rien si elles délocalisent. Il faut formaliser les sanctions. Il faut aussi mener le débat sur la répartition des dividendes, à l’heure ou les assemblées générales d’actionnaires vont se réunir. Si au lieu d’octroyer des ponts d’or aux actionnaires on réinjecte l’argent dans des investissements, l’emploi sera soutenu. Pour l’heure, vous appelez à manifester jeudi prochain pour dire que les salariés n’ont pas à être victimes d’une crise qu’ils n’ont pas déclenchée. Craignez-vous, comme certains, qu’il puisse y avoir des formes d’explosion sociale ? Bernard Van Craeynest. Le phénomène n’est pas à exclure. La dégradation des conditions de vie et d’emploi impacte les salariés du secteur privé comme du public. L’anxiété est forte. Un peuple désespéré, qui n’a pas foi en l’avenir, peut partir dans tous les sens. La journée de mobilisation du 29 janvier offre une perspective d’expression commune pour éviter les mouvements de colère sporadiques et incontrôlés. Elle va rassembler un large panel de professions, qui aujourd’hui défilent les unes à côté des autres. Nous voulons offrir, avec le 29, une photo instantanée du mécontentement qui existe dans le pays. Les salariés peuvent utiliser ce moyen pour dire au gouvernement qu’il est bien de se préoccuper des aspects économiques, mais qu’il faut aller plus loin sur les mesures sociales, dire aux employeurs « ne profitez pas de la crise pour en rajouter une louche ! ». Le baromètre que nous évoquions tout à l’heure montre que les cadres plébiscitent la grève (62 %) et la manifestation (57 %) comme premières formes de participation à un mouvement social. Cela n’est pas dans leurs habitudes et c’est révélateur. L’intersyndicale a prévu une nouvelle réunion le 2 février. Cela n’est pas non plus dans les habitudes. Qu’en attendez- vous ? Bernard Van Craeynest. Les syndicats ne sont pas dans une alliance de façade. Nous avons d’emblée fixé l’objectif d’aller au-delà de la journée du 29. Nous donnerons des suites au mouvement dès nos échanges du 2 février. La crise ne va pas s’arrêter là, nous non plus. J’espère que cette intersyndicale va se donner les moyens de travailler de manière pérenne. Les syndicats ont besoin de développer leurs capacités de représentation collective, de s’adresser à un plus grand nombre de salariés, particulièrement ceux qui travaillent là où ils sont peu implantés, dans les petites et moyennes entreprises. À terme, le nombre de syndicats devrait diminuer en France, pour parvenir à 2 ou 3 organisations qui se coordonnent. C’est le travail que nous avons commencé à engager avec l’UNSA. Pour le moment, nous sommes deux, mais la porte est ouverte. |
Annick Coupé (USS)« REVENIR À UN PARTAGE DE LA RICHESSE PLUS FAVORABLE AUX SALARIÉS » Annick Coupé, déléguée générale de l’union syndicale Solidaires Que reprochez-vous surtout au plan du pouvoir face à la crise ? Annick Coupé. Le gouvernement a su mobiliser des centaines de milliards d’euros pour sauver les banques mais n’a rien fait pour les urgences sociales nées de cette situation de crise : les salariés paient le prix fort en termes de licenciements, de chômage partiel… Le pouvoir d’achat reste une question sensible depuis des années. Sur ces sujets il y a ni annonces ni moyens. C’est d’abord ça qui motive nos critiques de ce que fait ou surtout ne fait pas le gouvernement. Le deuxième aspect est que cette crise révèle la faillite du système qui va droit dans le mur. Il conduit à des catastrophes sociales et environnementales. Or ce gouvernement ne veut pas reprendre les choses autrement que ce qui a été fait depuis vingt-cinq ans. La logique qui domine est de faire payer la crise au monde du travail. La question du partage capital- travail est centrale dans les raisons de cette crise. Les 10% de PIB passés de la sphère du travail (salaires, protection sociale) au capital sous la forme d’explosion des dividendes, c’est ce qu’il faudrait aujourd’hui changer. Revenir à un partage de la richesse plus favorable aux salariés. Une autre répartition des richesses serait un moyen de faire face à cette crise ?
Annick Coupé. Oui, c’est une des réponses de fond que nous avançons face à la crise. Augmenter les salaires, les retraitesles minima sociaux : c’est un moyen pour faire redémarrer la machine. Il faut aussi réorienter l’économie, prendre de front les questions environnementales… Sinon le coût social de la crise sera extrêmement lourd. On n’est qu’au début de la crise. Les mesures prises dans certaines entreprises ont un peu amorti les choses. Mais quand on aura viré les intérimaires, mis fin aux CDD et épuisé les possibilités de chômage partiel, ce sera les plans de licenciements pour les CDI. Les choses sont hélas devant nous, pas derrière. Est-ce que Solidaires a des propositions concrètes pour sécuriser l’emploi ? Annick Coupé. Cette question est assez avancée dans le mouvement syndical. Nous sommes sur l’idée d’un nouveau statut du salarié qui garantisse le salaire, la qualification, la continuité des revenus… et qui serait financé par un fonds mutualisé du patronat. De la même façon sur le chômage partiel, le gouvernement a mis un petit plus puisqu’on est passé d’une garantie de 50 % à 60 %, mais il y a une situation inégale entre les entreprises où il y a une présence syndicale et les petites entreprises de sous-traitance. Il devrait y avoir une garantie à 100 % financée par une mutualisation patronale. Laurence Parisot avertit les syndicats en leur demandant d’être « responsables », le président s’en prend au droit de grève, est-ce un front qui s’ouvre ? Annick Coupé. Je crois que le mouvement syndical a été raisonnable. Ça fait cinq mois que les organisations syndicales essaient de se faire entendre sans aucune réponse. Je ne connais pas d’autre façon que la mobilisation sous tous ses aspects pour tenter de changer les choses. Quand on regarde l’attitude du gouvernement et du MEDEF depuis septembre, on peut dire que ce sont eux qui sont irresponsables. En 24 heures, ils ont su trouver des milliards pour sauver les banques mais ils n’ont rien fait sur les questions sociales. On voit bien que le droit de grève chagrine Nicolas Sarkozy. Dès 2007, il y a eu les premières lois pour restreindre le droit de grève dans les services publics de transport. Tout le monde savait que cette loi ne réglerait rien. M.Sarkozy voit bien que le mécontentement social monte et sa réponse est de mettre en cause ceux qu’il considère comme les plus radicaux. Il y a une tentation de criminaliser les luttes. Le 29 janvier sera une mobilisation de plus, comme on en a déjà connu ? Annick Coupé. Je pense que le 29 janvier a un caractère exceptionnel pour deux raisons. La gravité de la crise, de ses conséquences et des inquiétudes des salariés. Et ce front des 8organisations syndicales sur un contenu revendicatif. C’est tout à fait inédit. Il y a eu un cheminement des organisations syndicales. Sur le terrain ça se ressent, la mobilisation sera forte et l’unité joue pour beaucoup. Il faudra mesurer le nombre de manifestants. Vous vous revoyez avec vos partenaires le 2 février… Annick Coupé. Il faut noter que ça aussi c’est exceptionnel. La crédibilité du syndicalisme est en jeu. On ne peut pas dire quelle sera la situation au soir du 29 janvier, tout dépendra de la mobilisation et des réponses du gouvernement. Pour l’instant, il est totalement silencieux. |