Jour de colère en Palestine

 
Pour la septième journée consécutive, Israël poursuivait vendredi son offensive aérienne dans la bande de Gaza, où le bilan des bombardements s’établit à 412 morts et plus de 1800 blessés. Des millers de manifestants pour le "jour de colère" du Hamas en Cisjordanie.

Une vingtaine d’objectifs ont été visés durant la matinée dans la petite enclave côtière. Seule concession, 443 ressortissants étrangers ont été autorisés par les Israéliens à quitter Gaza. Les résidents étrangers de Gaza sont principalement des épouses et des enfants de Palestiniens.

Des blindés de Tsahal sont toujours massés à la frontière de Gaza en vue d’une possible offensive terrestre. L’évacuation des étrangers pourrait indiquer l’imminence d’une telle opération, et signifier que ses buts dépassent la seule mise au pas du Hamas.

Des milliers de Palestiniens sont descendus dans la rue vendredi pour une "journée de la colère" contre Israël, au septième jour d’une guerre contre le Hamas à Gaza qui a fait plus de 420 morts, dont un chef du mouvement islamiste.

Alors que les bombardements se poursuivaient, trois frères âgés de sept à dix ans ont été tués dans un raid aérien près de leur maison dans le sud de la bande de Gaza, selon des sources médicales et des témoins. Un pas de lancement de roquettes des environs utilisé par des activistes du Hamas semblait visé.

En Cisjordanie, des milliers de gens ont manifesté à Ramallah, siège de l’Autorité palestinienne, encadrés par un important dispositif de sécurité, peu après la grande prière du vendredi, tandis que des heurts sporadiques ont éclaté à Jérusalem-est.

Des manifestations de solidarité ont aussi eu lieu dans plusieurs pays musulmans.

A Jérusalem-est, site de l’esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam, des heurts entre lanceurs de pierres palestiniens et police israélienne ont éclaté après les prières, a constaté un photographe de l’AFP.

Sur l’esplanade, près de 3.000 fidèles ont prié dans le calme. La police israélienne avait déployé d’importants renforts et limité l’accès aux hommes de 50 ans et plus originaires de Jérusalem-est ou des villes arabes d’Israël, ceux de Cisjordanie étant empêchés d’entrer dans la Ville sainte.

Dans le monde, des manifestations ont été signalées en Afghanistan, à Jakarta, Istanbul, et dans plusieurs villes d’Iran, notamment à Téhéran. Le ministre iranien des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki a demandé l’arrêt immédiat des raids israéliens.

La "journée de la colère" avait été décidée par le Hamas après la mort jeudi dans la bande de Gaza d’un de ses leaders, Nizar Rayan, 51 ans, dans un raid aérien qui a aussi coûté la vie à ses quatre épouses et à onze de ses enfants.

Un porte-parole du Hamas, Ismaïl Radwane, a affirmé que "toutes les options sont ouvertes pour contrer cette agression, y compris les opérations de martyres (les attentats suicide : ndlr) contre les objectifs sionistes partout".

Des milliers de Palestiniens ont participé vendredi aux funérailles dans le camp de Jabaliya.

Des appareils israéliens ont laché sur Gaza des milliers de tracts exhortant la population à communiquer à l’armée les emplacements des combattants du Hamas, ont rapporté vendredi des témoins.

Le raid qui a couté la vie aux trois petits palestiniens, Iyad, Mohamad et Abdelsattar Al-Astal, s’est déroulé dans la localité d’al-Qarara, près de Khan Younès.

Selon un bilan de médecins palestiniens, au moins 428 Palestiniens ont été tués et quelque 2.500 blessés depuis le 27 décembre, début de l’opération "Plomb durci" visant à contraindre le Hamas à stopper les tirs de roquettes sur Israël.

Au moins un quart des victimes sont des civils, dont des femmes et des enfants, selon l’ONU.

Israël doit en outre autoriser huit journalistes étrangers à se rendre dans la bande de Gaza alors que l’accès en est interdit à la presse internationale depuis le début de l’offensive militaire israélienne contre le Hamas.

L’opération a Gaza bénéficie d’un très large consensus au sein de la population israélienne 95% des personnes la soutenant, dont 80% sans réserve, selon un sondage publié vendredi dans le quotidien Maariv.

En dépit des attaques israéliennes, les tirs de roquettes de Gaza sur le territoire israélien n’ont pas cessé, atteignant pour la première fois la ville de Beershéva à 40 km de la bande de Gaza.

Plus de 360 de ces engins au total, selon Israël, ont fait depuis le 27 décembre quatre morts, dont un soldat, et une douzaine de blessés. Un quart des morts à Gaza sont des civils, selon les Nations unies.

De son côté, le Hamas a poursuivi des tirs de roquettes à partir de Gaza, tuant quatre Israéliens depuis samedi dernier. Vendredi encore, deux roquettes sont tombées sur la ville israélienne d’Ashkelon, faisant deux blessés.

Les raids israéliens de vendredi ont visé une maison dans la ville de Gaza, des dépôts d’armes, un véhicule qui transportait des missiles antiaériens, des centres de fabrication de roquettes et un tunnel utilisé pour acheminer des armes en provenance d’Egypte, selon des informations données par l’armée israélienne, alors que le territoire occupé reste interdit aux journalistes.

Tard jeudi soir, des avions israéliens ont bombardé la mosquée de Djabaliah, qui servait selon Israël de poste de commandement et de dépôt d’armes au Hamas. Quelques heures auparavant, un des chefs du Hamas, Nizar Rayyane, avait été tué dans un raid, ainsi que deux de ses quatre épouses et sept de ses enfants.

"Le sang du cheikh Nizar Rayyane tout comme celui des autres martyrs n’aura pas été versé en vain et l’ennemi va payer très cher pour tous ses crimes", a dit vendredi Ayman Taha, l’un des dirigeants du mouvement islamique à Gaza.

CONSULTATIONS DIPLOMATIQUES

La Libye a déposé au Conseil de sécurité de l’ONU un projet de résolution appelant à un cessez-le-feu immédiat et son plein respect par Israël et le Hamas. La Turquie, qui entame un mandat de deux ans au Conseil de sécurité de l’Onu, a appelé à la fin de l’offensive israélienne et à la levée du blocus infligé au territoire côtier.

Le Premier ministre Tayyip Erdogan, qui s’exprimait à l’issue d’un entretien jeudi avec le président égyptien Hosni Moubarak dans la station balnéaire égyptienne de Charm el Cheikh, a également appelé les activistes du Hamas à cesser de tirer des roquettes sur les villes israéliennes.

Avant sa rencontre avec Moubarak, Erdogan s’était rendu auprès des dirigeants jordanien, syrien et palestinien, dans l’espoir de trouver une issue au conflit.

A Paris, le président français Nicolas Sarkozy a reçu jeudi la ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni, avant d’entamer lundi au Proche-Orient une visite qui lui permettra de rencontrer les dirigeants d’Egypte, d’Israël et de l’Autorité palestinienne, ainsi que le président syrien Bachar al Assad.

Le Premier ministre tchèque Mirek Topolanek, dont le pays a succédé jeudi à la France à la présidence de l’UE, a annoncé jeudi l’envoi d’une mission diplomatique européenne au Proche-Orient.

Il a jugé de première importance, du fait que les Etats-Unis sont en position de retrait jusqu’à la passation de pouvoirs entre le président George Bush et Barack Obama, que l’Europe prenne la tête des efforts visant à juguler la crise.

"Ce qui est désagréable, c’est qu’on ne peut pas compter sur l’administration américaine (…). Il appartient à l’Europe de reprendre l’initiative", a dit Topolanek.