L'IMMIGRATION CHOISIE
En prenant la présidence de l'Union européenne, Nicolas
Sarkozy n'a pas attendu pour présenter son "projet de pacte européen sur
l'immigration et l'asile". Mais c'est un sale premier acte de cette présidence
qui a recueilli un large accord des 27 pays membres.
C 'est donc avec les pays des Droits de l'homme, sous la
présidence française, que l'Europe des barbelés prend forme. Nicolas Sarkozy
veut inscrire dans le marbre deux catégories d'êtres humains: les hommes libres
et les autres.Les premiers ont le droit de traverser les frontières, de
travailler où bon leur semble en Europe, de se faire bronzer chez les pauvres,
d'y installer des usines, d'y pomper des matières premières...Les autres
doivent ètre contrôlés, soumis à des quotas, mis en demeure de prouver leur
bonne volonté pour ne pas dire leur soumission, interdits de famille et de
citoyenneté.
La politique de l'immigration choisie est une
manipulation des mots. Comme "libérer le travail" pour dire casser le
code du travail, "réformer" pour dire régresser, "l'immigration
choisie" veut dire poursuite du pillage des pays pauvres (d'Afrique en
particulier). Mais qui choisit? C'est l'Europe seule qui choisit. Elle va
puiser les cerveaux et les mains dont
elle aura besoin, un temps, pour une tâche donnée, avant de leur rendre leur
valise et leur billet de retour.
De plus, il ne s'agit pas, avec cette politique, de la
seule immigration. Avec l'immigré, tout peut servir et rapporter: la force de
travail, le chantage à l'insécurité, la pression sur les salaires et sur tous
les acquis sociaux dès lors que les immigrés n'auront pas les mêmes droits que
les autres salariés. C'est aussi la possibilité d'une accélération de la
xénophobie qui amène des hommes à se tromper de colère.
C'est enfin la possibilité de construire un nouvel ordre
du monde. Le capitalisme mondialisé dirigeant tous les hommes, et pas seulement les immigrés, comme de simples flux
tendus, productifs et marchands.
Au moment où Nicolas Sarkozy vantait le
"bétonnage" de l'Europe, quinze migrants (dont neuf enfants) se
noyaient au large des côtes andalouses. Pourtant, ces terribles radeaux du
désespoir devraient ètre compris comme interpellation à l'adresse de l'Europe.
Que non! Récemment, les amis de Nicolas Sarkozy au Parlement européen (mais
aussi les députés socialistes britanniques, espagnols et allemands) ont voté
une directive "retour" (1) destinée à durcir et allonger les mesures
de détention et d'éloignement des immigrés sans papiers.(2)
Le 13 juillet dernier, Nicolas Sarkozy a lancé à Paris
son projet d´"Union pour la Méditerranée" devant 43 chefs d'Etat. Ce
projet va renforcer le pillage du sud par les entreprises du nord de la
Méditerranée.
Finalement une question vient à l'esprit: le nord de la
Méditerranée peut-il prospérer quand son sud agonise?
Cette mer Méditerranée peut-elle continuer à être la mer
de tous si les Européens croient trouver
leur salut en érigeant autour d'eux des
barbelés et en mettant au point une politique d'exploitation-expulsion
qui instaure des rapports inégaux entre les pays?
Pierre BATBY, Secrétaire de la section du PCF Hendaye- Saint-Jean-de-Luz
1) Début juin, Evo Morales Ayma, président de la République
de Bolivie, s'adressait aux députés européens à propos de la directive
"retour":
"Jusqu'à la fin de la Seconde guerre mondiale, les
Européens sont arrivés dans les pays d'Amérique latine et d'Amérique du Nord en
masse, sans visa, ni conditions imposées par les autorités. Nos pays du
continent américain absorbèrent alors la misère économique européenne et ses crises politiques.Ils vinrent sur notre
continent en exploiter les richesses et les transférer en Europe, avec un coût
très élevé pour les peuples premiers de l'Amérique...Au nom du peuple de Bolivie, de tous ses frères du
continent et des régions du monde comme le Maghreb et les pays de l'Afrique. Je
fais appel à la conscience des divers gouvernements et députés européens, des
peuples et militants d'Europe, pour que ne soit pas approuvé le texte de la
"directive retour". Telle que nous la connaissons aujourd'hui, c'est
la directive de la honte.
2) Les députés européens de la Gauche unie (dont font
partie les députés communistes français) ont voté contre.
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