La barre des 2 millions de chômeurs est franchieEmploi . Le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de 47 000 en octobre. Et les plans sociaux continuent de tomber en cascade. Le gouvernement plaide la fatalité de la récession. La politique du « travailler plus » plus que jamais sur la sellette. Près de 47 000 inscrits en plus à l’ANPE. Pour le quatrième mois consécutif, le chômage a augmenté en octobre, la hausse enregistrée (plus 2,4 %) étant la plus forte depuis 15 ans. La barre des 2 millions (2 004 500 exactement) de demandeurs d’emploi est à nouveau franchie. L’inversion de la courbe paraît désormais, hélas ! bel et bien durable. D’autant que le rythme des annonces de plans de suppressions d’emplois ne faiblit pas, à l’exemple du numéro 1 mondial de la sidérurgie, ArcelorMittal, faisant savoir, hier, son intention de réduire de 9 000 unités (soit de 3 %) son personnel dans le monde. Moins visible mais non moins douloureux pour les salariés touchés, le patronat de l’intérim, lui, fait état de la perte de quelque 100 000 postes en un an, sur un effectif de 650 000. Et pas un jour ne passe sans que tombent des mesures de chômage partiel. l’ intérim a perdu 100 000 postes en un an Avant même la publication officielle des chiffres du chômage, le gouvernement avait arrêté sa ligne de défense. « Dans une crise aussi grave que celle que traverse le monde, aucun pays ne peut échapper à l’augmentation du chômage », commentait hier le premier ministre François Fillon, vantant la « mobilisation » de son équipe pour « essayer de relancer l’économie » et « essayer de venir en aide à ceux qui seront inévitablement frappés par le chômage ». Même tonalité chez le ministre du Travail Xavier Bertrand : « S’il y a une récession économique aux États-Unis, il n’est pas question de laisser penser que ça va être comme le nuage de Tchernobyl à l’époque, ça va s’arrêter au-dessus de l’Atlantique. » « On entre dans une phase de ralentissement qui va durer un certain nombre de trimestres », « il y a forcément des conséquences sur l’emploi », complétait la locataire de Bercy Christine Lagarde. Bref, face à l’adversité il n’y aurait plus qu’à faire le gros dos et se contenter de quelques pansements sociaux, comme les emplois aidés et le contrat de transition professionnelle, valorisés par le gouvernement qui « oublie » de signaler que ces dispositifs ne s’appliquent pas à la grande majorité des victimes des « dégraissages » actuels. chez molex et amora, des licenciements boursiers En vérité, la crise a bien souvent bon dos. Dans de nombreux cas, comme chez Molex, en Haute-Garonne, ou chez Amora, en Bourgogne, les salariés ont démontré qu’ils font avant tout les frais, non de la récession, mais de la mise en oeuvre, brutale, de normes de profits financiers répondant aux attentes d’actionnaires. Dans un récent discours à Rethel (Ardennes), Nicolas Sarkozy avait proclamé qu’il « n’accepterait pas les stratégies cyniques et opportunistes » consistant à « utiliser la crise ambiante pour justifier des réductions d’activité et d’effectifs qui n’ont manifestement rien à voir avec elle ». De même le ministre du Travail a-t-il mis en garde les entreprises qui, confrontées à de réelles difficultés, feraient de l’emploi « la principale variable d’ajustement ». Las, les actes tardent à suivre les paroles, alors que les situations justifiant de fortes interventions des pouvoirs publics en ce sens ne manquent pas. Partant de l’idée que le mieux est de prévenir et d’agir avant que les licenciements et les fermetures d’usine ne se soient produits, la CGT préconise, elle, la mise en place d’un droit de veto suspensif, permettant au comité d’entreprise d’examiner des alternatives au pire. la cgt préconise un droit de veto suspensif Au-delà, la dégradation accélérée de la situation de l’emploi devrait, en bonne logique, conduire le gouvernement à remettre à plat l’ensemble de sa politique économique et sociale. Comment en effet défendre encore le trop fameux « Travailler plus pour gagner plus » quand tant d’hommes et de femmes sont condamnés aujourd’hui à travailler moins, voire pas du tout, pour gagner moins ? Quelque peu gêné aux entournures, le ministre du Budget Éric Woerth répondait hier que les mesures favorisant les heures supplémentaires étaient « une réponse durable », mais « pas une réponse en soi à la crise ». Le gouvernement n’en persiste pas moins dans la même voie, comme le montrent le projet d’extension du travail du dimanche ou le recul de l’âge de la retraite d’office à 70 ans. Il met en avant les pressions exercées sur les banques pour qu’elles maintiennent le crédit aux innombrables PME menacées d’asphyxie. Sans véritable efficacité à ce jour, selon les informations remontant du terrain. Il renvoie à un prochain plan de soutien à l’activité, actuellement concocté entre les murs de l’Élysée et des ministères, alors que la gravité de la situation appellerait au contraire l’organisation d’un vaste débat public et contradictoire sur les remèdes à la crise. Enfin, dernier paradoxe, et non le moindre, il s’obstine à vouloir réduire les cotisations à l’assurance chômage, répondant ainsi au voeu du MEDEF, alors que le nombre de demandeurs d’emploi augmente et que la moitié d’entre eux ne perçoivent aucune indemnisation. |