Les ravages de la spéculation sur les denrées de base
Journée
mondiale de l’alimentation . Les prix des produits de première
nécessité ont augmenté de 50 % au cours des sept premiers mois de 2008.
Alors que se déroule aujourd’hui la Journée mondiale de l’alimentation, l’actualité de ces dernières semaines nous a montré que l’assiette des pauvres comptait peu face à l’argent des riches spéculateurs en faveur desquels les États sont intervenus comme garants en dernier ressort, via le soutien aux banques et autres compagnies privées d’assurances. Selon les chiffres fournis par la FAO, les prix alimentaires mondiaux ont connu une hausse de 12 % en 2006, puis de 24 % en 2007, et de 50 % au cours des sept premiers mois de 2008. Il n’est donc pas étonnant que 35 % de la population souffre aujourd’hui de la faim dans 15 pays africains. La flambée des prix alimentaires a fait passer la population gravement mal nourrie à 923 millions de personnes en 2008, soit 75 millions de plus qu’en 2007. Dans cette population fragilisée, on trouve 180 millions d’enfants en bas âge dont un sur quatre va mourir de faim avant ses cinq ans. Selon la FAO, il faudrait moins de 30 milliards de dollars par an pour assurer la sécurité alimentaire et relancer le secteur agricole des pays les plus touchés. Pour Jean-Hervé Bradol, ancien président de Médecins sans frontières, 3,5 milliards d’euros seraient nécessaires pour produire à grande échelle une pâte nommée Plumpy nut, à base de lait, de sucre et d’huile, composée de 40 micronutriments et dont une dose de 100 grammes apporte 500 calories. Sa distribution en urgence permet de sauver les enfants en bas âge. Actuellement, les organisations humanitaires ont suffisamment de doses pour venir en aide à 3 % des affamés qui en auraient besoin. un emballement des cours De l’été 2007 au printemps 2008, les organismes financiers responsables de la débâcle boursière de ces dernières semaines ont beaucoup spéculé sur les matières premières agricoles. Les prix du blé, du maïs, du colza, du soja, de l’huile de palme ont souvent plus que doublé en quelques semaines après une récolte 2007 très moyenne, sans être porteuse de pénurie. Le riz a connu les mêmes hausses, voire plus. Il a suffi que les réserves de la Chine diminuent pour provoquer un emballement des cours. Voilà qui prouve l’importance stratégique des stocks céréaliers de sécurité auxquels recourent trop peu d’États dans le monde, à l’exception de la Chine. Avec la bienveillance des décideurs politiques, la Commission européenne a supprimé, dès l’été 2007, les taxes sur les céréales importées des pays tiers. Ce faisant, elle a contribué à la hausse des prix mondiaux car la faible parité du dollar par rapport à l’euro poussait les meuniers et les industriels de la nutrition animale à s’approvisionner sur le marché international. Ce choix de l’Europe a encouragé les spéculateurs, notamment à la Bourse de Chicago. À lire un sondage BVA, publié par le quotidien la Croix, les Français jugent assez sévèrement ce laisser-faire européen et sarkozyen. Ils ne sont que 40 % (moins 11 points en deux ans) à faire confiance à l’Europe, et 31 % (moins 11 points aussi) à faire confiance aux autorités françaises pour contribuer à faire reculer la faim dans le monde. l’importance des stocks L’actualité leur donne raison. Après une récolte mondiale excellente en 2008, les débouclages massifs de positions prises précédemment sur des millions de tonnes de céréales par les institutions financières ont accentué la chute des cours de ces matières premières. Ainsi, les difficultés de l’assureur américain AIG, avant son sauvetage par la Maison-Blanche, ont fait chuter le cours de la tonne de blé américain de 11 dollars durant la seule séance du 15 septembre. Mais, en cas de nouvelles perspectives de gains, les marchés boursiers spéculeront à la hausse. D’où l’importance des stocks que des gouvernants responsables devraient mettre en place. Gérard Le Puill |