
Nouveaux pauvres,
même galère…
Pauvreté
. Face à une crise sans précédent qui
voit la pauvreté frapper des
catégories nouvelles de la population, les associations
tirent la
sonnette d’alarme. Le Secours populaire lance un appel au
profit des
enfants.
Il paraît qu’en ces temps
de
crise, notre président, en plus d’une Rolex, a
« la banane ». Bienvenue
dans cette France de tout en haut qui fronce des sourcils face aux
patrons qui se sucrent trop et qui demande, la matraque à
portée de
main, aux pauvres, de faire ceinture et preuve de patience. Le credo de
ce gouvernement ? Comme disait Coluche :
« Dites-nous de quoi vous avez
besoin, on vous dira comment vous en passer. » Sauf
qu’aujourd’hui,
ceux qui ont à entendre cette rengaine sont de plus en plus
nombreux.
« UN RAZ-De-MaREE DE LA
MISERE »
Hier s’est achevée la
24e campagne hivernale des Restos du coeur, et
l’association décrit une
« situation sans
précédent ». Cette
année,
elle a fait face à une hausse de 12,5 % du nombre
de personnes
accueillies dans ses 2 000 centres de distribution de repas. Une hausse
qui dépasse les 20 % dans dix-sept
départements ruraux ou semi-ruraux !
En clair, pour venir en aide à ces 90 000 personnes
supplémentaires
(sur les 800 000 accueillies quotidiennement cet hiver), les Restos du
coeur ont dû débloquer un budget
complémentaire de 5 millions d’euros
pour livrer, en tout, 100 millions de repas. Pas étonnant
d’ailleurs de
voir que la générosité s’est
renforcée, le don moyen passant de 91
euros à 97 euros : le nombre de personnes
susceptibles, un jour,
d’avoir recours aux Restos du coeur
s’élargit sans cesse.
C’est d’ailleurs ce que
constate le Secours populaire. « On a
affaire à un véritable raz-de-marée de
la misère, nous explique son
président, Julien Lauprêtre. Ces derniers temps,
la fréquentation dans
nos 1 400 permanences d’accueil est en hausse de
20 %. Avec de plus en
plus de jeunes, de femmes seules avec enfants. Mais aussi des
travailleurs pauvres, notamment des travailleurs au chômage
partiel.
Sans oublier, les familles immigrées et les personnes
âgées, toujours
plus nombreuses. » Et d’ajouter :
« On voit même venir chez nous des
personnes qui n’imaginaient pas un jour avoir recours au
Secours
populaire : des cadres, des petits commerçants et
même des chefs de
petites entreprises. Vous imaginez ce que cela veut dire pour
quelqu’un
qui, hier encore, avait une résidence secondaire, deux
voitures… »
Aujourd’hui,
l’association lancera un appel pour rappeler que, face
à la crise, « les premières
victimes - on l’oublie trop souvent -, ce
sont les enfants. On fête cette année le 20e
anniversaire de la
Convention internationale des droits de l’enfant. Mais, vingt
ans
après, on est encore loin de la respecter. Pour la plupart
des enfants
qui partent en vacances grâce à nous,
c’est souvent le seul moment de
l’année où ils ont droit à
trois repas par jour. On va donc lancer des
états généraux populaires de la
générosité. » En
2007, le Secours
populaire a aidé 1,6 million de personnes. L’an
dernier, la barre des 2
millions a été franchie. « Et
cette année, à ce rythme, avoue Julien
Lauprêtre, on sera bien au-delà. De fait, on a
senti venir cette crise
bien avant que les pouvoirs publics ne la reconnaissent officiellement.
un« revenu minimum
d’existence »
D’ailleurs, nous nous voyons comme
une sorte d’aiguillon. Néanmoins,
force est de constater que, jusqu’à
présent, toutes les mesures prises
par le gouvernement n’ont eu aucun effet. Au contraire. On
serait les
premiers à se réjouir d’avoir moins de
monde à accueillir et à aider.
Malheureusement, c’est tout l’inverse qui se
produit. »
Et, au regard du peu de réponses
du pouvoir en place face à la
crise, les associations sont de plus en plus nombreuses à
tirer la
sonnette d’alarme. Voire à hausser le ton, comme
le collectif Alerte,
en réclamant, le mois dernier, un « plan
de relance sociale » afin que
« les plus pauvres et les plus
exclus » ne soient pas « les
oubliés des
négociations entre pouvoirs publics et partenaires
sociaux ». Dernier
exemple en date ? La Croix-Rouge, loin de se satisfaire des
déclarations d’intention de la ministre du
Logement, a rappelé que, dès
lundi, « avec la fin annoncée du plan
grand froid », ce sont « 500
personnes », actuellement
« logées en centres
d’hébergement
d’urgence »
qui vont se retrouver « à la
rue ». Las, quand on voit Martin Hirsch,
haut commissaire à la pauvreté, demander aux
chefs d’entreprise
d’investir l’argent de leurs stock-options pour
financer son plan
d’urgence pour l’emploi des jeunes, on comprend
mieux le sondage publié
la semaine dernière indiquant que, si 58 % des
quinze-trente ans se
disent satisfaits de leur niveau de vie, ils sont la moitié
à ne pas
avoir confiance dans l’amélioration de leurs
conditions matérielles et
près de 40 % à craindre pour leur avenir
professionnel. Et d’aucuns de
craindre une « explosion
sociale » en constatant qu’en banlieue
parisienne, le chômage des jeunes repart à la
hausse et touche de plus
en plus ceux que les professionnels croyaient avoir
« tirés
d’affaire ».
Pas de doute, le hard-discount a de beaux
jours devant lui, comme
ces grandes surfaces vendant des produits flirtant dangereusement avec
la date limite de consommation. La débrouille se
généralise. La colère
aussi. Symbolique : aujourd’hui, dans un
supermarché francilien, aura
lieu une opération baptisée "grignotage de faim
de mois". Et, ce
week-end, le collectif Ni pauvres ni soumis se mobilisera partout en
France pour « un revenu d’existence
décent ». En tête, un
refrain :
« Quand tous les pauvres s’y
mettront… »
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