I. L’ occasion de construire
de nouvelles fondations à l’Union européenne et d’ouvrir une nouvelle perspective pour l’Europe.
Nous faisons face à une crise financière, économique et sociale, une crise
de tout le système et qui grandit de jour en jour. Elle amplifie et aggrave la
crise alimentaire, énergétique et écologique. Partout dans l’Union européenne
le choc est terrible. La crise est causée par le capitalisme néolibéral
mondialisé, à savoir les élites économiques et politiques irresponsables qui
promeuvent ce capitalisme des risques, mais son prix sera payé par le
peuple. Il met en danger la paix, la sécurité et la coexistence internationales.
Le monde a été immergé dans cette crise mondiale par la politique
hégémonique des États-Unis et en particulier par l’administration Bush.
Cette crise démontre une fois de plus la faillite de la mondialisation néolibérale
qui a maximisé les profits des principaux acteurs du marché financier
à l’échelle mondiale, sans aucun contrôle, ni intervention des États. La politique,
les États et des sociétés entières sont soumis aux marchés financiers
incontrôlés. Le résultat est clair : une absence de démocratie et la fin de
l’État providence.
La politique de bas salaires et de travail précaire a placé le système financier
et de crédit dans une situation de risque.
Les gouvernements, les institutions de l’UE et les organismes économiques
mondiaux tels que le FMI, la Banque mondiale et l’OMC, ont imposé privatisations
et dérégulations. Il en résulte que les fondements néolibéraux des
traités de l’UE sont remis en question, notamment l’insistance sur une
“économie de marché ouvert à concurrence libre” : la circulation incontrôlée
des capitaux, la libéralisation des services publics, le statut et la mission
de la Banque centrale européenne.
La crise historique qui frappe le capitalisme au coeur, nous met au défi de
contribuer à la résistance des peuples et d’ouvrir une perspective pour un
changement en Europe. Le Parti de la gauche européenne estime qu’une
sortie de la crise ne peut être trouvée qu’en se battant pour une Europe
démocratique et sociale : une Europe des peuples et non pas une Europe
des banques.
Cette crise est aussi une crise politique. Le “non” irlandais au traité de
Lisbonne, les “non” français et néerlandais au TCE ont montré qu’un
nombre croissant de personnes en Europe est en désaccord avec la politique
antidémocratique et antisociale de l’Union européenne. Ils estiment
que celle-ci est une construction lointaine et incompréhensible qui ne les
concerne pas, qui ignore leurs espoirs et leur situation concrète.
Nous réaffirmons notre “non” au traité de Lisbonne. L’expression démocratique
de la volonté des peuples doit être respectée dans un processus
démocratique basé sur une active participation des peuples, des Parlements
nationaux et européen. La participation démocratique et les pouvoirs des
Parlements doivent être renforcés par des lois légalisant les pétitions populaires,
l’élargissement des codécisions et les relations entre les Parlements
nationaux et le Parlement européen. Les citoyens de l’UE devront discuter
et prendre des décisions sur une alternative au traité de Lisbonne.
L’Union européenne intervient dans la vie des habitants de l’Europe.
Quinze ans après le traité de Maastricht, les orientations néolibérales ont
été appliquées. Les conditions de vie et de travail de la majorité de la population
d’Europe se sont rapidement détériorées : allongement du temps de
travail et de la vie au travail, salaires insuffisants, accroissement du chômage
de longue durée et du chômage des jeunes. Petits boulots, emplois temporaires
et stages non payés sont des réalités scandaleuses. De façon générale,
les services publics sont utilisés pour faire des profits. À quoi s’ajoutent
les pressions psychologiques et physiques, le mal-être, la peur, la disparition
des solidarités et la violence contre les plus faibles. On le constate de
façon dramatique avec la situation des migrants dans l’Union européenne
et dans ses pays membres, ainsi qu’avec la politique d’immigration de
l’Union. Par ailleurs, les profits ont augmenté de manière gigantesque : les
dirigeants des entreprises reçoivent des rémunérations astronomiques,
même lorsque leurs agissements ont des conséquences négatives. Les
riches deviennent plus riches et les pauvres deviennent plus pauvres.
Les événements récents en Europe tels que le conflit du Caucase, les développements
au Kosovo et les traités bilatéraux avec les États-Unis concernant
l’installation de bases militaires en Europe de l’Est font mesurer combien
il est important que l’Union européenne respecte le droit international
et trouve des solutions politiques à tout conflit.
La militarisation de la politique étrangère de l’Union, liée à l’OTAN, doit
être remplacée par un concept alternatif de sécurité, fondé sur la paix, le
dialogue et la coopération internationale.
Beaucoup de gens sont déçus, frustrés ou se détournent de la politique
européenne, se sentant impuissants face à cette évolution. Mais beaucoup
d’autres luttent pour leurs emplois et pour bénéficier d’une sécurité sociale,
pour les services publics et le droit de participer au processus de la prise
des décisions politiques. Ils luttent pour leurs droits sociaux et individuels,
pour que les droits de l’homme soient respectés à l’égard de tous ceux qui
vivent dans l’Union européenne : l’immigration et le droit d’asile sont devenus
un problème urgent de la bataille politique. Ils s’efforcent d’obtenir
l’égalité entre les sexes et la démocratie, la justice et le droit pour tous de
vivre dans la dignité, en solidarité les uns avec les autres.
Plus que jamais, l’Union européenne est à la croisée des chemins : ou bien
elle continue de mener sa politique actuelle qui approfondit sa crise financière,
alimentaire, énergétique et de sécurité, ou bien elle se tourne vers
une option de développement durable et de justice sociale, de paix et de
coopération mutuelle, d’égalité entre les femmes et les hommes, de participation
démocratique et de solidarité, où l’antifascisme, l’antiracisme, les
libertés civiles et le respect des droits de l’homme sont appliqués par tous.
Le choix est aux mains du peuple. Pour vaincre la résignation et l’abstention,
nous disons : des alternatives existent. La politique peut et doit être
changée : tant aux niveaux nationaux qu’au niveau européen.
Le Parti de la gauche européenne exige que cette Europe soit une Europe
pacifique et citoyenne, dont les économies soient socialement et écologiquement
durables, une Europe féministe qui se développe sur la base de la
démocratie et de la solidarité. Cela exige une nouvelle synergie entre les
forces sociales et politiques. Cela exige des idées, des initiatives et un travail
acharné des acteurs politiques et des forces démocratiques, des syndicats
et des mouvements sociaux, des représentants des sociétés civiles.
Des alternatives sont possibles - par la lutte en commun, tant dans la rue
que dans les Parlements.
Nous nous joignons au combat du mouvement pour la paix et contre la
guerre, du mouvement des altermondialistes, au combat de tous ceux qui
résistent à la précarité de la vie, aux luttes des travailleurs, des femmes et
des jeunes.
Ensemble, avec les représentants des autres partis socialistes, communistes,
des Gauches Verts nordiques, nous avons coopéré avec succès au
sein du groupe GUE-GVN du Parlement européen. Le caractère pluraliste
de ce groupe a enrichi la créativité de l’opposition de gauche entre 2004 et
2008. Nous voulons développer encore davantage cette expérience dans le
Parlement européen qui sera élu prochainement.
Face à la crise actuelle, la Gauche européenne est appelée encore plus fortement
à jouer un rôle effectif en mettant en oeuvre des actions politiques
communes contre l’hégémonie politique et culturelle de la droite.
La politique néolibérale de l’UE a été rendue possible, entre autres, par une
version européenne d’une “grande coalition” entre les partis qui représentent
les forces conservatrices européennes et les partis socialistes européens.
Ce consensus est l’un des motifs de la crise politique de la construction
européenne. Il est à l’origine de très fortes contradictions à l’intérieur
des partis sociaux-démocrates.
Le PGE, dans le but d’obtenir un changement et de regagner un espace
politique en Europe, est en compétition contre des partis conservateurs et
libéraux, des partis sociaux-démocrates et verts dans les pays membres et
avec les partis politiques européens correspondants qui s’accrochent à la
logique de la politique européenne actuelle.
Le PGE confirme sa lutte conséquente contre toute tentative des partis
populistes et d’extrême droite à élargir leur influence en Europe.
II. Vaincre la crise : Pour une économie sociale et écologique en Europe
La crise exige une réponse coordonnée tant au niveau international et
qu’européen. La Gauche européenne défend une politique fondée sur le
développement économique et social, la protection de l’environnement et
qui a pour but la cohésion économique et sociale sur la base de justice
sociale. Au contraire de la stratégie de Lisbonne, nous voulons une stratégie
basée sur les valeurs de solidarité et de coopération, le plein-emploi et
des relations rationnelles avec la nature. Cela n’est possible qu’en changeant
les règles actuelles du système économique et financier international.
S’attaquer aux racines de la crise financière, avec ses conséquences économiques
et sociales, signifie traiter les conséquences dramatiques de la crise
financière, qui portent des dommages terribles à la promotion des capacités
humaines et à un développement réellement durable.
Il est nécessaire de refonder l’Union européenne sur la base de nouveaux
paramètres aptes à faire passer le peuple et les droits avant les profits.
Nous tendons tous nos efforts pour les travailleurs n’aient pas à payer les
crises alors que les banques et la finance sont saines et sauves. La logique
des plans du G7 pour l’Union européenne signifie la privatisation des profits
et la socialisation des pertes.
Toutefois, même la législation actuelle autorise les dépenses prévues pour
un plan d’investissement en faveur de l’emploi, qui soutienne l’économie
réelle et sa restructuration écologique.
En matière de financement, la crise a mis en évidence la part décisive occupée
par le crédit. Le crédit doit être redirigé vers l’économie réelle et les
collectivités, pour l’emploi et les priorités environnementales, dès le niveau
des villes et des régions jusqu’à celui du système de la Banque centrale européenne.
Pour réaliser cette orientation du crédit et de l’argent, nous défendons
un contrôle public et social exercé sur le système financier et bancaire.
Nous réclamons pour le peuple travailleur, et ses organisations et pour les
élus locaux, le droit de contrôle sur l’utilisation des crédits et subventions.
Nous critiquons les objectifs et la politique concrète de la Banque centrale
européenne, son indépendance totale à l’égard de tout organe politique, le
manque de transparence de ses décisions et ses actions. Nous soulignons
qu’il est d’une nécessité urgente que sa politique monétaire doit avoir pour
objectifs essentiels une nouvelle croissance de l’économie et de l’emploi,
ces objectifs étant prioritaires par rapport à la maîtrise de l’inflation.
Pour cette raison, le rôle de la Banque centrale européenne doit être changé
et s’aligner sur les critères de soutien de l’emploi et du développement
social et écologique, au moyen d’un abaissement sélectif de ses taux d’intérêt.
La BCE doit être soumise au contrôle démocratique et public. Ses statuts
doivent être modifiés. Le pacte de croissance et de stabilité doit être
remplacé par un nouveau pacte en faveur de la croissance, du plein-emploi,
de la protection sociale et environnementale.
Il est nécessaire de taxer les transactions financières et les revenus en
Europe et d’abolir les paradis fiscaux. Il est nécessaire également d’établir
une taxation sur les capitaux spéculatifs afin d’alimenter la création d’un
fonds européen.
La taxe Tobin peut être l’outil pour financer des initiatives innovatrices
dans les secteurs ayant fait l’objet d’une communication par les agences
internationales de l’ONU et destinées à réduire les émissions nocives pour
la planète et pour augmenter le nombre des emplois. Ce fonds européen
devrait être en conformité avec les directives et les programmes du
Parlement européen : un genre de “new deal” vert établi par ce Parlement.
Les mouvements des capitaux, en particulier les profits, qui ne sont pas
directement liés à l’investissement et au commerce doivent être soumis au
contrôle et à la taxation.
Les biens publics et les secteurs économiques stratégiques, y compris le
système financier et le crédit, doivent être socialisés (nationalisés), alors
que parallèlement il est nécessaire de reconstruire un système de Sécurité
sociale à l’échelle européenne. La privatisation des services publics doit
être inversée. Il est nécessaire d’augmenter les salaires et les revenus des
travailleurs. Il est nécessaire d’harmoniser le système financier européen,
qui doit être basé sur le principe de la progressivité de l’impôt.
Quant aux nouveaux droits et pouvoirs des employés et des citoyens, ils
devront leur permettre de rompre avec le monopole détenu par les principaux
acteurs du marché sur les informations stratégiques et les décisions
et les revendiquer pour eux-mêmes afin de parvenir à une abdication réelle
du pouvoir politique. La démocratie doit commencer par l’implication des
citoyens eux-mêmes et elle doit s’étendre à toutes les sphères de la vie
sociale.
Des normes européennes de développement durable qui empêchent l’apparition
de la pauvreté doivent remplacer la politique actuelle de dumping
social et environnemental. Étant donné que les règlements de la Cour européenne
de justice constituent des attaques contre les conventions collectives
et les législations du travail, nous soulignons la nécessité de renforcer
les conventions collectives et de remettre en vigueur les droits du travail.
Nous rejetons la directive de l’Union européenne sur la durée du travail qui
permet une flexibilité totale et favorise l’individualisation du travail. Pour
nous, il est essentiel que les durées de travail légales ne dépassent pas 40
heures. Les législations nationales plus favorables doivent être préservées.
Nous exigeons un salaire minimum européen égal à au moins 60 % du salaire
moyen national et qui ne mette pas en danger les conventions collectives.
Un revenu minimum pour les personnes sans emploi, ainsi qu’une retraite
minimum liée au salaire minimum, indexés automatiquement sur les prix,
sont nécessaires pour garantir une vie dans la dignité. Les âges différents de
départ à la retraite doivent être garantis en tenant compte des législations
existant dans les pays membres de l’Union européenne.
Nous exigeons un renforcement des droits des migrants leur permettant
de travailler partout où ils vivent dans l’UE. Une loi sur l’immigration doit
être orientée sur les intérêts des migrants et non sur ceux des employeurs
qui recherchent une main-d’oeuvre bon marché, ce qui oblige des millions
de migrants de travailler clandestinement. Nous refusons toute régulation
ou directive dans l’UE et ses pays membres qui impose l’expulsion. Ce qu’il
faut, c’est une régulation et un permis de travail valable pour la recherche
d’un emploi.
Nous refusons le concept de “flexicurité” inscrit dans la stratégie de
Lisbonne. Nos priorités sont des mesures contre la pauvreté, la marginalisation
sociale et la précarité, pour le travail à plein temps dans des emplois
réguliers, pour l’augmentation des salaires, des retraites et des allocations
sociales. Les impôts doivent être prélevés tant sur les revenus que sur le
capital, permettant une redistribution du haut vers le bas.
L’instruction, la garde et l’éducation des enfants et des adolescents, les soins
nécessités par la maladie et la vieillesse, la santé publique, l’adduction de
l’eau et du tout-à-l’égout, la fourniture d’énergie, les transports publics, les
services postaux, le sport et la culture ne sont pas des biens commerciaux,
mais des services publics relevant de la responsabilité publique. Pour cette
raison, ils ne doivent pas être soumis à la concurrence, qui recherche les
coûts les plus bas et les profits les plus élevés. Nous ne voulons plus de privatisations
de services et de biens publics, mais une “remunicipalisation” ou
une appropriation publique. Nous sommes pour l’existence d’entreprises
publiques fortes et pour l’augmentation des investissements dans l’éducation,
la petite enfance, la santé, les transports publics, le sport et la culture.
Pour nous, les questions sociales et climatiques sont liées. Nous sommes
en faveur d’un développement immédiat et consistant d’un nouveau traité
international conforme au 4e rapport de la Commission intergouvernementale
sur le changement climatique et s’insérant dans le plan d’action de
l’Union européenne de 2007-2009. Nous demandons la mise en application
pleine et entière des obligations promises et signées par l’Union européenne
dans tous les domaines des politiques énergétiques et climatiques. Les
compromis suivants sont un minimum pour ce qui concerne la mise en
application de tous les engagements déjà signés sur la protection du climat.
Réduire les émissions de 25 % d’ici à 2020 sur la base du niveau de 1990 et
d’au moins 80 % d’ici à 2050.
Augmenter l’utilisation des énergies renouvelables d’au moins 25 % d’ici à
2020.
Réduire la consommation totale d’énergie primaire de 25 % d’ici à 2020
et augmenter l’efficacité énergétique de 2 % par an, y compris en limitant
la consommation par tête d’habitant.
Une obligation d’efficacité doit être introduite pour l’industrie et les producteurs
de marchandises à forte consommation énergétique.
En conséquence, les subventions dans le cadre de l’UE devront être limitées
au secteur favorisant l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables.
Nous sommes contre la réduction du protocole de Kyoto à un système
marchand des quotas d’émissions. Il est nécessaire, pour conclure le traité
Kyoto 2, de mettre en oeuvre une stratégie globale qui permet de réduire
les émissions en rendant le développement plus juste et plus sobre. Un
nouveau paradigme basé sur la coopération, au lieu de la concurrence, est
nécessaire, en commençant par le transfert de technologie vers les pays en
voie de développement, l’invention de technologies propres et de politiques
d’ajustement aux changements climatiques.
L’eau est un bien universel et son accès doit être garanti comme un droit
humain.
La protection de la nature et le développement de ressources renouvelables,
la transformation de nos paysages, ainsi qu’un approvisionnement
alimentaire sécurisé sont des défis existentiels. Nous exigeons qu’au sein
de l’Union européenne on se mette d’accord sur les normes environnementales
les plus élevées, contribuant à sauver la biodiversité pour les
générations futures (des mesures rapides pour la réduction des déchets et
la protection de l’eau, des opérations de reboisement et d’opposition à la
désertification, etc., doivent être incluses dans les stratégies et les politiques,
en particulier dans les domaines de l’agriculture, de l’énergie et de la
protection du climat).
Nous luttons pour une révision fondamentale de la politique agricole commune
de l’Union européenne (PAC). Elle doit être orientée sur le droit des
peuples, partout dans le monde, de décider eux-mêmes de leur politique
agricole, dans le total respect de l’environnement.
Nous sommes opposés à toute réforme de la politique agricole commune
de l’Union européenne qui mettrait en question les politiques agricoles
publiques. Nous exigeons que l’agriculture ne devienne pas un objet soumis
aux négociations de l’OMC et nous sommes opposés à ce que l’agriculture
devienne un terrain de manoeuvres pour les acteurs néolibéraux et les
mesures libérales à travers le monde. Nous soutenons l’exigence de la souveraineté
alimentaire.
Cela signifie donner la priorité à la production agricole locale, à la qualité
des aliments, sans contraindre les producteurs à porter leurs produits sur
le marché mondial. L’accès à la terre, aux semences, à l’eau et au crédit doit
être régulé dans le cadre d’une réforme agraire réelle en Europe et sur les
autres continents.
Nous exigeons une politique globale de développement rural : le développement
d’opportunités de productions agricoles et d’emploi doit constituer
le critère central du développement des campagnes, par l’application
de politiques basées sur le secteur, le soutien à la biodiversité agricole et
l’emploi rural, en particulier pour les jeunes et les femmes. Des subventions
devront être accordées sur des critères économiques, sociaux et
environnementaux, et non pas au profit de grands producteurs dans certains
secteurs. Partant de cela, la distribution du budget de la PAC doit être
réorientée, notamment pour répondre aux besoins des zones rurales.
L’agriculture du XXIe siècle doit avoir un aspect multifonctionnel : protection
du matériel de reproduction végétale, garantie du droit des paysans
d’avoir leurs propres semences, application de programmes de développement
et interdiction de l’utilisation d’organismes génétiquement modifiés
(OGM) pour la production d’aliments et de produits alimentaires, défense
et valorisation des appellations d’origine, y compris sur les marchés non
européens.
III. Une Europe de paix et de coopération
Aucune guerre ne doit plus jamais prendre naissance sur le sol européen.
Nous considérons que la guerre et la militarisation ne sont pas des instruments
politiques et nous voulons une stratégie qui garantisse la sécurité pour tous.
Le désarmement et la reconversion des industries militaires sont des
tâches essentielles. Nous menons campagne contre la clause de réarmement
du traité de Lisbonne, non seulement à cause des armes de mort et
de destruction de la nature, mais aussi parce qu’elle détourne des fonds
hors du développement économique, social et écologique. L’Agence européenne
de défense doit être remplacée par une Agence de désarmement
chargée de faire cesser la course aux armements, la prolifération et la possession
d’armes de destruction massive, la militarisation de l’espace et des
océans, à partir d’accords de désarmement.
Les conflits qui émergent en Europe – notamment après le refus par les
gouvernements de repenser la coopération de tous les États européens sur
une base juste et égalitaire depuis 1990 – soulignent la nécessité de créer
un nouveau système de sécurité collective en Europe. À partir d’une crise
régionale devenue une situation de guerre ouverte, le conflit du Caucase
d’août 2008 est devenu une crise internationale qui a impliqué les États-
Unis et qui a appelé la population européenne et l’Union européenne à
jouer leur rôle pour négocier une solution politique. Le danger que de tels
conflits s’étendent à d’autres régions d’Europe demeure une question cruciale.
Parallèlement, le déploiement des forces de l’OTAN en Afghanistan
et les demandes croissantes des États-Unis d’augmentation de la participation
européenne montrent la faillite de la stratégie d’intervention militaire
suivie par l’administration Bush. Cela démontre la contradiction croissante
entre, d’une part, les intérêts européens de sécurité et, d’autre part, la
stratégie d’intervention militaire et l’expansion de l’OTAN.
La Gauche européenne réaffirme son exigence de dissolution de l’OTAN.
Nous sommes opposés à la logique des blocs militaires, y compris les tentatives
et politiques de création de structures militaires européennes.
Plus que jamais, la sécurité en Europe doit être fondée sur les principes de
défense, de désarmement et l’incapacité structurelle de commettre des
agressions, sur la solution des conflits par des moyens politiques et civils au
sein du système de l’OSCE, conformes au droit international et aux principes
d’un système réformé et démocratisé des Nations unies. Un tel système
européen, collectif et coopératif, doit garantir la sécurité ainsi que l’accès
inconditionnel à la fourniture d’énergie, le respect de l’environnement,
le respect des droits humains, etc.
Nous devons souligner le rôle négatif, non seulement militaire mais aussi
politique, que l’OTAN joue en se conformant aux intérêts des États-Unis
en Europe. Même après la confrontation entre les blocs Est et Ouest,
l’OTAN est restée en place et s’est développée pour devenir un outil
encore plus fonctionnel des administrations états-uniennes au service de
leurs stratégies hégémoniques. L’élargissement de l’OTAN vers l’Est est
conforme à cette logique.
Les accords bilatéraux entre les États-Unis et différents pays européens,
tels que celui avec l’Italie concernant la base militaire états-unienne de
Vicenza, avec la Pologne et la République tchèque pour le déploiement du
bouclier antimissiles et ceux avec la Bulgarie et la Roumanie, concernant
des nouvelles bases militaires, représentent non seulement une menace
pour la souveraineté de l’Europe, mais créent un risque réel d’une nouvelle
confrontation militaire en Europe.
Le retrait des troupes de l’OTAN et de la coalition occidentale dirigée par
les États-Unis en Irak et en Afghanistan est une condition nécessaire à la
dissolution de l’OTAN par un processus politique. La communauté internationale
et les États-Unis doivent aider le peuple afghan à trouver une
solution politique par des moyens non militaires, sur la base du respect du
droit international et des droits de l’homme. Nous exigeons également la
fermeture de toutes les bases de l’OTAN et des États-Unis en Europe.
Nous sommes contre les installations de défense satellitaire des États-Unis
(ou d’un quelconque pays européen) déployées en Europe ou hors d’Europe
et nous soutenons totalement les citoyens tchèques, polonais, bulgares
et roumains qui luttent contre de telles installations. Nous refusons
toute utilisation militaire du système européen Galileo.
Les politiques commerciales et de développement de l’Union européenne
doivent être conformes aux objectifs de développement du Millenium et
réalignées sur le principe d’égalité entre tous les pays. Les accords bilatéraux
de partenariat européens ne sont pas la bonne voie. La politique
consacrée au commerce international de l’UE doit être conçue pour donner
des réponses adéquates permettant de résoudre les problèmes écologiques
et sociaux de la planète. Le combat contre la pauvreté qui continue
de croître dans le monde et les déséquilibres doit être mis au centre de la
coopération de développement – il faut mettre fin au mauvais usage de la
coopération de développement dans le but de perpétuer des relations de
type colonial, pour apporter un soutien unilatéral aux industries d’exportation
en faveur des entreprises européennes ou pour servir d’instrument
géopolitique. Nous voulons l’interdiction de la transformation de produits
alimentaires en carburants. Nous exigeons l’annulation de la dette pour les
pays les plus pauvres du monde et la révision des programmes d’ajustement
structurel de la Banque mondiale et du FMI.
Nous soutenons un développement plus important de la coopération
méditerranéenne. Elle est la clé pour établir la paix et la sécurité au Moyen-
Orient. Mais le processus de Barcelone est en crise. Transformer le processus
de Barcelone en une Union méditerranéenne plus étroite et plus
institutionnalisée exige la participation active de toutes les forces politiques
et sociétés civiles des pays impliqués. Le processus démocratique et transparent
pour renouer une relation entre tous les pays de la région et
l’Union européenne est le seul moyen pour éviter de transformer ce projet
politique ambitieux en une structure inégalitaire.
Une Méditerranée de paix durable et
stable est
impossible sans que soit
résolu le conflit du Moyen-Orient. La condition préalable
essentielle
est la
reconnaissance et la concrétisation du droit du peuple
palestinien à
avoir
un État indépendant et viable à côté
de l’État d’Israël – avec des
droits
égaux et vivant ensemble dans un voisinage pacifique. Le PGE
fera tout
son
possible pour exiger cela et pour pousser l’UE et ses pays
membres à
agir
selon cette orientation. Même plus : l’Europe doit
s’émanciper du plan
des
USA appelé “Grand Moyen-Orient”, pour
s’engager elle-même activement
pour mettre fin à l’occupation militaire des territoires
palestiniens,
pour, le
démantèlement du “mur”, pour la stricte
exécution des résolutions de
l’ONU à ce sujet. L’UE doit entreprendre un plus
grand nombre de
démarches politiques pour exiger le soutien des pays arabes de
la
région et
pour stimuler la conscience grandissante des sociétés
civiles en faveur
de la
nécessité de promouvoir une politique active de
résolution du conflit.
Le
PGE refuse les politiques des USA et de l’UE à
l’égard de l’Iran –
notamment
concernant la solution du conflit sur l’usage de
l’énergie nucléaire –
et
exige des négociations strictement politiques ; le PGE
exprime sa
solidarité
aux forces sociales et politiques qui luttent pour la mise en pratique
et la
garantie du respect des droits de l’homme en Iran.
Le PGE souligne son engagement pour un processus de sécurité et de
coopération de tous les États des régions de la Méditerranée et du Moyen-
Orient, y compris le droit du peuple Sahraoui à l’autodétermination sur la
base des résolutions existantes de l’ONU 1754 et 1783.
La Turquie doit respecter et s’engager légalement à garantir les droits politiques
et humains de toutes les personnes vivant dans le pays, y compris
toutes les minorités, elle doit mettre en oeuvre des réformes juridiques et
sociales conformes au droit permettant d’ouvrir une voie démocratique et
pacifique pour tous les citoyens kurdes, apportant ainsi une solution politique
au problème kurde.
L’évolution significative de la question de Chypre et le changement d’ambiance
après l’élection de Dimitris Christofias à la présidence de la République
ouvrent de nouvelles perspectives prometteuses aux efforts de réunification
de l’île. La tenue de négociations officielles entre les dirigeants des
deux communautés, sous les auspices de l’ONU, devrait conduire à une
solution fédérale bizonale et bicommunautaire impliquant l’égalité politique,
en conformité avec les résolutions de l’ONU en la matière et sur la base
des accords de haut niveau, du droit européen et du droit international.
Le PGE se prononce en faveur de la création de conditions politiques et
économiques permettant une coexistence pacifique des peuples et des
États européens : l’Europe a besoin d’un espace économique et social qui
n’exclut aucun autre pays européen et qui est basé sur un système variable
d’accords tant bilatéraux que multilatéraux. La Gauche européenne se prononce
en faveur de l’élargissement ultérieur de l’Union européenne et
pour une structure stable à l’échelle du continent afin de surmonter les
divisions politiques et économiques encore existantes en Europe. Pour cette
raison Le PGE soutient notamment la préservation de gouvernements
démocratiques, la garantie et la concrétisation des droits humains pour
tous les peuples dans la pratique quotidienne, le respect et la protection
des minorités et l’État de droit, parce que ce sont des conditions préalables
importantes pour négocier avec les pays demandeurs de leur adhésion à
l’UE. L’Union européenne, quant à elle, doit être politiquement et économiquement
en état de prendre les mesures d’élargissement.
La Gauche européenne demande la mise en application concrète de la nouvelle
politique de voisinage de l’Union sur la base de l’égalité, notamment
en ce qui concerne les pays membres de la CEI et les États de la partie occidentale
des Balkans.
IV. Une Europe démocratique et égalitaire
La reconstruction de l’Europe reste encore aujourd’hui une tâche à accomplir.
Tous les êtres humains qui vivent dans des États membres de l’Union
européenne ont le droit de participer à sa construction et à son développement
futur, qu’ils y soient nés ou non. L’Union européenne doit s’ouvrir à
la participation démocratique de tous les gens qui y vivent, sinon elle n’aura
pas d’avenir.
Nous nous déclarons pour le renforcement des droits et libertés individuels,
ainsi que des droits sociaux et politiques fondamentaux de toutes les
personnes qui vivent dans l’Union européenne. La charte des droits fondamentaux
doit devenir légalement contraignante et doit être développée
dans un sens plus progressiste. L’Union européenne doit adhérer à la
Charte européenne des droits de l’homme (CEDR). Le PGE défend l’égalité
pleine et entière entre les femmes et les hommes dans tous les domaines
de la vie. L’Union européenne doit protéger et promouvoir les droits de
toutes les personnes discriminées du fait de l’origine ethnique, de l’orientation
sexuelle, du sexe, de la religion, de l’idéologie, du handicap ou de l’âge.
Nous exigeons le respect des droits de toutes les minorités et des actions
efficaces contre le racisme, la xénophobie, l’ultranationalisme, le chauvinisme,
le fascisme, l’anticommunisme, l’homophobie et toute autre forme de
discrimination.
L’Europe que nous voulons exige la démocratisation de l’économie. Les
droits d’association, de codécision et de grève doivent s’appliquer à travers
les frontières. Nous refusons que les normes sociales et syndicales soient
subordonnées aux principes de liberté pour le seul marché édictés par la
cour de justice européenne. En revanche, les droits et les possibilités des
travailleurs de participer aux décisions de l’entreprise, par exemple à la
réglementation des investissements et de la production, doivent être élargis
et définis par le droit international.
Le PGE se déclare en faveur d’une politique culturelle de l’Union européenne
basée sur le dialogue interculturel et l’éducation. Il combat la libéralisation
illimitée des services culturels. Nous voulons que le dialogue entre les
cultures devienne le principe d’une politique pacifiste, du niveau local au
niveau européen. Nous soutenons la Convention de l’UNESCO sur la promotion
et la promotion de la diversité des expressions culturelles, qui prévoit
que la législation internationale rend obligatoires la préservation et la
promotion de la diversité des cultures régionales.
Nous exigeons aussi une politique transparente à l’égard des médias.
Les
sources de la productivité économique, de l’hégémonie culturelle, ainsi que
du pouvoir politique et militaire dépendent de plus en plus de la production,
de la mémorisation et de la conversion de l’information et de la
connaissance. C’est pourquoi lès à l’information et à la communication et
l’acquisition de ces données sont des conditions essentielles pour la participation
démocratique, tant au plan national qu’européen. En outre, il est
indispensable de démocratiser la production, le traitement et l’appropriation
de l’information et des connaissances pour tenir tête au capitalisme
numérique. Nous sommes en faveur de structures démocratiques des
médias publics, permettant un accès facile et bon marché aux pratiques culturelles
modernes comme l’Internet, des codes et des programmes gratuits
sans permettre l’usage illégal de réseaux sociaux et de données personnelles.
Il est nécessaire d’inverser le processus de Bologne, la subordination des
besoins de l’école, de l’université et de la recherche aux industries privées,
aux profiteurs du marché libre. L’éducation est un droit humain. Elle doit
être organisée sous la forme d’un processus ouvert qui nous permettra de
construire les enjeux démocratiques futurs, accessibles à tous.
L’éducation publique européenne doit être enracinée dans les principes et
les valeurs qui définissent les caractéristiques essentielles de la culture
européenne. Dans tous les États membres, l’école doit être un lieu de rencontres
et de libre confrontation entre les cultures qui coexistent dans une
société de plus en plus multiculturelle et multireligieuse, comme une prémisse
nécessaire pour un véritable développement de la paix grâce à l’éducation.
En même temps, l’université doit être mise en condition de développer
son rôle éminent de formateur culturel et scientifique, sans aucun
lien avec la logique des marchés.
Pour que toutes les personnes qui vivent dans l’Union européenne puissent
occuper l’espace politique qui leur est dû, le Parlement européen doit avoir
le pouvoir de légiférer. La participation directe aux processus de décisions
doit être rendue possible, selon l’exemple de l’agora citoyenne introduite
par le Parlement européen, comprenant des référendums organisés au
niveau de l’Union et au niveau national sur des décisions primordiales de
l’Union européenne. Les institutions de l’Union européenne (Conseil,
Commission, Parlement) doivent s’ouvrir à la participation des sociétés
civiles, lesquelles doivent avoir la possibilité de contrôler leurs décisions.
Les mesures et lois antiterroristes à l’échelle de l’Union européenne doivent
être abandonnées. Nous voulons l’abolition de la liste des “organisations
terroristes” qui met notre liberté en péril.
Nous voulons une Europe cosmopolite ouverte à l’immigration. Pas
d’Europe forteresse qui rejette les gens qui sont dans la détresse. Une politique
européenne commune sur les réfugiés et l’immigration, conforme à la
convention de Genève est indispensable. Les gens qui fuient les persécutions
à cause de leur engagement politique, de leur idéologie, de leur religion
ou de leur orientation sexuelle doivent trouver asile et protection en
Europe. Nous demandons que le droit d’asile soit reconnu pour les persécutions
en rapport avec le sexe de la victime et les persécutions non gouvernementales
et nous appelons tout particulièrement à la protection des
enfants réfugiés. Pour cette raison, nous rejetons le système existant
Frontex de contrôle des frontières et demandons que tous les plans
concernant l’application de la directive “droit au retour” soient annulés.
Tous les centres de rétention doivent être fermés.
Nous, partis membres de la Gauche européenne, faisons campagne ensemble
et dans nos propres pays pour la réalisation de ces objectifs dans la préparation
des élections de 2009 au Parlement européen. Nous voulons un
puissant groupe parlementaire de gauche afin de pouvoir changer l’Europe.
Chaque voix pour un candidat de la Gauche européenne est une voix pour
une Europe sociale, écologique et féministe, de paix et de solidarité !
Prenez votre chance en main, changez l’Europe maintenant !