Indéniablement, le MEDEF « voit en
grand », le thème de son université
d’été qui s’est achevée vendredi
dernier sur le campus de Polytechnique, à Palaiseau (Essonne).
Derrière les aspects comiques, voire ridicules, des fadaises
néolibérales , le patronat affiche une mégalomanie
nettement plus inquiétante. Tout en revendiquant
l’héritage de personnages comme Gandhi, Marie Curie,
Picasso, Einstein ou Éric Tabarly - tous ces morts qui ne
risquent pas de protester apparaissent dans le clip inaugural de cette
université d’été -, le MEDEF trace les
contours d’un projet global. Dans ce meilleur des mondes, les
adversaires sont effacés du paysage. C’est la fin de
l’histoire, le libéralisme s’occupe de tout.
« L’entreprise, c’est la vie »,
répète à tout bout de champ Laurence Parisot. Pour
Ernest-Antoine Seillière, on s’en souvient,
l’entreprise était « la cellule de base de la
société », mais derrière ses sourires
enjôleurs, la patronne des patrons radicalise encore le
propos : à ses yeux, l’entreprise est la cellule
unique de la société. Et dès lors, hors du
patronat, point de salut ! « Voir en grand devrait en
anglais se traduire « think big », jase encore la
présidente du MEDEF. Mais ça pourrait être aussi
« I have a dream », je fais un rêve.
L’université d’été du patronat
français - résumée dans la presse de ces derniers
jours à la théâtrale bronca contre la taxe pour
financer le surcoût du RSA (lire l’Humanité du 30
août) - élabore derrière cet écran de
fumée une utopie presque parfaite, un cauchemar absolu pour les
salariés.
Un petit coin de paradis fiscal
Mercredi 27 août, 13 h 50.
« Faites attention, restez bien derrière la rambarde.
Quand les gardes du corps du roi vont arriver, ça risque de
cogner », glisse un agent de la sécurité
à un cameraman de France 2. Abdallah II de Jordanie est le
premier chef d’État étranger invité à
l’université d’été du MEDEF,
prière de ne pas empiéter sur le tapis rouge qui
mène à l’entrée de l’École
polytechnique. À la conférence d’ouverture, le
souverain tresse des lauriers au patronat français :
« Pour nous, aucun groupe n’a plus d’importance
que vous. Vous pouvez apporter des solutions aux
inégalités économiques mondiales et aux
dégâts de la guerre. » Puis sa majesté
se fait VRP : « Notre politique est d’encourager
les investissements. Mon espoir est que de nouveaux entrepreneurs
français viennent chez nous. Nous mettons en place les
conditions pour accueillir au mieux les entreprises. » Sur
les sièges, une brochure explicative, « La Jordanie,
une destination de l’externalisation du travail en
sous-traitance », décrit les points de chute pour
patrons français désireux d’oeuvrer pour la paix au
Proche-Orient, tout en délocalisant leurs
activités : le « parc d’affaires du roi
Hussein », par exemple, véritable petit coin de
paradis fiscal avec 0 % de taxes et 5 % seulement
d’impôt sur le revenu.
Le patronat ne peut pas tout
Mercredi 27 août, 17 h 25.
Après la déroute aux référendums sur les différents traités en France et au
Pays-Bas (Constitution européenne), puis en Irlande (traité « simplifié » de
Lisbonne), la maison européenne brûle, et le MEDEF regarde ailleurs. Au bout du
bout d’un atelier plan-plan consacré à « l’Europe superpuissance », un auditeur
met les pieds dans le plat, depuis la salle, en demandant naïvement où sont
passés les patrons français, fervents partisans de l’Union européenne comme
vecteur de la mondialisation néolibérale. « Nous sommes conscients qu’il faut
que nous nous engagions et nous sommes prêts à le faire, tente Jérôme Bédier,
responsable de la commission Europe du MEDEF. Mais les politiques, on ne pourra
pas les remplacer. Tant qu’il n’y aura pas quatre ou cinq dirigeants de très
haut niveau qui tomberont d’accord entre eux, on n’avancera pas. » Preuve que,
toujours prompt à réduire le champ politique à la portion congrue, le patronat
sait aussi se planquer quand les vents contraires sont trop forts.
Gallois veut sa « green card »
Mercredi 27 août, 18 h 30.
À la conférence plénière, « USA,
Still a giant… » (Les États-Unis, toujours un
géant), Louis Gallois, PDG d’EADS, affirme qu’il lui
faut définitivement prendre acte de
« l’hyperpuissance américaine ».
« Il faut être aux États-Unis, qui
représentent 50 % du marché mondial de la
défense. Et on ne peut pas y être à
moitié : nous devons être des citoyens
américains, créer des emplois là-bas, faire des
investissements et respecter leurs règles du jeu, notamment ce
qui touche à la protection de leurs secteurs sensibles. Sur ce
dernier point, il faut connaître leur aspect protectionniste et
ne pas se faire d’illusions : les technologies auxquelles
nous accéderons resteront outre-Atlantique. Nous n’avons
pas le choix. Quand on parle de ligne d’assemblage des avions
là-bas, cela signifie qu’un jour ou l’autre, il
faudra un réseau de sous-traitants pour l’alimenter. Il
faut lancer une stratégie d’implantation à long
terme, sans pour autant abandonner nos racines européennes.
C’est un peu périlleux. »
Surtout, surtout, pas de salaire !
Mercredi 27 août, 19 h 10.
« J’ai créé quatre entreprises que
j’ai revendues. J’ai fait de l’argent et j’ai
aidé mon pays. » Loïc Le Meur, icône de la
tribu des blogueurs, oublie de rappeler qu’il a aussi fait la
campagne de Nicolas Sarkozy avant de quitter le pays, après
l’avènement du grand homme, pour aller faire des affaires
sur Internet en Californie. « La bande entre San Francisco
et San José, pour le web, c’est le centre du
monde », lance-t-il, le regard extatique. Car Loïc Le
Meur s’est donné une mission :
« Comprendre pourquoi aucun leader du Net n’est
européen, alors que nos ingénieurs sont très
performants. » Aux USA, Loïc Le Meur a eu la
révélation : « Là-bas les
entrepreneurs, comme Steve Jobs, d’Apple, ou Larry Page, de
Google, sont des icônes. Il faudrait faire de même ici.
Pourquoi Marc Simoncini, le PDG du site de rencontres Meetic,
n’est-il pas considéré comme un
héros ? » Loïc pousse la traditionnelle
comparaison internationale : « On nous parle du nombre
d’heures travaillées en France. Mais aux
États-Unis, c’est juste permanent, non-stop. C’est
une culture du travail dans laquelle le salaire ne compte absolument
pas. Quand on embauche quelqu’un, la négociation ne tourne
pas autour du salaire, mais des stock-options. Les gars, ils ne veulent
surtout pas être salariés, ils veulent du
capital. »
Idées reçues et fumisterie
Jeudi 28 août, 10 h 55.
Heure du café sous le chapiteau loisirs et propagande. Les urnes
destinées à recueillir les promesses de vote pour les
prochaines prud’homales restent
désespérément vides. En face, on s’empare
des petits prospectus militants du MEDEF. Dans l’un d’entre
eux, l’organisation patronale prétend se défaire
des « caricatures » qui circulent sur son compte.
« Idée reçue nº1 : le MEDEF ne sert
à rien. Idée claire : Il contribue à
alléger les fardeaux fiscaux, sociaux et
réglementaires » ; « Idée
reçue nº5 : le MEDEF est trop politique. Idée
claire : Son seul parti, celui de
l’entreprise » ; « Idée
reçue nº7 : le MEDEF soutient le libéralisme et
la mondialisation. Idée claire : oui ». Pendant
que Matthieu Ricard, fils du grand zélateur ultralibéral
Jean-François Revel, porte-parole du dalaï-lama et
invité d’honneur de cette université
d’été (il a participé à un atelier
mercredi et à une plénière jeudi), traîne sa
tunique de moine sur le tapis rouge, on tombe sur le bon de commande du
« répertoire des dirigeants de la République
populaire de Chine », un guide, rédigé par le
MEDEF international, avec organigramme et photos de tous les membres du
bureau politique du Parti communiste chinois, qui se donne pour but
« de favoriser ainsi les échanges et le
dialogue ». Une suggestion pour la prochaine édition
du manuel « Et si on ne s’arrêtait pas aux
idées reçues ? » :
« Idée reçue nº8 : les patrons se
foutent de la gueule du monde. Idée claire : oui, ici
aussi. »
Le vrai sujet évacué manu militari
Jeudi 28 août, 8 h 40. Les
premiers rangs sont clairsemés et certains piquent du nez. Sur l’estrade,
Jean-Louis Placet, PDG d’IDRH, cabinet de conseil en management, déroule son
discours. Ton humble, contenu tonitruant. « La société ne nous aime pas
beaucoup. Pourtant, dans le monde moderne, la porosité entre société et
entreprise devrait être plus grande. Nous n’avons pas encore le rôle sociétal
qui permettrait à la société de "voir en grand". Mais, à terme, la société devra
adopter nos méthodes. » Comme ces déclarations ne réveillent pas ceux qui
sommeillent, Bernard Ramanantsoa, professeur de stratégie et DG du groupe HEC,
enfonce vigoureusement le clou. « Oui, le management est la plus belle pédagogie
pour un autre monde, martèle-t-il. Pourquoi ? D’abord parce que tout le monde va
en entreprise. Sauf quelques-uns qui vont au couvent, qui deviennent artistes ou
encore professeurs, mais dans ce dernier exemple, on se rapproche déjà du monde
de l’entreprise », lâche le prof d’HEC, oubliant sans doute que, contrairement à
son école de commerce, tous les lieux de formations ne sont pas encore des
groupes privés. Il poursuit : « L’entreprise doit être l’institution qui donne
du sens à la société, qui explique l’économie et ce que devrait être une
politique sociale. Quand on est manager, il faut être un pédagogue de
l’éthique. » Un peu plus tard, une quinzaine de militants de l’UGICT-CGT (cadres
et techniciens) se présentent sur le rond-point à l’entrée du campus de
Polytechnique. Ils demandent à entrer, mais en moins d’un quart d’heure, les
voilà expulsés manu militari par des gendarmes et des policiers qui les
escorteront jusqu’à l’autoroute. « France Télécom, Renault, Peugeot, BNP
Paribas, Société générale, EDF… C’est plus d’une quarantaine de suicides qui
sont recensés depuis début 2007, énumèrent-ils dans leur tract. Les entreprises
du CAC 40 donnent le ton d’un mode de management qui engendre drames humains et
gâchis économiques. »
Les chics types sauveront la planète
Jeudi 28 août, 11 h 10.
Invité à gloser sur le « capitalisme à but non lucratif », Franck Riboud met son
coeur sur la table. « J’ai une veine inouïe, se vante-t-il. Je dirige un groupe
qui s’appelle Danone. J’ai été le fils d’Antoine Riboud. C’est une chance :
quand il était au CNPF à Marseille, mon père a fait un discours sur les
fondements de la gestion de son groupe, le fameux double projet social et
économique : il ne peut y avoir de résultats économiques sans résultats sociaux.
Ce qui ne nous a jamais empêchés de fermer des usines. » Les licenciés de LU à
Calais et à Ris-Orangis, dernières victimes en date du « double projet social et
économique » de Danone, en savent quelque chose. Aujourd’hui, le PDG du groupe
agroalimentaire entend « apporter la santé par la nourriture » au monde et, par
l’entremise de la banque de microcrédit fondée par le prix Nobel de la Paix
Muhammad Yunus, permettre aux Bangladais à moins de deux dollars par jour de
s’offrir ses yaourts. « Oui, j’ai la chance d’être le fils d’un monsieur qui m’a
appris à aimer les gens. Le Bangladesh, avant que ça impacte les profits de
Danone, il va falloir du temps, vous savez. Mais on a créé un fonds spécial,
Danone Communities, pour investir à des fins sociétales. Il y a déjà plus de
35 % des salariés de Danone au siège ou au centre de recherche qui y reversent
tout ou partie de leur intéressement… » Un peu plus tard, le chic type, fils de
son père donc, précise encore : « On ne peut plus manager les salariés
simplement avec un système de bonus financiers. Si vous vous contentez de ça, ça
se retourne contre vous. Il y a aujourd’hui une volonté de s’enrichir, mais en
faisant le bien. »
Les enfers des salariés sont duplicables
Jeudi 28 août, 16 heures.
« Le Technocentre, c’est quelque chose que j’ai odieusement copié sur certains
collègues de l’automobile, avoue, au climax de l’innovation, Didier Lombard,
président de France Télécom. Ils ont créé ce genre de lieux pour que les gens de
la recherche et du marketing soient ensemble, pour qu’ils puissent sortir des
produits plus vite. Et cette idée me plaît bien, à moi. Il faut que, sans arrêt,
on ait de nouveaux produits. Tous les trois ou quatre mois, on organise des
sorties, avec des showrooms. C’est assez infernal comme rythme. Alors,
régulièrement, les gens du Technocentre, ils essaient de différer une sortie de
produit, mais moi, je résiste… »
Le « réel » est de droite
Jeudi 28 août, 19 h 55.
Guillaume Durand, qui a son rond de serviettes dans les dîners
d’ « intellos » à
l’Élysée, anime à titre gracieux,
assure-t-il, la grande conférence intitulée
« Quand les médias plombent, quand les médias
permettent ». Autour de lui, Nicolas Beytout, invité
à la fameuse soirée du Fouquet’s après la
victoire de Nicolas Sarkozy le 6 mai 2007, revenu à la
tête des Échos dans les bagages de Bernard Arnault
après un rapide tour de manège au Figaro ; Dominique
Baudis, ex-maire UDF de Toulouse ; Jean-Claude Dassier, autre
proche du président de la République, à peine
nommé directeur général adjoint du groupe
TF1 ; Jean-François Copé, patron du groupe UMP
à l’Assemblée nationale ; Alain Weill,
théoricien de l’info low-cost et patron de la Tribune, BFM
et RMC ; Ivan Rioufol, éditorialiste néoconservateur
au Figaro ; et enfin, Michel Rocard, dans le rôle du vieux
sage qui raconte des histoires drôles… Entre eux, on
l’imagine bien, les échanges sont très vifs.
« On nous présente des vérités
indiscutables qui ne sont en fait que des fictions »,
ânonne, sous les applaudissements, l’imprécateur du
quotidien de Serge Dassault. « On n’arrête pas
de nous dire que notre système d’éducation est le
meilleur du monde, que l’immigration est une chance pour la
France, que l’islam est une religion de tolérance…
Avec ce refus de voir la réalité en face, vous avez des
petits Tchernobyl qui éclatent à la figure des citoyens.
Il y a une idéologie majoritaire des médias qui restent
influencés par la gauche. » Dans un coin
reculé du chapiteau, un patron bondit de sa chaise et
éructe : « 94 %,
94 % ! » Bon prince, Durand croit
comprendre : « Je crois que vous faites allusion
à un sondage selon lequel 94 % des journalistes se
déclarent de gauche, c’est peut-être vrai, et vous
avez sans doute des gens de gauche au Figaro, mais ça ne les
empêche pas d’assumer la ligne de Serge Dassault tous les
matins. »
Au bal du n’importe quoi
Vendredi 29 août, 9 h 20.
Alain Minc a l’air de se demander ce qu’il fait là.
Dans son atelier, les interventions n’ont rien à voir les
unes avec les autres, et le casting est une véritable auberge
espagnole. On trouve Jean-Pierre Caillot, qui explique la notion
psychiatrique de perversion narcissique, Jean-Louis Marret, qui
disserte sur le terrorisme, ou encore l’avocat pénaliste
Pierre-Olivier Sur qui dresse l’historique des grandes affaires
politico-judiciaires françaises. Le tout est tellement
décalé qu’une partie du public hésite entre
ricaner ou s’en aller. Quand une spectatrice demande au
psychanalyste « Comment traiter un enfant atteint de
psychose narcissique ? », Alain Minc se marre et prend
la parole : « Je venais déjà à
l’époque du CNPF et, franchement, je me dis que les choses
ont bien changé depuis ! » Dans la salle, un
spectateur ne goûte pas la légèreté du
débat : « L’intitulé de
l’atelier, c’est "Quand voir grand, c’est pour
détruire". Il faudrait répondre à la question,
c’est pour détruire qui et quoi ? »
Un baron de perdu, un vicomte de retrouvé
Vendredi 29 août, 10 h 30.
Devant la petite tente de Vicomte Arthur, une marque de cravates, polos, boutons
de manchettes lancée par Arthur de Soultrait, un véritable aristocrate de 25
ans, chasseur de renards, le dimanche, sur les terres de ses ancêtres, c’est
l’émeute. Adieu politesse et courtoisie ; au diable, la bienséance : les
participants s’arrachent le polo officiel de l’université d’été du MEDEF, un
must absolu pour les sorties de l’automne à Deauville ou, cet hiver, à
Courchevel. D’autant que le vicomte, en digne successeur du baron Ernest-Antoine
Seillière de Laborde, habille déjà, juré-craché, les « cavaliers stars du
jumping et les golden boys de Wall Street ».
L’aventure en milieu ambiant
Vendredi 29 août, 12 h 25.
Marc Ladreit de Lacharrière prie l’assemblée de
l’excuser : il n’est ni philosophe, ni
poète ; il n’a ni les Ray-Ban d’André
Glucksmann, ni l’uniforme du chef d’état-major des
armées ou du primat des Gaules. Pataud dans l’art
rhétorique, maladroit avec la grammaire, il n’en demeure
pas moins fortuné (1,073 milliard d’euros au dernier
classement de Challenges) et, dès lors, invité permanent
à la clôture de l’université
d’été du MEDEF. « Je suis un ancien
dirigeant d’un grand groupe, l’Oréal, qui a
décidé de devenir entrepreneur en créant
l’entreprise de notation financière Fimalac,
pérore-t-il dans un récit à visée
d’édification. La grande question, c’est :
j’y vais ou j’y vais pas ? Préférez-vous
être un salarié ou un créateur ? Moi,
j’ai opté pour l’entreprise : oui au risque,
oui à une vie beaucoup plus aventureuse ! Et sachez
qu’il n’est jamais trop tard : moi, j’avais 50
ans, un âge auquel les gens partent à la retraite (sic).
Il est possible de devenir entrepreneur en France, même si, dans
ce pays, quand on réussit, c’est toujours en dépit
du milieu ambiant, et non pas grâce à lui… Il y a
les charges sociales, le code du travail, l’aversion au travail,
l’aversion pour la réussite, la jalousie. Il faudrait
changer les mentalités, mais tant que les manuels scolaires
continueront à dénoncer les entreprises, les
délocalisations, tant que les amalgames et les caricatures
trompeuses seront insidieusement instillés à nos enfants,
ça ne pourra pas changer. » Un peu plus, et le
héros positif du capitalisme français pousserait
l’auditoire à « s’associer au choeur des
pleureuses », mais il s’en défend :
« Nous ne devons pas y participer. Non à la
diabolisation du profit, non aux décisions des politiques qui,
à l’encontre des intérêts de la France,
conduisent à l’exil de nos meilleurs cerveaux, l’ISF
en étant le meilleur exemple ! » Le ballot parle
comme une bille, mais la salle, elle, trouve que c’est trop de la
balle.
L’appétit vient en mangeant
Vendredi 29 août, 13 h 30.
« Il est plus que temps de clore les débats, proclame Laurence Parisot. Car, je
vous connais, vous commencez à avoir faim. » Estomac sur pattes, le patronat ?
Pas offusqué, le public se poile poliment avant de se diriger vers le buffet. Au
MEDEF, on se gave des délices mitonnés toute l’année par le gouvernement :
émincé de code du travail, purée de régimes spéciaux de retraite, protection
sociale râpée, hachis d’assurance-chômage, etc. Mais, c’est sûr, les patrons ont
encore les crocs.
Mehdi Fikri et Thomas Lemahieu
Reportage photos : Francine Bajande et Pierre Trovel