Projet de base commune de discussion
adopté au conseil national des 5 et 6
septembre 2008
VOULOIR
UN MONDE NOUVEAU,
LE
CONSTRUIRE AU QUOTIDIEN
INTRODUCTION
Nous avons une conviction : dans la phase
critique que traversent notre monde, notre pays confronté à la politique
brutale de Nicolas Sarkozy, les forces de gauche et notre propre parti, nous ne
relancerons pas un nouvel espoir de changement en nous contentant de ravaler la
façade. Pour toutes celles et ceux qui aspirent à construire un autre monde,
le temps est venu de repenser le changement, d’en redéfinir le sens dans les
conditions du XXIème siècle, d’inventer les voies et les moyens de ces
transformations dans le monde tel qu’il est devenu. Bien des voix, bien des
événements, bien des échecs subis nous invitent au renoncement. Ce n’est pas
notre choix. Les potentiels d’émancipation sont réels. Mais nous sommes
lucides : sans une ambition politique collective, partagée dans notre
société, pour formuler un projet d’émancipation de notre époque, sans le
rassemblement des forces susceptibles de porter ce nouveau projet, la
contestation du système capitaliste mondialisé, les tentatives de s’en libérer
resteront condamnées à des échecs répétés.
Le chantier est immense, mais il n’attend pas. Il y a
urgence. Le peuple souffre durement de l’état du monde et de la politique mise
en œuvre par Nicolas Sarkozy et le Medef. Il cherche à retrouver espoir en
l’avenir sans avoir le sentiment que la politique lui permet aujourd’hui de
trouver les réponses. Nous voulons contribuer, avec lui, à lever ces interrogations.
Pour nous, communistes, qui fondons notre engagement
sur l’ambition de dépassement du système capitaliste et de toutes les
aliénations du monde actuel, l’essence
de notre combat est questionnée. Nous sommes à un moment charnière. L’enjeu
est sans conteste d’entrer dans une nouvelle étape de notre histoire. Nous
visons donc avec ce congrès l’engagement dans un important travail de
refondation de nos analyses, de notre projet, de l’avenir de notre parti.
Nous sommes face à quatre défis :
- Nous avons changé de monde et d’époque. Nous vivons une
mutation de civilisation, la crise de la mondialisation capitaliste s’amplifie,
et tout cela change très profondément les conditions du combat que nous menons.
- La politique mise en oeuvre depuis l’élection de
Nicolas Sarkozy,
qui amplifie avec violence le cours des politiques néo-libérales menées
dans notre pays depuis des années, fait
mal à notre peuple, abîme notre pays et ses atouts, dégrade son rayonnement.
L’avenir de la France est en jeu.
- La crise de la gauche s’aggrave. Elle n’offre pas
de perspective de changement crédible, et la droite encourage son éclatement
entre social-libéralisme et protestation sans projet pour qu’elle ne soit plus
susceptible de lui disputer le pouvoir. Le risque existe de l’effacement de
toute perspective de changement transformateur à vocation majoritaire.
- L’originalité du communisme français, mariant la
critique globale du système et une visée de transformation sociale radicale, le
souci du développement de luttes populaires et d’idées nouvelles de
transformation, avec une ambition et une implication de changement immédiat,
est menacée.
Nous
voulons relever ces défis et nous en mesurons la difficulté. Nous ne le ferons
pas seuls. Nous ne résoudrons pas tous les problèmes qui sont devant nous d’ici
notre congrès, mais nous voulons nous donner un cap clair pour avancer et
travailler, pour pouvoir parler, agir sans attendre, construire un nouvel
espoir avec toutes celles et ceux qui, comme nous, souhaitent ne pas se
résigner au monde actuel et en France à la politique du pouvoir de droite en
place.
**************
UNE
NOUVELLE EPOQUE, UN AUTRE MONDE
Le monde dans lequel nous
vivons désormais appelle-t-il et permet-il encore la mise en oeuvre d’un projet
de changement dans notre pays ? De la réponse apportée à cette question
dépend en grande partie la crédibilité du combat que nous menons. Or, si chaque
individu a désormais conscience que son avenir dépend peu ou prou de ce qu’on
appelle la mondialisation, celle-ci est majoritairement vécue comme un obstacle
majeur à un tel projet de changement. C’est l’une des principales difficultés
auxquelles nous nous heurtons.
Pour
notre part, nous ne pensons pas que la mondialisation, qui est devenue notre
quotidien, qui peut donner espoir ou effrayer mais est et restera notre
réalité, ferme la porte à des changements émancipateurs. Au contraire, elle
peut être une chance de progrès immense, de mise en commun inédite pour
l’humanité. Le processus de mondialisation actuel a été et demeure piloté par
les exigences d’un capitalisme financier et ultralibéral qui soumet la nature
et toutes les activités humaines, le vivant lui-même, à la recherche exclusive
du profit. C’est l’obstacle à lever.
Nous
puisons aujourd’hui dans une analyse renouvelée et actualisée de l’état du
monde la conviction qu’un autre mode de développement, une autre conception du
développement humain sont nécessaires et possibles. Mais les
combats à mener doivent partir des réalités d’aujourd’hui, non d’un monde qui a
vécu.
Nous
avons changé d’époque et sommes entrés dans une véritable mutation de
civilisation. Nous vivons un état du monde en transformation permanente, très
instable, une nouvelle période historique marquée par une accumulation de
crises et de processus de transformations dans tous les domaines qui sont
autant de défis pour le monde et pour l’humanité. Ne pas le
voir, se tromper d’époque, c’est apparaître, même à notre corps défendant,
comme les défenseurs des acquis d’un monde perdu, plutôt que comme les porteurs
des potentiels du monde nouveau qui cherche à se construire. C’est surtout ne
pas agir sur les bons leviers, les lieux de pouvoir qui décident réellement de
l’avenir, les représentations qui façonnent les consciences.
Quels
sont, à grands traits, quelques-uns des enjeux de ce nouvel état du
monde ?
Révolution
informationnelle, révolution des connaissances.
Révolution
informationnelle, biogénétique, nanotechnologies… La croissance exponentielle
des nouvelles technologies de l’information et de la communication, leur
diffusion dans la société, le nouvel âge dans lequel sont entrées les
connaissances bouleversent notre quotidien. Ces révolutions accroissent de
façon spectaculaire les capacités d’expression et de création des êtres
humains, qui n’ont jamais eu autant de possibilités d’agir sur leur milieu de
vie, pour le meilleur comme pour le pire. Les problèmes éthiques soulevés, les
choix de civilisation sont considérables. L’accélération de ces changements
bouleverse en continu le travail, les technologies, les sciences, les produits,
la consommation, les rapports au territoire et à la nature, change la
structure, l’organisation, la localisation des activités salariées, déplaçant
le centre de gravité des chaînes de fabrication vers les bureaux d’étude. La
création de richesse dépend de plus en plus de l’appropriation des
connaissances, des savoirs, des compétences.
Cette révolution transforme les rapports de production, les rapports
sociaux, en appelle de nouveaux.
Avec
ces révolutions, les besoins et les possibilités d’intervention et
d’association des producteurs que sont les salariés sont plus grands que
jamais. La tendance à la prédominance des activités informationnelles accroît
les exigences de partage, ouvre des champs immenses au développement et à la
mise en commun des capacités créatrices des salariés et des individus, ce que
Bill Gates nomme avec mépris le « communisme informationnel ». Cela
exacerbe les antagonismes capitalistes, en créant des conditions objectives de
son dépassement. Mais le capitalisme, lui, tente d’exploiter cette révolution
dans le seul but d’accroître la rentabilité financière des capitaux, organise
le partage des savoirs sous le contrôle des multinationales pour faire
« rendre plus de valeur aux actionnaires », capte et asservit
les intelligences sans diffuser les pouvoirs, bride, verrouille, domine,
contrôle, instaure les péages, marchandise. Le partage et la mise en commun de
ces potentiels contre leur confiscation capitaliste est un des grands enjeux du
XXIème siècle.
Nouvelle
phase de la mondialisation capitaliste.
La
domination capitaliste s’intensifie et s’étend à toute la planète, à tous les
champs d’activité humaine. C’est l’autre dimension structurante de l’actuelle
mondialisation. La libéralisation des mouvements de capitaux a permis la
mondialisation d’un capitalisme financiarisé à outrance, piloté par l’exigence
de rendements financiers exorbitants, poussant à la surexploitation des
mains-d’œuvre, à leur mise en concurrence exacerbée. La déréglementation
financière et commerciale a poussé un ultralibéralisme forcené des échanges,
une mondialisation des processus mêmes de production, au service des plus
grands groupes capitalistes transnationaux, poussant à la marchandisation de
toutes les activités humaines, à une mise en concurrence planétaire des
salariés, à la privatisation des services publics, au recul des souverainetés
économiques et alimentaires, mais aussi à une interdépendance accrue de toutes
les économies. Les grandes organisations internationales, comme le FMI, la
Banque mondiale, l’OMC, ont été transformées en instruments de ces processus de
domination.
Cette
mondialisation sous domination capitaliste creuse des inégalités redoutables
entre pays et régions du monde, comme au sein de chaque pays. La
contre-offensive néo-libérale, qui a pris forme dans les années 80 et 90, doit
faire face à une critique grandissante de la domination des marchés et des
institutions chargées de les « réguler ». Elle génère des ravages sociaux, écologiques et sociétaux
grandissants, des contradictions explosives et des inquiétudes sur le devenir
même de la planète. D’autant que le fait nouveau de ces dernières années est
l’enchaînement des crises, financière, énergétique, environnementale,
alimentaire, avec la résurgence d’« émeutes de la faim », affirmant
et amplifiant une crise systémique de longue durée. Face aux nouveaux défis de
l’humanité, le mode de développement capitaliste éprouve les limites
historiques de son efficacité. Le capitalisme présentait sa globalisation comme
la fin de l’histoire. Sa capacité à assurer l’avenir du développement humain
est aujourd’hui en question.
L’avenir
de la France en jeu.
Dans ce
processus de mise
en concurrence à l’échelle du monde, l’avenir
de la France est doublement mis
en jeu : parce que des acquis sociaux, démocratiques,
culturels, marquants
de son histoire, empreints des valeurs fondatrices de notre
République
(liberté, égalité, fraternité) sont
menacés d’être mis en pièces ; parce
que les forces capitalistes de notre pays ont décidé non
plus de composer avec
ces acquis mais de tourner la page et de les liquider pour se jeter
à corps
perdu dans la compétition capitaliste mondialisée. La
politique de Nicolas
Sarkozy marque de ce point de vue une rupture. Code du travail,
Sécurité
sociale, services publics, école publique, enseignement
supérieur et recherche
publique, laïcité, libertés publiques,
création culturelle, institutions
républicaines, ouverture au monde… tout ce qui fonde une
conception
progressiste de la personnalité de la nation française
est sur la sellette.
L’avenir de la France est aussi en question dans la crise
très profonde qui est
celle de toute la construction européenne,
crise de projet, de confiance et de crédibilité.
Ce
sont non seulement les couches populaires, mais la grande majorité de la
population qui est menacée par l’insécurité sociale. Les grands groupes
français ou franco-européens détruisent désormais plus qu’ils ne contribuent au
développement de l’emploi et de la ressource fiscale en France, fondant à
l’instar des groupes transnationaux leurs stratégies financières sur la mise en
concurrence des territoires, le pompage des aides publiques, des fiscalités à
bas coût qui asphyxient nos finances publiques.
Ces
politiques et ces stratégies tournent le dos au développement national, à la
construction d’une Europe de progrès, à l’atout que pourrait justement
représenter l’engagement de notre pays dans un mouvement de transformation
sociale à l’échelle européenne et mondiale.
Un
salariat mondial en plein bouleversement.
Les
transformations du capitalisme étendent le champ des dominations mais aussi
celui des résistances. Le mouvement de « salarisation » des
populations actives se généralise à tous les pays. Ce mouvement est marqué par
de profondes contradictions. La crise du travail, de sa finalité est une
dimension importante, notamment dans des pays comme le nôtre, où la
financiarisation malmène l’entreprise et le travail, où l’intensification de
l’exploitation provoque stress et souffrances grandissants. Cela s’oppose aux
potentiels de rapprochement des salariés, à leurs aspirations croissantes à
être correctement payés, à être respectés, à se former, se cultiver, évoluer, à intervenir dans les gestions.
Si
des luttes sociales et politiques mettant en cause les conditions de
l’exploitation mondialisée se développent dans de nombreuses régions de la
planète, si la formule « prolétaires de tous les pays, unissez-vous »
n’a jamais été autant d’actualité, le capital a beaucoup d’avance sur les
salariés en la matière. La mise en concurrence, le chômage, la précarisation
qui accompagnent l’extension du salariat
constituent de puissants facteurs de division des milieux populaires. La
conscience des intérêts collectifs recule ou se cherche face à des puissances
capitalistes qui en se mondialisant semblent s’être mises hors de portée des
luttes, d’autant plus que les convergences internationales, même européennes,
demeurent balbutiantes. Le rejet de la mondialisation peut fort bien aller de
pair dans ces conditions avec le développement d’égoïsmes individuels ou
catégoriels, de nationalismes ou de communautarismes qui apparaissent faute de
mieux comme la seule manière de se protéger et de ne pas perdre ses acquis ou
ses valeurs dans la compétition mondiale. La période dans laquelle nous sommes
entrés nécessite donc un énorme travail politique et idéologique de
mobilisation et de solidarisation des salariés et des peuples.
Une
crise très profonde des modes de développement.
Notre
époque est aussi celle d’une prise de conscience que l’avenir même de la
planète est menacé si on continue comme cela. Un productivisme aveugle,
obéissant prioritairement aux lois du profit, gaspille les ressources
naturelles, met gravement en cause les écosystèmes et la biodiversité, et
est aujourd’hui responsable d’une
augmentation considérable des émissions de gaz à effet de serre. Les désastres
climatiques touchent en priorité les plus pauvres de la planète. Le pillage des
ressources naturelles qui s’est accéléré ces dernières décennies aiguise les
conflits pour leur appropriation. Crises sociale, financière, écologique, crises du travail, de l’emploi,
de l’énergie, de l’eau, de l’alimentation, de la consommation, crises
démographique, urbaine, démocratique s’aggravent et se nourrissent les unes les
autres. Une conviction s’affirme que ces crises appellent d’autres avancées de
civilisation, qui non seulement remettent en cause les modes de production et
d’échange capitalistes, la financiarisation de l’économie, la recherche
effrénée du profit, mais au-delà l’ensemble des rapports de domination,
d’exploitation et d’aliénation qui gouvernent le monde, les êtres humains et la
nature depuis des millénaires.
Il s’agit d’inventer un
mode de développement humain durable, non productiviste, susceptible de
préserver la planète pour notre génération et celles qui viennent tout en
maintenant et en poursuivant l’ambition d’égalité et de justice sociale. Le
capitalisme n’est pas ce système d’avenir. Le temps court des profits est
incompatible avec le temps long des écosystèmes. Le dépassement de la crise
écologique devient un élément majeur de la transformation sociale.
Révolution
des consciences et nouveau rapport au monde.
Dans
la mondialisation, les rapports au temps et à l’espace se transforment. Les
migrations humaines s’amplifient, charriant le brassage des cultures et le choc
des inégalités. Les forces capitalistes s’emploient à imposer leur vision du
monde et leurs valeurs. La mondialisation a pris des formes d’
« occidentalisation » du monde avec des stratégies et des processus
néo-impérialistes d’hégémonie économique, sociale, culturelle, idéologique.
Une
culture de guerre permanente, la fameuse thèse du « choc des
civilisations », avec en effet miroir l’irruption de l’intégrisme et du
fondamentalisme instrumentalisant les questions des identités, des religions,
nourrissent de prétendues oppositions civilisationnelles entre des « communautés » présentées
comme antagoniques, avec comme corollaire des affaiblissements démocratiques,
un recul des valeurs universelles d’émancipation humaine, un refus mutuel de la
reconnaissance légitime de la diversité culturelle et au bout du compte d’une
communauté de destin pour des avancées communes de civilisation.
Malgré
cela, l’aspiration à des valeurs de progrès et de solidarité a cependant résisté et de nouvelles
aspirations à l’émancipation ont émergé. La conscience sociale de l’unicité du
monde a véritablement progressé.
Dans
ce chahut des consciences, des sentiments très contradictoires cohabitent,
d’autant que d’autres interrogations essentielles ont surgi sur la
responsabilité humaine dans le devenir de notre civilisation : sur la
notion de progrès, sur la place de l’individu, sur les enjeux éthiques, démocratiques,
sociaux, écologiques, culturels et scientifiques : un nouvel universalisme
perce dans la mondialisation.
Nouvelles
conflictualités.
Nous
vivons un état du monde issu d’une transformation radicale du système des
relations internationales depuis la chute du mur de Berlin et l’effondrement de
l’Union soviétique il y a quelque vingt ans. Les Etats-Unis ont cherché une
hégémonie sans rival dans une logique de guerre permanente – dite « guerre
contre le terrorisme » - qui a pris toute sa dimension après le 11
septembre 2001. Mais cette stratégie néo-impérialiste, qui se heurte aux
réalités d’un monde beaucoup plus complexe que la rhétorique idéologique
utilisée par George Bush, débouche sur
un fiasco en Irak et en Afghanistan. Elle nourrit une impasse dramatique dans
le conflit israélo-palestinien où l’injustice choquante subie par le peuple
palestinien alimente les tensions dans toute la région et au-delà.
La
confrontation russo-américaine dans le Caucase vient brutalement d’exacerber
les tensions en aggravant les risques pour la sécurité internationale. Cette
situation inédite depuis la fin de la guerre froide rappelle à tous, aux forces
progressistes en France et en Europe,
l’importance d’une mobilisation politique et citoyenne pour la paix à la
hauteur des dangers et de ces nouveaux enjeux.
Dans
ce monde où les dépenses militaires atteignent à nouveau des chiffres records, les Etats-Unis restent dominants,
mais, en dépit d’une puissance inégalée, ils ne sont plus en capacité de
maîtriser à leur guise les relations internationales. Aussi, ils essayent comme jamais d’embarquer les
puissances moyennes, comme celles de l’Union européenne, sous l’étendard de
l’OTAN, dans leur logique de guerre.
En
même temps, de nouvelles puissances riches de milliards d’êtres humains et de
très anciennes civilisations, Chine, Inde, Russie, Brésil…, émergent.
L’hégémonie occidentale dans l’histoire du capitalisme est en question. Même
profondément déstructurés par la poussée du capitalisme néo-libéral, les pays
d’Afrique contestent désormais les relations de domination qui les étouffent.
En Amérique latine, les changements politiques expriment des résistances
croissantes.
Aux
anciennes oppositions Est-Ouest et Nord-Sud, succède une autre configuration
mondiale marquée par l’exacerbation des concurrences, des contradictions et des
rivalités de puissances entre capitalismes, par des tensions protectionnistes,
des nationalismes, des guerres économiques violentes, des conflits
politico-religieux, des guerres civiles dans des Etats déliquescents, des
terrorismes… Le nouvel état du monde a produit une véritable mutation de la
conflictualité internationale.
Au
cœur des désordres de ce nouveau monde, l’Union européenne devient un enjeu
essentiel, et c’est notamment faute de refonder son projet et ses relations au
reste du monde, qu’elle connaît une crise qui ne cesse de s’aggraver.
Paix,
sécurité et développement sont donc aujourd’hui des défis planétaires qui ont
partie liée. Tout commande d’agir tout à la fois pour favoriser les conditions
d’une maîtrise démocratique, publique et multilatérale du développement sur le
plan mondial ; pour relancer le
désarmement ; pour réunir les conditions sociales qui rendront solides la
sécurité et la paix ; pour obtenir des changements profonds des politiques
et de la conception de l’Union européenne.
Des
conditions de luttes sociales et politiques transformées.
Dans ce processus
extraordinairement contradictoire qu’est la mondialisation, la bataille fait
donc rage en tous domaines pour faire prévaloir ou bien des logiques de
dominations renforcées, ou bien des issues d’émancipation. Le cours de la
mondialisation n’est pas joué pour toujours, mais les conditions du
rassemblement de celles et ceux qui ont intérêt à se libérer des rapports
d’exploitation sont transformées.
Les
forces du capital ont marqué des points. Elles ont déployé ces dernières
décennies et déploient chaque jour des efforts gigantesques pour mettre les
bouleversements à l’œuvre au service de leurs intérêts, pour construire des
rapports de force qui accroissent leurs dominations et en faire de véritables verrous au changement. Tout est
fait pour faire grandir l’idée que les solutions collectives sont inefficaces
et le plus souvent dangereuses. Les valeurs de l’argent sont promotionnées. Les
nouvelles exigences de chaque personne humaine sont dévoyées en individualisme sans foi ni loi.
L’égoïsme (individuel, communautaire, nationaliste) dispute le terrain aux
besoins de mise en commun, en proportion des divisions attisées entre les peuples
et les salariés, par exemple entre « assistés » et
« méritants », et du
renoncement à espérer peser sur le cours des choses. La puissance de
circulation de l’information et la marchandisation culturelle sont mises au
service de la normalisation de la pensée et des consciences.
Mais,
là encore, le mouvement n’est pas linéaire. Depuis les années 90, des peuples
réagissent aux dégâts de ce capitalisme financiarisé et mondialisé. Les luttes
se développent, parfois importantes. Comme pour le CPE en France, elles
connaissent de premiers succès très significatifs. Le rejet croissant de la
mondialisation capitaliste pousse
partout (en Amérique latine, en Europe, sur tous les continents) à
chercher à construire des solutions politiques, des solidarités nouvelles. Le
mouvement altermondialiste en témoigne à sa manière. Les « non »
français, néerlandais et irlandais en
Europe aussi d’une autre manière. Dans tous ces mouvements pointent le besoin
d’alternatives qui pour le moment ne trouvent pas leur chemin.
Cette
crise des alternatives politiques affaiblit les forces de progrès. La faillite
des régimes de l’Est marque les consciences. Elle est exploitée pour
discréditer tout projet de dépassement du capitalisme. L’échec des modèles
sociaux-démocrates, notamment européens, et le ralliement progressif des forces
s’en réclamant aux politiques néo-libérales qui elles aussi échouent,
accroissent le désarroi. Sur le plan idéologique, le clivage gauche/droite est
brouillé. Les partis qui prétendent
contester le système ou les logiques capitalistes, communistes ou non,
sont très affaiblis. La division des forces de gauche, la déception, la colère
ou la démobilisation électorale qui suivent leurs expériences gouvernementales
pèsent lourdement.
Toute
la question est de savoir si les forces qui s’expriment seront capables
d’inventer de nouvelles réponses, de rassembler politiquement les victimes
aujourd’hui divisées et dispersées du capitalisme financier mondialisé. Les
tentatives et les échecs, comme les nôtres en France, montrent l’extrême
difficulté à surmonter les obstacles. Mais ce mouvement est en marche. Nous
voulons repenser notre projet avec cette ambition.
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UN NOUVEAU
PROJET,
UN NOUVEAU
CHEMIN POUR LE CHANGEMENT
Ce
sont tous ces défis contemporains qui nous mobilisent. Des échecs subis, des
difficultés rencontrées, nous tirons des leçons, mais sûrement pas celle de
renoncer au moment où le besoin d’ouvrir de nouveaux chemins au développement
humain n’a jamais été aussi pressant.
Nous
maintenons que l’ambition doit rester celle d’ouvrir dans un délai rapproché
une perspective de changement progressiste réel. Cette perspective de
changement à la fois ambitieuse (changer le monde) et immédiatement concrète
(des changements tout de suite) qui marque notre originalité dans la gauche
française, est un processus conflictuel qui n’avancera pas tout le temps et
partout du même pas. Elle suppose la coexistence prolongée avec des forces
contraires. Nous ne voulons laisser passer aucune occasion de le faire avancer.
C’est donc en travaillant en permanence
à des rassemblements à toutes les échelles où c’est possible,
localement, en France, en Europe, dans le monde, que redeviendront possibles
petites et grandes conquêtes anticapitalistes. L’état actuel de la gauche,
notre affaiblissement font douter du maintien de cette ambition. Mais c’est
précisément y renoncer qui est l’une des principales causes de perte de
crédibilité de la gauche.
Affirmer
cette ambition, définir et rendre crédible un projet politique de changement, à
fortiori dans une situation où domine l’idée de son impossibilité, y compris à
gauche, c’est indissociablement énoncer le contenu des transformations qui
seraient nécessaires et les moyens politiques
de leur réalisation.
Le sens et l’ambition de notre projet politique
reposent donc sur quelques idées forces, dont nous voulons faire nos axes de
travail dans la durée, car il n’y aura pas de raccourci avec ces exigences si
nous voulons réussir le changement :
- créer en permanence les conditions d’une
intervention populaire, d’une maîtrise citoyenne et démocratique des processus de changement.
- construire, dans les conditions de la société
et du monde d’aujourd’hui, l’unité des exploités et des dominés, en
combattant pied à pied les logiques de domination, les idées de division sur
lesquels s’appuient les forces capitalistes, en favorisant à tous les niveaux,
local, national, européen et mondial, tous les rapprochements nécessaires.
-favoriser l’élaboration, à partir des contradictions
du système et des besoins qui s’expriment, des grands objectifs d’un projet
de changement à vocation majoritaire, travailler à les rendre crédibles,
animer la confrontation à gauche sur ces choix et faire vivre sans attendre
ces axes de transformation partout où
c’est possible.
- construire en toute circonstance les luttes, les
rassemblements, les dynamiques, les majorités citoyennes et politiques
susceptibles de porter ces réformes. Ce qui suppose l’articulation
permanente entre des constructions populaires pour les discuter, les
élaborer, les soutenir et les mettre en œuvre;
des constructions unitaires avec des cadres, des fronts, des
alliances adaptés aux contenus portés et aux échéances affrontées ; et la
recherche du rassemblement de la gauche le plus large possible sur ces
idées de transformation.
Au fond, l’objectif
auquel nous ramènent toutes ces orientations d’action est celui
là : comment œuvrer à ce que des millions de femmes et d’hommes, divers
par les courants de pensée dans lesquels ils se reconnaissent, par les
organisations politiques et sociales dont ils se sentent proches, soient
suffisamment unis et résolus pour rendre incontournables des changements dont
ils auront acquis la conviction qu’ils sont indispensables ?
Nous prenons dans cet esprit plusieurs grandes
initiatives politiques de ripostes et de rassemblements. Ces initiatives,
toutes nécessaires à nos yeux, cherchent à dépasser les oppositions ou les
hiérarchies stériles entre « bas » et « haut », entre
luttes et projet, entre contenus du rassemblement et formes politiques de ce
rassemblement, entre constructions citoyennes et constructions politiques. La réussite du changement bute quand toutes ces
dimensions ne se nourrissent pas suffisamment les unes les autres. Nous savons
qu’elles n’avancent pas forcément toutes du même pas. Il faut plutôt savoir
provoquer et saisir toutes les occasions de progresser. Il n’y a pas d’automatisme à leur
enchaînement ou d’emboîtement idéal. Nous pensons que c’est en travaillant de
manière conjuguée et permanente à toutes ces dimensions d’une construction
politique majoritaire de changement qu’elle peut réussir.
DEUX
FILS ROUGES DE NOTRE DEMARCHE :
- DEMOCRATIE ET INTERVENTION CITOYENNE.
Dans
tout ce que nous allons entreprendre, nous voulons mettre la démocratie,
l’intervention et la participation active des citoyens au cœur de la
construction du changement. Face aux dérives autoritaires et à la confiscation
des pouvoirs de décision qui caractérisent les processus de mondialisation actuels,
la participation des citoyens aux décisions devient une exigence universelle,
une condition de la construction d’une autre mondialisation humaine et
solidaire, à tous les échelons, France, Europe et monde.
Placer
sans attendre cette souveraineté du peuple au centre de notre pratique et de nos actes politiques, doit
devenir une marque de fabrique de notre démarche, de notre identité communiste
d’aujourd’hui.
Il s’agit d’un levier formidable, comme l’ont montré
aussi bien la campagne pour le « non », que les élections municipales
ou la conduite démocratique de nombreux mouvements sociaux.
Dans
les élections municipales, l’élaboration des projets et des listes, la conduite
des campagnes et aujourd’hui des gestions ont marqué cette originalité. Les élus
communistes sont un point d’appui essentiel pour faire vivre cette démarche qui
vise à redonner en toutes circonstances du pouvoir aux citoyens. La conquête d’un nombre
grandissant de ces élus est un de nos objectifs.
Nous
chercherons à pousser en toute occasion cette démarche participative dans la
vie politique, avec l’atout que constitue le fait d’être un parti de militants
et d’élus sur le terrain.
- UNITE DES EXPLOITES ET DES DOMINES.
Nous voulons aussi faire reculer en toutes
circonstances les divisions qui affaiblissent le salariat et le mouvement
populaire. Combattre toute forme d’exploitation, d’oppression, de domination
suppose de rassembler toutes celles et tous ceux qui en sont victimes, dans la
lutte pour s’en libérer.
Or, les conditions de cette lutte se sont considérablement
modifiées. La mondialisation
rapproche les humains en même temps que la domination capitaliste aiguise les
antagonismes, divise les exploités. L’affirmation de l’individu est l’enjeu
d’un affrontement sur le sens du collectif. Le renouvellement du monde du
travail avec le doublement du nombre des femmes salariées depuis les années
soixante et le développement du secteur des services, les nouveaux modes
d’organisation du travail rendus possibles par les nouvelles technologies de
l’information, l’explosion de la précarité, de la parcellisation, des emplois à
temps partiels, la mise en concurrence exacerbée à l’échelle européenne et
mondiale ont brouillé les repères anciens.
Pourtant la domination du capitalisme mondialisé est le fait d’une classe sociale, celle des grands capitalistes,
qui a conscience d’elle-même, et qui exerce son pouvoir sur l’immense
majorité par des choix politiques.
Face à elle, il ne
s’agit donc pas de courir après la « conscience de classe » telle
qu’elle s’exprimait dans la culture ouvrière d’antan. En donnant à la lutte des classes son contenu
contemporain, nous voulons aider à construire l’unité de
toutes celles et ceux qui ont intérêt à s’émanciper des dominations actuelles,
la conscience de leur intérêt commun à partir de leurs différences de
situation – ouvriers, techniciens, employés ou cadres, femmes et hommes
salariés de toutes catégories, précaires, intellectuels, travailleurs sans
papiers, sans-emploi, paysans, étudiants, retraités –, de leurs engagements
multiples, de l’affirmation de leurs aspirations à l’autonomie et à
l’épanouissement individuel. Dans cette bataille, l’unité du salariat, qui
représente en France 92% de la population active, est un enjeu d’importance. La
mise en concurrence généralisée des travailleurs crée des obstacles à cette
unité, mais elle n’est pas la seule logique à l’œuvre. Parallèlement et en
contradiction avec elle, se créent aussi progressivement les conditions
objectives de l’émergence d’une nouvelle conscience de classe. Travailler au
rapprochement de ces salariés est un défi quand tant d’entre eux estiment,
parfois pour le regretter, que leur avenir se construira non pas avec les
autres, mais contre les autres ou tout au moins en se protégeant d’eux.
UN
DEBAT INDISPENSABLE SUR LES GRANDS AXES DE TRANSFORMATION
La
réussite du changement passe par une
confrontation d’idées et de projets,
publique, permanente, exigeante, dans la population comme entre les
forces sociales et politiques. La question des moyens, des ruptures
auxquelles il faudra procéder pour
parvenir à changer réellement la vie dans le monde tel qu’il est, des
réformes structurantes auxquelles la gauche ne pourra se dérober est
incontournable. Pour les forces de gauche, ne pas affronter ce débat, c’est
miner leur crédibilité, car c’est sur cette question que bute le changement.
Voilà
pourquoi nous mettons en débat trois grands axes de transformation que nous
jugeons nécessaire. Ces réformes sont à nos yeux des issues possibles aux
immenses blocages du système actuel, des alternatives à ses logiques
destructrices. Ce n’est donc pas une perspective lointaine que nous
remettons à plus tard, encore moins un idéal inaccessible. Nous
savons qu’une société ne se transforme pas d’un bloc. Nous voulons faire
avancer des changements ici et maintenant.
Quels
sont à nos yeux les trois grands axes de changement incontournables ?
1. UN NOUVEAU MODE DE DEVELOPPEMENT.
Notre
projet, c’est d’abord dans tous les domaines la promotion d’un nouveau
mode de développement, qui soit tout à la fois durable, renouvelable sur le
plan écologique et générateur de nouvelles conquêtes et solidarités sociales, d’épanouissement
individuel et d’émancipation humaine ; démocratique et citoyen sur le plan
politique, dans la gestion des villes comme des territoires, dans celle des
lieux de production comme de consommation et de services.
Cela
suppose notamment de promouvoir :
-un
véritable droit à la qualité de la vie, qui s’affirme dans un rapport plus
accessible, plus équilibré, plus raisonnable, plus maîtrisé avec la
nature ; dans la protection de grands biens communs de l’humanité
comme l’eau ou l’énergie des dérives de la marchandisation ; dans un
droit à la ville et à des territoires solidaires, qui englobe la qualité du
logement, de l’urbanisme, de l’aménagement des territoires ruraux, des
transports, des équipements scolaires, culturels, de santé, de loisirs, des
espaces verts, la qualité de l’air, de l’eau ; dans une autre
conception de la consommation, moins inégale, plus responsable socialement,
moins soumise à la rentabilité ; dans une alimentation de qualité
appuyée sur des agricultures respectueuses des territoires.
-
un nouveau mode de production, avec de nouveaux pouvoirs pour les salariés,
un nouveau type de croissance (et non la décroissance) qui repense les
contenus de celle-ci : comment produire, en faveur de qui et pour répondre
à quels besoins ? Une politique industrielle et énergétique qui,
appuyée sur une grande politique publique de recherche qui pousse la
recherche fondamentale sur tous les fronts de la connaissance, mette
l’innovation au service de productions nouvelles, utiles socialement, capables
de relever les défis d’un développement écologique, plus économe en énergies et
en ressources.
-
une société de partage informationnel qui diffuse les savoirs et les
cultures, favorise la diversité, l’échange, la mise en commun, libère les
capacités créatrices des individus ; une société qui réhabilite la
science et le progrès des connaissances en assurant sa maîtrise sociale
effective.
-
de nouvelles solidarités de progrès social, qui fassent reculer les
inégalités, n’opposent ni les générations, ni les salariés entre eux, mais
soient construites sur des droits, garantis pour tous, tout au long de la vie à
l’emploi, à la formation, à de bons salaires, au logement, permettant par
l’accès au savoir et à la culture le développement des capacités de chaque être
humain.
-une
conception du travail débarrassée
de ses aliénations, qui fasse reculer les précarités et les inégalités,
favorise les créativités, reconnaisse les qualifications, où les travailleurs
retrouvent du pouvoir sur la conception et la finalité du travail.
-une
protection sociale étendue à tous les âges de la vie, de la naissance au
grand vieillissement, qui assume l’accès de tous aux progrès de la santé comme
un choix de civilisation partagé ; une reconnaissance nouvelle des
droits de la jeunesse à l’autonomie dans l’accès à la formation, au logement, à l’emploi, à la
culture dès la sortie du système éducatif secondaire.
-des
financements nouveaux et élargis pour tous ces progrès sociaux qui mettent
à contribution la masse croissante des capitaux et des revenus financiers et
favorisent ainsi leur réorientation vers le développement humain, en utilisant
autrement l’argent des profits, des fonds publics et du crédit.
-une
maîtrise sociale et démocratique des marchés, comme outil essentiel d’un
nouveau mode développement.
Cette nouvelle maîtrise
publique des marchés, aujourd’hui dominés par le capitalisme financier, est une
condition d’un mode de développement respectueux des droits sociaux et des
défis écologiques. Cette maîtrise passe notamment :
-une autre gestion de la production et du marché
des biens de consommation courante, donnant des droits de regard et des
pouvoirs d’intervention aux salariés dans les entreprises et aux consommateurs
dans la cité.
-une appropriation publique et sociale des biens
communs de l’humanité, une
maîtrise publique du développement avec une conception étendue, renouvelée et
démocratisée de pôles, de services et d’entreprises publics, de
nouvelles formes d’appropriation sociale appuyées sur des droits et des
financements nouveaux.
-un marché du travail où domine
progressivement la sécurisation des parcours d’emploi et de formation, à
l’opposé de la précarisation actuelle, allant progressivement vers un
dépassement de l’exploitation et des aliénations du salariat actuel.
-une maîtrise publique et sociale des marchés
financiers, du crédit et de la monnaie, avec notamment la création de pôles
publics bancaires et de fonds d’investissements publics décentralisés, et une
bataille acharnée pour réorienter l’action de la BCE.
2. UNE SOCIETE DE LIBERTES, UNE DEMOCRATIE
PARTICIPATIVE
-Libertés, égalité, fraternité
Notre
projet, c’est celui d’une société d’individus libres, autonomes et solidaires
entre eux.
Nous ne voulons ni d’une société de caserne, ni d’une jungle où règne le chacun pour soi.
Nous
croyons à l’initiative et à une
créativité libérée. Nous croyons à
la pleine
égalité des droits et refusons toutes les dominations.
Nous voulons mener de front combat
anticapitaliste et combat féministe. Nous agissons en faveur d’une égalité
réelle pour les femmes fondée sur des conquêtes nouvelles pour leur
émancipation, sur de nouveaux droits, de nouveaux rapports entre les femmes et
les hommes, loin de la logique de domination patriarcale pesant sur leur vie
publique ou privée.
Nous
croyons à la diversité et refusons toutes les discriminations. Nous croyons à
la fraternité et refusons tous les racismes. Nous croyons à la culture, à son
potentiel d’émancipation, d’ouverture à l’autre et refusons toutes les
censures. Nous croyons aux potentiels de la révolution numérique et
informationnelle qui peut mettre en partage les savoirs, la culture et
l’information, et refusons les prétentions capitalistes à les enfermer dans les
logiques de marchandisation.
Nous
croyons à une société de libertés, au respect des individus, de leur dignité,
de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre, parce qu’elle est le
chemin d’une émancipation partagée.
-Des pouvoirs nouveaux pour une démocratie
citoyenne et participative
Notre
projet, c’est l’exigence démocratique poussée jusqu’au bout. Nous refusons
la présidentialisation et la pipolisation de la vie politique, les dangers de
pouvoir personnel qu’elles comportent. De surcroît, à l’heure du progrès des
connaissances, de la diffusion des savoirs et de la circulation accélérée de
l’information, ce sont des conceptions archaïques. Nous refusons aussi que les
salariés continuent d’être exclus des principaux pouvoirs de décision
économiques au profit d’actionnaires tout-puissants qui se moquent de l’intérêt
général, que la citoyenneté politique des salariés s’arrête au porte de
l’entreprise.
Révolutionner
la démocratie, c’est promouvoir trois grandes réformes :
-la
démocratisation de nos institutions, de nos modes d’élection, du rôle du
Parlement, de l’élaboration des lois ; la création d’un statut de l’élu
qui permette dans toutes les assemblées élues de démocratiser l’accès à la
fonction d’élu et de revaloriser son rôle.
-la
promotion à tous les niveaux d’une
démocratie participative ouvrant en permanence à tous les citoyens l’accès
à de réels pouvoirs d’intervention sur les choix.
-la
création d’une véritable démocratie sociale qui développe de nouveaux
droits et pouvoirs décisionnels pour les salariés et leurs syndicats dans les
entreprises et les territoires, qui repense
le rôle et la responsabilité des entreprises dans l’intérêt
général. Il s’agit d’engager un processus de démocratisation sociale et
économique d’ensemble qui mette en cause la concentration des pouvoirs dans les
mains d’actionnaires, de fonds, de puissances financières toujours plus
importants et toujours plus éloignés du contrôle démocratique. La
reconnaissance de la citoyenneté, de l’exercice des droits politiques et de
l’activité des partis sur les lieux de travail doit être reconnue.
Ces
trois grands axes de démocratisation doivent être poussés jusqu’au niveau
des institutions et des pouvoirs de l’Union européenne, ainsi qu’au niveau des
grandes instances internationales.
3. REFONDER L’EUROPE ET CHANGER LE MONDE
-Changer l’Union européenne en
profondeur, en refonder les principes.
Notre
projet, c’est celui d’un changement de cap très profond des politiques et de la
conception de l’Union européenne, jusqu’à la mise en chantier d’un nouveau
traité fondateur de l’Union européenne.
Les
forces politiques qui ont piloté les traités successifs de l’Union, en
l’enfonçant dans un processus néo-libéral et atlantiste, ont conduit la
construction européenne dans une impasse. Les « non » français,
néerlandais, et irlandais – et plus généralement nombre de manifestations de
désenchantement et de colère vis à vis des politiques et du fonctionnement
de l’actuelle Union européenne- attestent d’une véritable crise de
légitimité des choix actuels auprès de millions d’européennes et
d’européens. La prétention scandaleuse de vouloir faire revoter les citoyens
irlandais doit être combattue. Il faut être clair : le traité de Lisbonne
est caduc.
Pourtant,
le besoin d’Europe , d’une construction donnant des atouts à chacun des
peuples pour faire face aux nouveaux enjeux du monde, leur apporter des
réponses est pressant. Mais que d’aspirations positives mais déçues
parmi les européens ! Aspirations à passer de la mise en concurrence des
peuples à une ère du vivre ensemble, de la solidarité, de la coopération ;
aspirations à mettre l’Europe au service des autres nations qui étouffent sous
les dominations et à travailler ensemble à un monde de paix ; aspirations
à être écoutés, respectés, partie prenante des choix fondamentaux. Favoriser
l’expression de ces attentes, aider nos concitoyens à mesurer l’ampleur des
brèches ouvertes, notamment depuis la victoire du non, débattre des obstacles à
lever pour ouvrir la voie à des changements profonds, travailler dans la durée
aux convergences les plus larges en France et en Europe : telle est notre
ambition.
Nous
voulons participer à la constitution d’un front progressiste européen, qui partage
les grandes lignes d’un projet transformateur dans lequel d’innombrables
européens peuvent se reconnaître. Nous entretenons à cette fin des rapports
étroits de coopération avec des formations politiques d’une grande diversité
notamment au sein du PGE et du groupe de la GUE, mais aussi avec des
personnalités progressistes, des militants syndicaux ou associatifs, des
acteurs des rassemblements sur l’ex projet de traité constitutionnel ou du
forum social européen…
Nous mènerons dans cet esprit la campagne des élections
européennes de 2009
-Un monde solidaire pour garantir la paix
Dans
chaque domaine, il devient désormais indispensable d’agir du local au mondial.
Les batailles contre les délocalisations, pour faire de l’eau un bien commun
sont des exemples éloquents de ces liens nouveaux entre toutes les échelles de
batailles.
Paix
et développement sont désormais les deux faces d’un même combat, car inégalités
de développement, concurrences exacerbées, logiques impériales et rivalités de
puissance fournissent les ingrédients permanents d’un dangereux cocktail
fauteur de guerres.
Nous voulons unir contre
les logiques de guerre, pour une solution juste et durable au conflit
israélo-palestinien, pour la relance du combat pour le désarmement, pour la
transformation des grandes institutions internationales, la promotion de
logiques de co-développement, de maîtrises publiques et collectives et de
principes de multilatéralisme à l’opposé des stratégies prédatrices,
unilatérales et hégémoniques du capital.
ETRE
A L’INITIATIVE POUR DE NOUVELLES DYNAMIQUES POLITIQUES A VOCATION MAJORITAIRE
Mettre
en débat les grandes transformations nécessaires et se donner les moyens
politiques de leur réalisation sont les deux faces d’un même problème. Pour
favoriser de nouvelles dynamiques populaires, ne pas laisser les forces
sociales et politiques de gauche dans le désarroi où elles se trouvent, des initiatives
politiques s’imposent. Nous proposons
d’agir dans les directions suivantes :
-AMPLIFIER TOUTES LES RIPOSTES
Face à un pouvoir et un patronat qui frappent aussi
brutalement contre le monde du travail, et qui parient sur le découragement des
forces de résistance, la première des exigences est
de rendre espoir à notre peuple, donc ne pas laisser le gouvernement et le
patronat poursuivre leur travail de destruction, de ne pas banaliser la moindre
atteinte à la dignité de notre peuple, la moindre injustice, la moindre remise
en cause de nos libertés et de nos avancées sociales.
Amplifier
toutes les ripostes, jusqu’à les rendre victorieuses, est la première des
exigences auxquelles nous voulons consacrer toutes les forces du Parti
communiste, de ses militants, de ses élus. En favorisant les
mobilisations et les rassemblements les plus larges, nous voulons arracher
toutes les améliorations possibles
et remettre en cause
l’orientation ultralibérale que veulent imposer Sarkozy et le Medef.
Riposter, c’est faire
face à la domination idéologique de la droite, d’autant que ce matraquage fait
des dégâts et qu’une partie de la gauche fait sienne les idées de renoncement. C’est
le sens de notre campagne « la Bourse ou la vie », que nous voulons
amplifier, parce qu’elle lie les questions les plus quotidiennes, comme le
pouvoir d’achat, aux racines de la domination financière. C’est une
campagne essentielle, à partir de laquelle nous voulons intervenir sur toutes
les questions, du local au mondial, en démasquant la réalité du raisonnement
ultralibéral et en portant nos propositions alternatives. La riposte doit être
articulée à la prise en main dans ces luttes de grands axes de transformation
sociale.
Comme parti
politique, nous considérons que la responsabilité des partis de gauche est
directement engagée. La passivité ou le sectarisme, alors que la droite charge
sabre au clair, sont des éléments favorisant le découragement au sein du
mouvement populaire, ouvertement visé par le pouvoir actuel. Nous agissons et
nous continuerons d’agir pour que la gauche soit un des acteurs de la
résistance à cette offensive destructrice.
Pour notre part, nous considérons
que le plus grand nombre d’hommes et de femmes de progrès doivent pouvoir agir
ensemble, et que tout doit être fait pour rassembler dans la riposte les
citoyens, les salariés, les intellectuels, les forces politiques et sociales
qui le souhaitent.
-DES CONSTRUCTIONS MAJORITAIRES POUR LE
CHANGEMENT.
Nous
le savons, de la seule riposte, pourtant indispensable, ne découlera pas le
rassemblement sur des choix politiques alternatifs. Il faut s’atteler, à
l’appui de ces luttes, à cette
construction en sachant qu’elle n’a
d’avenir qu’en intégrant dans le contenu
même de son élaboration, l’objectif d’être portée et garantie par une dynamique
populaire majoritaire.
Des
leçons de nos expériences passées.
Cette
dynamique est celle d’un mouvement populaire qui prend conscience des obstacles
qui se dressent devant lui pour les lever, assume le caractère pluraliste de
cette construction et en arbitre les débats. « Primauté au mouvement
populaire », avons-nous affirmé depuis les années 80, après l’échec
d’alors de l’union de la gauche, et de
son gouvernement auquel nous avions participé.
Aujourd’hui,
il nous faut tirer les leçons de nos tentatives successives pour permettre une
réelle appropriation populaire des
objectifs et des conditions du changement, expériences qui nous ont fait
éprouver la très grande difficulté de ce défi. Nous avons en effet beaucoup
tenté depuis vingt ans, dans un contexte il est vrai très difficile, marqué par
la vague néolibérale qui a bouleversé le champ politique, emporté une partie de
la gauche et décrédibilisé la politique elle-même. Nous avons changé beaucoup
de nos conceptions et de nos pratiques, mais aussi tâtonné et commis des
erreurs. Nous n’avons pas toujours accordé cette « primauté « à nos
actes et à nos décisions politiques
L’expérience
de la gauche plurielle a ainsi
été marquée à plusieurs reprises par une
surdité de notre part vis-à-vis du
mouvement social et progressiste. L’expérience du
rassemblement antilibéral,
après la victoire du « non », a
été marquée à chacune de ses étapes
par un rétrécissement de sa
représentativité dans le peuple de gauche. La
dynamique populaire a largement fait défaut. Nous n’avons
pas su prolonger la
dynamique de 2005 en proposant, immédiatement après la
victoire du
« non », un objectif, un cadre et une
méthode susceptibles d’éviter
la confusion qui a marqué l’échec de cette
tentative. Confusion nourrie par des
divergences entre plusieurs des composantes de ce rassemblement et notre parti sur les finalités mêmes de cette
construction.
A
l’inverse, le formidable travail citoyen lors de la campagne du
« non », notre travail sur les
listes et les projets municipaux ont mis en évidence l’efficacité d’une
démarche d’appropriation populaire réussie. Nous tirons notamment de toutes ces
expériences une conviction renforcée que rien n’est plus efficace que de mettre
l’essentiel de nos efforts au service de l’intervention populaire et citoyenne.
Et qu’une condition essentielle est de ne jamais perdre ou laisser s’amoindrir
notre pleine autonomie d’expression et d’action.
La
crise d’alternative à gauche.
C’est
donc par un processus démocratique d’amplification de l’intervention du peuple,
des citoyennes et des citoyens, favorisée par un effort constant et des
initiatives politiques de notre Parti que nous voulons recréer les conditions
d’une alternative de changement, du rassemblement de la gauche sur un projet de
transformation mobilisateur. Notre objectif demeure une majorité, un
gouvernement, une présidence de la République qui impulseraient une politique
de gauche porteuse de grandes réformes transformatrices.
Aujourd’hui, cela paraît
inaccessible, tant la crise et les divisions de la gauche sont profondes. Ces
divisions entre forces de gauche se manifestent par des prises de position
différentes voire opposées sur des mesures essentielles décidées par le pouvoir
sarkozyste ce qui affaibli d’autant la riposte. Elles sont éclairantes quant à
la vision que les unes et les autres se font de l’avenir.
La
gauche vit une véritable crise d’alternatives.
Alors que les élections locales
de mars 2008 ont été un succès pour elle, sa
victoire aux élections nationales
demeure improbable. Cela concerne toutes les forces de gauche, dont
aucune ne
peut prétendre à elle seule reconquérir le pouvoir
et qui ont subi trois échecs
successifs à l’élection présidentielle. Ce
problème se pose aussi à l’échelle
de l’Union européenne. La grande majorité des pays
membres étaient gouvernés il
y a quelques années par des partis sociaux démocrates qui
n’ont pas permis de
résister à une vague de droite ultra libérale
populiste et autoritaire.
En France et en Europe,
chaque force de gauche est confrontée aux défis de réponses nouvelles à la
nouvelle phase du capitalisme mondialisé. C’est pourquoi une conversion du PS,
des Verts, du PRG au social-libéralisme, ouvertement revendiquée en leur sein,
l’alliance avec le centre, seraient des impasses. Ils décrédibiliseraient
encore la perspective de changement, boucheraient la voie au rassemblement des
forces de gauche (pour le Parti communiste la participation à des majorités ou
des gouvernements est impossible si cela ne permet pas des améliorations
réelles dans la vie de notre peuple), et rendraient hautement improbable la
victoire sur une droite mobilisée et rassemblée.
Le
Parti communiste refuse et refusera cette voie du renoncement. Sous cette
variante du social-libéralisme. Ou sous celle de sa contrepartie d’extrême
gauche qui, en affirmant que le débat est clos, qu’aucun effort ne rendra
possible un rassemblement de la gauche, ferme par avance la porte à toute
perspective de changement.
Nous
sommes pleinement conscients de la très grande difficulté que nous rencontrons
nous-mêmes face à cette question de la crédibilité d’un rassemblement
majoritaire des forces de gauche rendant possibles de réelles transformations.
Sinon comment expliquer que les électeurs nous aient placés au plus faible niveau
électoral de notre histoire lors de la présidentielle de 2007 ?
Mais il n’est pas vrai que
la question soit tranchée, et que la gauche soit condamnée à être dominée par
les idées de renoncement aux changements de société. Le peuple de gauche a fait
la victoire du non en 2005. Son vote lors des élections locales de 2008 et tant
de luttes où se retrouvent des hommes et
des femmes de toutes les sensibilités de la gauche témoignent de la persistance
des valeurs de gauche, et d’une critique croissante du libéralisme, même à
l’heure de la confusion des repères. Nombreux sont celles et ceux, y compris
dans l’électorat socialiste que les débats et les évolutions actuels du PS
désarçonnent, qui souhaitent un projet combatif et audacieux.
Voilà
pourquoi nous parions sur leur intervention, la relance d’un débat de projet
mieux ancré dans les enjeux contemporains, la confrontation d’idées, la
ténacité dans la volonté de rassemblement de toutes celles et ceux qui
souhaitent amorcer de nouvelles dynamiques, refaire émerger du neuf à gauche.
-UNE GRANDE INITIATIVE DE RASSEMBLEMENT
Notre
démarche suppose donc une construction populaire permanente, pour discuter,
élaborer et porter des projets de changement jusqu’à leur réussite ; une
construction unitaire permanente avec des cadres, des fronts, des alliances
adaptés aux contenus portés et aux échéances affrontées ; la volonté
continûment affichée d’inscrire ces constructions dans le cadre d’une
transformation durable de la société et du monde.
C’est
pourquoi nous proposons d’ouvrir dans la
durée un cadre de débat et d’élaboration politiques inédit : de créer
partout où c’est possible, dans les quartiers et sur les lieux de travail, dans les ripostes engagées, des lieux de rencontre
où, quelques soient leurs formes, les
citoyens, les salariés, avec toutes les forces politiques et sociales qui le
souhaitent, avec des intellectuels, des créateurs, les acteurs du mouvement
social, puissent se rencontrer, s’informer, se confronter et construire
ensemble les fronts les plus larges possibles visant des objectifs politiques
précis. Il s’agirait de travailler à faire naître une véritable dynamique
politique nationale d’action et d’élaboration d’un nouveau projet politique de
transformation.
Ces
espaces pourraient prendre des formes diversifiées, évoluer en fonction des
besoins et des possibilités du processus initié. L’essentiel, c’est leur
objectif : animer en permanence une dynamique populaire et
citoyenne la plus large possible pour construire les réponses aux questions
posées, dans la vie, par les luttes sociales et démocratiques : quelles
réformes une politique, des institutions, un gouvernement de changement
devraient-ils promouvoir ? Et les imposer dans le débat politique.
Ces espaces doivent
devenir le lieu d’un véritable bouillonnement démocratique où toutes les idées
visant au changement pourront s’exprimer et se nourrir les une les autres. Et
où celles et ceux qui le souhaitent pourront prendre ensemble des initiatives
politiques (de travail, de luttes, de débat et de batailles d’idées,
d’éducation populaire…) et créer pour cela les formes (comités populaires,
collectifs, fronts…) permettant de les mener à tous les niveaux, du local au
national et au-delà, avec l’objectif de faire grandir des exigences et de
gagner.
Pour
y contribuer, le Parti communiste proposera et prendra lui-même les initiatives
permettant aux formations de gauche d’exposer et de confronter leurs analyses
et leurs objectifs, leurs points communs et leurs différences, d’entreprendre
un travail de construction de réponses de gauche progressistes en liaison avec
les ripostes indispensables, et aux citoyens
d’intervenir dans ce débat et de contribuer à ses évolutions.
L’ambition
visée est celle de la construction d’un Front progressiste et citoyen qui pourrait
lier le développement de cette dynamique citoyenne et l’objectif d’une union de
forces politiques de gauche susceptibles de prétendre construire dans notre
pays une majorité de changement.
Ce
processus impliquerait des étapes, des rendez-vous qui devront être définis
pour mesurer l’avancement de ce travail et lui donner de nouvelles impulsions.
Dans
cette démarche, nous pensons que ni l’action des forces politiques
représentatives, ni la dynamique citoyenne et populaire – liées par leur
objectif, mais autonomes l’une de l’autre – ne doivent être chapeautées par
quelque cartel que ce soit. Les partis qui le veulent concourent – et c’est
notre choix – à faire vivre ces lieux de citoyenneté, à donner toute l’ampleur possible
aux fronts d’idées et de luttes qui s’y forment.
Ce
travail politique n’est pas pré-déterminé par la question des alliances ou des
fronts électoraux, car ce serait réduire à tout moment le champ des acteurs
visés par cette démarche, et du même coup la portée de cette démarche.
En
revanche, il sera nécessaire de prendre en permanence les initiatives
politiques unitaires, d’alliances les plus adaptées, en sachant que notre
autonomie, comme celle largement revendiquée des autres acteurs sociaux et politiques,
doivent être vécues comme des atouts et non des handicaps.
-LES ELECTIONS EUROPENNES DE 2009
Toute
notre bataille pour le changement se joue désormais à la fois à l’échelle de
notre pays, de l’Europe et du monde. Les élections européennes doivent être
l’occasion de mettre en avant nos ambitions de changement et rassemblement à
l’échelle de l’Union.
Nous pourrions pour cela mener une campagne
véritablement européenne, tant dans son contenu que dans la composition des
listes,
en les composant comme une liste nationale avec des acteurs et des actrices des
mouvements sociaux et démocratiques de France et d’Europe, et en coopération
avec des partis progressistes de toute l’Europe, du PGE et du groupe de la GUE
au -Parlement européen.
(Un débat est engagé
dans le parti sur la base des propositions du rapport de Francis Wurtz au
Conseil national du 5 septembre et de la discussion qui a suivi. Le Conseil
national arrêtera une décision le 24 octobre.)
-UN NOUVEL INTERNATIONALISME
Face
au capitalisme mondialisé, les résistances et les forces alternatives ont
besoin elles aussi de d’une vraie dynamique de rassemblements et d’action
collective. Nous devons là aussi changer d’échelle. Nous tiendrons à Paris
les 15 et 16 novembre une initiative internationale pour réfléchir aux
conditions et aux objectifs d’un internationalisme de nouvelle génération.
Il s’agit dorénavant avec toutes les forces politiques et sociales engagés dans
des luttes contre les dominations de créer des passerelles, de construire
ensemble des perspectives, des réponses concrètes, des actions communes ou
convergentes.
Les
luttes nationales ne sont pas épuisées, loin s’en faut. Le non français l’a
montré. En Amérique latine les changements politiques se construisent pays par
pays. Mais faire converger ces luttes, rapprocher ces forces au plan mondial,
développer des actions nouvelles communes, c’est incontestablement se doter
d’atouts indispensables pour ouvrir la voie à des changements
progressistes dans la durée.
******************
L’AVENIR
DU PCF
Faut-il,
dans ces conditions et avec de telles ambitions, repenser l’avenir du
PCF ? Cela nous paraît incontournable. Et si nous voulons le faire de
manière efficace, c’est en lien direct avec les exigences du monde actuel et du
projet tel que nous le définissons aujourd’hui.
La
première des questions à se reposer est simple : faut-il une force
politique pour animer ce combat ? Nous le pensons. Penser les
bouleversements du monde, quand tant de forces veulent enfermer cette
pensée ; faire de la politique une grande affaire populaire et citoyenne
quand tout est fait pour éloigner le plus grand nombre de nos concitoyens de la
politique ; élaborer des idées d’émancipation quand tout est fait pour les
discréditer ; unir des forces de transformation susceptibles de porter un
projet politique quand tout est fait pour les diviser, les opposer ;
construire des majorités de changement quand l’état de la gauche donne le
sentiment que c’est impossible…tout cela appelle une organisation, un parti qui
mette en commun et rende efficace l’énergie de toutes et ceux qui veulent
contribuer à cette construction.
Dire
le besoin de cette force dans les conditions d’aujourd’hui ne suffit pas. Les
questions que nous nous posons sur l’avenir de notre parti sont de même ampleur
que celles qui nous poussent aujourd’hui à repenser le monde, l’espérance
révolutionnaire, les processus de changements, la place qu’ils doivent faire à
l’intervention populaire. Nous aussi, nous devons changer d’époque.
Crise de projet, crise de
la politique, des partis politiques, crise du communisme et du PCF… nous sommes
confrontés à de tels défis, qu’il nous faut aussi nous révolutionner pour
construire, à partir du meilleur de ce que nous sommes, une force porteuse d’avenir,
identifiée à un projet d’émancipation du XXIème siècle, unie sur ce projet, une
force dynamique, capable de mettre sa créativité politique au service de
l’intervention populaire, de larges
rassemblements à vocation majoritaire, ouverte à toutes celles et ceux qui
souhaitent s’engager dans ce combat.
Le PCF est-il cette
force ? Doit-il se transformer ? Ou faut-il s’engager dans la
création d’une autre force politique? Ces questions ont fait l’objet de
nombreux débats depuis l’élection présidentielle. Le PCF dispose d’atouts
indéniables, d’acquis précieux, que nous ne voulons pas perdre. Il est une
force qui compte. Mais son affaiblissement des trente dernières années montre combien il lui faut se renouveler pour
que des millions de nos concitoyens, et notamment la jeunesse, reconnaissent en
lui cette force.
Pour
répondre aux défis de changement qui s’imposent à nous, nous faisons donc
aujourd’hui un choix : engager de
profondes transformations de notre parti pour devenir cette force. La voie de transformations
du PCF nous apparaît plus féconde que celle de la recherche de la constitution
d’un autre parti aux contours incertains. Certains vont parmi nous jusqu’à
parler d’un processus de métamorphose. Pour l’heure, l’important est de
s’accorder sur la nature des évolutions, des transformations, des ruptures
nécessaires. Elles pourraient prendre plusieurs directions.
Un
choix communiste du XXIème siècle.
Nous
devons affronter à ce propos une contradiction évidente. Nous pensons que le
communisme doit continuer d’être une référence
fondamentale de notre action. Le communisme politique a beaucoup apporté
aux combats d’émancipation dans notre pays, et surtout les valeurs de mise en
commun, les nécessités objectives de dépassement des exploitations, des aliénations
et des dominations prennent de
l’actualité avec les évolutions du monde actuel. Notre visée, repensée à l’aune
des enjeux contemporains, conserve toute son actualité.
Mais
il nous faut en même temps reconnaître la « crise du communisme » qui
brouille fondamentalement notre image. Il ne paraît pas possible de contester
les éléments objectifs et subjectifs de cette « crise »,
notamment : l’échec tragique des expériences qui se sont réclamées du
communisme au XXème siècle ; le poids persistant dans les représentations
de nos concitoyens du rapport qui a été le nôtre avec le modèle
soviétique ; l’écart considérable qui sépare notre vision du communisme
d’expériences, d’ailleurs elles-mêmes fort différenciées, qui s’en réclament
aujourd’hui ; les difficultés politiques que connaissent aujourd’hui les
partis communistes partout dans le monde, et leur grande hétérogénéïté.
Assumer
notre choix communiste aujourd’hui, à partir d’une analyse renouvelée et
actualisée du monde,
nous renvoie donc au besoin impérieux de confronter ce qui est à dépasser,
et ce qui est en train d’émerger pour faire vivre une conception neuve du
communisme, de partage et de liberté pour chacune et chacun, en somme une
espérance révolutionnaire en prise avec les réalités et les aspirations de
notre temps.
Nous devons faire beaucoup
plus pour donner sens à notre projet contemporain, sans en rester aux mots, pour au contraire
leur donner du sens dans leur pleine actualité ; pour rendre visible au
plus grand nombre, notamment aux jeunes, que la continuité de notre choix
s’accompagne de ruptures, fondatrices d’une nouvelle conception du communisme,
que nous ne nous reconnaissons dans aucune expérience, passée ou actuelle, qui
niait ou nierait les droits de la personne, ne serait pas fondé sur le respect
de toutes les libertés fondamentales et la volonté de développer la démocratie
comme ressort du développement humain.
Tant que notre démarche communiste ne sera pas perçue pour ce qu’elle
est aujourd’hui, mais restera collée aux images du passé, notre combat sera
handicapé. Nous devons changer notre image, notamment en nous engageant à retravailler les symboles qui nous
identifient dans la société, et qui pourraient mieux donner à voir le communisme
du XXIème siècle qui est le nôtre.
Un
parti ancré dans les enjeux contemporains et le débat d’idées.
De
l’analyse du monde que nous esquissons aujourd’hui découle une exigence :
il nous faut reprendre avec une vigueur renouvelée et avec constance un travail
d’analyse, un effort théorique pour comprendre les bouleversements du monde,
saisir ses contradictions. Le mouvement populaire a besoin d’une pensée
émancipée de l’idéologie dominante, une pensée créative, imaginative, en
perpétuel mouvement. Nous devons y contribuer en faisant de la confrontation
d’idées un atout. La pertinence de notre projet est une condition de notre
efficacité. L’actualisation de notre projet, son ancrage dans les enjeux
contemporains suppose un éveil permanent
aux réalités émergentes, aux innovations, une culture de travail, de débat, de
confrontation d’idées, d’expérimentations, une ouverture résolue à toutes les
énergies intellectuelles et militantes qui veulent penser les enjeux de
dépassement du système capitaliste.
Nous
devons traduire cette volonté politique sans tarder en actes, en repensant
progressivement les lieux et les outils de ce travail théorique et intellectuel
permanent, en donnant à voir cette ambition
dans la société, en étant beaucoup mieux un lieu où se confrontent
toutes les pensées émancipatrices, celles issues de la pensée de Marx, qui nous
a fondée et connaît aujourd’hui un renouvellement important dans le monde, et
toutes celles qui émergent dans les bouleversements de la pensée et du monde
actuels. Ce bouillonnement doit aller de pair avec une meilleure mise en commun
des expériences militantes pour construire du savoir et de la pensée.
Nous
devons dans le même esprit répondre à la demande d’un travail de formation
militant beaucoup plus exigeant. Nous restructurons pour cela un dispositif
de formation moderne et adapté à tous les niveaux du Parti.
Un parti d’action, de luttes et d’intervention populaire
et citoyenne
Pour
placer la démocratie, l’appropriation populaire des objectifs et des conditions
du changement, les efforts de rassemblement au cœur de notre projet politique, toute
notre activité doit être prioritairement tournée vers la mise en mouvement de
l’intervention populaire. Parti d’action, impliqué dans la construction des
luttes, nous voulons aider cette intervention à se déployer comme mouvement
politique. Cela implique un effort de créativité et d’ouverture sur des formes
de l’engagement politique dans la société d’aujourd’hui , plus participatives,
plus démocratiques, plus diversifiées.
Et
parce que nous faisons de la politisation
citoyenne une clé du changement, nous voulons recréer une activité d’une tout
autre ampleur dans les lieux de travail et dans les quartiers populaires où
elle fait gravement défaut, en cherchant à mieux comprendre pour y parvenir les
potentiels mais aussi les obstacles nouveaux qui se dressent devant cet
objectif.
Une priorité de nos
efforts doit porter sur la réimplantation du parti dans les lieux de travail.
Elle constitue un enjeu essentiel dans la construction du rassemblement pour
changer la société. L’objectif est d’y faire vivre notre projet et notre
stratégie à partir de l’ensemble des préoccupations des salariés, depuis les
questions liées au travail jusqu’aux enjeux planétaires.
La
coordination de notre activité dans ces lieux de travail et dans les quartiers
populaires, devra être réorganisée et mieux impulsée.
Tout
cela signifie également que nous devons tourner davantage le fonctionnement
de toutes nos structures vers l’aide à la créativité et au rayonnement militant
de chaque adhérent et de chaque élu : dans leurs lieux de vie et
d’activité, dans les structures de proximité ou les réseaux dans lesquels ils
agissent, dans les territoires dans lesquels ils sont ancrés. Nous devons
donner à chacune et chacun les moyens de déployer une action politique
qui nourrisse l’action, le débat de propositions, le rassemblement du plus
grand nombre.
Cet effort vise également
à favoriser l’intervention politique des militants à l’échelle européenne et
mondiale notamment dans le cadre des activités du PGE et de la mise en pratique
d’un nouveau type d’internationalisme.
En
retour, l’élaboration de nos orientations doit donner à une grande place à
leurs réflexions, à leurs suggestions, à la confrontation et à la diffusion de
leurs expériences. La mise en commun de cette activité sans cesse
démultipliée doit être sensiblement renforcée pour permettre de lui donner
force, sens et efficacité. Les différents échelons de coordination,
départemental, régional, national doivent mieux jouer leur rôle en ce sens, en
s’appuyant davantage sur la richesse de l’expérience militante. Les collectifs de travail du Conseil national
notamment doivent s’attacher à toujours mieux associer l’ensemble du potentiel
créatif militant dans sa diversité d’expériences, veiller à ce que ces
expériences et leurs productions soient mises à disposition de tous. Des
nouveaux outils de circulation de l’information doivent être mis en place pour
cela.
Une
force ouverte et renouvelée.
Devenir
le parti porteur de ce projet, c’est devenir un parti bien plus large en nombre
et en diversité de forces militantes. Cela ne va pas de soi. Il nous faut
décider de donner à cette ambition le sens d’une initiative politique majeure,
visible dans la société, en ouvrant le Parti communiste aux femmes et aux hommes
de gauche qui cherchent les voies d’un combat plus efficace, aux salariés dans
leur diversité d’aujourd’hui, à toutes celles et ceux qui veulent transformer
l’ordre actuel sans avoir forcément la même histoire, les mêmes références, la
même culture que nous, et en faisant en sorte que ces adhérentes et ces
adhérents se sentent pleinement à l’aise dans un parti qui les respecte à
égalité avec tous les autres.
Ouvrir
et renouveler le parti, c’est aussi donner
la pleine mesure de notre engagement féministe, que nous conjuguons
désormais au combat anticapitaliste au lieu de l’y subordonner. Etre vraiment
un tel parti, c’est rompre en notre sein avec un modèle et des pratiques issus
d’une époque où les femmes étaient minorées, voire absentes de la représentation
politique, sans parité. La fragilité de nos progrès en la matière doit nous
tenir en alerte.
Le
parti pris de la jeunesse.
Nous
devons décider d’engager un travail d’ampleur, durable, visible avec la
jeunesse, qui cherche les voies d’un engagement politique renouvelé, que nous
pouvons aider à faire émerger mais qui ne se fera pas sans leur implication
directe. La jeunesse précarisée, la jeunesse des quartiers populaires, le
jeunesse lycéenne et étudiante sont à la fois très proches des engagements
qui sont les nôtres et très éloignés de nos traditions d’engagement
politique. Ce doit être un axe
prioritaire du renouvellement et de transformation du parti communiste.
Un
parti impliqué dans la gestion
Le
dévouement et la proximité de nos élus
sont reconnus. Mais leur principal atout est de parier sur des conceptions
démocratiques renouvelées de l’intervention citoyenne et de l’exercice de leur
mandat. C’est un atout indispensable au moment où les contradictions entre
exigences de changements et contraintes financières qui encadrent les
politiques publiques ne cessent de se resserrer. En ce sens, les élus
tiennent une place essentielle dans notre démarche. Ils sont une source
d’expériences et d’expérimentations dans les processus démocratiques de
constructions populaires et politiques que nous voulons déployer. Ils sont
aussi une source d’enrichissements permanents de notre projet, confrontés
en permanence à l’exigence de réponses aux attentes de changement. En faire
élire chaque fois que c’est possible et les aider à réussir est essentiel. Cela
suppose de développer des pratiques de travail en commun entre élus, adhérents
et responsables communistes.
Une
force solidaire, un parti d’éducation populaire et de promotion culturelle.
Notre
engagement est aussi un engagement éthique, fait de valeurs que nous voulons
faire vivre au quotidien. Nous ne sommes pas un parti de l’émancipation
pour demain, qui en attendant sacrifierait ses militants comme des soldats pour
la bonne cause. Le militantisme désintéressé qui est le nôtre est une source
d’épanouissement dont il faut refuser le
dénigrement. La solidarité au quotidien, dans la cité, sur le lieu de travail,
la convivialité, l’accès à la connaissance, à la culture, l’éducation
populaire, le partage des savoirs sont des dimensions importantes de la vie et
de l’activité d’un parti comme le nôtre, de ses rapports à la société.
Un
parti démocratique, où les adhérents sont souverains.
La
vie démocratique de notre parti traverse un moment critique. Nous n’avons pas
su, dans la dernière période, notamment au niveau de la direction nationale qui
est fortement critiquée sur ce point,
allier trois exigences indispensables : le respect de la diversité
et la libre expression des opinions dans les débats que nous considérons
désormais comme un acquis irréversible ; le respect des décisions
majoritaires ; et l’efficacité dans le travail comme dans l’action.
Des
changements doivent être apportés dans ces trois directions : donner à
chaque adhérent la réelle maîtrise des débats qui se font jour en les
assumant plus clairement et en favorisant par de nouveaux outils la circulation
permanente et transparente des idées en présence ; mieux garantir, y
compris entre les congrès, la
souveraineté des adhérents pour trancher ces débats quand cela est
nécessaire ; mieux assurer la cohérence et l’efficacité du travail des
communistes et des directions à tous les niveaux quand les décisions
majoritaires sont prises et qu’elles deviennent donc le bien commun des
communistes. Le fonctionnement même de la direction nationale devra être
modifié en ce sens.
Il
convient dès maintenant d‘approfondir la discussion pour savoir si cette
nouvelle étape démocratique devra déboucher et comment sur de nouvelles règles
de vie pour notre parti.
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