Débat. Quelle signification donner au 29 janvier ?

L’intégralité de la table ronde publiée samedi par l’Humanité des débats. Avec Roland Cayrol, politologue ; Annie Collovald, professeur de sociologie politique ; René Mouriaux, spécialiste de l’histoire du syndicalisme.

Avec Roland Cayrol, politologue, directeur de l´institut CSA ; Annie Collovald, professeur de sociologie politique à l’université de Nantes ; René Mouriaux, docteur en sciences politiques, spécialiste de l’histoire des idées politiques et du syndicalisme.

Nicolas Sarkozy et le gouvernement ont vu dans la journée du 29 janvier l’expression d’« une inquiétude, une angoisse ». Quel est votre avis ?

Annie Collovald. Inquiétude, angoisse, grogne, colère : ces mots qui ne cessent de revenir dans les commentaires visent à éluder la dimension politique des manifestations massives qui ont eu lieu. Bien sûr il y a la crise économique et sociale, qui fait craindre à beaucoup le pire. Mais une telle situation conduit plutôt à la résignation et non à la mobilisation. Ce sont les politiques gouvernementales qui ont provoqué une lente accumulation de mécontentements et suscité les protestations du 29 janvier. Ces politiques, aux yeux de ceux qui manifestaient, expriment une forme d’arrogance, de mépris et d’ignorance à l’égard des milieux professionnels qu’elles prétendent réformer. En outre, que le gouvernement trouve énormément d’argent pour sauver les banques responsables de la banqueroute actuelle alors qu’il n’en a pas pour préserver les emplois et les services publics ou conduire une politique de recherche et d’enseignement de premier plan n’a pu que renforcer l’idée d’une inquiétante partialité !

La nécessité que le politique réponde au social

Roland Cayrol. Il semble tout de même que, pour le moment, la dimension politique soit seconde, qu’il y ait d’abord la volonté de dire l’inquiétude face à la crise et de dire, au pouvoir politique et au pouvoir économique : la situation est grave, occupez-vous de nous ! Sarkozy est minoritaire depuis des mois dans l’opinion, ne l’oublions pas. Il n’a pas baissé dans les sondages au moment où se construisait la mobilisation, mais seulement - faiblement, d’ailleurs - après la grève du 29 janvier, par manque de confiance des Français dans sa capacité à répondre à la crise. Autrement dit ce n’est pas d’abord la politique qui est à l’ordre du jour, c’est la crise sociale, et la nécessité que le politique sache répondre au social.

René Mouriaux. À la crainte justifiée du chômage et du recul du pouvoir d’achat s’ajoute le sentiment d’une profonde inégalité. Les parachutes dorés sont stigmatisés, les bonus des banquiers sont rognés, mais les milliards sont pour les patrons alors que les salariés n’obtiennent rien. Le mouvement du 29 janvier, large, diversifié, traduit inquiétude et mécontentement, pour l’instant de manière encore fragile. Ses objectifs revendicatifs demeurent flous, en raison des désaccords existant dans le front syndical.

Annie Collovald. Je ne suis pas d’accord avec Roland Cayrol. La dimension politique est très présente dans les mobilisations, d’abord parce que c’est le mode de gouvernement actuel qui les a impulsées, ensuite parce que les différents manifestants, qu’ils soient ouvriers, salariés, cadres hospitaliers, enseignants, etc., ont des arguments à opposer à des mesures décidées sans eux sinon contre eux.

Roland Cayrol. Évidemment, tout est politique. Mais la mobilisation sociale ne désigne pas comme premier obstacle un homme, une majorité politique. Cela peut venir, mais aujourd’hui l’ampleur de la mobilisation est liée au sentiment que la crise va s’aggraver et que la politique mise en œuvre ne permet pas d’y faire face. C’est un appel qui est lancé, en espérant qu’il aura des effets sur le pouvoir. Les différentes couches en mouvements - étudiants, lycéens, universitaires, ouvriers, chômeurs… - expriment chacune des inquiétudes, des revendications fortes sans avoir, pour le moment, la conscience d’un mouvement global.

Changement de cycle

René Mouriaux. Ce mouvement marque un changement si ce n’est d’époque du moins de cycle par rapport à ce que j’ai appelé les années de « victoires-défaites », après 1995, quand ce qui ressemblait à une victoire n’empêchait pas la politique gouvernementale d’avancer et les positions syndicales de reculer. C’est la première fois, depuis le 10 janvier 1966, qu’un programme de revendications aussi large est porté dans l’unité syndicale. Il couvre le chômage, les salaires, l’emploi, le service public…, de manière originale quoique imprécise. En 1995 comme en 2003, la mobilisation concernait essentiellement le service public. Cette fois la participation des ouvriers, comme à Sandouville, fait que le mouvement est assez expressif de l’ensemble des inquiétudes. Et « travailler plus pour gagner plus » n’a pas marché. Sarkozy est maintenant face à une crise économique extrêmement importante qu’il aura de la peine à museler parce que c’est un problème à la fois mondial, européen et français.

Les manifestations sont aussi importantes que les dernières du CPE. Si c’est le début d’un mouvement, il démarre à un niveau très élevé

Roland Cayrol. Mais au moment du CPE, le mot d’ordre était fort et simple : « Retrait du CPE ! » Aujourd’hui il n’y a pas de revendication unificatrice, ou en tout cas pas encore.

Annie Collovald. Le 29 janvier, les manifestations et les grèves ont été marquées, il faut le souligner, par la participation nombreuse de gens très modestes et de salariés du secteur privé. Avec tous les risques qu’ils pouvaient courir, c’était extrêmement courageux de leur part. Par-delà les secteurs professionnels d’appartenance, dans le public ou dans le privé, les gens ont su se retrouver et se réunir pour exprimer leur désaccord devant des politiques qui ne règlent pas les problèmes qu’ils rencontrent, voire qui en créent. Certes, pour le moment l’unification des différents griefs n’est pas faite. Cela suppose un travail politique qui demande toujours du temps.

Est-ce que pourtant on peut en voir des amorces ? Y a-t-il des points sur lesquels cette unification des revendications peut avancer plus rapidement ?

Annie Collovald. À l’université - ce que je connais le mieux - des inter-composantes sont mises en place, des collectifs étudiants-enseignants-chercheurs sont créés, des relations sont nouées avec les professeurs du secondaire et du primaire pour montrer que c’est toute la filière de l’éducation qui est atteinte, et avec elle l’idée d’une instruction publique. Des professionnels d’autres secteurs, comme l’hôpital, la magistrature, la poste, les usines…, sont invités à venir raconter les effets sur leur travail des techniques managériales et strictement comptables que le gouvernement importe sans grand discernement du monde de l’entreprise. Tout cela, qui vise à produire une cause commune en créant des liens transversaux, ne réussit pas d’un claquement de doigt. Mais cela commence à prendre réalité.

Roland Cayrol. Le pouvoir a sous-estimé le degré de mobilisation du corps enseignant. La colère et l’inquiétude y sont beaucoup plus profondes que ne le croyaient Nicolas Sarkozy et le ministère de l’Éducation nationale. Cela crée les conditions d’une mobilisation enseignante plus forte. Cela ne crée pas une unification du mouvement social. On ne peut pas voir, pour le moment, de prélude à un embrasement. D’autant qu’il n’y a pas d’alternative politique. Le PS a enfin sorti un contre-plan, immédiatement moqué par les experts et les journalistes alors qu’il est comparable aux plans anglais et allemand et à celui d’Obama. Et qu’il n’est pas complètement absurde de penser que la hausse de la consommation peut faire partie, à côté de la hausse des investissements, d’un véritable plan de relance. Mais on voit aussi à quel point la machine politique est bloquée. Dans la plupart des pays voisins, le président en exercice recevrait les auteurs de ce plan et accepterait, au moins symboliquement, deux ou trois mesures. En France le pouvoir estime qu’il peut gouverner seul puisqu’il a gagné la présidentielle - qui est seule fondatrice de la légitimité. La situation politique est donc compliquée. Sarkozy et Fillon n’ont pas perdu de poids en termes de popularité personnelle. Et les gens que nous interrogeons dans nos sondages expriment la volonté de faire valoir leur mécontentement plutôt qu’une autre option politique.

Mais jusqu’où Nicolas Sarkozy pourra-t-il tenir ?

René Mouriaux. Il faut distinguer Sarkozy et le patronat. Le MEDEF a une très grande difficulté à prendre en compte le mouvement et à sortir de son discours classique qui dit que la grève est inefficace puisqu’on ne peut pas sortir du système économique, qu’elle est paralysante et aggrave les problèmes, qu’elle est injuste puisque les petits en souffrent davantage, et, au total, qu’elle est archaïque. Cette thématique esquive les problèmes. Et le MEDEF risque ainsi de contribuer à ce que la transversalité se construise. Quant au président de la République, avec sa déclaration-provocation sur « la grève qui ne se voit pas », il a joué avec le feu. En France l’opposition n’est guère respectée. Le 29 janvier a été long à mettre en place. L’idée apparaît avant les élections prud’homales du 3 décembre 2008. La hausse du chômage annoncée en décembre 2008, le centrage des mesures économiques sur les employeurs ont accéléré le processus de réponse syndicale unitaire. Et si le président de la République et le gouvernement récusent toute relance de la demande, comme écrit FO-Hebdo du 4 février, « la mobilisation devra monter d’un cran ». Le cap libéral-autoritaire semble maintenu. L’ignorance affichée à l’égard des oppositions partisanes traduit de la part de Nicolas Sarkozy la volonté de s’identifier à la rupture, au mouvement, sur la base du mandat reçu le 6 mai 2007, alors que son programme initial n’a pas été conçu pour répondre à la crise économique ouverte en 2008.

Transversalité dans le mouvement social

Annie Collovald. Les sondages sur la popularité du président et du premier ministre n’ont peut-être pas - pas encore - beaucoup varié. Mais ils ne sont pas la seule expression d’une opinion et sûrement pas celle d’une opinion collective. Les manifestations et les grèves en sont une, et très concrète. Leur ampleur met en évidence le réel désaccord qui existe entre ce gouvernement et des catégories sociales de plus en plus nombreuses. Encore une fois, à force de parler d’inquiétudes et d’angoisses, on invite à croire que les manifestations n’ont été, comme le disent d’ailleurs le gouvernement et certains commentateurs peu au fait de la réalité, qu’une soupape de sécurité ayant permis à une surchauffe émotionnelle de s’échapper pour mieux revenir au calme et à l’ordre ensuite. Bien sûr les manifestants n’avaient pas un discours politique préconstruit, si on entend par là un discours proposant une alternative politique. Seuls les représentants politiques et syndicaux peuvent l’avoir déjà tout prêt à l’emploi. Mais les manifestants ont exprimé, par leur action et les raisons de leur action, des désaccords argumentés et ont ouvert ainsi la possibilité de penser autrement les politiques à mettre en œuvre. On est pour l’instant au début d’un mouvement. Chacun s’efforce de faire un travail d’explication et de rassemblement, sans trop savoir si cela prendra. Rien ne dit que cela ne prépare pas le terrain pour une alternative qui est encore à inventer. Que le gouvernement ne réponde que par un autisme ou le mépris à l’égard de ces mobilisations signale, me semble-t-il, qu’il fait trop crédit aux sondages et pas assez au monde social réel : c’est une manière, en effet, de concevoir la politique et de la conduire, mais sans doute pas la plus pertinente. Cela ne peut en outre que produire la montée des critiques et leur unification. Ne voit-on pas d’ailleurs surgir, au sein même de l’UMP, parmi des groupes ou chez des individus peu réputés pour leur insubordination, quelques protestations face à une politique considérée comme bien autoritaire…

Roland Cayrol. Je doute à la fois de la capacité actuelle des politiques à savoir quoi répondre à la mobilisation de l’opinion, et de la capacité des différents secteurs du mouvement social à accoucher de mots d’ordre unificateurs. Cela dit, le pouvoir pourrait bien mettre de l’huile sur le feu. Le président de la République tient un discours sur la gravité de la crise, sur la nécessité de refonder le capitalisme, de réguler autrement les flux financiers, d’introduire une éthique dans l’activité bancaire, de sanctionner les responsables et les coupables…, qui peut amener les Français à se dire qu’il est en total décalage avec la réalité, car on pressent que rien de cela ne va se passer. En annonçant une orientation idéologique qui ne sera pas suivie du moindre effet, il risque d’accréditer l’idée que décidément, même en cas de crise, on se moque de nous. Et de favoriser un nouveau rejet de la politique. Aucun décideur économique sérieux ne pense que les règles du jeu changeront vraiment après la crise. Il s’agit plutôt de faire le dos rond, d’attendre et, comme l’un d’eux me le disait, de faire comme si tout était apparemment changé pour que rien ne change.

René Mouriaux. Comme l’a souligné Annie Collovald, il y a de la transversalité dans le mouvement social. Je pense, en particulier, à « l’appel des appels ». Ce processus est encore timide et on ne peut pas le poser comme l’axe du futur. Tout cela peut retomber, se diviser, se sectorialiser ou - et c’est, pour moi, la dernière hypothèse - s’amplifier. D’autre part, Sarkozy nous dit : changeons le capitalisme. Là où le bât blesse, c’est que le capitalisme a toujours eu trois dimensions, l’une industrielle et d’activité, une autre commerciale, la troisième financière. Or c’est la dimension financière qui a pris le pouvoir et qui impose les normes de rentabilité, de profitabilité. Modifier cette emprise n’est envisagé par aucun capitaliste. On peut améliorer les régulations, mais dire qu’on moralise le capitalisme, qu’on le change, c’est jouer avec les mots. L’économie financière peut être moins spéculative, elle restera toujours soumise à une logique qui ne va pas dans l’intérêt du plus grand nombre mais des banquiers. Que se passera-t-il à Londres ? Quelle stratégie chez Obama ? Je ne crois pas à des transformations profondes. La parole sarkozyste risque donc, si elle n’est pas confortée par des propositions plus concrètes, notamment pour que l’emploi et les salaires ne soient pas uniquement des variables d’ajustement, d’entraîner des désillusions. Le gouvernement aperçoit le problème et essaie de construire un danger de l’extrême gauche pour pallier à la faiblesse de sa stratégie. Ce n’est qu’un contre-feu. S’il ne trouve pas une réponse qui ait un peu de contenu, nous pourrions alors entrer dans une période qui percute le calendrier politique. Nous n’en sommes pas là, aujourd’hui c’est le mouvement social et syndical qui occupe la scène publique, et le Parti socialiste essaye de s’y réintroduire.

Vous décrivez les dangers d’une situation marquée par un décalage entre les réponses et les aspirations. Mais, est-ce qu’un mouvement comme celui-là ne contribue pas aussi à déblayer des perspectives, à aider à en construire de nouvelles ?

Annie Collovald. Oui, en effet. Il y a aujourd’hui dans les mobilisations en cours des tentatives pour rendre pensable ce qui était impensable auparavant, et notamment la possibilité de faire cause commune malgré des préoccupations différentes. Je voudrais insister sur un autre décalage entre ce gouvernement et les attentes individuelles ou collectives. Il renvoie à ce cynisme bien particulier dont font montre le chef de l’État et son équipe et qui consiste à vider les mots de leur signification première pour faire croire que l’on agit avec les meilleures intentions du monde. On invoque la nécessaire « moralisation » du capitalisme et on laisse faire les logiques financières qui débouchent sur des licenciements en chaîne, on proclame sa considération pour les travailleurs et l’on accroît toutes les formes de précarisation. Cela va de pair avec un mode de gouvernement qui fonctionne à l’injure et à l’humiliation. On tourne en dérision les grèves, on se moque des idéaux de service public, on réduit l’école maternelle à une activité couche-culotte, les chercheurs à des médiocres bien planqués au chaud dans leur laboratoire… Si ces propos en disent long sur la reconnaissance dans laquelle chacun est tenu, qu’ils soient exprimés au plus haut niveau de l’État ne laisse pas d’inquiéter sur les levées de censure qu’ont opérées les politiques actuelles et sur les brutalités des rapports sociaux qu’elles légitiment.

Roland Cayrol. Ce qui est le plus unifiant aujourd’hui dans l’état de l’opinion par rapport à la crise, c’est la défense des services publics, donc d’un modèle français assez différent de ce qui existe chez nos voisins. Cet attachement n’est pas, pour autant, une réponse à la crise sociale. Les angoisses des gens sont liées à l’emploi et aux salaires. C’est là-dessus qu’ils ont envie que soit porté l’effort gouvernemental. Or, ils ne voient rien venir. Dans ces conditions, à qui font-ils confiance ? Non pas aux politiques mais au mouvement syndical. Nous sommes le pays occidental le moins syndicalisé, mais une majorité absolue de Français, salariés ou non, nous disent qu’ils ont confiance dans les syndicats pour les défendre. Dans ces manifestations et ces grèves, il y a eu un plaisir évident des salariés dû au fait que les 8 organisations syndicales étaient pour la première fois, depuis longtemps, d’accord. C’est à ce niveau qu’est aujourd’hui l’inconnue. Quelles sont les capacités des syndicats ? Et quelle est la capacité de Sarkozy à dialoguer avec les syndicats ?

René Mouriaux. Je partage ce qu’a dit Roland Cayrol, en ajoutant que tout de suite derrière les salaires vient la préoccupation de la protection sociale, qui est une question transversale. Lorsque l’hôpital est jugé en danger, le lien se fait entre protection sociale et état des services publics.

Pensez-vous que ce mouvement a de la réserve, qu’il y a encore des possibilités de développement ?

Roland Cayrol. Les salariés qui ont participé aux manifestations ou qui les ont regardées ont eu la satisfaction d’avoir marqué le coup, plutôt que l’envie d’en découdre. Ils attendent des réponses. Le pouvoir a deux semaines pour cela. Sinon, ce que dit Annie Collovald sur les alliances qui se tissent et les appels qui se rencontrent pourrait éventuellement se concrétiser. Mais on n’en est pas là.

René Mouriaux. Villepin a chuté parce qu’il a laissé la dynamique se développer. La question de la convention UNEDIC montre la fragilité du front syndical mais, sans contre-propositions suffisantes, il ne sera pas dénoué. Jusqu’où le pouvoir en est-il conscient ? Le chef de l’État peut entrevoir une solution et la briser par une formule malencontreuse. Dans l’histoire, la part du circonstanciel est importante. C’est à travers elle que se fraie la logique du conflit social.

Roland Cayrol. Il n’y a aujourd’hui pas plus de raisons qu’en 2003 ou qu’en 1995 de croire que ce mouvement va embraser le pays. L’opinion est dominée par une sourde inquiétude qui, en elle-même, n’est pas mobilisatrice et peut conduire, si ce n’est à la résignation, en tout cas au doute sur la capacité d’agir et à la crainte des conséquences. Mais le pouvoir aurait tort de se sentir tranquille en se disant : divisons-les, faisons monter l’extrême gauche, rendons les ainsi inefficaces, et tout continuera comme avant. Nous sommes dans une période, non pas où tout est possible, mais où le champ des possibles dépend de l’action des forces en présence et de la capacité des acteurs, notamment du pouvoir et des syndicats, de prendre la situation à bras-le-corps.

René Mouriaux. Et ce mouvement n’est pas particulier à la France. Il y a eu des mobilisations importantes en Italie, en Allemagne, sans parler de la Grèce. Le cas Français est suivi de près par la presse internationale. La crise ne fait que commencer, aucun économiste sérieux ne peut dire qu’elle sera résolue en un an. La dynamique française ne doit pas être dissociée des mobilisations existant en Europe.

Annie Collovald. Ce mouvement est lié à la crise. Mais ces manifestations ne sont pas simplement l’expression de craintes, d’inquiétudes. Comme l’a dit René Mouriaux, elles traduisent un profond sentiment d’injustice et surtout une indignation largement partagée aujourd’hui face au sort réservé à tous par des politiques néolibérales en toute méconnaissance de la réalité. On peut y voir des prémisses, si ce n’est plus dans certains secteurs, d’une critique plus fermement et politiquement constituée du gouvernement actuel.

Table ronde réalisée par Jacqueline Sellem

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