Les
principaux pays de la zone euro, dont la France, l’Allemagne,
l’Espagne, l’Italie et le Portugal, ont annoncé leurs plans chiffrés de
soutien au secteur bancaire. Devant les sommes astronomiques engagées,
de nombreuses interrogations surgissent.
Après les 700 milliards du plan américain Paulson, l’économie réelle
semblait toujours menacée, et aujourd’hui ? Des garanties pour la
finance et les banques, mais quelles garanties pour la croissance,
l’emploi et les salaires ? Qui va payer cette crise et pour quoi faire ?
Les
grands pays de l’Union européenne ont égrené lundi leurs plans
nationaux de sauvetage des banques, aboutissant à une addition de près
de 1.500 milliards d’euros pour les recapitaliser ou garantir leur
financement.
Au lendemain d’un sommet de crise des pays de la zone euro, dimanche
soir à Paris, les dirigeants européens ont mis leurs chiffres sur la
table. Ils ont de quoi donner le tournis aux citoyens européens.
Après Londres plus de 500 milliards, Berlin a annoncé 480 milliards
d’euros, Paris 360 milliards, Madrid et Vienne 100 milliards chacun,
Lisbonne 20 milliards. Ces chiffres des pays de la zone euro s’ajoutent
au plan britannique qui avait montré la voie la semaine dernière avec
380 milliards d’euros. L’Italie a annoncé qu’elle dépenserait "autant
que nécessaire" pour ses banques.
"Il faut débloquer le marché entre banques. L’argent ne circule
plus", a commenté le chef de l’Etat français Nicolas Sarkozy, président
en exercice de l’Union européenne.
"Il ne s’agit pas de faire des cadeaux aux banquiers, il s’agit de
faire en sorte que les consommateurs, les investisseurs puissent
continuer à fonctionner d’une façon rationnelle", a déclaré lundi le
président de l’Eurogroupe et Premier ministre luxembourgeois
Jean-Claude Juncker. "Les banques qu’on assistera devront payer",
a-t-il ajouté.
Lors d’un sommet dimanche à Paris, les 15 pays de la zone euro se
sont entendus sur un plan d’action comprenant deux grands principes qui
devraient être suivis par tous : l’entrée possible des Etats dans le
capital des banques en difficulté, et la garantie apportée par les
gouvernements aux prêts interbancaires.
Cette garantie sera payante pour les banques qui en bénéficieront,
ont insisté les dirigeants européens. Ces derniers craignent de voir
les opinions publiques se retourner contre des plans qui comprennent
des sommes astronomiques en faveur des institutions jugées responsables
de la crise.
Les dirigeants de l’UE jugent crucial ce dispositif de soutien aux
échanges interbancaires, qui sont pratiquement à l’arrêt. Les banques
ne se prêtent plus entre elles, car elles ont peur des faillites. Elles
accordent moins de crédits aux ménages et aux entreprises, ce qui
menace de mettre à bas le système économique et financier.
Selon le directeur général du Fonds monétaire international (FMI)
Dominique Strauss-Kahn, la confiance doit désormais revenir. "Je pense
qu’il n’y a pas de raison aujourd’hui, ni pour les déposants, ni pour
les intervenants sur le marché, ni pour les chefs d’entreprises de
craindre quelque chose", a-t-il assuré lundi.
Les Bourses européennes, qui sortent de la semaine la plus noire de
l’Histoire, sont reparties à la hausse lundi, gagnant au moins 6%.
La réponse coordonnée des Européens à la crise financière fait écho
au plan Paulson aux Etats-Unis, évalué à 700 milliards de dollars.
Mais elle trouve surtout son inspiration du côté de Londres, où le
Premier ministre Gordon Brown a été le premier à proposer ce cocktail
de mesures, fait de prises de participations étatiques et de mécanismes
de garantie.
A partir de mercredi, les pays de l’UE se retrouveront à 27 à
Bruxelles pour un nouveau sommet, qui devrait confirmer ces
orientations.