Michel
Barnier et Patrick Le Hyaric débattent,
interrogés par Philippe
Martinat, du Parisien, et Patrick Apel-Muller, de
l’Humanité.
.
Patrick
Le Hyaric.
Les déclarations et les discours (de Nicolas Sarkozy, sur la
régulation
et le rôle des pouvoirs publics, sur les changements en
Europe - NDLR)
sont une chose, les actes sont souvent autre chose. Les bonnes
intentions décrites là se heurtent en permanence
aux décisions que
prennent les institutions européennes, la Commission comme
le Conseil.
Elles se heurtent et se heurteront à une autre phrase de son
discours
selon laquelle il fallait adopter très rapidement le
traité de
Lisbonne. Or, il y a une antinomie entre le retour des États
nationaux
et ce fameux traité de Lisbonne, que M. Barnier
connaît très bien
puisqu’il était à la fois le
représentant de la Commission européenne
pour construire le projet de traité constitutionnel,
qu’il fut ensuite,
après le « non » au
référendum, dans la commission chargée
de refaire
le projet, qui est devenu le traité de Lisbonne. Il a les
mêmes
ingrédients, les mêmes phrases que le
traité constitutionnel et il
s’oppose fondamentalement, frontalement, à ce que
dit le président.
Michel
Barnier. Je
n’arrive pas à comprendre pourquoi on fait une
telle montagne du traité
de Lisbonne. Contrairement à ce qui a
été dit, on n’est pas revenus
dessus, on a fait autre chose que le traité constitutionnel,
qui a été
rejeté par le peuple français. Avant
l’élection présidentielle, le
président de la République a dit qu’il
n’organiserait pas de
référendum, qu’il proposerait une
partie du texte, la moins
controversée, la moins idéologique,
c’est-à-dire le moteur du
fonctionnement de l’institution, comment lpourrait mieux
fonctionner
démocratiquement avec plus de contacts entre
l’échelon européen et
l’échelon national, comment on peut
décider de travailler à 27. Ce
n’est que ça, le traité de Lisbonne. Le
traité de Lisbonne, c’est de la
mécanique, ce n’est pas un projet, c’est
un outil au service du projet.
Je ne suis pas d’accord avec ce que vous avez dit sur le
retour des
États nationaux. Ils ne sont pas partis. On n’est
pas en train de faire
un super-État fédéral, mais depuis
cinquante ans, bien ou mal, quelque
chose qui n’a jamais été fait dans le
monde, une
communauté-mutualisation d’États
nations.
Patrick
Le Hyaric.
Je crois qu’il faudrait un autre traité. La
version que vous présentez,
c’est la belle version, la version soft. Les fondamentaux du
traité de
Lisbonne, c’est la concurrence libre et
prétendument non faussée. Vous
dites « il faut une Europe qui protège,
une Europe rempart », d’accord.
Mais vous ne pouvez pas le faire tant qu’on codifiera le
principe de
marché ouvert où la concurrence est libre.
Même du point de vue du
pouvoir politique, tant que la Banque centrale européenne
aura les
pouvoirs dont elle dispose, vous ne pourrez pas faire
l’Europe dont
vous parlez. Elle ne reçoit d’ordre de personne,
fait la politique
monétaire comme elle le veut et elle le fait essentiellement
non pas
pour l’emploi et les salaires, mais pour attirer les capitaux
vers elle
dans la compétition mondiale sur les marchés
financiers. Le hiatus est
là. Et la question des services reste floue. Dans la
directive
Bolkestein, elle est revenue. On y a enlevé une partie,
c’est-à-dire
les services sociaux d’intérêt
généraux, mais on nous dit désormais
qu’ils tombent sous le coup du droit communautaire. Sinon, la
directive
existe, et elle est quasiment intégralement dans les
articles 56, 60 et
61 du traité.
Michel
Barnier. Dès
l’instant où le peuple français a
rejeté le traité constitutionnel, on
a gardé tout ce qui existait, grâce à
vous ou à cause de vous. On est
revenus en arrière. On a gardé tous les
traités depuis 1957, avec les
insuffisances, les déséquilibres. Les
avancées qui étaient dans la
constitution sur le plan social ont été
annulées.
Patrick
Le Hyaric.
L’un des problèmes essentiels de la crise mondiale
réside dans le
développement de la spéculation
financière et boursière à tout-va.
Codifier dans le traité de Lisbonne la liberté
totale de circulation
des capitaux ne peut qu’empirer la crise. Dans un document du
28 avril,
une recommandation du conseil de l’UE au gouvernement
français demande
des efforts supplémentaires nécessaires pour
améliorer l’assainissement
budgétaire à moyen terme, de renforcer la
concurrence dans les secteurs
de l’énergie et du fret ferroviaire, ainsi que
dans les professions
réglementées pour moderniser encore le
marché du travail. Dans un autre
alinéa, il revient sur la modernisation du marché
du travail et dit
qu’il faut poursuivre l’amélioration du
cadre général de la concurrence
dans le secteur des services et le contrôle des
progrès réalisés dans
le celui du commerce de détail. Ces problèmes
doivent être réglés, tout
en respectant scrupuleusement l’objectif
d’encadrement des coûts
annoncés par le gouvernement, à savoir une
croissance zéro en volume
des dépenses publiques. Ça ne prépare
pas l’après-crise. Plus vous
continuez à réduire les dépenses
sociales et publiques, plus vous
mettez les gens en difficulté et, au total, c’est
de l’inefficacité
économique. Cette recommandation, vous êtes en
train de l’appliquer à
la lettre avec les conséquences que nous connaissons
aujourd’hui et qui
ne nous permettront pas de sortir des difficultés.
Michel
Barnier.
Nous avons pris la décision en conscience et en toute
responsabilité
d’augmenter temporairement de manière assez forte
les déficits publics
pour faire face à la crise…
Patrick
Le Hyaric.
Vous avez augmenté le déficit public, mais pour
donner de l’argent aux
banquiers, ça ne sert pas à octroyer un
crédit à bas taux
d’intérêt aux
particuliers et aux entreprises…
Michel
Barnier. Si
le système bancaire explose, les premières
victimes, ce sont les
épargnants. Et on fait payer aux banques ce qu’on
leur donne, ce qui va
rapporter 1 milliard et demi d’euros. Nous augmentons
temporairement
les déficits, malgré les recommandations, ce qui
prouve qu’on est assez
libres. Mais ce n’est pas une bonne chose
d’augmenter durablement les
déficits, comme vous semblez le recommander.
Patrick
Le Hyaric. Vous augmentez les déficits,
certes, mais vous diminuez les dépenses sociales.
Michel
Barnier.
Nous avons un désaccord de fond. La France est le pays qui
dépense le
plus pour son État en Europe, où il y a le plus
de prélèvements. Nous
voulons que l’État fasse moins de choses, mais
qu’il les fasse mieux.
Tous nos voisins ont fait la même chose, dirigés
souvent par des
gouvernements de gauche. La crise ne vient pas de Bruxelles, ni de
Paris. Elle est née du désordre total de la
finance internationale, de
cette loi du profit maximal qu’on a encouragé dans
le monde entier,
notamment aux États-Unis mais pas seulement, le profit
contre le
travail. Il n’est pas vrai que le traité nous
empêche d’agir. Le
président de la République a fait bouger les
lignes au G20.
Patrick
Le Hyaric.
Mais expliquez-moi comment un commissaire européen a
proposé
aujourd’hui même de réactiver les hedge
funds sur le territoire
européen à partir des paradis fiscaux…
Michel
Barnier. Il
n’y a qu’un seul domaine où la
Commission décide, c’est la régulation
de la concurrence. Le commissaire ne fait que proposer et il est revenu
en arrière.
Patrick
Le Hyaric.
Vous êtes d’accord avec moi pour enlever
l’article 63 du traité de
Lisbonne qui prévoit la liberté totale des
mouvements de capitaux…
Michel
Barnier. Je
suis d’accord pour qu’on contrôle les
mouvements de capitaux, pour
qu’on remette de la règle, de la morale, de
l’éthique dans le
capitalisme mondial, qui a été
dévoyé. Je suis plutôt favorable
à un
capitalisme d’épargnants et
d’industriels. Nous avons un point de
désaccord, vous prononcez le mot de
« concurrence » comme si
c’était un
gros mot. Vous êtes contre la concurrence ?
Patrick
Le Hyaric.
Je suis pour une concurrence dans un cadre
équilibré. Aujourd’hui, ce
n’est pas le cas, dans le monde et en Europe même,
les niveaux sociaux,
de rémunération, sont
déséquilibrés.
Michel
Barnier.
L’Union européenne n’est pas parfaite,
c’est quand même le meilleur
outil qu’on ait trouvé pour maîtriser la
mondialisation. Je suis pour
une concurrence loyale, elle ne l’est pas
aujourd’hui.
Quatre
« témoins »
interpellent les deux
candidats. D’abord deux jeunes militants, l’un de
l’UMP, Vincent
Mugerin, l’autre, Vincent Vadillo, communiste. Puis ce sera
le tour de
deux élus du département, Eric Raoult
(député UMP), puis de Sabrina
Bousekkine (adjointe PCF au maire du Blanc-Mesnil).
Vincent
Mugerin. Vous appelez à un
vote sanction contre Nicolas Sarkozy, mais avez-vous des
propositions ?
Vous avancez l’idée d’une monnaie
mondiale. Pourquoi ?
Patrick
Le Hyaric.
Je suis un candidat anti-droite et anti-sarkozy. Mais ma
préoccupation
principale, c’est de créer les conditions pour
changer l’Europe, sortir
du chômage, de la précarité. La
Confédération européenne des syndicats
annonce, en comptant les 20 millions de chômeurs, les temps
partiels
contraints, les CDD, les faux travailleurs indépendants,
près de 108
millions de travailleurs précaires en Europe, contre 62
millions il y a
cinq ans. Ma priorité est donc la question de
l’emploi qu’il faut
jumeler avec celle des salaires. Il faut faire cesser ce transfert de
la valeur ajoutée du travail des salariés vers le
capital. En quelques
années, il a été
transféré en France 175 milliards
d’euros. Au plan
européen, les profits réalisés par les
grandes entreprises représentent
2 224 milliards d’euros. Par conséquent, de
l’argent il y en a. Les
moyens existent de répondre à la demande du
mouvement syndical qui
s’exprime depuis des mois. Ce serait un moyen pour sortir de
la crise.
Je propose un salaire minimum dans chaque pays européen
calculé sur la
base de 60 % du salaire médian. Il est
indispensable, face aux plans de
licenciements, de donner des droits suspensifs aux comités
d’entreprises, aux comités de groupes pour les
entreprises européennes.
Il est possible d’aller plus loin en instaurant, au plan de
l, un
système de sécurisation des parcours
professionnels. Il faut développer
les services publics, et créer, là où
c’est utile, des services publics
européens. Il faut arrêter les privatisations,
comme celles, par
exemple, de la Poste, ou du secteur de l’énergie.
Autres objectifs :
créer tous les emplois possibles dans le cadre du
développement
économique et industriel durable, donner à la
jeunesse les moyens de
son autonomie financière pour répondre
à ses besoins et s’insérer dans
la vie professionnelle.
Enfin, question essentielle, il faut
transformer le rôle de la
Banque centrale européenne (BCE). Elle devrait, en lien avec
l’ensemble
des banques centrales nationales, non pas favoriser les
marchés
financiers au détriment de l’emploi comme
aujourd’hui, mais aider, par
des crédits à bas taux, voire à taux
nul, les entreprises qui en ont
besoin, pour sauvegarder l’emploi. Quant à la
monnaie commune mondiale,
c’est une proposition de la Chine, de la Russie et de
certains pays
d’Amérique latine au G20. Cela vise, non
à détruire les monnaies
nationales ou l’euro, mais à créer un
système qui permette de réguler,
avec le FMI, les échanges internationaux en
n’étant plus, comme c’est
le cas aujourd’hui, sous
l’hégémonie du dollar.
Vincent
Vadillo. Dans son discours de
Nîmes, Nicolas Sarkozy a parlé d’une
Europe qui lutterait pour
l’emploi. Il a parlé de changement mais est-ce
possible avec le dogme
de la concurrence libre et non faussé qui figure dans le
traité de
Lisbonne ?
Michel
Barnier.
Tout ce que M. Le Hyaric propose au niveau
européen, comment le
mettrez-vous en oeuvre si on ne peut pas travailler ensemble,
à 27
pays ? C’est ça le traité de
Lisbonne. L’Union européenne ce n’est
pas
un syndicat international, c’est une communauté de
nations. Il n’y a
pas un peuple européen mais vingt-sept nations qui ont
chacune une
identité. Donc, on a besoin d’un
traité, d’une banque indépendante qui
surveille. Même si je pense qu’il faut un meilleur
dialogue entre la
BCE et les gouvernements pour des politiques communes.
Nous ne sortirons pas de cette crise comme
nous y sommes entrés. Au
moins, soyons d’accord pour dire que cette crise est mondiale
et
globale. Il faut bâtir un nouveau modèle
économique et social, qui soit
un modèle économique durable pour
créer ces nouveaux emplois de demain.
Je ne suis pas un conservateur. C’est un acquis que
d’avoir construit
ce projet européen, que le PCF a combattu depuis le
début, et d’avoir
tenu les deux premières promesses des pères
fondateurs de l’Europe, la
paix et la stabilité. Pour moi, l’Europe ce
n’est pas seulement un
supermarché. La politique agricole commune, c’est
10 milliards d’euros
par an pour accompagner les agriculteurs ; ce sont les fonds
structurels, soit, 309 milliards d’euros pour faire reculer
les
fractures territoriales. On ne peut pas s’en sortir tout seul.
Éric
Raoult. L’Europe, c’est la
libération, c’est aussi la
solidarité… Quand on est directeur de
l’Humanité, dans la lignée de Jean
Jaurès, on ne peut rester insensible
à ce qui s’est passé à
l’Est, et à la solidarité. Le Parti
communiste
pourrait-il dire que, sur cette question, l’Europe est
progressiste ?
Patrick
Le Hyaric.
Nous ne sommes pas anti-européens. Nous sommes pour un autre
projet
européen. Nous pensons qu’il faut orienter la
politique vers le social
et la solidarité. Je ne déjuge pas
Jaurès. Au Parlement, vous le savez,
le groupe communiste ne s’est pas opposé
à l’élargissement aux pays de
l’Est et ne s’oppose au fait qu’il faille
les aider via les fonds
structurels. Face à la crise, nous sommes
décidés à les aider, mais pas
dans la mise en concurrence. Dans le capitalisme sauvage que nous
connaissons, des entreprises comme Renault délocalisent dans
des pays à
bas salaires pour surexploiter la main-d’oeuvre locale.
Michel
Barnier.
Quand Renault construit une usine en République
tchèque pour que les
Tchèques achètent des voitures, votre
idée serait-elle qu’on construise
ces voitures et qu’on ne crée pas
d’emplois la-bas ?
Patrick
Le Hyaric.
S’il s’agit de produire des véhicules
pour permettre au marché national
de s’approvisionner en automobiles adaptées, je
suis tout à fait
d’accord, et quel que soit l’endroit dans le monde.
Pour Renault et
PSA, le gouvernement a mis sur la table 7 milliards d’euros,
après que
ces deux groupes eurent décidé leurs plans de
réduction d’emplois. Pour
la première fois, en 2008, le déficit de la
balance des paiements dans
le secteur automobile s’est élevé
à 4 milliards d’euros. Pour le fonds
de reconversion, que vous avez créé, vous
n’avez donné que 3,8 millions
pour les salariés de cette branche. Si une entreprise
produit à
l’étranger pour réintroduire des
véhicules sur le marché français, elle
ne fait qu’aggraver les déficits.
Michel
Barnier. Je
suis favorable aux localisations, aux investissements
d’entreprises
françaises souvent en partenariat avec des capitaux de ces
pays pour
créer des emplois et couvrir des marchés. Je
m’opposerai, autant que je
le pourrai, aux délocalisations. Vous ne pouvez pas
contester que le
gouvernement de Nicolas Sarkozy et de François Fillon a
fait, pour
sauvegarder l’industrie automobile, un effort
considérable.
Patrick
Le Hyaric. Les 7 milliards ont été
accordés sans contreparties…
Michel
Barnier. On ne verse pas 7 milliards pour faire plaisir
aux patrons…
Patrick
Le Hyaric.
C’est ce qui se passe. Il n’y a eu aucune
contrepartie ni pour l’emploi
ni pour la sous-traitance. Ce qui nous plonge dans le drame que nous
vivons aujourd’hui.
Michel
Barnier. Le
plan automobile s’est accompagné de beaucoup de
contraintes
d’obligations. Exemple : le retour dans la
région parisienne d’une
usine installée en Slovénie. Vous nous accusez de
donner de l’argent
aux banquiers, alors que nous voulons sauver le système
bancaire qui
fait vivre tous les ménages et toutes les entreprises
françaises. Nous
donnons de l’argent pour l’automobile, y compris
par le biais de la
prime à la casse pour sauvegarder l’industrie et
l’emploi chez nous.
Sabrina
Bousekkine. Dans de nombreuses
régions d’Europe, l’emploi est
sinistré, la précarisation devient
massive. C’est particulièrement vrai en
Seine-Saint-Denis. Pourtant
nous avons à nos portes deux gisements
d’emplois : l’aéroport de
Roissy
et celui du Bourget. Partout en Europe, le développement
économique
d’un territoire doit profiter à ses habitants.
Avec l’ensemble de
l’équipe municipale de Blanc-Mesnil, nous sommes
porteurs d’un projet
de lycée des métiers de
l’aérien. Nous attendons toujours
l’État et
l’Europe. Ne faudrait-il pas une directive
européenne instaurant une
impérative responsabilité sociale des
entreprises ? Oui à l’Europe,
mais où en est-on des conditions sociales de vie de nos
concitoyens
Vous avez parlé des progrès de
l’Espagne, mais que dîtes-vous de la
Grèce et des conflits sociaux en France ?
Michel
Barnier.
L’UE ne supprime pas les conflits sociaux et les situations
anormales,
mais, pour la Grèce comme pour l’Espagne et comme
pour nous, être
ensemble a constitué un progrès. J’ai
géré, comme commissaire européen,
les fonds structurels, ce sont des dizaines de milliards par an que
nous apportons aux pays les plus en retard comme la Grèce.
Les régions
et départements d’outre-mer, qui ont un taux de
chômage de plus de 20 à
25 %, reçoivent beaucoup d’argent de
l’Union européenne.
Je ne suis pas un ultra-libéral.
Je me bats depuis toujours sur une
ligne plutôt progressiste, libérale et sociale.
Dans le programme de
l’UMP, je vais proposer le doublement des fonds
européens d’ajustement
à la mondialisation, je vais me battre pour une politique
urbaine 65 %
des Européens vivent dans des villes, pour un
développement des
transports collectifs.
Sur l’emploi des jeunes,
jusqu’à une période récente
les
gouvernements nationaux ont refusé toute politique
européenne de
l’emploi, y compris lorsqu’il y avait des ministres
communistes au
gouvernement français. Pour les mêmes raisons, il
n’y a pas de
politique européenne de la santé, de
l’éducation, de l’emploi. On a des
normes sociales, des minima. Je ne souhaite que l’on fasse
une synthèse
vers le bas. C’est pourquoi je ne suis pas
décidé à accepter une
harmonisation des systèmes de protection sociale, car comme
nous sommes
dans le système le plus protecteur, on risquerait de reculer.
Deux
intervenants interpellent les candidats, depuis la salle.
Un
participant. M. le Ministre, est-ce
normal en Europe que des gens vivent avec 500 euros de
revenus ? Je
suis pour une Europe de la paix et de la justice. Je ne veux pas de la
guerre ni de la guerre économique, il n’est pas
normal que ce soit
toujours les mêmes qui paient. Il y a de
l’injustice, je ne suis pas
égalitariste, chacun tire ses ressources en fonction de ses
qualités et
de ses capacités, mais à un moment on doit
stopper l’accumulation
là-haut pour redonner en bas.
Michel
Barnier. Je
n’ai aucun problème avec ce que vous dites, car
c’est le combat que je
mène. Je n’ai aucun problème pour dire
qu’il faut limiter les hauts
revenus, qu’il faut combattre les paradis fiscaux, qui sont
le paradis
des tricheurs. C’est ce qu’a commencé
à faire Nicolas Sarkozy. C’est le
premier président de la République qui se bat
avec cette détermination
contre les paradis fiscaux, et il a commencé à
faire bouger les lignes.
Le projet européen est un projet de progrès, qui
réduit la misère. J’ai
géré les fonds structurels européens
en faveur des douze régions les
plus pauvres de l’Europe, et je peux vous dire combien nous
avons vu
remonter le niveau de vie dans ces pays, notamment au sud, et comment
nous allons faire de même à l’est de
l’Europe. Évidemment, tout ne sera
pas formidable d’un seul coup, ça
n’empêchera pas les situations de
misère qu’il faudra compenser par des
systèmes d’accompagnement social,
mais je n’ai aucun problème pour dire
qu’il faut plus de justice
sociale.
Patrick
Le Hyaric.
Sur la question de la paix, je rappelle que la guerre
économique pousse
à une concurrence acharnée qui peut, si on
n’y prend pas garde, se muer
en une guerre véritable, et qu’il ne faut pas
sous-estimer ce danger.
J’estime à ce propos que vous
n’étiez pas obligés de recevoir Avigdor
Lieberman (le ministre israélien extrémiste -
NDLR), qui se dit prêt à
déclencher la guerre avec l’Iran. Sans partager
forcément ses vues, un
dirigeant comme Hosni Moubarak dialogue avec le gouvernement
israélien,
mais refuse de recevoir cet individu parce qu’il est porteur
de danger.
Quant à Gaza, il est vrai que l’Union
européenne aide à financer la
reconstruction des équipements en Palestine. Mais
était-on obligé de
recevoir Tzipi Livni l’avant-veille du
déclenchement de la guerre
contre Gaza ? Devait-on décider le rehaussement des
accords commerciaux
entre l’Europe et Israël ? Pourquoi
n’a-t-on pas posé comme condition
au gouvernement israélien le renoncement à
l’agression contre les
Palestiniens ? Enfin, concernant la partie défense
du traité de
Lisbonne, je veux dire mon inquiétude sur la
réintégration de la France
dans le commandement militaire de l’OTAN, dans le fil de
l’article 42
du traité, qui dit à propos de la
défense commune européenne :
« Les
engagements et la coopération dans ce domaine demeurent
conformes aux
engagements souscrits au sein de l’OTAN qui reste, pour les
États qui
en sont membres, le fondement de la défense collective et
l’instance de
sa mise en oeuvre. » Autrement dit, on pourra
désormais être entraîné
dans des interventions militaires sans le vouloir. Je ne sais pas
comment on peut prétendre construire une défense
commune européenne
indépendante avec un tel texte.
Michel
Barnier. La
réintégration de la France dans le commandement
de l’OTAN met fin à une
sorte d’hypocrisie. Nous étions le
quatrième principal contributeur de
l’OTAN et nous étions partout sauf à
l’endroit où se prennent les
décisions. Vous ne pouvez pas dire qu’on pourrait
être entraîné contre
notre gré : il y a des pays au sein de
l’OTAN qui ne sont pas engagés
en Afghanistan. Nous gardons notre libre arbitre. Je me suis battu pour
ce texte, car je pense que l’Europe ne doit pas seulement
être un
supermarché, mais une communauté dotée
d’une politique de défense,
solidaire dans le cadre de ses alliances, mais autonome. Un mot sur
Gaza et Avigdor Lieberman : naturellement, nous ne partageons
pas
l’approche du gouvernement israélien actuel.
Bernard Kouchner a dit
qu’il fallait reprendre le processus de paix et que nous
souhaitons
qu’Israël se prononce clairement en faveur de deux
États. On n’en est
pas là, mais si on ne discute avec les gens, on ne peut pas
les
convaincre. Nous avons donc invité ce ministre à
Paris pour lui dire
clairement ce qu’on pensait.
Une
participante. M. Le Hyaric, dans
votre programme du Front de gauche, les mots qui reviennent
sont :
« reprenons
l’offensive », « il
faut se faire entendre »,
« riposte »,
« lutte de notre peuple »,
« construire des points de
résistance… »
Vous dénoncez une Europe archaïque, mais toutes ces
expressions ne le
sont-elles pas ? Par ailleurs, vous vous insurgez contre les
bas
salaires, mais, en Arménie, une journaliste,
après six ans d’études,
gagne 50 euros par mois. N’est-ce pas la
conséquence d’un système
soviétique sur lequel vous calquez votre programme
communiste ?
Patrick
Le Hyaric.
Ce qui importe est de dégager les cohérences
politiques des projets,
même si elles sont opposées. La
société que nous proposons, c’est
exactement le contraire de rémunérations
à 50 euros par mois. Et il n’y
a malheureusement pas besoin d’aller jusqu’en
Arménie pour trouver des
gens sous-payés ou qui dorment dans la rue. Mais ce qui est
vrai, c’est
que la libéralisation sauvage appliquée
à ces pays aggrave encore leur
situation économique et sociale. Avec Michel Barnier, nous
ne sommes
pas d’accord, sauf sur la nécessité de
construire une Europe. Mais pour
nous, cela doit se faire à partir d’un autre
traité, un traité
progressiste européen. Depuis quelque temps, le gouvernement
essaie
d’infléchir son discours sous l’effet de
la contestation et de la
mobilisation, mais pour que cela change vraiment, il faudra appuyer
fortement à gauche le 7 juin.
Michel
Barnier. Il
est insupportable que 60 % des Français
n’aillent pas voter aux
élections européennes. Un
député européen est aussi important
qu’un
député national. 60 % de nos lois sont
élaborées au Parlement européen.
Ce sont des lois qui concernent les conditions de travail, la
qualité
sanitaire, les discriminations, etc. Donc il faut aller voter. Durant
la présidence française de l’UE, le
président de la République a fait
bouger les lignes, il a montré qu’on pouvait
être acteur dans la crise
entre la Géorgie et la Russie, dans la crise
financière en proposant la
tenue du G20, en convainquant les partenaires européens de
prendre des
dispositions pour la régulation financière. Ce
que nous souhaitons avec
notre liste, c’est lui donner les moyens de
préserver l’Europe dans ce
qu’elle a de positif, mais aussi de la changer.
Compte
rendu réalisé par Sébastien
Crépel, Jacques Moran, Jean-Paul Piérot, Max Staat
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