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Rapport de Francis Wurtz au Conseil National des 5 et 6 septembre 2008 sur les élections européennes
Par : Conseil national
Mis en ligne : 5 septembre

Chers camarades,

Le 7 juin prochain, autrement dit dans exactement neuf mois, auront lieu les élections européennes. Il ne s’agit évidemment pas, aujourd’hui, de lancer la campagne électorale. En revanche, il est sage de ne pas attendre l’issue de notre congrès - c’est à dire, dans les faits, janvier 2009 - pour créer les conditions d’une réflexion des communistes sur le contexte, à bien des égards sans précédent, de ce scrutin ; sur les enjeux réellement stratégiques qui en découlent ; et, par voie de conséquence, sur les implications qui en résultent pour notre future campagne. Cette intervention se limitera donc à ces trois questions sans revenir sur l’ensemble des sujets traités lors du CN du 23 mai dernier, à partir du rapport de Daniel Cirera.

 UN CONTEXTE SANS PRECEDENT

A la question « L’Europe est-elle pour vous une source d’espoir ? », posée par l’Institut BVA, 61% des personnes interrogées avaient, il y a cinq ans, répondu par l’affirmative. Le 30 juin dernier, elles n’étaient plus que 30% dans ce cas1 ! La France n’est pas un cas isolé : jamais, depuis son lancement, il y a plus d’un demi-siècle, la construction européenne n’a suscité un tel désenchantement. La victoire du NON en Irlande - pays « pro-européen » s’il en est -, trois ans après les NON français et néerlandais, est une illustration frappante de ce fossé qui ne cesse de s’élargir entre les aspirations des citoyens et la structure économique libérale de l’Union européenne, mais aussi son mode de fonctionnement centralisé, opaque et éloigné des sociétés, ainsi que la conception de son rôle dans le monde, à l’œuvre aujourd’hui, qui conforte les tendances dominantes au lieu de s’en émanciper.

 GUERRE OU PAIX

Ainsi, pour le plus grand nombre, la première source de légitimité du projet européen a, longtemps, été de constituer par sa seule existence, un facteur de paix sur le continent. Or, dans un passé récent encore présent dans les mémoires, certains pays membres n’ont pas été pour rien dans la déstabilisation des Balkans qui a engendré une guerre effroyable, dont les stigmates n’ont pas disparu. Quant au secrétaire général de l’OTAN au moment des bombardements de Belgrade, il est devenu quasi-naturellement le « Haut Représentant » de l’Union européenne pour la politique extérieure et de sécurité !

Aujourd’hui à nouveau, un conflit hideux et dangereux perdure à nos portes : et si, là encore, les responsabilités directes n’incombent évidemment pas à l’Union, celle-ci a bel et bien cautionné une stratégie de la confrontation à l’égard de la Russie, directement inspirée par l’administration Bush, qui n’a cessé d’attiser de façon irresponsable les tensions dans une région connue pour être hyper-sensible. Certes, lundi dernier, le Conseil européen - tout en soulignant légitimement la part de responsabilité de Moscou dans la grave crise du Caucase - n’a pas cédé aux pressions des jusqu’au boutistes. Il n’en demeure pas moins que, depuis quatre ans, l’élargissement à l’Est sert de levier, non pour tenter d’unifier le continent, mais pour le diviser. Quel est l’intérêt européen dans l’élargissement de l’OTAN, l’installation du « bouclier antimissile » ou la reconnaissance de l’indépendance unilatéralement proclamée du Kosovo ? Pourquoi les « 27 » n’ont-ils donné aucune suite - au moins exploratoire - au projet de traité paneuropéen de sécurité que leur avait proposé le Président russe, à plusieurs reprises, depuis le 5 juin dernier ? L’arrogance ne sert jamais la paix.

Evoquant l’enjeu de la guerre ou de la paix, on n’oubliera pas non plus de souligner la forme prise par l’engagement militaire de pays membres de l’Union en Afghanistan, à la remorque de la stratégie désastreuse des Etats-Unis. De même, on attend toujours la première condamnation de la guerre en Irak par L’Union européenne.

Cela fait beaucoup. Et comme si cela ne suffisait pas, la conception de la défense européenne dont la présidence française de l’Union s’est faite forte d’impulser le développement vise - selon les termes de notre ministre des affaires étrangères - à rendre « l’Europe » capable, d’ici dix ans, de mener en même temps deux « opérations de réaction rapide », « une opération d’évacuation d’urgence de ressortissants européens » ; une mission maritime ou aérienne « dans une zone où nos intérêts sont mis en cause », une opération « d’assistance humanitaire » ainsi qu’une "dizaine de missions civiles (de type police/justice)... Tout cela dénote une vision de l’Europe qui est aux antipodes de celle qui animait la marée humaine qui s’était mobilisée contre la menace de guerre en Irak, un certain 15 février 2003, dans toutes les capitales d’Europe, comme du reste du monde...

 EUROPE LIBERALE OU SOCIALE ?

L’autre grande attente de millions d’Européens vis à vis de l’Union était de voir conforté un « modèle social » longtemps perçu comme une marque de fabrique de l’Europe par rapport au reste du monde. Or, ce modèle - là où il a existé - a été pulvérisé. L’illustration la plus spectaculaire de cette rupture libérale fut l’« Agenda 2010 » du Chancelier Schroeder, mais la même logique traverse la « stratégie de Lisbonne » dont s’est dotée l’Union européenne tout entière. Celle-ci était censée permettre de construire à l’horizon 2010 « l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde ». À deux ans de l’échéance, la Commission européenne vient de reconnaitre que près d’un quart des Européens de 15 ans a une maitrise de la lecture faible et qui empire ! L’autre pari de la stratégie de Lisbonne était « d’adapter » l’Europe à la mondialisation.

Chacun se souvient, à ce propos, de l’affaire de la « Directive Bolkestein », adoptée en 2004 par la Commission européenne unanime, et de son fameux « principe du pays d’origine ». La mobilisation exceptionnelle que ce texte, très emblématique des options libérales, a suscitée en Europe donne une idée du phénomène de rejet que suscite ce modèle. Il a pourtant été conservé dans toute sa substance, comme en témoigne la récente série d’arrêts de la Cour de Justice européenne qui légitime le « dumping social » au nom du droit européen fondé sur les traités. Là encore, l’élargissement n’est pas mis à profit pour rapprocher les peuples, mais pour les mettre en concurrence.

Sur le plan social, au mot « Europe » sont aujourd’hui accolés dans l’esprit des salariés européens, les termes de précarisation, libéralisation, déréglementation, flexicurité, « modération salariale », réduction des dépenses publiques, concurrence, ... Et pour cause ! Un survol rapide des « lignes directrices » préparées par la Commission européenne et adoptées par le Conseil - c’est à dire l’ensemble des gouvernements - et qui constitue ensuite leur « feuille de route », se passe de commentaire. Ligne directrice n°2 : « réforme des régimes de retraite, de sécurité sociale, et de soins de santé ». Ligne directrice numéro 5 : « flexibilité des marchés du travail ». Ligne directrice numéro 13 : « suppression des obstacles réglementaires, commerciaux...et »autres« , qui entravent la concurrence »...

Autre symbole : après six ans de blocage au Conseil, le revirement français et italien vient de permettre l’adoption du projet de directive confirmant la durée maximale hebdomadaire du travail de 48 heures et les possibilités de dérogations pouvant aller jusqu’à 65 heures voire au-delà ! Ce texte fait partie de ce que la Commission européenne vient de présenter fièrement comme son « paquet social ». J’y reviendrai dans un instant.

Face aux effets dévastateurs de cette politique dans l’opinion publique, la Commission a trouvé une parade à la mesure de l’idée qu’elle se fait des citoyens : elle a entrepris un vaste effort de... communication. Mais, manifestement, elle a du mal.

 SOLIDARITE

Parmi les autres idées généreuses qui ont longtemps attisé l’intérêt, en particulier de nombreux jeunes, pour l’idéal européen, il y a la solidarité. Elle aussi est aujourd’hui gravement malmenée. Par exemple, comment ne réagiraient-ils pas durement au sort inhumain et scandaleux réservé de nos jours aux roms, ces millions d’Européens abandonnés à l’extrême pauvreté, ballotés d’un pays à l’autre, voués aux discriminations, aux stigmatisations et au racisme - et maintenant, en Italie, aux violences physiques et au fichage ethnique !

La même remarque vaut pour le traitement des migrants : jamais l’expression d’« Europe-forteresse » n’a autant « collé » à la réalité. Et rarement législation n’aura suscité une condamnation aussi large que la « directive de la honte » autorisant notamment l’enfermement des migrants en situation irrégulière pendant une durée pouvant aller jusqu’à 18 mois : le Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, tout le monde associatif, la Fédération internationale des droits de l’homme, les Eglises ainsi qu’une pléiade de personnalités de tous les horizons ont fustigé cette dérive liberticide - dont la banalisation constituerait une menace pour toute la société. Je rappelle que le « pacte européen de l’immigration » est, comme la défense européenne, l’une des quatre priorités de la présidence française.

L’idée de solidarité vient également d’être une fois encore mise à rude épreuve dans le cadre des négociations à l’OMC - cette fois dans les rapports Europe-Sud. Comme l’a rappelé le Président bolivien, Evo Morales : « les négociations de l’OMC se sont converties en une lutte des pays développés pour ouvrir les marchés des pays en développement en faveur de leurs grandes entreprises (...) Les pays les plus pauvres seront les principaux perdants ». Puis, évoquant la scandaleuse tragédie de la crise alimentaire, il fustigea un système qui « ne produit pas en vue du bien-être de l’humanité mais en fonction du marché, de la spéculation et de la rentabilité des grands producteurs et distributeurs d’aliments ». Des mots simples et forts que les représentants européens n’ont pas voulu entendre.

 DEMOCRATIE LIMITEE

« Last but not least »2, il est une dernière pierre d’achoppement entre l’actuelle construction européenne et une part croissante des citoyens, qui ne fait que s’exacerber au fil du temps : c’est ce que j’appellerai le règne de la « démocratie limitée ». Lorsque la Communauté européenne fût conçue, il était communément admis que les problèmes de ce type relevaient des « grands ». Cette époque est totalement et définitivement révolue, mais les responsables européens actuels ont beaucoup de peine à l’admettre et encore plus à en tirer les leçons. Dans leur culture, un monstre bureaucratique pourrait structurer la vie de 27 sociétés sous la houlette d’un quarteron de dirigeants politiques, la communication se chargeant de mettre de l’huile dans les rouages. Cela ne passe plus.

Certes le Parlement européen existe, et, contrairement a une idée reçue très pernicieuse, il est aujourd’hui loin d’être dépourvu de pouvoirs. Chacun ferait bien d’y penser avant de choisir son futur bulletin de vote. Dans bien des domaines, le Parlement européen est devenu co-législateur à part entière, au même titre que le Conseil, c’est à dire les gouvernements. Mais, comme tout parlement, il est censé se soumettre à la loi fondamentale - en l’occurrence les traités. Dès lors, tant qu’une large majorité de parlementaires se cantonne au cadre strict des institutions existantes - sans favoriser l’irruption des citoyens et des mouvements sociaux dans les affaires européennes et donc sans mettre le doigt sur les contradictions entre les exigences populaires et les politiques à l’œuvre - on a affaire à une démocratie tronquée, limitée, dont on constate les effets pervers.

L’illustration aveuglante de ce déni de souveraineté populaire sur les choix fondamentaux européens est naturellement le pitoyable imbroglio mis en scène par des Chefs d’Etat en personnes - à commencer par le nôtre - pour tenter de contourner les NON à répétition des rares peuples consultés : de l’imposture du « traité simplifié » à l’instrumentalisation des parlements nationaux contre l’expression du suffrage universel, jusqu’à l’affront que représente pour les Irlandais le projet de les faire revoter ! Voilà pourquoi c’est une exigence démocratique essentielle, - qui concerne tous les Européens - de faire respecter le vote intervenu, dont la conséquence indiscutable est que l’ex-projet de Lisbonne est caduc. Il est heureux de constater les limites des contorsions des tricheurs : aux dernières nouvelles, plus de 70% des citoyens concernés s’opposent à voir remis en cause le résultat de leur référendum...

On le voit : il n’est pas exagéré de parler désormais - comme commencent à le faire, hors micro, des dirigeants européens eux-mêmes - de « crise de légitimité » de l’actuel modèle d’Union européenne auprès des citoyens. C’est une « première » : le contexte des élections de 2009 sera bien, à cet égard, sans précédent.


 LES ENJEUX DU SCRUTIN

Quels sont, à nos yeux, les enjeux stratégiques qui en découlent ? Ils se résument à une question : une part significative de cette vague de contestation s’exprimera-t-elle par un vote porteur d’un projet de transformations profondes, de refondation, de la construction européenne, ou se perdra-t-elle dans l’un des multiples exutoires qui lui seront vraisemblablement proposés ?

 DES IDEES COMPREHENSIBLES MAIS FAUSSES

Pour mettre le maximum de chances du côté de la première option, un certain nombre d’idées compréhensibles mais, à mes yeux, fausses, doivent être combattues, avec respect mais fermeté. L’une de ces idées, nourrie par une légitime exaspération face à l’autisme des dirigeants européens, consiste à dire, comme je l’ai lu : « la France n’a qu’à se retirer de l’Union européenne et à construire un nouvel ordre international et européen ».

Mais n’oublions pas que « la France », par l’intermédiaire de ses dirigeants élus successifs, a été et demeure l’un des principaux architectes et gérants de cette Union là ! Robert Schuman, « père de l’Europe », fut ministre français ; Jacques Delors fut nommé Président de la Commission sur intervention expresse de François Mitterrand, tout comme Jean-Claude Trichet prit les rênes de la Banque centrale européenne grâce au soutien appuyé de Jacques Chirac ! Quant à Nicolas Sarkozy, il revendique lui-même la paternité du « traité simplifié » tout comme Valéry Giscard d’Estaing, celle de l’ex-projet de traité constitutionnel. Si donc nous nous sentons aujourd’hui assez forts pour bousculer ce rapport des forces au point que cette France serait prête à construire un nouvel ordre, que n’usons-nous pas de cette force pour promouvoir, au sein de cette Europe en crise profonde, des ruptures salutaires que tant d’Européens appellent de leurs vœux sans voir pour le moment comment les engager ? Contribuer à ouvrir un tel processus de luttes, à partir du réel, voilà, à nos yeux, l’objectif à nous assigner. Il n’y a pas de raccourci possible.

Une autre idée, apparemment séduisante et progressiste, me parait, elle aussi, inopérante et dangereuse, en tout cas dans le contexte politique européen actuel : c’est celle d’une « assemblée constituante » dont les délégués, représentatifs de tous les peuples de l’Union européenne, auraient pour mandat de rédiger une véritable « Constitution européenne ». Certains précisent même que c’est au Parlement européen issu des prochaines élections qu’il reviendrait de jouer ce rôle ! C’est là, malheureusement, me semble-t-il, faire totalement abstraction des réalités politiques actuelles dans les pays européens.

La faiblesse du débat politique dans nombre de pays, à ce stade, offre encore aux forces libérales ou populistes bien des armes. La preuve : l’élection de Berlusconi en Italie... et celle de Sarkozy dans le pays du NON ! En vérité, une telle option nous conduirait aujourd’hui dans une dramatique impasse ! Je doute fort que la loi fondamentale qui en résulterait soit un point d’appui pour le changement ! Et en prime, l’onction du suffrage universel redonnerait à cette « Constitution » la légitimité démocratique qui commence à manquer si cruellement aux dirigeants de « l’Europe libérale ». Sans même parler du rejet absolu d’une telle perspective fédéraliste de la part de millions et de millions d’Européens. On ne refondera pas l’Union européenne en violant la culture et l’histoire d’une partie des peuples qui la composent. Pour ma part, je ne rejette nullement par principe une utopie créatrice, à condition qu’elle éclaire le chemin de l’avenir sans laisser, en attendant, le terrain du réel aux forces dominantes.

Le succès du NON le 29 mai 2005, a, paradoxalement suscité une autre idée, là encore compréhensible mais redoutable : la conviction que toute cette mobilisation n’aurait finalement servi à rien. Certains peuvent en déduire qu’il vaut mieux tenter d’aménager à la marge ce qui peut l’être, en attendant des jours meilleurs. D’autres peuvent être tentés par un cri de révolte - au demeurant tout à fait légitime - mais qui ne débouche plus sur la nécessaire construction du rassemblement le plus large possible, à l’échelle du pays comme de l’Union européenne elle-même, seul susceptible de faire bouger la donne.

 MESURER L’AMPLEUR DES BRECHES OUVERTES

Or, l’idée que la bataille victorieuse contre le projet constitutionnel s’avèrerait avoir été un coup d’épée dans l’eau me parait complètement erronée. Elle a, en réalité, ébranlé politiquement toute la structure de l’ « Europe libérale ». Moins du fait d’une majorité arithmétique acquise le jour du vote qu’à cause du débat citoyen de haut niveau et de grande ampleur qui a porté le fer dans la plaie jusqu’au cœur du système, mobilisé toute la société d’un grand pays fondateur et éveillé un vif intérêt dans toute l’Union, en apportant la preuve qu’il est possible de se saisir des enjeux européens et de récuser des dogmes jusqu’alors réputés intouchables. C’est énorme ! C’est un acte fondateur d’une nouvelle façon de faire de la politique européenne.

Que les dirigeants en place n’aient pas capitulé devant ce vote quasi-subversif nous rappelle simplement ce dont nous ne doutions pas : il faut plus d’un coup de boutoir, même exceptionnellement percutant, pour prendre la « Bastille » européenne ! Inversement, le fait que, durant ces trois dernières années, de nouvelles brèches n’ont cessé de lézarder la légitimité du modèle actuel auprès des Européens est la confirmation de la portée historique du 29 mai 2005.

Quelques rappels pour mémoire, en plus des votes néerlandais puis irlandais déjà évoqués. Ainsi, le développement de luttes puissantes mettant en lumière la dimension politique et européenne de la question des bas salaires, dans les anciens comme dans les nouveaux pays membres. On se souvient de la magnifique grève des 10 000 salariés de Renault-Dacia en Roumanie contre l’Europe - « low cost » dont ils refusaient de faire les frais. Le 3 avril dernier, c’est à Ljubljana, capitale de la Slovénie - qui présidait le Conseil européen à ce moment - que des délégations syndicales de toute l’Union ont convergé pour y organiser la première « euromanifestation » pour les salaires. Un an plus tôt, Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, avait déjà fait l’unanimité contre lui quand il entonna devant le Congrès de la Confédération européenne des syndicats son refrain sur la nécessité de peser sur les « coûts du travail » pour préserver la « compétitivité » et éviter les « pressions inflationnistes ».

Les salaires ne constituent naturellement pas le seul objet des mobilisations sociales : le 7 octobre prochain, de fortes manifestations sont ainsi prévues en Europe pour exiger un « travail décent ». Quant à la défense des services publics, il suffit de voir la vive émotion que suscite dans notre pays la privatisation de la Poste pour avoir la confirmation que le sujet est massivement ressenti comme un enjeu de société de premier plan.

Autre signe encourageant : la levée de boucliers provoquée à la CES par les arrêts de la Cour européenne de Justice justifiant - sur la base d’articles précis des traités - la violation de conventions collectives ou celle d’une législation régionale sur le salaire minimum et condamnant les actions syndicales qui s’y étaient opposées. John Monks, le Secrétaire général de la CES s’était aussitôt dressé contre ces décisions « qui élèvent le marché unique au-dessus des droits fondamentaux ». C’est à ma connaissance, la première fois que la Confédération européenne des syndicats, jusqu’au plus haut niveau, ou de grandes centrales nationales comme le DGB allemand, montent autant « au créneau » sur un sujet qui met directement en cause l’actuel modèle européen et même les traités en vigueur. Que les solutions qu’ils préconisent ne recoupent pas entièrement les nôtres ne retire rien aux chances d’élargissement du débat et des actions pour des changements en Europe qu’apporte leur engagement.

Dans un tel contexte, l’expérience de la crise financière partie des Etats-Unis, pour, ensuite, frapper durement les pays européens dont les dirigeants arboraient jusqu’ici fièrement leur choix libéral - la Grande Bretagne, l’Irlande, l’Espagne... -, et finalement se muer sous nos yeux en crise économique globale, y compris dans la première économie européenne, doit être l’occasion de débats approfondis sur les racines du mal et le niveau des solutions à y apporter. Des propositions qui nous sont chères, mais qui pouvaient paraître jusqu’ici trop ambitieuses ou trop lointaines, peuvent acquérir auprès de nombreux interlocuteurs, notamment dans le mouvement syndical, une nouvelle crédibilité. Je pense en particulier à tout ce qui concerne l’Euro et la politique monétaire de la BCE. Même certaines mesures décidées par les Etats, recourant, le dos au mur, à l’intervention publique pour éteindre l’incendie et sauver les meubles peuvent nous aider à placer les thuriféraires du capitalisme moderne sur la défensive et améliorer l’écoute de nos propres propositions.

Par exemple, aujourd’hui même, on apprend que pour éponger ses lourdes pertes liées aux subprimes, la banque Natixis, filiale des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires, demande le soutien de la Caisse des Dépôts après avoir obtenu en 2006 son éviction car une banque d’investissement publique était considérée comme un handicap pour le développement d’un « champion bancaire » ! Quelle leçon !

Ainsi, on n’a jamais autant parlé en Europe des effets déstabilisateurs des mouvements de capitaux, de l’irresponsabilité des banques, des enjeux décisifs liés au crédit, de l’ampleur de la spéculation, de l’antagonisme qui oppose les appétits de profits des fonds d’investissement au développement économique et social, de l’urgence d’un renforcement de la régulation... Critiquer la Banque centrale européenne était longtemps, aux yeux de l’essentiel de la classe dirigeante européenne, une obscénité. Désormais, tout le monde ou presque s’y met. Même en Allemagne. Certes, pas sur nos bases et sans remettre encore en cause sa sacro-sainte « indépendance ». Mais ce sont là autant de brèches ouvertes qui peuvent et doivent nous aider à libérer le débat sur les options de fond. En France et en Europe.

Ce n’est pas seulement possible. C’est une absolue nécessité pour permettre à nos concitoyens de dissiper la confusion que ne vont pas manquer de semer tous ceux qui commencent à mesurer avec angoisse la colère des peuples européens. Il fallait entendre, mardi dernier, au Parlement européen, Xavier Bertrand proclamer que « 2008 devait être l’année de la relance de l’Europe sociale » ( !) ; la Commission européenne se féliciter de présenter « le »paquet social« le plus ambitieux jamais réalisé » ; enfin le Président du groupe socialiste fustiger pêle-mêle les « marchés financiers sans contrôle », l’offensive de Jean-Claude Trichet contre les augmentations de salaires, le « courant libéral dominant » des 15 dernières années, et en appeler à un « changement de cap radical » !

Je me suis délibérément appesanti dans cette partie sur la dimension économique et sociale - qui est évidemment essentielle. Mais j’avais précédemment indiqué l’importance des interpellations en cours dans d’autres domaines : l’immigration et le droit d’asile, les libertés publiques et les droits humains, les rapports Europe-Sud, la paix et la sécurité ; la démocratie et les institutions... D’autres sujets d’importance donnent lieu à de vifs débats à propos des politiques européennes, comme l’égalité des genres, la culture et bien sûr la politique extérieure - en particulier l’inertie politique de l’Union au Proche Orient. Un sujet mérite peut être une mention spéciale : l’environnement, et notamment la lutte contre le changement climatique - pour laquelle « l’Europe » semble bénéficier pour l’heure d’un préjugé favorable. Il est vrai qu’elle s’est donné des objectifs qui vont dans le bon sens. Reste à s’assurer de l’essentiel : leur mise en œuvre effective. Affaire à suivre.

La conclusion qui s’impose à nos yeux, c’est qu’on ne peut sérieusement se fixer l’ambition de contribuer à transformer la construction européenne qu’à condition d’inscrire son action dans un combat politique de haut niveau à même de gagner progressivement la bataille des idées ; un combat organisé , nécessairement très large, très ouvert, et inscrit dans la durée ; un combat conçu de manière à faire converger des hommes et des femmes d’une très grande diversité de sensibilité et de culture à l’échelle de l’Union européenne dans son ensemble.


Ce combat ne commence pas avec la campagne électorale ni ne se conclura le jour du scrutin. C’est en permanence qu’il appelle des initiatives permettant au plus grand nombre des citoyennes et citoyens de s’emparer des enjeux européens.

De nos jours, on vient de la rappeler, le mécontentement est général en Europe face aux politiques mises en œuvre. En même temps, que d’aspirations positives refoulées parmi les Européens ! Aspirations à passer de l’ère de la mise en concurrence impitoyable des peuples à celle du vivre ensemble et de la coopération. Aspirations aussi à mettre l’Europe au service des autres nations qui étouffent sous les dominations et à travailler de concert à un monde de paix.

C’est ce qui a récemment conduit le PCF à faire une proposition d’action de longue durée au PGE sur laquelle je veux m’arrêter un instant.

Notre idée est d’engager un dialogue direct avec une multitude de citoyennes et de citoyens d’Europe, à contribuer à libérer leur parole, leur créativité, et, par là même, la force collective qu’ils représentent en faveur des changements nécessaires. Dans ce but, nous avons suggéré l’édition de « Cahiers de la Vérité et de l’Espoir » - la vérité sur les réalités vécues aujourd’hui, et qui ne peuvent plus durer ; et l’espoir des changements à construire ensemble. Nous y soumettrions, d’un côté, quelques idées-force aux femmes et aux hommes que nous contacterions. Nous les inviterions, de l’autre, à y exprimer ce qu’ils vivent, attendent et proposent. Il s’agirait, je le répète, d’une initiative de longue durée, mais, à intervalle régulier, un point public sur ces contributions pourrait être fait à l’occasion d’une remise symbolique de ces « Cahiers » aux autorités nationales et européennes. L’idée serait de faire, en quelque sorte, revivre, dans les conditions d’aujourd’hui et sur le plan européen, l’esprit des « Cahiers de doléances » qui ont contribué à la gestation de la Révolution de 1789.

Naturellement, chaque parti qui s’associerait à cette démarche adapterait celle-ci à sa situation propre, mais en étroite coopération avec ses partenaires. Cette idée fait à présent son chemin. Mais, sans attendre, la délégation française de notre groupe au Parlement européen a décidé de lancer dès cet automne une pré-initiative en ce sens, à partir de son expérience sur le terrain comme dans les institutions. Elle s’adressera largement à ses nombreux interlocuteurs et elle souhaite, naturellement, que le plus grand nombre de communistes contribuent à cette dynamique.


Mais si le combat pour changer l’Europe doit s’inscrire dans la durée, il connaît naturellement des périodes particulièrement structurantes : à l’évidence, la campagne pour les élections européennes de 2009 doit être l’un de ces moments, où des seuils qualitatifs peuvent être franchis et de nouveaux rapports des forces peuvent se cristalliser

 LES IMPLICATIONS POUR NOTRE CAMPAGNE

Elles coulent quasiment de source dès lors qu’on partage l’ambition rappelée à l’instant.

 GAGNER LA BATAILLE DES IDEES

Cette bataille n’a, évidemment, de chance de progresser que si elle est ancrée dans le vécu quotidien de nos concitoyens ; si nous sommes au diapason du « trop plein » d’Europe libérale vivement ressenti par nombre d’entre eux ; et si nous agissons concrètement avec eux pour les aider à se défendre contre les coups qui pleuvent, apparemment « de Bruxelles ». Nous savons tous que cette proximité et cette disponibilité, c’est la base de tout.

Mais si cette démarche est nécessaire, elle est aujourd’hui totalement insuffisante. Désormais, il faut âprement disputer à nos adversaires le terrain des idées. Souvenons-nous de l’habilité cynique mais efficace du candidat Sarkozy travesti en résistant à l’establishment bruxellois ! La réponse ne peut être que la politisation des citoyens sur les enjeux européens. L’expérience extraordinaire de la campagne référendaire de 2005 a permis de mesurer l’appétence des Françaises et des Français pour des débats de fond sur l’Europe, dès lors que ceux-ci éclairent les questions qu’ils se posent, leur permettent d’avoir prise sur des enjeux qui leur échappaient jusqu’alors et leur laissent espérer des résultats positifs. Nous avons besoin de tirer le meilleur de cette expérience, tout en tenant compte des différences entre les deux types de scrutin.

Ainsi, nous avions réussi à populariser des références-clé au sujet de la structure de « l’Europe libérale » - tous ces verrous institutionnels destinés à garantir le respect du principe de « l’économie marché ouverte où la concurrence est libre » : la libre circulation des capitaux ; le libre échange généralisé ; l’obligation d’ouvrir les entreprises publiques de service public à la concurrence ; les missions et les pouvoirs de la BCE ; le Pacte de stabilité etc. Tous ces acquis restent très précieux pour la compréhension du type de ruptures à arracher pour une « refondation » aboutie de la construction européenne.

Mais il ne s’agit pas, cette fois, d’un vote pour ou contre un traité ! Certes, il faudra arriver à un nouveau traité pour codifier les nouvelles finalités, les nouvelles règles, les nouvelles institutions d’une Europe refondée. Mais, gare à une présentation des choses qui enfermerait aujourd’hui les gens dans un paralysant tout - ou- rien : ou on obtient la refonte préalable des institutions libérales ou on ne peut rien changer ! Aujourd’hui, nous devons aider à l’expression d’exigences de changements de fond sans nous soucier de la non-compatibilité de ces demandes avec les traités en vigueur. Si de telles demandes deviennent des exigences de masse, alors le rapport des forces sera bien meilleur qu’aujourd’hui pour arracher les changements institutionnels qu’appellent des exigences de cette nature.

Il ne s’agit pas d’une vue de l’esprit. Les dirigeants européens sont d’ores et déjà confrontés à un premier problème de ce type. C’est une situation totalement inédite. Cela concerne l’affaire - que nous avons été les premiers et longtemps les seuls à prendre à bras-le-corps, notamment au Parlement européen - des arrêts successifs de la Cour européenne de Justice, déjà évoqués. La multiplication de ces arrêts, l’émotion qu’ils ont suscitée, d’abord dans les pays directement concernés, puis, de proche en proche, dans le mouvement syndical européen tout entier, font que la question est en passe de devenir incontournable. Or, je l’ai dit : elle renvoie à des articles précis des traités - ce dont ne se soucient pas les gens qui s’insurgent contre ces décisions.

La Commission, le Conseil, la majorité du Parlement se livrent, quant à eux, sous nos yeux, à de laborieuses contorsions pour tenter de montrer qu’ils sont sensibles aux préoccupations syndicales tout en évitant de toucher aux textes sacrés. Combien de temps leurs numéros d’équilibrisme tiendront-ils ? Cela dépend en partie des batailles d’idées que nous saurons mener. Nous devons les acculer à apporter des réponses concrètes à tout ceux qui exigent des garanties contre la casse du droit du travail, la mise en concurrence des acquis sociaux et le « dumping social ».

Déjà, les contradictions s’exacerbent. Mardi dernier, le Commissaire - socialiste - aux affaires sociales s’est enfin senti obligé d’évoquer l’affaire pour ne plus être accusé de l’escamoter. Une conférence réunissant des experts économiques et juridiques, ainsi que des représentants des « partenaires sociaux » a même été annoncée pour le 9 octobre prochain. On y expliquera sans doute qu’on peut trouver des arrangements sans rien changer aux règles en vigueur. Certains se satisferont de ces échappatoires. Bien d’autres non. Le bras de fer se poursuivra et peut être entrera même dans une phase plus aiguë. En tout cas, nous ne les lâcherons plus.

Voilà un bel exemple de bataille d’idées : éclairant l’origine d’un problème, déjouant les manœuvres en recul des autorités et ouvrant la voie à une action de masse autour d’une exigence simple mais de très haut niveau puisque, de fait, elle met en cause tout la logique du système en place ! Mais nous devons pouvoir creuser ce genre de sillon en public et en grand, avec les premiers intéressés : les salariés, les citoyens, les électeurs. La campagne doit nous nous en fournir l’occasion.

Un mot sur nos propositions. Nous en avons beaucoup à mettre en débat : celles qui émanent de notre parti ; celles de la plate-forme du Parti de la Gauche européenne qui sera soumise aux adhérents courant novembre prochain ; d’autres encore qui ont émergé des différents mouvements pluralistes auxquels nous avons participé- la campagne de 2005 en France, les forums sociaux européens, etc. Mais le but n’est pas, je pense, dans le cadre de la campagne, de proposer une sorte de programme alternatif ficelé. Il est de donner la parole au plus grand nombre de gens pour qu’ils expriment ce qui, à leurs yeux, ne peut plus durer et pour qu’ils évoquent leurs attentes, leurs aspirations, leurs désirs, concernant l’Europe.

C’est à partir de là que peut s’engager un échange utile sur quelques propositions - clés susceptibles de rassembler largement et de faire bouger les idées. En particulier une idée : obtenir des changements dans la politique européenne, ce n’est pas un vœu pieux, c’est possible !

 UNE DEMARCHE NECESSAIREMENT TRES OUVERTE

Nous ne pouvons, à mon avis, ambitionner de façon crédible de « gagner la bataille des idées » contre des adversaires aussi puissants en nous limitant à nos propres forces. C’est d’un nouvel élan démocratique que nous avons besoin. Notre mérite doit être d’en prendre l’initiative, non d’en revendiquer le monopole.

Je pense qu’il faut, en l’occurrence, viser très au-delà des limites habituelles des rassemblements qui nous sont familiers. Et le faire voir à l’occasion de tous les actes significatifs de notre campagne en bannissant radicalement toute étroitesse. Notamment en travaillant publiquement, avec tous ceux et celles qui approuvent notre démarche, à quelques objectifs d’actions communs - compatibles avec nos orientations sans nécessairement s’identifier à elles -, et en constituant réellement ensemble nos listes avec des hommes et des femmes de toutes les sensibilités qui se retrouvent dans ces objectifs et dans cette démarche : qu’il s’agisse de militants progressistes, d’acteurs du mouvement social, de militants des grandes ONG ou d’intellectuels marquants.

Afin de donner à cette campagne politique toute la profondeur et toute la lisibilité requises, il semble avisé de la « dé-circonscriptionner ». Concrètement, cela veut dire que les 72 candidates et candidats - notamment les plus en vue d’entre eux - produiraient ensemble des actes publics marquants et donneraient collectivement le ton de la campagne à l’échelle du pays tout entier.

Par notre ambition constructive et crédible car ancrée dans le réel ; par le sérieux de nos apports à l’information et à la réflexion de nos concitoyens ; par l’authenticité de notre démarche - résolument désintéressée, non politicienne, utile à notre peuple : nous pouvons trancher dans le paysage politique, nous pouvons surprendre, nous pouvons motiver et faire renaître l’espoir. Ce n’est pas souhaitable, c’est vital.

 UNE REELLE DIMENSION EUROPEENNE

Mais pour cela, une autre innovation majeure s’impose : donner à notre campagne et à nos listes une réelle dimension européenne, car nous ne changerons pas l’Europe entre Français. Nous entretenons d’excellents rapports de coopération avec nombre de formations politiques de gauche, notamment au sein du PGE et du groupe de la « Gauche unitaire européenne - gauche verte nordique » au Parlement européen. Nous travaillons également, en permanence, avec des militants du mouvement syndical ou associatif, avec des élus, des intellectuels, des personnalités progressistes de toute l’Europe. Au fil des luttes communes, de grands rendez-vous européens ou de nos propres initiatives, des liens de confiance ont été tissés.

Nous devrions, sans retard, explorer, tant avec les formations partenaires - je sais qu’au PGE, cette réflexion est en cours -qu’avec nombre de ces interlocuteurs individuels, les formes que pourrait prendre, dans le respect de la situation spécifique de chacun, notre engagement mutuel en faveur d’une Europe sociale, écologique, solidaire, démocratique, pacifique - jusques et y compris pour la constitution de nos listes. Cette ouverture hardie vers la gauche européenne finira de donner à notre campagne le souffle et la crédibilité dont elle a besoin pour être à la hauteur de la perspective à laquelle nous décidons de travailler.

J’ajoute : qui dit gauche européenne dit ouverture au monde. Nous avons des amis sur tous les continents. Nous avons tous nos différences, mais nous sommes associés dans tant de luttes pour améliorer le destin commun de nos peuples, faire reculer la guerre, la faim, l’oppression, l’ignorance, la maladie et les menaces sur la planète ! Je suis convaincu que nombre de ces amis souhaiteront, eux aussi, faire entendre leur voix, dans le cadre d’une telle campagne à laquelle ils seront nullement indifférents.


Chers camarades,

Jusqu’ici, les campagnes pour les élections européennes peinaient à mobiliser nombre de celles et de ceux qui auraient le plus à gagner aux transformations de cette construction qui leur échappe et les déçoit tant. Le même phénomène se vérifie dans les autres pays concernés. Les gens voudraient y croire, mais n’y croient pas.

L’une des raisons de ce malaise est, j’en suis convaincu, leur perception - juste- d’un hiatus : on mène campagne entre nous, dans le cadre national, mais les pouvoirs à ébranler sont dans toute l’Europe. Face à des contradicteurs atomisés, les puissants sont tranquilles : « Les chiens aboient, la caravane passe ».

Il est significatif que la mobilisation contre la directive Bolkestein a spectaculairement enflé à partir du moment où chacun a senti qu’elle était devenue une affaire européenne. Et si, après la victoire du NON en France, puis aux Pays-Bas, les ratifications ont été suspendues un peu partout, c’est parce que la coalition des dirigeants actuels de l’UE avait constaté que notre expérience avait pris une dimension européenne. Pour la première fois, des millions d’Européens, par la sympathie qu’ils ont manifestée aux Français, votaient, d’une certaine manière, par procuration pour une autre Europe. Ce fut un tournant.

Tirons, tirons vraiment, les enseignements de cet acquis ! Faisons le choix, et donnons-nous les moyens, de montrer que nous participons à la constitution d’un front progressiste européen large et ouvert, qui partage les grandes lignes d’un projet transformateur dans lequel d’innombrables Européens peuvent se reconnaître. Si nous y arrivons, tout le climat de la campagne en sera changé. Nous répondrons à une attente rentrée qui ne demande qu’à pouvoir s’exprimer avec force. Les conditions existent pour amorcer une telle dynamique. Nous avons neuf mois pour relever le défi. Chacun pourra le vérifier par lui-même : le combat pour changer l’Europe peut offrir de belles opportunités de donner des couleurs à l’engagement politique. Sachons les saisir à pleines mains.

Je vous remercie.