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Beaucoup de combats, de défis nous attendent dès les prochains jours. La volonté de la droite et du patronat de poursuivre, malgré des résultats qui les sanctionnent, la même politique, les développements de la crise financière internationale, les mobilisations et les ripostes nécessaires, les exigences qui s’imposent dans ces conditions aux forces de gauche, à nous-mêmes, à la préparation de notre congrès … nous devons tout examiner avec l’objectif de tracer une feuille de route claire, opérationnelle qui conjugue indissociablement la réflexion et l’action.
Mes premiers mots sont donc pour souligner combien les communistes, dans cette situation, ont toutes les raisons d’adopter une posture offensive. Je crois que les résultats des élections nous y encouragent. C’est par-là que je veux commencer.
Avec les élections municipales et cantonales, se clôt une première séquence du quinquennat de Nicolas Sarkozy. La situation n’est plus la même. Nous ne sommes évidemment pas sortis de la période politique ouverte par l’élection présidentielle, mais nous ne sommes pas non plus uniquement dans son prolongement. Les 9 et 16 mars, il s’est passé quelque chose qui change la donne. Nous avions déjà noté lors de notre précédent conseil national les évolutions de l’opinion à l’égard du pouvoir sarkozyste. Les élections municipales et cantonales, en cristallisant dans les urnes le désaveu populaire que nous sentions grandir, marquent une étape et nous font entrer dans une nouvelle séquence du quinquennat.
Ce n’est pas le scénario qu’avait imaginé la droite après l’élection de Nicolas Sarkozy. Fort des conditions politiques de sa victoire, des points qu’il avait alors marqués sur le fond, le chef de l’Etat a cru pouvoir partir à l’abordage de la société française et lui imposer au pas de charge l’ensemble de son programme de remodelage libéral. Il n’a d’ailleurs pas abandonné cet objectif, J’y reviendrai. Mais, après les premières mobilisations sociales, notamment chez les cheminots, à EDF-GDF, à la RATP, dans la justice… , la remontée spectaculaire de la colère sur le pouvoir d’achat, l’entrée en lutte inédite des caissières de la grande distribution, l’inquiétude créée dans le pays par la manière monarchique de gouverner, les élections municipales et cantonales témoignent, cette fois à l’échelle de tout le pays, d’une résistance affirmée des électeurs aux prétentions présidentielles.
Un net désaveu pour la droite
C’est évidemment la première marque des scrutins qui viennent de se dérouler : le désaveu est net et sans bavure pour la droite au pouvoir. Elle perd 57 villes de plus de 20.000 habitants, et si elle en conquiert 11, le déficit global est tout de même de 46. Nous sommes dans la fourchette haute de ce qu’elle pouvait craindre. La gauche dirige désormais 235 villes de plus de 20.000 habitants sur 432, la droite 188 et le Modem 9. 29 villes de plus de 100.000 sur 41 vont à la gauche, la droite n’en gardant que 12. A cela, il convient d’ajouter le résultat des élections cantonales au terme desquelles la droite perd huit départements.
Après cette séquence électorale, la gauche détient la majorité de toutes les institutions locales, régions, départements, villes. C’est une situation totalement inédite. La droite présidentielle espérait amplifier sa victoire de 2007 et se donner des moyens écrasants d’appliquer sa politique. Elle a échoué. C’est l’inverse qui s’est produit. C’est évidemment très important pour la suite.
Il convient d’affiner cette analyse. La tendance au recul de la droite comporte des inégalités, ancrées dans des réalités locales qui comptent beaucoup, on le sait, dans ces élections. Les configurations dans lesquelles ont été obtenues les victoires face à la droite ne sont pas toutes identiques. Il faut partout décortiquer les résultats.
J’ajoute une autre remarque. Il convient sûrement d’apprécier plus finement la portée exacte du désaveu de la droite. Non pour le nuancer, je crois qu’il est net comme je l’ai dit précédemment, mais il ne faut pas non plus lui faire dire plus qu’il ne dit. Les électeurs ne veulent pas que le quinquennat continue comme il a commencé, c’est clair, mais ils ne viennent pas d’adhérer à un projet alternatif à cette politique. Les projets locaux ont beaucoup compté dans leurs choix, ce qui n’est pas sans signification politique. Quant au regard national que cela forge ou non chez les électeurs, les choses restent plus compliquées. La cote de Sarkozy a plongé, pas celle de François Fillon, ce qui exprime à n’en pas douter la persistance d’illusions sur ce qu’il convient d’attendre du pouvoir actuel si par exemple il s’y prenait autrement. Les brouillages politiques, notamment droite-gauche, n’ont pas disparu. Il convient donc de regarder tout cela de près avec lucidité et sérieux.
Une abstention record
A ce propos, il nous faut évidemment étudier la signification des chiffres de l’abstention. 33,5 % d’abstentions au premier tour des élections municipales et 34,5% au second tour contre respectivement 29,9% et 30,8% en 2001, ce sont des chiffres inquiétants. Moins d’un an après une élection présidentielle, marquée à l’inverse par une participation très élevée, ce niveau record dans des élections , pourtant considérées comme très prisées des Français, a évidemment du sens. La droite a incontestablement pâti de cette abstention dans un électorat qui avait cru à ses promesses de renouveau. Mais elle n’est pas la seule. Il est frappant de noter que l’abstention est d’autant plus forte que la commune est plus peuplée et que les difficultés de vie y sont plus grandes, ce qui, dans des élections municipales où les enjeux de vie en commun dans les territoires sont premiers, n’est pas sans conséquences.
C’est vrai dans les zones urbaines denses, en région parisienne, dans nos villes, où l’abstention dans les quartiers populaires demeure une préoccupation récurrente, et nous coûte parfois la victoire. D’une manière générale, aussi diverses soient-elles, les raisons d’abstention semblent bel et bien nous ramener à l’insatisfaction persistante exprimée par les électeurs à l’égard d’une offre politique qui apparaît à leurs yeux d’autant plus en décalage avec leurs attentes que les urgences qui les tenaillent dans la vie quotidienne sont grandes.
L’analyse des résultats de la droite doit être complétée par une autre remarque : le Front national ne profite en rien de ce recul marqué des listes UMP. Il ne semble pas pour le moment en mesure de se relever de son échec présidentiel, et plus profondément de l’absorption de son électorat par Nicolas Sarkozy. Notons d’ailleurs que celui-ci veille à cultiver cet électorat. Ce n’est pas pour rien qu’entre les deux tours il est allé à Toulon prononcer un discours qui les ciblait directement.
Les résultats des autres forces politiques.
Le Parti socialiste enregistre de très bons résultats. C’est le grand bénéficiaire du reflux de la droite en nombre de villes, d’élus et de départements. Il profite pleinement d’élections municipales qui sont les plus favorables que la gauche ait connu depuis 1977. Aux cantonales, avec 26,7%, il gagne 4,3% sur 2001, 168 sièges, neuf départements dont la Seine-Saint-Denis à notre dépend. S’il importe de ne pas mésestimer la place ainsi acquise par le Parti socialiste, et les atouts qu’une telle domination à gauche peut constituer pour ses visées hégémoniques, il faut aussi considérer les conditions dans lesquelles ces gains ont été obtenus.
Dans l’écrasante majorité des endroits, les socialistes gagnent en conduisant des listes d’union à gauche, y compris dans des villes comme Pau où l’héritage de la gestion Labarrère et la présence de François Bayrou pouvaient brouiller le jeu. C’est incontestablement cette carte de l’union à gauche qui en apparaissant la plus efficace et la plus rassembleuse pour prendre des villes à la droite la droite a permis autant de victoires. Malgré de très fortes pressions et tentations à l’intérieur du PS, les alliances avec le Modem sont restées limitées. De surcroît, là où elles ont été tentées, leurs effets sont très inégaux. Par exemple, dans des villes comme Grenoble, Montpellier ou Roubaix, où le PS a joué l’alliance avec le Modem pour minorer des Verts jugés trop encombrants, allant jusqu’à refuser la fusion avec eux au second tour, ces derniers profitent au contraire du trouble ainsi créé en réalisant des scores supérieurs à 20%, à l’inverse de la tendance nationale de leurs résultats. Evidemment, le débat n’est pas clos au sein du PS sur la tentation centriste. N’oublions pas que Ségolène Royal, avant de modérer ses propos, avait appelé le PS au lendemain du premier tour, « à passer des accords avec le Modem partout ».
Ceci dit, les résultats du Modem dans ces élections handicapent sérieusement les tentations de recomposition. Le Modem rate son implantation municipale et cantonale. La défaite de François Bayrou à Pau est une défaite politique. Un sondage Opinionway publié hier par Le Figaro indique désormais que 65% des Français pensent que le PS à l’avenir doit privilégier une alliance avec les autres partis de gauche et les Verts contre 16% une alliance avec le Modem. Dans ce sondage, c’est le cas de 95% des sympathisants communistes, 65% contre 17% des sympathisants socialistes, 61% contre 7% des sympathisants Verts. Tous ces éléments confirment que nous avions raison de combattre ces alliances au centre. Dans les villes où le PS nous a imposé ce type de configurations, les communistes ont dû faire des choix difficiles qui les ont parfois divisés. Il nous appartient dans chacun de ces endroits d’apprécier la situation aujourd’hui créée à la lumière du bilan des élections et la meilleure manière de poursuivre la bataille, en veillant à rassembler les communistes.
Une dernière remarque à ce propos. Au-delà de l’échec de l’opération Modem dans ces élections, il importe de rester vigilants sur le brouillage des repères auquel cette opération participe au même titre que celle des ministres dits « d’ouverture » par exemple. Car tout laisse des traces dans les esprits. Ne mésestimons pas non plus qu’une grande part des électeurs qui votent Modem ou se montrent sensibles à d’autres opérations ou discours du même ordre ne sont pas d’abord des militants de la recomposition politique, mais des électeurs déboussolés, en quête d’une nouvelle offre politique, qu’ils viennent d’ailleurs de la droite ou de la gauche. Savons-nous nous faire entendre de ces électeurs ? Il nous faut aussi y réfléchir.
Les Verts obtiennent de faibles résultats dans ces élections, et leur présence réelle a été au final très inférieure à leur affichage d’autonomie initial. La grande victoire dont ils se vantent, obtenue à Montreuil par Dominique Voynet contre la liste conduite par Jean-Pierre Brard, à l’issue d’une primaire perdue par la candidate verte et au terme d’un second tour où tous les moyens étaient bons pour gagner, y compris les voix de droite, n’est pas vraiment à mettre à leur crédit. Noël Mamère avait pris Bègles à un maire communiste dans les mêmes conditions. Est-ce décidément la seule manière pour un dirigeant vert de s’imposer ?
Concernant l’extrême-gauche, beaucoup a été dit sur, je cite, l’ « étonnante percée » des listes de la LCR. Il faut être beaucoup plus précis, car ces commentaires additionnent le score de listes de types différents , allant de listes d’union de plusieurs forces, parfois nous-même, avec la LCR, à d’autres, proprement estampillées LCR et conduites par elles. En fait, 78 listes LCR étaient présentes dont 29 dépassent 5%. Quant aux deux cent listes auxquelles participait la LCR, 110 font plus de 5% et 34 plus de 10%. Mais sur ces 34 listes par exemple, 17 étaient des coalitions avec les communistes, 9 des alliances avec d’autres formations antilibérales, 5 avec la LCR comme unique composante. Ajoutons que dans ces résultats, il faut tenir compte dans de nombreux endroits de l’absence de listes Lutte Ouvrière, cette formation ayant cette fois choisi l’intégration à de nombreuses listes d’union.
Les résultats du PCF
J’en viens aux résultats du Parti communiste qui ont constitué l’une des surprises, et disons le la bonne surprise de ces élections. Disant cela, je ne veux pas dire que ces résultats sont tombés du ciel. Ils sont au contraire le résultat du formidable travail accompli sur le terrain pour l’obtenir. Mais je fais évidemment référence aux enterrements de première classe que l’on nous préparait déjà depuis la présidentielle.
Nous en sommes loin.
Aux élections municipales, nous avons fait le choix de l’union, non pas en soi, mais en mobilisant nos énergies sur la qualité des projets, des rassemblements, des pratiques et des listes constituées. Nous pouvons le dire aujourd’hui, ce choix a été payant. Alors que nous abordions la bataille dans des conditions difficiles dans la foulée de l’élection présidentielle, nos résultats démentent la plupart des pronostics.
Nous sommes après ces élections à la tête de 91 villes de plus de 9.000 habitants contre 86 avant l’élection. Dans ce total, le nombre de villes de plus 30.000 est toujours de 28. Nous en perdons trois Calais, Aubervilliers et Montreuil et nous en gagnons trois, Dieppe, Villeneuve-Saint-Georges et Villepinte. A cela, s’ajoutent de belles conquêtes comme celles de Vierzon, Portes-les-Valence, Firminy, Villerupt, Roissy-en-Brie, Marly, Brignoles ou Migennes… Nous perdons d’autres villes comme Domerat, Rostrenen, Pont-de-Claix, Denain, Bolbec ou Nangis… Mais au total, avec les nombreux élus gagnés dans les villes conquises par la gauche ou dans l’opposition à la droite, nous augmentons nettement le nombre de nos élus, désormais supérieur à 13.000, et confirmons notre place dans ce domaine comme troisième force politique du pays.
J’ajoute trois remarques. La première concerne les primaires imposées par le PS pour nous ravir des villes ou la première place à gauche. Dans quasiment tous les cas, nous gagnons ces primaires, ce qui confirme que nos gains ne doivent pas tout à une dynamique nationale qui nous serait étrangère. Relevons d’ailleurs à ce propos que sur les 13 villes de plus de 9.000 habitants que nous gagnons, (neuf sur la droite, quatre sur une autre formation de gauche), huit le sont dans le cadre de primaires à gauche, dont trois avec maintien du PS au second tour. La seconde remarque concerne les bons résultats obtenus dans toute une série d’endroits où les choix du PS, son mépris à notre égard ou le choix d’alliances avec le Modem nous ont conduit à construire des listes de rassemblement sans le PS. Ces listes ont souvent fait de bons résultats, supérieurs à 10%, et permis de bons accords au second tour. Enfin, il nous faut regarder ce qui ne nous a pas permis de totalement transformer l’essai au second tour, dans des villes où nous finissons proches du but, comme à Romilly, Corbeil, Le Havre ou Nîmes. Que nous a-t-il manqué dans les quartiers populaires ? Quelle portée a eu un anticommunisme qui s’est souvent déchaîné entre les deux tours dans ces villes ? Quel impact ont eu sur le rassemblement les primaires imposées dans ces villes par le PS ?
Aux élections cantonales, nous avons présenté 1257 candidats, et 380 de moins qu’en 2001. Le recul du nombre de candidats a des causes multiples qu’il faut examiner pour l’avenir : des accords départementaux avec d’autres forces à gauche qui nous ont conduit à ne pas présenter de candidats partout ; la difficulté à trouver des candidats ; le manque de moyens financiers et parfois le manque d’audace ou la peur de mauvais résultats.
Malgré ce recul du nombre de candidats, le Parti obtient 9,1% contre 10% en 2001, soit une baisse de moins de 1%. Nous comptons aujourd’hui 119 conseillers généraux au lieu de 127. Nous en avons perdu 19 au premier tour face au PS mais compensons une partie de cette perte par de nouveaux gains. Il est intéressant de noter que nous passons la barre des 5% dans 926 cantons, soit 41 de plus qu’en 2001. Dans les 1179 cantons où nous étions à la fois présents en 2001 et 2008, nous gagnons 115.000 voix et progressons en pourcentage dans 54% de ses cantons. Ce chiffre ne peut bien entendu pas être extrapolé, mais il souligne l’intérêt de retravailler au nombre de candidats présentés.
Nous confortons avec de beaux résultats la présidence du Conseil général du Val de Marne, nous gagnons celle de l’Allier. Nous perdons celle de Seine-Saint-Denis au profit du PS, après cette fois-ci, non un recul du score de nos candidats, mais la perte de justesse de deux conseillers généraux au premier tour face au PS. Le bilan global des élections en Seine-Saint-Denis, dans lequel nous avons gagné l’essentiel des primaires imposées par le PS, et malgré la perte d’Aubervilliers et Montreuil, nous permet d’envisager la reconquête. Il nous faudra évidemment pour cela procéder à une analyse complète des raisons de ces résultats et en tirer toutes les leçons.
Voilà donc pour les résultats comptables globaux. Il importe cependant d’aller beaucoup plus loin dans l’analyse, sans attendre une nécessaire étude détaillée dans chaque département. Les éléments de réflexion, les pistes de travail semblent déjà extrêmement riches dans les premières discussions locales ou départementales.
Avant d’en dire un mot, une remarque personnelle sur la polémique assez stérile dans laquelle on semble ici ou là vouloir nous engager. Il ne me semble ni très réaliste, ni très fécond de tenter de tordre dans un sens ou dans l’autre ces résultats pour valider ou invalider telle ou telle thèse préétablie. Les résultats des élections municipales et cantonales sont là. Et ils sont meilleurs que ce que laissait présager la dernière séquence politique. C’est un fait et un encouragement. Pourquoi le bouder ? D’un autre côté, ils n’effacent pas la présidentielle, ni les énormes défis devant lequel cet échec nous a placés et auquel nous avons décidé de travailler d’arrache-pied en n’éludant aucune des questions posées, et en n’écartant aucune piste a priori. Pourquoi dès lors opposer des constats qui ne le méritent pas ? Oui, ces résultats montrent que nous sommes une force, ils recrédibilisent notre ancrage alors que la présidentielle créait un doute légitime sur cette question. Ils redynamisent nos militants dans un très grand nombre de communes et départements, leur donnent envie de travailler sur ce que nous enseignent ces élections pour relever les défis politiques nationaux qui restent, entiers, devant nous. Mais oui, de la même façon, ces résultats ne résolvent pas les questions de notre avenir politique, de nos scores futurs dans d’autres échéances électorales. Mais admettons, tout simplement, que nous sommes en meilleure situation pour affronter ces enjeux après qu’avant ces élections.
Un mot justement sur des leçons qui méritent manifestement d’être creusées : manifestement, la portée d’une élaboration publique avec les populations sur les projets est avérée par les campagnes que nous avons menées ; de la même façon, le renouvellement de nos pratiques, plus à l’écoute, plus participatives, l’enracinement de nos expériences de rassemblement, l’effort d’ouverture et de renouvellement des listes, leur rajeunissement, leur féminisation, le bilan de nos gestions, l’effort de partage conséquent de l’exercice du pouvoir là où nous l’exerçons… tout cela constitue des atouts indéniables et des sources de bons résultats. Quelles conséquences en tirons-nous pour notre travail local, pour notre travail politique national ? Ce sont là des questions essentielles qui doivent au cœur de nos réflexions et de nos débats à venir. Ne tournons surtout pas la page.
Alors que la majorité de tous les pouvoirs locaux sont aujourd’hui à gauche, les élus communistes et apparentés constituent une force. Ils sont un point d’appui pour permettre la réussite de projets innovants et solidaires dans les territoires ; ils sont une garantie pour mettre les pouvoirs conquis entre les mains des citoyens ; ils sont un atout pour animer le débat politique national sur la construction d’une nouvelle perspective de changement à gauche.
Cette force s’est rajeunie et renouvelée. Il faut parier sur sa créativité, et accorder une très grande importance au déploiement offensif de son activité. L’ANECR a déjà prévu de tenir une importante réunion nationale au mois d’octobre prochain. Par ailleurs, les résultats obtenus montrent l’importance d’un enracinement durable de l’activité de nos candidats dans les territoires. Les prochaines conquêtes électorales se préparent donc dès maintenant. Pensons-y.
J’en viens maintenant aux conditions nouvelles de la riposte à la politique gouvernementale au lendemain de ces élections.
Le pouvoir a été sanctionné, mais Nicolas Sarkozy et son gouvernement, s’ils entendent s’adapter, ne comptent en rien infléchir le cours et le rythme de leurs réformes antisociales.
L’accélération des réformes
A grands renforts de communication, on tente de nous faire gober un changement de style présidentiel, mais le faste de la visite chez la reine d’Angleterre en dit long sur l’ampleur de ce changement. Il en faudra manifestement plus pour calmer l’appétit de luxe du couple élyséen. Pour le reste, autant dire l’essentiel, c’est toujours et encore la même méthode autoritaire, la même charge antisociale menée au pas de charge.
Près de 50 textes sont inscrits à l’examen de la session parlementaire, dont trois particulièrement importants et inquiétants sur la « modernisation de l’économie », avec de nouvelles soumissions aux exigences financières de la mondialisation, sur la réforme du marché du travail, autrement dit sa flexibilisation à outrance, et sur les institutions avec la consécration de l’hyperprésidentalisme. Sur ce dernier point, la convocation du congrès est déjà envisagée pour le 7 juillet. D’autres sujets sont au programme : les contrats de travail, la mobilité dans la fonction publique, la réforme pénitentiaire…
A cela s’ajoute l’accélération d’un calendrier tout aussi inquiétant sur l’agenda social avec entre autres un nouvel étage de la réforme des retraites, prévoyant notamment le passage à 41 annuités et une grande conférence sur l’assurance chômage le 17 avril à Bercy sous la houlette de Christine Lagarde. On pourrait allonger la liste, sans compter qu’au même moment des mesures comme les suppressions de postes dans l’enseignement sont en train de prendre leur plein effet et que le pouvoir d’achat est tous les jours rongé par une inflation du prix des produits de première nécessité à commencer par l’alimentation elle-même. C’est un printemps pourri qui se prépare si on laisse faire le gouvernement.
Une grave crise financière
L’acharnement gouvernemental est d’autant plus inquiétant qu’il intervient sur fond de crise financière majeure. Le gouvernement ment sur la situation économique, et nie la gravité de cette crise, tout en préparant de terribles coupes dans les budgets publics, dans les salaires et la protection sociale. La clarté sur les causes et les responsabilités de cette crise vont devenir un enjeu idéologique et politique majeur dans les semaines et les mois à venir. Sans bataille à ce propos, elle peut devenir un alibi redoutable pour des serrages de ceinture extrêmement douloureux.
Depuis l’été dernier et l’éclatement de la « crise du subprime », c’est à dire des prêts immobiliers à risque aux Etats-Unis, se sont succédées de graves pertes des banques américaines et européennes, et même des faillites retentissantes. Des estimations circulent : le coût total de la crise du subprime pour le secteur bancaire mondial serait d’environ 200 milliards de dollars. En France, on estime ces pertes à quelque 11 milliards d’euros pour 2007, ce qui n’empêche pas les plus grandes banques d’afficher des bénéfices encore considérables.
A l’origine de la crise : une énorme spéculation bancaire sur le crédit immobilier qui a conduit des familles aux revenus modestes à lourdement s’endetter tandis que les banques et les institutions financières recourraient à des méthodes sophistiquées pour diluer les risques, transformant les crédits risqués en titres financiers pour les refiler au détail, sur les marchés dits de « produits dérivés » à d’autres banques ou à des fonds spéculatifs. Jusqu’à ce que cela craque, plongeant tout le système bancaire, largement contaminé, dans la crise.
Aujourd’hui, la méfiance est telle dans tout le système que les banques refusent de se prêter les unes aux autres, manquent de liquidités et du coup, resserrent les conditions de crédit aux entreprises et aux ménages, ce qui pèse lourdement sur l’activité économique.
Pour conjurer le spectre de la récession, la Réserve fédérale américaine (la FED) injecte semaine après semaine, depuis des mois, des centaines de milliards de dollars de liquidités. Mais, la crise financière est toujours là et on n’en voit toujours pas le bout. Ces interventions massives contribuent à la baisse du dollar, alimentent la spéculation sur les devises, notamment en faveur de l’euro. Cette réévaluation, en lien avec les choix de la BCE d’un euro « fort » pour attirer les capitaux financiers, joue alors comme un nœud coulant contre notre compétitivité.
Avec cette contradiction grandissante entre l’accumulation de capitaux financiers et les pressions sur les salaires et les dépenses sociales, se profile le spectre d’une récession mondiale dans les années à venir. Il est urgent dans ces conditions d’ouvrir le débat, dans toute la société pour qu’à l’opposé des mesures de réduction des dépenses publiques prônées par Sarkozy en appui du traité de Lisbonne, des transformations très profondes soient engagées pour que le crédit cesse de servir à la spéculation et finance massivement le développement social et culturel de toutes les populations, l’essor des services publics, les investissements créateurs d’emplois. Notre proposition de création d’un pôle public bancaire et financier peut trouver un écho renforcé. Le secteur économique propose d’organiser fin avril un colloque public de débats et de propositions sur la crise financière.
Un printemps de riposte et nos campagnes politiques
Au total, dans cette situation nouvelle, où les dangers politiques, économiques, sociaux demeurent très lourds, les communistes doivent appeler à un printemps de riposte sur tous les terrains et engager toutes leurs forces dans le développement de mobilisations les plus larges possibles.
Nous pourrions dans le même esprit intensifier dans les semaines à venir les quatre campagnes que nous avons décidées.
Notre campagne « la Bourse ou la vie ; rendons l’argent utile » prend une importance renouvelée. Des matériels à grand tirage seront édités dans la toute prochaine période. Leur diffusion sera l’occasion de très nombreuses discussions. Celles-ci permettront, de marquer la nécessité de se rassembler largement et de se battre pour libérer le travail et la créativité humaine de la loi du profit-roi. Ce faisant, nous pourrons faire avancer la nécessité et la crédibilité de voies alternatives pour un autre mode de développement.
Sur l’Europe, inutile également d’insister dans ces conditions sur les enjeux cruciaux de la présidence française de l’Union européenne. Nicolas Sarkozy veut en faire, de juillet à décembre, un moment d’accélération de sa politique de casse sociale, de recul des droits des migrants. Il compte également franchir des pas nouveaux dans l’intégration au dispositif atlantiste, comme le montre la décision prise, sans aucune consultation du Parlement, de renforcer nos effectifs militaires en Afghanistan ou la place accordée aux questions de défense lors de sa visite en Grande-Bretagne. A l’inverse, la grande manifestation européenne des syndicats le 5 avril atteste de demandes sociales persistantes dans toute l’Union. Nous pourrions intensifier nos initiatives au plan européen sur la précarité, les salaires, les mises en concurrence, la BCE, les services publics, l’énergie et la lutte contre le changement climatique, la paix, avec l’intervention sociale et citoyenne au coeur de cette démarche. La réunion du PGE à Paris en juin pourrait fournir un temps fort à nos initiatives.
Sur les institutions, je l’ai dit, le pouvoir veut aussi passer en force. Au même moment, la dérive personnelle et autoritaire du président est au cœur de la critique populaire. Il faut la faire grandir pour contester dans ses fondements le corset dans lequel on veut entraver l’expression démocratique. Il s’agit d’engager un vaste débat pour la construction d’une nouvelle République, fondée sur la démocratie politique, la démocratie sociale, la démocratie participative. L’enjeu est de travailler à un partage des pouvoirs entre le peuple et leurs élus, du local au mondial. Les résultats des élections municipales et cantonales nous offrent l’occasion de travaux pratiques de grande envergure.
Enfin, la campagne sur la jeunesse doit maintenant elle aussi prendre son essor. La mobilisation lycéenne qui s’étend actuellement contre les suppressions de postes montre une disponibilité intacte de la jeune génération pour la riposte anti Sarkozy.
Le besoin de ripostes et de rassemblements va aller grandissant dans tous les domaines face à la politique Sarkozy. Mais la victoire de la gauche aux élections municipales et cantonales comporte d’autres exigences. Elle ne fait que renforcer la nécessité de construire une alternative politique, une nouvelle perspective de changement qui, en l’état actuel de la gauche, n’existe pas.
Toutes les forces à gauche, nous compris, le peuple lui-même, le monde salarié sont interpellés. Les forces de droite savent cette béance à gauche et travaillent en permanence à la creuser. La politique d’ouverture de Sarkozy n’avait pas d’autre objectif, de même que la pédagogie de sa politique des réformes que le pouvoir entend relancer. Droite et patronat tentent en permanence de consolider les bases d’un consensus idéologique, fut-ce par défaut, sur l’inéluctabilité des dogmes de la mondialisation capitaliste. Nous le savons, ce travail n’est pas sans effet à gauche.
Mais tout cela n’est pas un long fleuve tranquille qui déplacerait sans coup férir le centre de gravité de la vie politique vers le centre ou la droite. Les résultats des élections montrent l’existence de puissantes résistances dans notre peuple. N’est-ce pas de côté-là qu’il convient de trouver les leviers pour changer la donne ?
Certes, nous savons que la crise d’alternative à gauche demeure, que le PS est en plein débat sur son projet et que les tentations hégémoniques ou centristes, consacrant sa conversion au social-libéralisme, le travaillent en profondeur. Nous savons la force d’attraction qu’exerce sur lui la structuration présidentialiste de la vie politique. Nous savons aussi l’impasse que constituerait l’installation à la gauche de la gauche d’une force renonçant pour longtemps à toute ambition majoritaire de changement. Mais pour sortir de cette double impasse, ne convient-il pas d’être beaucoup plus attentif à l’état d’esprit des électeurs, à leurs motivations, souvent très en décalage avec cette manière de penser la politique ?
Ce qui frappe dans les corrections brutales qu’apporte un scrutin après l’autre, c’est la constance avec laquelle les Français continuent, au fil des élections, à envoyer leurs messages, à exprimer leurs insatisfactions, ou au contraire à saisir l’opportunité d’une nouvelle expérience si elle leur paraît pouvoir apporter du neuf. Les électeurs ne se calent pas sur l’offre politique, ils trient dans cette offre et utilisent ou détournent ce qui les intéresse. Le monde a beaucoup changé, la manière dont se construisent les comportements politiques aussi. En prenons-nous toujours la mesure ?
Comment expliquer la sanction de la droite ou le niveau de l’abstention dans ces élections dix mois à peine après la victoire de Sarkozy au terme d’une mobilisation électorale sans précédent ? Comment expliquer l’émergence du Modem et sa relative impuissance si peu de temps après ? Comment comprendre les échecs présidentiels du PS et ses succès récurrents dans les élections locales ? Comment relier le non des Français au duel des oui-ouistes Sarkozy et Royal ? Comment apprécier l’écart entre notre disqualification présidentielle et nos résultats des 9 et 16 mars ? Seulement par l’inconséquence des électeurs… Non, les Français cherchent des réponses qu’ils ne trouvent pas. A leurs yeux, les forces politiques n’ont plus de rente de situation, pas plus nous que les autres. Les électeurs jugent à chaque élection de l’offre politique, de l’offre de projet. C’est cela d’abord et l’efficacité de leur geste au moment où ils votent, dans le scrutin concerné, qui les déterminent.
C’est donc sur l’offre politique qu’il faut travailler mais dans un dialogue et une construction permanente avec les électeurs. Ce que cherchent les Français, qui continuent très nombreux en dépit du rouleau compresseur libéral à croire aux valeurs de justice, d’égalité, de solidarité, c’est un nouveau projet politique de changement, une perspective crédible de transformation sociale qui dans le monde tel qu’il est puisse nous faire progresser vers un monde meilleur.
C’est donc à ce chantier essentiel que nous devons nous attaquer en partant des réalités et des urgences politiques, en travaillant à y apporter des réponses avec notre peuple.
Cela suppose de travailler à un projet accessible, réaliste, capable de répondre aux grandes urgences du pays, aux grands problèmes et aux grandes contradictions de notre époque ; un projet identifiable, énonçant les grandes réformes sans lesquelles rien ne sera possible, un projet d’avenir dans lequel chacun puisse se projeter ; un projet politique qui dise indissociablement ses objectifs et les moyens politiques de leur réalisation, qui fasse donc de la démocratie à tous les niveaux et de sa vocation majoritaire un de ses traits essentiels.
Cela suppose de travailler en permanence, à chaque étape, devant chaque échéance, à la construction de fronts, d’alliances, de rassemblements, sur des contenus appropriés. Nous devons le faire tout de suite dans l’action, comme dans les campagnes que nous voulons porter. Nous devons déjà le construire pour chacune des échéances électorales qui s’annoncent, je pense par exemple aux élections européennes de 2009. Ne pas travailler en permanence à ces constructions politiques, à ces projets, à faire émerger cette perspective de changement, c’est laisser le champ libre aux alternances sans lendemain, fussent-elles entrecoupées de fortes secousses sociales. C’est un enjeu crucial de notre congrès.
Un congrès dont toutes les ambitions demeurent
C’est à l’aune de cette interpellation, des urgences politiques qui s’imposent à nous qu’il convient de donner à la préparation du congrès que nous avons décidé pour la fin de l’année sa pleine mesure. Nous pourrions prendre aujourd’hui la décision de le convoquer pour les 12,13 et 14 décembre 2008.
Nous avons fixé une très grande ambition à ce congrès. Rien ne peut nous conduire à en rabattre. Le mandat et les décisions de l’Assemblée nationale extraordinaire des 8 et 9 décembre sont claires. Je rappelle les quelques lignes de ses conclusions qui consacrent l’état d’esprit auxquelles elles nous invitent. « Le débat du congrès de 2008 devra confronter toutes les opinions sans en exclure aucune a priori…toutes les questions sont appréhendées dans un esprit d’ouverture et de construction partagée … » . C’est à leur mise en œuvre que nous travaillons depuis la mise en place du collectif national d’animation des débats le 9 janvier dernier.
Nous avons tous été absorbés par les campagnes électorales mais le collectif d’animation s’est réuni à quatre reprises pendant cette période.
Les huit ateliers mis en place ont commencé à travailler. Je rappelle leurs thèmes : le bilan de la période écoulée ; l’état du monde ; un nouveau mode de développement ; l’unité des dominés ; la conception du projet ; la conception du rassemblement ; le communisme ; la conception du parti, de son fonctionnement, de ses directions. La plupart de ces ateliers se sont réunis plusieurs fois, ont entamé un travail d’inventaire, d’analyse et d’auditions qu’ils entendent poursuivre en l’élargissant ces prochaines semaines. L’objectif que nous nous sommes fixé est que chacun de ces ateliers rendent publique d’ici la fin avril une note de réflexion synthétique qui puisse être versée au débat collectif, permettant ainsi à tous les communistes d’organiser leurs discussions.
Mais le collectif d’animation vous propose d’aller beaucoup plus loin dès avant l’été. Nous vous proposons d’adopter un texte dont vous avez depuis jeudi une première version et qui soit en quelque sorte un appel aux communistes et à toutes celles et ceux qui partagent avec nous le même constat d’urgence politique. Cet appel donnerait à voir le sens que nous voulons au congrès et mettrait en perspective l’ensemble de nos initiatives.
Nous proposons en particulier de tenir les 31 mai, 7 juin et 14 juin, trois grandes rencontres nationales réunissant chacune plusieurs centaines de participants. Ces initiatives constitueraient des moments d’approfondissement de notre réflexion, des moments d’échanges et de confrontations, un premier moment de synthèse de nos analyses.
Chacune pourrait travailler plusieurs thèmes. Spectaculaires, elles donneraient à voir avec éclat l’ambition de travail et d’ouverture qui président à notre préparation de congrès.
Les thèmes des trois rencontres qui sont détaillés dans le texte que vous avez seraient les suivants :
quel état du monde ? Quelle alternative à la mondialisation ?
quel nouveau projet de changement ?
quelles transformations du PCF ?
Dans la préparation de ces rencontres nationales, il nous faut multiplier les initiatives de réflexions et d’actions afin de nourrir le travail que nous engageons. Débats, journées d’études, soirées éducatives… tout peut être organisé, soit par les fédérations ou sections, soit par les secteurs de travail du Conseil national. Par exemple, Jérôme Relinger propose sur les enjeux numériques et la révolution informationnelle de coordonner l’organisation en juin d’une journée d’étude sur le thème « savoirs, culture, information et capitalisme contemporain. D’autres secteurs préparent leurs contributions. Il n’y aura jamais trop d’effervescence. Au cœur de cette période est engagé le débat sur l’anniversaire de mai 68. Une semaine d’initiatives du Parti se tiendra du 13 au 19 mai. C’est aussi un enjeu très important.
Nous tiendrions ensuite fin août une université d’été qui permettra l’appropriation et l’approfondissement du débat par de nombreux militants et animateurs de section, juste à la charnière d’une période qui nous verrait entrer après la Fête de l’Humanité dans la phase proprement statutaire de notre congrès.
J’ajoute que l’ initiative internationale dont le principe a été décidée par l’assemblée extraordinaire et que le collectif animé par Jacques Fath est chargé de préparer pourrait se tenir en novembre, en réunissant des personnalités venues du monde entier à notre invitation.
Enfin, je voudrais attirer votre attention sur une initiative importante qui se tiendra les 17 et 18 mai à la Villette à l’invitation de Francis Wurtz pour la GUE avec le soutien d’Espaces Marx. Sur le thème « qu’attendons-nous de la gauche aujourd’hui en Europe ? », Elle réunira une trentaine de personnalités intellectuelles significatives françaises et européennes, devant un public de quatre cent participants. C’est aussi un évènement qui ne nous laissera pas indifférent.