Pcfhendaye
Rapport de Marie George Buffet à la commission de transparence de l’information sur les candidatures
pour le 34ème congrès

Par : Conseil national
Mis en ligne : 11 octobre

Chers amis, chers camarades,

Aujourd’hui nous avons à commencer à dessiner un profil souhaitable pour notre prochaine direction nationale.

Ce profil, nous devons évidemment le déterminer en fonction du bilan de notre direction sortante. Un premier bilan critique s’est exprimé lors de la première réunion de notre commission. Et au vu des compte-rendus des auditions des membres du Conseil national sortant, force est de constater l’ampleur du mécontentement sur le fonctionnement de la direction du parti.

Ces critiques portent sur un CN où il est difficile de trouver sa place, où se répètent des débats sans que soient réellement actés des positions, où les débats sur les productions et analyses des commissions de travail comme des grandes questions agitant la société ne sont pas menés à bien.

Les auditions (80%. Remercier camarades. Compte rendus à disposition) montrent une plus grande critique encore du fonctionnement du CEN : stérile pour certains, invisible pour d’autres, la direction exécutive de notre parti concentre un très grand nombre de critiques (répétitions des débats du CN et donc carence dans l’impulsion, l’organisation, les questions thématiques des secteurs). Cette direction est évidemment comptable de nos derniers résultats électoraux. Mais les critiques des camarades portent moins sur ses échecs et sur les obstacles qu’elle a rencontrés que sur notre incapacité à travailler ensemble et donc à enrichir leur réflexion. Elles portent sur un fonctionnement éclaté, où on cherche d’abord à représenter les idées de sa sensibilité, ou bien où on est regardé selon un classement immuable, alors qu’il y a besoin de construire en commun, voire du commun.

Les critiques portent également sur le manque d’efficacité :
- prises d’initiatives - suivi des campagnes
- suivi électoral
- évaluation de nos décisions.
- Et enfin sur la mise en oeuvre des décisions majoritaires. Question de l’unité.

Notre direction n’a évidemment pas à rougir de tout ce qu’elle a accompli. Je saurais retenir, aussi, une réelle force dans l’adversité, sa capacité à remobiliser le parti l’année dernière pour les élections législatives, cette année pour les municipales et cantonales. A présent dans la riposte (pétitions, marche), construction à gauche (21 octobre, pétition commune sur la Poste, mobilisation pour l’Huma...).

Mais quoi qu’il en soit, je n’ai entendu personne souhaiter reproduire le système de fonctionnement qui est le nôtre aujourd’hui. Mais si un changement est exigé, si nous savons devoir construire et faire fonctionner autrement notre direction, il nous reste à décider ce qu’il faut faire. C’est tout notre travail.

Je suis convaincue que la question dépasse bien qu’elle soit nécessaire la simple nécessité d’un renouvellement de notre direction. Ce qui me préoccupe avant toute chose, c’est sa capacité d’analyse, sa capacité à parler clairement à la société, à être créative et j’ajouterais que c’est encore plus vrai dans une période où la crise du capitalisme peut entraîner une succession de tensions et de crises.

Enfin, une direction porteuse d’une vraie ambition pour notre combat, nos idées, notre parti : capacité de révolte, de mobilisation mais aussi et dans le même mouvement ambition élective, place dans les institutions, construction à gauche, rapports avec forces de gauche, forces progressistes internationales et notamment européennes. Pour cela, il nous faut un véritable collectif dirigeant. Le CN ne doit plus être un lieu de représentation, ni être un lieu de formation, mais un collectif d’hommes et de femmes préparés à l’exercice de responsabilités par leurs activités politiques militantes, électives ou syndicales, ou associatives, reconnus pour leurs compétence et leurs qualités d’écoute, de rassemblement, d’impulsion, en capacité réelle de dégager le temps et l’énergie nécessaires, participer à la direction d’un parti national. Mais aussi des hommes et des femmes en capacité de nous apporter dans tel ou tel domaine, le fruit de leurs recherches, travail intellectuel, créations.

Des hommes et femmes en capacité d’évaluer leurs actes et de les remettre en question, des hommes et femmes en capacité d’être chacun et chacune des porte-paroles de notre parti.

Et parce que je pense que des camarades répondant à ces exigences sont présents sur tout le territoire dans toutes les sensibilités politiques de notre parti, je vous propose que ce soit à partir de ces exigences et non à partir de critères de représentation que nous travaillons en lien avec les propositions des communistes dans les fédérations, à co-élaborer la liste pour le Conseil national.

La diversité pourra alors ne pas être un objectif en soi mais être source d’innovations, de décisions appuyées sur de véritables confrontations, idées et d’expériences. Elle pourra être « richesse », non pas en soi, mais parce qu’elle se traduira dans du travail, de l’action.

D’autres exigences seraient à noter en lien bien sûr avec nos objectifs politiques mais aussi en lien avec la complexité de la situation, l’âpreté de la bataille idéologique.

Je pense à la curiosité, curiosité des évolutions de notre société, des modes de vie comme des aspirations de nos concitoyens, curiosité des idées nouvelles circulant en France et en Europe, curiosité des expériences politiques qui y sont menées.

Je pense à la réactivité. La crise financière, ces derniers jours, a montré qu’un communiqué fait à 14 heures pouvait être dépassé deux heures plus tard.

Et cette réactivité, elle passe évidemment par un contact permanent avec nos concitoyens, leurs interrogations, leurs certitudes, leurs colères comme leurs aspirations.

Cette direction, je la vois aussi en appétit de travail, en appétit d’expérimentations, et ce pour le plus petit comme le plus grand des problèmes qui se trouve face à nous. Sans un tel appétit, nous ne serions pas en effet en capacité de progresser véritablement de réunion en réunion, de mois en mois, de campagne en campagne.

Et pour avancer dans ce travail, nous avons besoin d’une direction en lien direct avec les communistes et leurs fédérations. Cela passe par des dirigeants à l’écoute, disponibles, présents dans l’activité militante et soucieux d’une pratique démocratique. La nouvelle direction aura à mon avis à explorer de nouvelles formes de consultations et de liens avec les communistes.

Cette direction devrait aussi être en capacité de concevoir et de mener dans la durée de véritables batailles politiques, mêlant une dimension militante de proximité avec la construction d’initiatives nationales et un travail spécifique sur la présence médiatique la plus régulière possible (bipartisme - opération libre voie à la droite).

Et cette direction devrait être enfin par son travail, sa rigueur à l’image d’un parti sachant porter une conception audacieuse et démocratique de la gestion pour gagner de nouvelles conquêtes sociales et démocratiques. Un parti ne reniant rien de ses espérances révolutionnaires tout en tenant toute sa place dans le paysage institutionnel de la République pour la mettre entre les mains du peuple. Composer et structurer notre prochaine direction de toutes les compétences et les richesses dont nous avons aujourd’hui besoin, revoir le rôle de la présidence du CN, est la responsabilité de notre commission.

En amont du CN, nous avons à travailler l’organisation de nos secteurs de travail et leur capacité à aller au bout des questions politiques de notre temps.

Leur réorganisation est demandée. J’entends parler ici de création d’un « conseil scientifique », là de réduire le nombre de secteurs pour accroître la cohérence de notre projet. Mon avis n’est pas fait, mais il est évident qu’en premier lieu, la réorganisation de notre production politique s’impose. Il est urgent de réfléchir de quelle façon elle pourrait gagner en qualité, en couverture de toutes les questions politiques sur la table, en visibilité dans le parti et dans le débat politique.

C’est en aval de ce travail politique que devrait être pensé l’organisation du Conseil national.

Au Conseil national, je souhaiterais que l’on puisse pousser un débat, à partir de rapports contradictoires, sur une question politique brûlante où nous avons à décider d’un positionnement politique qui deviendrait celui du parti.

Mais aussi travailler à des campagnes militantes, à la préparation de campagnes électorales en amont, étudier et trancher CN après CN de questions thématiques qui donnent à voir d’un positionnement en prise avec la société.

A ce titre, il aurait aussi à prendre de front des questions comme les moyens de relancer efficacement la structuration du parti dans les entreprises et les quartiers populaires, le féminisme, le travail, l’écologie... Les exemples de ces points à approfondir sont nombreux.

Dans une autre responsabilité de direction, le Conseil exécutif national aurait vocation à réunir tous les camarades en charge d’une responsabilité de secteur dans notre parti et ayant, je le précise, la disponibilité et la volonté d’assumer véritablement cette charge. Le CEN aurait la responsabilité de la mise en oeuvre des décisions du Conseil national. Il serait chargé de l’organisation de la bataille politique quotidienne, dans ses aspects militants et médiatiques. Il aurait à assurer le suivi de nos campagnes, anticiper les problèmes survenant à l’horizon, à organiser la progression de notre travail politique. Mon expérience me conduit enfin à proposer la constitution d’une coordination apte à prendre les décisions que l’actualité impose et surtout à organiser le boulot.

Il nous faut aussi redéfinir le rôle et le profil de ou de la secrétaire national-e.

Pour chacun de ces étages de direction, nous aurons à élire des dirigeants et dirigeantes, dans le respect des règles de parité. Je vais vous le redire, car je pense que c’est quelque part l’avenir du parti qui se joue là. Aucun membre du CN ne pourra y être en représentation. Tous devront y être pour leur seule compétence. Et tous devront être des dirigeants en responsabilité, des camarades élus en fonction de leurs qualités personnelles et de leur détermination de faire avancer notre combat commun. Je vois des compte rendus d’auditions où des camarades entament le débat d’une façon qui, dans le contexte actuel, ne me paraît pas responsable : je reste car si on me fait partir, vu mon positionnement, cela serait une exclusion. Le débat n’est pas là. Il est sur les bilans (présence, travail) de chacun et chacune et sur nos besoins d’efficacité dans un moment où c’est la poursuite même de notre combat qui se joue.

Concrètement, qu’est ce que cela signifie ?

Nous souhaitons un parti en contact direct avec la grande majorité de nos concitoyens, et donc ancré dans les quartiers populaires et les entreprises.

Aussi, de combien de camarades disposons-nous, organisés dans ces quartiers, organisés à l’entreprise, ayant la capacité de participer à une direction nationale ? Sur un CN de 150-170, de combien de camarades dotés de cette expérience militante avons-nous besoin ?

Nous souhaitons pour la même raison renforcer la présence de syndicalistes dans notre direction, de camarades qui par leur mandat syndical ont la confiance de salariés, connaissent le monde du travail, perçoivent les questions sur lesquelles nous devons travailler.

Concrètement, sur un CN de 150, combien de responsables syndicalistes pouvons-nous gagner à rejoindre notre direction ?

Sur les élus ? Les parlementaires et les maires ont, par leur élection au suffrage universel, de par la nature de leur mandat, démontré leur connaissance des attentes de la population. Ils témoignent de l’utilité des élus communistes comme du PCF, incarnent aussi le positionnement d’un parti visant à améliorer la vie de nos concitoyens. Aussi, quelle est la proportion de ces élus dont nous avons besoin dans notre direction ? Et comment, en prenant en compte leurs contraintes de temps, pouvons-nous mieux les impliquer dans la vie de notre parti ?

Je pense à ces élus qui, en 2007, ont été élus aux législatives, à ces nouveaux maires ou conseillers généraux de 2008. Je penses à ces élus minoritaires qui sont partis de façon remarquable à la conquête de villes et de cantons ?

Sur les secrétaires fédéraux ? On sait bien que leur rôle est essentiel. On sait aussi qu’ils pourront toujours être invités aux séances du CN. Leurs liens avec les communistes, leur rôle de premier plan dans l’animation de nos campagnes, leur connaissance des réalités leurs départements, tout cela est indispensable à une direction nationale. Faut-il travailler la présence de secrétaires fédéraux au CN à partir de chaque région de France ?

Enfin, nous avons tout aussi besoin de camarades qualifiés sur certains domaines, qualifiés pour intervenir sur l’économie, l’écologie, l’école, le féminisme, l’Europe... Je pourrais citer bien d’autres sujets pour lesquels nous avons besoin de compétences reconnues au CN. Combien connaissons-nous de ces camarades ? Et comment articuler leur présence à la direction avec le travail des secteurs pour enrichir tout le parti ?

Aboutir à ce résultat ne s’improvisera pas. Ainsi, je vous propose que notre commission, plutôt que de débattre au dernier moment des propositions adoptées par les communistes au sein des conférences fédérales, parvienne à coélaborer avec les fédérations une direction conforme au profil que nous aurons fixé ce matin.

Ne faut-il pas aujourd’hui préciser notre objectif et notre démarche dans un relevé de décision, en informer le Conseil national le 24 octobre, puis travailler à une première liste de noms (sortants, nouvelles propositions) à l’image du profil retenu, commencer à en parler dans chaque fédération puis la modifier à l’aune des candidatures retenues par les communistes dans chaque fédération ?

Voilà les propositions que je voulais vous faire. Le débat est ouvert.