"Cela
donnerait à l’Etat la possibilité de s’opposer à des choix stratégiques
lourds de conséquences", a dit Daniel Paul, député de Seine-Maritime.
Nous publions ci-dessous le texte prononcé par Daniel Paul, député
et en présence de Marie-George Buffet députée et secrétaire nationale
du PCF :
Alors que se tient le « mondial de l’automobile », les constructeurs
annoncent des milliers de suppressions d’emplois et même des fermetures de sites comme Ford en Gironde.
Dans le même temps, la hausse vertigineuse du prix des carburants, la
stagnation des salaires et les inquiétudes devant les conséquences de la
crise financière entraîne des modifications dans les comportements.
Le poids économique et social de la filière automobile en France mais
aussi en Europe est tel qu’il convient d’examiner ces questions avec la
plus grande attention.
En février 2006, Carlos GHOSN présentait son plan « contrat 2009 ». Les
objectifs étaient fixés :
- lancement de 26 modèles nouveaux,
- vente de 800000 véhicules supplémentaires,
- être avec 6% de marge parmi les groupes les plus rentables,
- positionner la « Laguna 3 » dans les 3 premières places de son segment.
Moins de 3 ans après le lancement de ce plan :
- ni la production de véhicules supplémentaires, ni le lancement de
modèles nouveaux n’ont suivi,
- la Laguna 3 est bien dans les 1ères de son segment, mais sa
commercialisation stagne,
- 6000 emplois sont supprimés dont 4900 en France, avec les conséquences
sur l’ensemble de la chaîne de l’automobile et sur les territoires,
- seul l’objectif d’atteindre 6% de marge est maintenu !
En 2008, le groupe Renault aura versé 800 millions d’euros à ses
actionnaires, soit 4 fois plus qu’il y a 8 ans ; coûte que coûte,
l’objectif demeure d’atteindre l’objectif fixé, le seul qui compte,
celui de faire passer la marge de 4,5 à 6% soit +30%, c’est-à-dire de
distribuer 1200 millions d’euros de dividendes aux actionnaires.
Et PSA n’est pas en reste, qui a dégagé au 1er semestre 2008, un
bénéfice net en hausse de 49%, au prix de milliers de suppressions de
postes, sans jamais faire apparaître un plan de licenciement. Ainsi,
après des mesures de réduction de la production à Rennes, Valenciennes
et Poissy, PSA impose 13 jours de chômage technique aux ouvriers de Sochaux.
Ainsi, la priorité n’est pas tant d’atteindre les objectifs de vente de
véhicules, que, par des pressions sur les salariés, comme sur les
pouvoirs publics sommés de revoir les politiques sociales et de
distribuer des aides financières, de parvenir à l’augmentation de la
marge, seul critère pertinent de la réussite.
TOUT EST MIS EN ŒUVRE
POUR ATTEINDRE LA MARGE
La crise n’est pas pour tout le monde et quand les salariés doivent
subir du chômage technique à répétition, des pressions sur les salaires,
pour accepter des départs volontaires et des conditions de travail de
plus en plus rudes, c’est que tout cela contribue au respect de la
priorité des priorités, c’est-à-dire les engagements de rentabilité à
l’égard des actionnaires.
Deux réalités : Tout d’abord, la baisse du pouvoir d’achat des salaires et
des retraites a occasionné une chute des immatriculations en Europe,
mais elle est plus faible en France que dans les autres pays.
Ensuite, s’il y a un infléchissement vers des modèles des gammes moyenne
ou petite, la vente de véhicules dans notre pays reste relativement
stable, autour de 2 millions d’unités.
Rappelons aussi qu’il n’est évidemment pas question pour les communistes
que Renault et PSA ne produisent qu’en France. Ce sont des groupes
généralistes, de taille mondiale et il est normal de produire les
véhicules là où on les vend, qu’il s’agisse de l’Europe de l’est, de
l’Asie, de l’Amérique du sud, de l’Afrique ou des Etats-Unis.
C’est ce qui l’on appelle des localisations.
Mais, ce que nous condamnons, ce sont les délocalisations qui, au
prétexte de se positionner sur les marchés émergents, visent en réalité
à produire dans des pays à bas salaires et/ou là où les conditions
sociales sont les moins contraignantes pour, ensuite importer en France
et en Europe de l’ouest ; l’objectif est alors clairement d’augmenter les
marges et de peser sur les salariés, sur les conditions de travail, sur
les collectivités locales et plus globalement sur le système social
lui-même. Et pour m’en tenir à Renault :
. C’est le cas de la Twingo fabriquée en Slovénie, auparavant à Flins
alors que 70% de la production sont réimportés en France.
. C’est le cas de la Clio « estate » entièrement fabriquée en Turquie,
alors que la berline est produite à Flins et qu’il y a 4 à 6 mois de
délais pour qu’elle parvienne à sa clientèle majoritairement en France.
. C’est le cas du Koléos fabriqué, dans le cadre d’un accord, par
Samsung en Corée et qui est réimporté sur le marché européen.
(Cet exemple montre qu’il est possible d’éviter la suppression de 1000
emplois à Sandouville, sans remettre en cause les moyens de production
établis en Corée, mais fabriquant à Sandouville ce qui n’arrive pas à
être produit là-bas).
. C’est le cas du véhicule appelé SM7, appelé aussi « safrane », produit
en Corée, et réimporté lui aussi en France.
. Et c’est dans ce contexte que Renault annonce sa volonté de tripler
les ventes de Dacia en France pour atteindre 5% du marché français, soit
100000 unités.
Et tout cela bien sûr sur fond de mise en concurrence des états et des
territoires sommés de faire monter les enchères pour obtenir la
localisation de telle ou telle production et ce avec l’appui de la
commission européenne.
Comment ne pas voir en effet que la politique de l’euro fort et du
crédit cher de la BCE contribue à cette mise en concurrence ? Comment ne
pas noter qu’en même temps que Sarkozy et Ghosn promettaient la
pérennisation du site de Sandouville et qu’aucun site Renault ne
fermerait en France, était annoncée une réforme de la Taxe Professionnelle.
Conséquences sociales pour les salariés, conséquences budgétaires pour
les collectivités locales, mais aussi conséquences pour le budget de
l’Etat.
Ne convient-il pas de s’interroger, en particulier, sur les conséquences
environnementales et les gâchis qu’engendrent ces politiques de
délocalisations qui se traduisent en transport maritime et de faire un
bilan précis de ce que coûtent ces importations internes aux groupes, à
la balance commerciale de la France.
L’INDUSTRIE AUTOMOBILE
EST FACE A DES ENJEUX LOURDS
L’industrie automobile est au carrefour d’enjeux. Elément du droit à la
mobilité individuelle et familiale, la voiture doit aussi prendre en
compte les enjeux écologiques, le développement durable et construire
les bases d’une nouvelle industrie.
Mais si la montée en puissance des véhicules hybrides et électriques
sera de plus en plus une réalité, les motorisations « traditionnelles »
ont encore de longues années devant elles ! Cela signifie que les
efforts doivent se poursuivre pour améliorer les performances ; cela
justifie donc la plus grande attention aux chaînes industrielles qui
participent à ces avancées.
Je pense par exemple à tout ce qui concourt au développement de
l’électronique embarquée et aux risques que courent ces activités de
pointe, au hasard de délocalisations voire aussi de choix de
localisations de production.
Mais les nouvelles technologies sont autant de mutations.
Ainsi, les nouveaux moteurs hybrides, électriques, à hydrogène, comme
les nouveaux matériaux, les types de propulsion, visant à réduire les
émissions de gaz polluants constituent de formidables enjeux en matière
de recherche, comme en matière de filières industrielles et donc d’emplois.
Ces mutations s’inscrivent dans la mutation plus large qui affecte tout
le secteur des transports. Et si cela ne saurait se circonscrire à la
seule Europe, prenons garde à ce que cela ne se fasse pas ailleurs qu’en
Europe ! Prenons garde, par exemple à ce qu’autour de Flins, où est
envisagée la construction du véhicule électrique de Renault, ce soit
bien une filière industrielle complète qui se mette en place et nous
pensons bien évidemment à la fabrication des batteries nécessaires.
Dès lors, et parce que l’on ne saurait laisser de telles questions
évoluer au gré des intérêts ou des stratégies des groupes, c’est bien en
termes d’enjeux publics qu’il faut les aborder, au niveau national comme
au niveau européen et sans doute même au niveau mondial. Comment, par
exemple, continuer de fermer les yeux sur le fait que nos véhicules les
plus polluants – en particulier les véhicules d’occasion – continuent
d’aller polluer les pays en voie de développement, sans aucun contrôle.
Constatons d’ailleurs que le parc vieillit – l’âge moyen est de 8 ans –
ce qui signifie qu’alors que le Grenelle vise l’obligation de réduire
les émissions de gaz à effets de serre, une grande partie du parc est
composée de véhicules à fortes voire à très fortes émissions.
Nous proposons donc la mise en place d’un dispositif encourageant le
remplacement de ces voitures les plus anciennes.
C’est une responsabilité publique qu’il convient d’instituer, afin de
peser sur les choix stratégiques des grands groupes en matière de
développement des modes de transport, ce qui inclut l’automobile.
Cette responsabilité publique doit inclure les questions posées par la
politique européenne de l’euro fort et de crédit cher de la BCE qui
contribue à la désindustrialisation de la zone euro.
L’Europe, comme le rappelle fort justement Jacky Hénin, ne peut avoir
pour seuls horizons les services qu’ils soient financiers ou à la
personne. C’est d’une véritable mobilisation qu’il s’agit pour faire
face aux enjeux environnementaux et pour s’assurer que les filières
industrielles se mettent en place, avec des politiques de formation,
pour des emplois stables et de qualité, allant des équipementiers aux
bureaux d’étude, en passant par les centres d’assemblage, afin de
répondre aux besoins des populations.
En France même, l’importance historique de l’industrie automobile et le
symbole que constitue Renault ont été confirmés. L’émotion soulevée par
la possibilité de la fermeture d’un site, celui de Sandouville, a montré
que, même privatisé, Renault reste Renault. Et Carlos GHOSN a dû
s’engager à ne pas fermer de site en France !
Sauf que ce n’est là qu’une promesse qui ne pèse guère face aux intérêts
financiers des groupes.
C’est pourquoi, eu égard à l’importance stratégique du secteur, nous
proposons que l’Etat passe de 15% à la minorité de blocage (soit 34%) ; cet effort,
aujourd’hui, ne représente guère plus de 3 milliards d’euros et
donnerait à l’Etat la possibilité de s’opposer à des choix stratégiques
lourds de conséquences.
Mais cela serait sans doute vain si cela ne s’accompagnait pas de droits
nouveaux pour les salariés et pas seulement chez Renault, pas seulement
dans l’automobile, mais dans toutes les entreprises, tant on sent bien
qu’aujourd’hui, les défenseurs de notre tissu industriel, ce sont les
salariés.
Enfin, comment ne pas voir combien pèse aujourd’hui l’absence de
stratégies publiques, à tous les niveaux, pour combattre les logiques
des grands groupes.
Qu’il s’agisse des Fonds Régionaux pour l’Emploi et la Formation, des
crédits bonifiés de la Banque Européenne d’Investissement, de
l’organisation d’un pôle public d’institutions financières au service de
l’emploi, de la formation et de la croissance réelle, tout doit être mis
en œuvre pour promouvoir une économie non dominée par les objectifs
financiers.
Les communistes, leurs élus, sont aux côtés des travailleurs de la
filière automobile menacée aujourd’hui par la course aux dividendes.
Leurs analyses et leurs propositions ne sont pas à prendre ou à laisser,
elles sont soumises à la réflexion et à la discussion des salariés, de
leurs organisations syndicales.
Plus largement, elles ont vocation à permettre à la gauche non seulement
de se positionner sur cette question de l’avenir d’une industrie
automobile en France et en Europe, mais d’en faire aussi un axe de lutte
et de projet.