
Renault invente le
contrat social "de crise"
Sous
couvert d’améliorer l’indemnisation du
chômage partiel, le constructeur
s’exonère en réalité de
toute participation financière.
Chez
Renault, le chômage partiel n’épargnera
personne en 2009. Ni les
ouvriers - qui en ont malheureusement l’habitude, ni les
cadres. Une
première. Lors d’une réunion de
négociation salariale annuelle
organisée en début de semaine, la direction du
groupe - qui table sur
une baisse d’activité à venir de
20 % - a annoncé le gel des
augmentations de salaire en 2009, mais aussi et surtout
« l’extension
du chômage partiel à l’ensemble du
personnel, toutes catégories
confondues ». Magnanime, le constructeur propose,
avec ce « contrat
social de crise », d’indemniser le
chômage partiel à hauteur de 100 %
par le biais d’un dispositif qu’il qualifie de
« collectif et
solidaire » : à savoir
solliciter les cadres et ingénieurs qui devront
abonder un fonds en donnant des jours de RTT ou de congé.
Jusqu’à
présent, seuls les agents de production étaient
touchés par
des mesures de chômage partiel et ils étaient
indemnisés à hauteur de
80 % du salaire net grâce à un accord
d’entreprise qui garantissait
10 % de plus que l’indemnisation légale.
Un prélèvement de 0,15 % sur
tous les salaires alimentait un fonds spécial pour financer
cette
indemnisation. Désormais, avec ce
« contrat social de crise », les
agents de production et de maîtrise pourront toucher
100 % de leur
salaire grâce à un « fonds de
gestion de crise » alimenté par leurs
jours de RTT, congés et heures de formation. Quant aux
cadres et
ingénieurs, qui ne peuvent voir leurs salaires
amputés de fait d’un
accord de la branche métallurgie, ils devront donner un jour
de RTT
pour quatre jours chômés, dans la limite de huit
jours.
L’entrée en vigueur et
la durée du dispositif restent encore à
déterminer, que d’ores et
déjà les représentants du personnel,
qui
prévoient 20 à 50 jours de chômage en
2009, dénoncent une supercherie.
« Nous sommes loin d’une indemnisation
à 100 % », calcule Fabien
Gâche,
délégué central CGT de Renault.
« La direction propose d’indemniser le
salaire des agents jusqu’à 90 %, rectifie
le syndicaliste. Sauf qu’il
s’agit là du salaire net de base, hors primes
(casse-croute, temps
d’habillage, travail d’équipe, etc.). Or
pour un salarié en début de
carrière ayant 5 ans d’ancienneté, ces
éléments représentent 13 % du
salaire brut. Cela fait donc, au total, 23 % de perte de
rémunération », assure-t-il.
Pour obtenir une rémunération nette à
100 %, les salariés auront comme seule solution la
possibilité de
prendre sur leurs congés individuels et
éventuellement leurs heures
capitalisées de formation. « Encore
faut-il en avoir », souligne le
cégétiste. Une partie non négligeable
des salariés de Renault ont en
effet déjà utilisé ce capital pour
absorber les périodes précédentes de
chômage.
Renault peut se targuer d’inventer
le chômage partiel solidaire.
Sauf que là encore, seuls les salariés mettent la
main à la poche.
Selon la direction, l’État accepterait
d’ajouter 1,75 euro aux 3,33
euros du montant forfaitaire versé par heure et pour chaque
salarié au
chômage. « A ce qu’on sait,
Renault ne participe à aucune amélioration
de l’indemnisation chômage. En revanche, ce
qu’on voit, c’est le gain
qu’elle récupère par cette
opération », poursuit le
délégué. De fait,
le prélèvement de jours pour les cadres et la
monétisation des congés
et des CEF (contrats emploi formation) pour les agents lui permettront
de ne pas payer de cotisations sociales. « Et,
calcule la CGT, de
gagner au moins 200 millions d’euros. »
Réagir :
|