Sarkozy veut achever le droit de grèveLors
de ses vœux aux « forces économiques » à Vesoul, le chef de l’État a
fustigé les événements de la gare Saint-Lazare. Profitant de la
polémique, l’UMP deposera une proposition de loi
HAUTE TENSION À LA SNCF Blocage total du trafic,
évacuation et fermeture
toute la journée
d’une gare qui accueille
quotidiennement
quelque 400 000 voyageurs :
s’ajoutant à une série déjà
longue de dysfonctionnements
touchant la SNCF, les
événements survenus mardi à
Paris-Saint-Lazare, sur fond
de conflit social, resteront
sans doute longtemps dans
les annales. Surfant sur la vive
émotion suscitée dans l’opinion
publique, plusieurs responsables
politiques ont saisi
l’occasion pour désigner l’entreprise
publique à la vindicte
et s’en prendre à ses personnels.
UNE « CHASSE AUX SORCIÈRES » INSTAURÉ PAR LA DIRECTIONL’amalgame était fait, dans ces réactions, entre deux événements distincts : d’un côté, l’agression, lundi soir, en gare de Maisons-Laffitte, d’un conducteur de la ligneA du RER, qui a provoqué un arrêt de travail spontané des cheminots, amenant les responsables de la gare Saint- Lazare à en fermer les accès par mesure de sécurité ; de l’autre, le mouvement de grève mené depuis un mois par des conducteurs dans ce même secteur de Paris-Saint- Lazare. Pas de lien entre les deux, pour les dirigeants de la SNCF, alors que, pour le syndicat SUD rail, au contraire, l’agression s’inscrit dans le climat de « chasse aux sorcières » instauré par la direction autour de ce conflit. Selon Lionel Jorand, délégué de SUD, le conducteur attaqué a d’ailleurs été traité de « sale gréviste ». Ces événements sont en
tout cas révélateurs du haut
niveau de tension atteint dans
les relations sociales à la
SNCF. À l’origine, des
conducteurs qui contestent
les conditions dans lesquelles
l’entreprise a décidé, mi-décembre,
de mettre en place de
nouveaux horaires et d’augmenter
le nombre de trains
sur la région Ouest. Faute
d’une augmentation des effectifs,
ils dénoncent une dégradation
de leurs conditions
de travail, mettant aussi en
jeu la sécurité des usagers.
LA SNCF EST DE PLUS EN PLUS COMME UNE ENTREPRISE PRIVÉERestent les interrogations sur la longueur et l’acuité de ce conflit. Difficile de s’en tenir, comme l’a fait la direction, à la seule thèse d’une « surenchère » entre syndicats dans la perspective d’élections professionnelles, prévues dans deux mois. L’ensemble des syndicats s’accordent à mettre en cause une stratégie patronale, guidée par l’ouverture à la concurrence (prévue en 2012), conduisant la SNCF à se conduire de plus en plus comme une entreprise privée, à comprimer à tout prix les moyens humains et matériels, au détriment du service public et des conditions de travail des cheminots. Tandis que l’État poursuit son désengagement financier. |