Tempête Klaus : les questions en suspend


Dix jours après le passage de la tempête Klaus, des questions demeurent. Indemnisation par les assureurs, financement des services publics pour faire face, avenir de la filière bois,…
L’Humanité rouvre le dossier dans son édition de mercredi.
A lire notamment, « L’argent des banques doit servir à réparer les dégâts », entretien avec Michel Larrat, vice-président régional d’Aquitaine chargé de la filière bois de 1998 à 2004.

Quelques jours après le passage de la tempête, quel est le bilan pour la forêt landaise ?

Michel Larrat. Les dégâts sont supérieurs à 1999. Cela concerne au moins 30millions de mètres cubes de la forêt d’Aquitaine. C’est-à-dire au moins cinq années de récolte annuelle. Le massif de pins maritimes fait un million d’hectares et chaque année, ce sont de dix à douze mille hectares qui sont exploités. Certains ont dix ans, d’autres trente-cinq ans. Pour celui qui avait des bois mûrs, c’est une perte énorme. Aujourd’hui, on peut être sûr que d’ici à vingt ans, il y aura une pénurie importante de matière première notamment pour faire du bois d’œuvre.

Quelles sont les caractéristiques de cette tempête ?

Michel Larrat. Il y a le bois arraché à la racine et celui qui a été coupé à trois ou quatre mètres, ce qui d’ailleurs pose problème pour la conservation. La plupart sont des pins maritimes. S’ils ne sont pas traités immédiatement, ils bleuiront. La période de sève montante n’a pas encore commencé. Elle ne devrait pas tarder. Il y a donc urgence à le traiter, à le sortir des parcelles et à le stocker. Avant la tempête de 1999, nous n’avions pas de système de mécanisation pour la sortie du bois. Après 1999, nous avons commencé à développer des moyens plus efficaces. Il y a dix ans nous n’avions que 50abatteuses, aujourd’hui nous en avons 250. Cette méthode permet d’aller plus vite car le bois est entremêlé et les risques de chute sont importants. Les entrepreneurs de travaux forestiers ont d’ailleurs mis en place une bourse du travail.

Comment stocker tout ce bois ?

Michel Larrat. En temps normal, les unités de transformation absorbent six millions de mètres cubes de bois. À Tartas et à Facture, il y a par exemple deux grandes unités de papeterie et de chaudière à bois. La filière bois en Aquitaine représente 30000emplois. C’est le poumon vert et industriel des Landes. Avec l’expérience de 1999, on a fait la démonstration que le stockage de bois dans des aires par aspersion était possible. Il a été mis en place grâce au financement conjoint des industriels, sylviculteurs, collectivités locales et l’État. Conservés pendant quatre ans, il est apte à être transformé en pâte à papier pour le bois d’œuvre, le plaquage ou le petit-bois. Y a-t-il suffisamment d’aires de stockage ?

Michel Larrat. Non et la question consiste justement à travailler à l’ouverture de nouvelles aires. Il en existe une à Mimizan, aujourd’hui fermée, et qui avait pu stocker 400000mètres cubes de bois en 1999. Il faudrait envisager la réouverture de quatre ou cinq aires de stockage et unités de transformation, au plus près de là où les dégâts sont les plus importants. Cela pourrait accélérer la sortie du bois des parcelles. Ces aires devraient être situées près de rails et envisager là aussi la réouverture de gares ferroviaires inactives.

Qui va financer le sauvetage de la filière bois ?

Michel Larrat. Les bois appartiennent à 90% aux propriétaires privés. Le reste aux communes forestières. En ce qui concerne les parcelles structurées, il faudrait un plan Chablis comme pour la tempête de 1999. À ceci près qu’aujourd’hui, les dégâts se limitent au grand Sud-Ouest. Il faudrait un plan spécifique où sont impliquées régions, départements, communauté de commune etc. Le président du conseil régional d’Aquitaine, Alain Rousset, s’est déjà rendu à Bruxelles avec les représentants de la filière bois. Il faut que le gouvernement prenne des décisions à la hauteur des dommages. L’argent qui a servi à recapitaliser les banques doit être disponible à taux zéro pour financer la réparation immédiate des dégâts. Si une décision politique n’intervient pas, la valeur du bois risque une chute brutale des cours. Pour les communes forestières, elles ne sont pas assurées. Elle ne pourraient guère supporter le coût sans aide de l’État.

Entretien réalisé par Ixchel Delaporte