Un plan de rigueur qui ne dit pas son nom
Dans
la tourmente du capitalisme qui rend toutes ses prévisions économiques
aléatoires, le gouvernement tient sa ligne de communication. Si la
croissance n’est pas au rendez-vous, comme le prévoit le FMI (0,2 %
pour 2009, au lieu d’1 % selon le gouvernement), mieux vaut laisser
filer les déficits que de demander aux Français de se serrer à nouveau
la ceinture, clame-t-il en substance lors de la discussion du budget de
l’État pour 2009 à l’Assemblée nationale. Une présentation faite pour
désamorcer les accusations de rigueur budgétaire, au moment où le
gouvernement fait montre d’un laxisme coupable aux yeux de l’opinion
vis-à-vis des banquiers qui ont mis l’économie en faillite. 79 % des
Français considèrent en effet, selon un sondage BVA pour les Échos et
France-Inter, que « si l’État peut prêter 40 milliards aux banques, il
peut en accorder un peu plus pour les plus démunis ».
Pas de crise pour les riches
En réalité, le projet de loi de finances pour 2009 se situe dans la
plus pure orthodoxie libérale de ses prédécesseurs, accélérant
l’austérité pour le plus grand nombre et les largesses fiscales pour
quelques-uns. Ainsi, s’il n’est pas question, selon le rapporteur
général du budget, Gilles Carrez (UMP), « de compenser d’éventuelles
moins-values des recettes par des économies supplémentaires ou par un
alourdissement de la pression fiscale », le « principe d’une
stabilisation en volume des dépenses de l’État » est reconduit. Cela se
traduit par une absence totale de marges de manoeuvre budgétaires pour
faire face à la crise, de toute façon déjà « préemptée » par
« l’augmentation de la charge de la dette de l’État de 2,7 milliards ».
En cause, le dogme de la « modération de la dépense » maintenu
contre vents et marées. Ces économies se feront principalement par la
mise en oeuvre de la révision générale des politiques publiques (RGPP)
(sans que, bizarrement, aucun chiffrage ne soit disponible, note Gilles
Carrez) et la réduction des effectifs de la fonction publique de
l’État. À noter pour cette dernière que s’ajoutent les 30 529
suppressions de postes programmées auprès de 50 000 équivalents temps
plein en moins transférés ou décentralisés à d’autres - opérateurs ou
collectivités, soit une réduction de 77 407 postes, pour une économie
de 776 millions d’euros en 2009.
Côté recettes, là non plus, pas de changement de cap. Le « paquet
fiscal » monte en puissance, avec 5,4 milliards d’euros de moins-value
sur les rentrées fiscales en 2009. En pleine crise, plus de 3,2
milliards (+ 200 millions) seront consacrés aux baisses d’impôt sur la
fortune (ISF) et au « bouclier fiscal », ainsi qu’aux allégements de
droits de succession. Un coût trois fois supérieur aux suppressions
d’emplois mentionnées précédemment… Mais le gouvernement va plus loin
dans les cadeaux au capital, en programmant la disparition sur trois
ans de l’imposition forfaitaire annuelle (IFA) sur le chiffre
d’affaires, au rendement annuel de 1,6 milliard. Dans un premier temps,
seules les entreprises dont le chiffre d’affaires est inférieur à 1 500
000 euros ne paieront plus l’IFA, en attendant sa suppression pure et
simple en 2012. Une perte de recettes estimée à 336 millions d’euros
pour 2009.
foi de charbonnier
« Vous nous présentez un budget comme si rien ne s’était passé, un
budget complètement dans la lignée des précédents et qui ont contribué
de fait à alimenter la crise, par la réduction de l’investissement
public et des services publics, la poursuite des exonérations de toute
nature favorisant l’accumulation du capital sans contreparties -
exigées en termes de développement économique, d’emplois rémunérés, de
progrès social », a accusé hier Jean-Claude Sandrier (PCF). « Le
blizzard est venu, et voici le gouvernement fort dépourvu, a commenté
de son côté le président de la commission des Finances, Didier Migaud
(PS). Quelles sont donc les variables d’ajustement d’un budget qui
repose sur des hypothèses quelque peu chancelantes ? On imagine une
baisse des dépenses d’intervention et un tour de vis demandé aux
collectivités territoriales. » Pour lui, « s’il y a la crise
financière, qui peut justifier un assouplissement des critères de
Maastricht, il y a surtout les politiques budgétaire et économique qui
sont menées et ne sont manifestement pas les bonnes ». Face aux
critiques, le ministre du Budget affiche la foi du charbonnier. « Nous
voulons parvenir à l’équilibre des finances publiques, et nous y
arriverons ! Les circonstances mondiales peuvent nous conduire à
modifier tel ou tel paramètre, mais rien n’est changé en ce qui
concerne les objectifs ou les délais pour les atteindre », a déclaré
Éric Woerth.
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