17/12/2009

Vraiment finie, la crise ?

Chômage, plans d’austérité, spéculation, gâchis de fonds publics  : comment les multinationales et les grands pays capitalistes jettent de l’huile sur le feu de la crise et créent les conditions de nouvelles déflagrations encore plus graves. Un cocktail explosif qui accroît le besoin de réformes radicales.

1 Finie la crise  ? Pas pour les peuples en tout cas.

Partout l’heure est aux plans d’austérité. En France, le gouvernement programme une baisse de la dépense publique sur plusieurs années et une nouvelle attaque contre la protection sociale, entend réduire l’emploi public, transforme la fiscalité au détriment des ménages et au profit des entreprises.

2 Une croissance poussive.

«  La reprise est bien là  », nous dit-on, mais l’on est loin du compte. Si les pays émergents ont des taux de croissance élevés, ceux de la zone euro n’ont toujours pas retrouvé leur activité de 2007. Aux États-Unis, la conseillère économique d’Obama déclare  : «  La récession… va mettre longtemps à se dissiper.  »

3 La pauvreté et le chômage au sommet.

En avril 2009, l’Organisation internationale du travail indique que le chômage mondial pour 2009 pourrait dépasser de 30 à 50 millions le niveau de 2007. Les États-Unis ont perdu 7,5 millions d’emplois en un an et le taux de chômage navigue désormais autour de 10 %. En France, d’ici à la fin de l’année, le taux de chômage devrait remonter, selon l’Insee, à 9,7 %, soit unbond d’environ deux points en un an. Il devrait encore grimper.

4 Menaces sur la dette publique et privée.

Selon l’agence de notation Moody’s, 2010 sera une année «  tumultueuse  » pour les titres de dette des États. Du côté des entreprises, l’agence n’est pas plus optimiste. Pour elle, les perspectives très médiocres de l’investissement des entreprises européennes, la poursuite de la hausse du chômage, des conditions d’octroi de crédit par les banques toujours restrictives, le risque d’une hausse des taux d’intérêt et des impôts et un euro toujours fort laissent présager une poursuite des risques de défaillance.

5 Les profits et la spéculation repartent.

Tous les acteurs économiques ne sont pas à la même enseigne. Ainsi, l’on apprend par une étude effectuée par l’un de ces fonds que les actifs des fonds spéculatifs (hedge funds) ont repassé la barre de 2 000 milliards de dollars (1 361 milliards d’euros) pour la première fois depuis un an, augmentant de 3,4 % en novembre. Après les reculs enregistrés en 2008 et début 2009, les spéculateurs repartent à la chasse. Sur les actions, les titres de dette publique, et aussi l’or, les matières premières. L’énorme accumulation financière de capitaux réalisée avant la crise est loin d’être dégonflée. Si l’on établit l’année 1990 sur la base 100, le PIB mondial était à l’indice 179 fin 2007 et 184 fin 2008, la capitalisation boursière est montée à l’indice 685 fin 2007 et est restée à un haut niveau en pleine crise puisqu’elle était à l’indice 491 fin 2008. En France, la plupart des sociétés du CAC 40 programment un redressement de leurs résultats au second semestre 2009. Au premier elles ont tout de même, au cœur d’une récession sans précédent depuis la crise des années 1930, réalisé 21 milliards de bénéfices. Un redressement des profits obtenu contre l’emploi et les salaires.

6 Les États en soutien à la rentabilité des capitaux.

Ce redressement des profits s’est fait grâce aux aides publiques. La Cnuced, organisme de l’ONU consacré au développement, affirme  : «  Si on regarde la situation des finances publiques des principales économies, Asie comprise, on peut voir que (ces pays) luttent actuellement contre la maladie avec les mêmes moyens que ceux qui l’ont provoquée.  » Les aides publiques massives (5 000 milliards de dollars) et les liquidités accordées aux banques et aux grands groupes sans conditionnement en faveur de l’emploi et des salaires ont eu un double effet. Elles ont certes sauvé le système financier mais elles lui ont aussi fourni du carburant pour relancer la machine à profit. Au cœur des risques, il y a la soif de rentabilité des marchés et des groupes. Dans une étude datée de novembre, la banque Natixis note que «  si l’exigence de rendement du capital n’est pas réduite  », on risque dans les entreprises non financières d’assister à une «  baisse des salaires  », jugée «  seul moyen pour accroître la profitabilité et rétablir la rentabilité exigée du capital  ». Les experts estiment que «  la baisse des salaires commence à apparaître aux États-Unis, en Italie, qu’il y a freinage des salaires en Allemagne, en France  ». Emploi, salaires…, face au déluge que certains préparent, on ne peut se contenter d’ouvrir son parapluie. Le besoin de réformes radicales se fait sentir.