Celanese
est une entreprise chimique de trois cent cinquante salariés située à
Pardies, en Béarn, à proximité du fameux gisement de Lacq. Issue de
Rhône-Poulenc, groupe nationalisé puis privatisé, vendue en 1995 à un
privé canadien avec des fonds de pension. Dix ans plus tard et un plan
social de cent personnes toujours avec des fonds de pension, rachat de
l’usine par le chimiste mondial Celanese. Il faut voir comme elle est
belle, cette usine qui tourne à plein régime. Nouvelles technologies,
procédures, organisations, nouveau système informatique, un seul
leitmotiv : adaptation. Le rouleau compresseur avance sans états d’âme.
Début du formatage des salariés à la méthode, à la culture américaines.
Toujours à plein régime, Celanese la belle semble généreuse.
Intéressement, participation, augmentations de salaire, tout le monde y
croit, s’investit, se donne à fond. Que peut-il lui arriver ? Rien. Une
entreprise utile pour la pharmacie, les textiles, peintures, colles,
filtres à cigarettes…
Rentable, très rentable, 20 % par an !
Nécessaire, 90 % de la production d’acide acétique alimente
l’Europe. Puis la première ride apparaît. Réorganisation, suppressions
de postes, externalisation en Hongrie des services comptabilité des
usines européennes. Tout s’accélère et le maquillage disparaît. Un
nouveau plan de réorganisation est envisagé : réduction de 20 % des
effectifs. Non-remplacement des départs en retraite, préretraites et
zéro intérimaire. À huit mille kilomètres de la France, depuis Dallas,
on presse, on compresse toujours pour que l’or sorte du pressoir.
Premières escarmouches avec la CGT, le syndicat largement
majoritaire, et report de mois en mois de la présentation officielle du
même plan pour arriver à l’automne 2008 avec les signes avant-coureurs
d’une crise financière qui ne nous concerne pas, ne peut pas nous
atteindre puisque les salariés viennent de toucher une participation
record aux bénéfices. Fin novembre, arrêts techniques. L’arrêt se
prolonge, la direction impose la prise de congés de RTT. La tension
monte avec la CGT et les salariés contre la direction. Les fêtes de fin
d’année approchent et le redémarrage est prévu pour le 2 janvier 2009,
après six semaines d’arrêt technique prolongé. Mais que fait la CGT
dans tout ça ? Depuis plusieurs années, elle a tissé avec les salariés
un climat de confiance. Elle ne les a jamais trahis, ni bercés
d’illusions. Une belle équipe CGT, soudée, organisée, proche des
salariés, qui depuis des mois sans relâche dénonce, explique tous les
dangers des réorganisations, délocalisations. Celanese annonce pour le
21 janvier de cette année une déclaration sur sa stratégie mondiale.
Inquiétudes, angoisses ressurgissent.