
Espagne : il reste beaucoup de chemin à parcourir
01/10/2011
"Nous ne sommes pas des cochons !" On désigne paraît-il
par PIG (cochon) le Portugal, l'Irlande et la Grèce, les trois
souffre-douleur du FMI, et de la Banque Centrale Européenne. A Madrid,
nos interlocuteurs, pour la plupart enseignants, militants de la Mémoire
historique, ne veulent pas être des cochons... Le PIG est une
appellation élégante de Jean-Claude Trichet, de la Banque Mondiale,
comme quoi, il est aisé de tricher avec les mots...
En cette fin septembre, la Catalogne dit adieu aux corridas, et
l'Espagne, adieu à Zapatero. Il tire sa révérence en souhaitant que la
"fin de l'ETA soit proche". Ce qui est sûr, c'est que la fin de la
retraite à 60 ans a sonné: 67 ans, avec trois piques réglementaires et
mise à mort, deux oreilles et la queue pour le bilan du PSOE. Une bien
triste "faena".
La droite jubile: promis, juré, elle ne touchera pas aux retraites;
les socialistes ont fait le sale boulot. Le gouvernement a créé, en
juin, avec le soutien de la droite, un fonds pour sauver les banques en
difficulté. Les milliers de spoliés par l'éclatement de la bulle
immobilière et les crédits-hypothèque, crèvent au soleil où sous des
cartons Puerta del Sol la nuit.
Comme les temps sont durs, le leader de la droite, Rajoy, annonce
qu'il y aura de nouveaux "recortes" (coupes budgétaires) "de droite",
après celles "de gauche" de Zapatero. Le chef de la droite exulte: les
"recortes" de Zapatero sont les plus grands de l'histoire de la
démocratie...". Le PSOE a déblayé le terrain. Pour l'instant, l'homme
Rajoy se veut rassurant: il laisse faire le poisson pilote à la
populassière présidente de la Communauté de Madrid, la si délicate
Esperanza Aguirre, qui, dans Público du 27 septembre, traite
les Indignés de "pendencieros" (chercheurs de merde). Elle les accuse de
"préparer un coup d'Etat". Rien que ça!! Pour y parer, elle vient de
jeter à la rue 3 000 enseignants intérimaires et de passer le service
des professeurs de 18h à 20h. Mme a dû lire Orwell; elle a mis en place
des "lycées d'excellence", pour élèves "excellents", de familles
"excellentes", un ghetto doré pour élites gavées à l'ultra-libéralisme.
Les parents de ces surdoués des filières "d'excellence" bénéficient
d'une réduction d'impôts de 10%. Il faut l'avoir vu pour le croire!
Comme les temps sont durs, Monsieur, la télé le martèle, et si la
télé (plus poubelle ici qu'ailleurs) le dit... la CEOE, (Merdef local),
se refuse à appliquer l'augmentation négociée des salaires pour 2012.
Les pauvres étant plus nombreux que les riches...
Le candidat de la droite en rajoute sur la nécessaire rigueur (lui
n'a pas maigri), et à tous les niveaux: il s'engage à abolir la loi
scélérate sur l'avortement et propose une "révolution du système
sanitaire". Dans la rue, des milliers de profs du secondaire défilaient
au terme d'une grève de trois jours, avec des taux de grévistes jamais
vus depuis la mort de Franco.
Zapatero, en bon cordonnier, a réduit de 5% le salaire de ces
"mamones", de ces planqués de fonctionnaires. Une réduction "de gauche".
Les professeurs du secondaire sont appelés à trois nouveaux jours de
grève, les 4, 5 et 20 octobre. Quant au roitelet et à sa Leticia Ortiz,
ils inauguraient à San Sébastian une faculté de sciences gastronomiques
... en l'absence du maire, quant à lui, élu.
Le quotidien Público du 26 septembre annonce que le
moustachu Aznar, (grand ami de Bush) des moustaches qui rappellent
l'ancien temps (son grand-père fut une sorte d'attaché de presse de
Franco) lance un guide pour s'enrichir à partir de la lutte prétendument
environnementale. Sa "fondation verte" a élaboré un système global qui
classe les pays en fonction de leur attitude para rapport au
réchauffement climatique et donc qui offrent les plus grandes facilités
d'investissements et de profits. Orwell je vous dis. 1984-2011.
Le même monsieur est devenu "con sultant" de la plus grande
multinationale de l'or (valeur refuge), la Barrick Gold, qui selon les
ONG et les organisations environnementales, est l'une de celles qui
commettent le plus de dégâts, "l'une des plus sales", à l'échelle de la
planète (projet Pascual Lama à la frontière Argentine-Chili, qui a déjà
provoqué une diminution importante des glaciers, et une augmentation des
profits de la "Barrick" au 1er semestre 2011: 2 160 millions de
dollars; Les glaciers fondent, pas les profits.
Et Monsieur Rajoy ne veut plus entendre parler de "la mémoire
historique"; la "loi de mémoire ne sert à rien". Ne ré-ouvrons pas les
vieilles plaies, voyons, les élites économiques, hier franquistes , se
sont sincèrement reconverties; assez de revanche historique , place à
la revanche sociale !! .Et laissons les 130 000 disparus Républicains ,
pour la plupart prolétaires, croupir dans les fosses communes de l'oubli
imposé.
Pour l'anecdote, un juge, à Séville, a ordonné que soit rétablie,
dans une rue, la plaque portant le nom d'un aviateur franquiste: José
Maria Osborne. Osborne. Trinquons à la santé des symboles immortels de
l'Espagne! La coalition Izquierda Unida, seule gauche authentique, avec
quelques petits autres groupes, est donnée à 6%. Bipartisme ou parti
unique à deux têtes?
"El pueblo, jodido/ un día será mayoría"...
(Le peuple, baisé/ sera un jour majorité)
Sí, pero queda mucho por andar
(il reste beaucoup de chemin à parcourir).
Jean Ortiz |