Justice: le gouvernement trouve un bouc-émissaire

17/02/2011

Le directeur inter-régional des services pénitentiaires (DISP) de Rennes doit être démis de ses fonctions par le ministre de la Justice Michel Mercier. Ce renvoi permet de justifier les accusations de dysfonctionnement de la justice proférées par Nicolas Sarkozy dans l'affaire Laëtitia Perrais.

Le ministère de la Justice a trouvé celui qui va payer. Les rapports d'enquête n'ayant pu déceler de faute de la part ni des magistrats, ni des policiers, dans le suivi de Tony Meilhon, le meurtrier présumé de Laëtitia Perrais n'ayant commis de faute, c'est le directeur interrégional des services pénitentiaires (DISP) de Rennes qui va trinquer.
"Au vu des conclusions des inspections sur l'affaire", il va bientôt être limogé par Michel Mercier. Ce ministre, jusqu'alors aux abonnés absents explique, explique via un communiqué publié ce jeudi après-midi qu'il "constate que (...) le directeur interrégional des services pénitentiaires de Rennes n'est plus en mesure d'exercer son autorité dans des conditions compatibles avec l'intérêt du service."

  • Le couperet tombe sur le maillon le plus isolé

La Chancellerie se fonde sur le rapport d'enquête consacré au suivi, par le Service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP) de Nantes, du meurtrier présumé de Laetitia Perrais, Tony Meilhon. Dans ses conclusions, ce rapport aurait révélé des "carences manifestes": problèmes de "liaison" entre milieu fermé et milieu ouvert, "mauvaise utilisation des moyens informatiques", "choix inadaptés sur l'affectation des moyens", "charges de travail lourdes"... Les inspecteurs ont relevé aussi que les conclusions d'un audit mené sur ce SPIP, transmises en septembre 2010 à la direction interrégionale des services pénitentiaires, n'avaient pas été prises en compte. "Ne laissons pas les SPIP être les fusibles de la justice!", a dénoncé le syndicat de travailleurs pénitentiaires Snepap-FSU dans un communiqué diffusé avant l'annonce de la sanction. "Pour éviter de mettre le feu aux poudres dans le monde judiciaire (...) il suffisait de faire tomber le couperet sur les plus isolés: l'encadrement du SPIP et de la DISP". "Il n'y a qu'une sanction mais c'est une de trop", a réagi Clarisse Taron, présidente du syndicat de la magistrature (SM). "Quelles sont les fautes exactes de cette personne ? A la lecture du rapport, c'est très ténu", ajoute-t-elle.

  • Nicolas Sarkozy instrumentalise encore l'affaire

La mise à l'écart du directeur interrégional des services pénitentiaires de Rennes apporte un petit grain à moudre à la mise en cause de la justice dans cette affaire par Nicolas Sarkozy. Avant même que soient connues les conclusions des enquêtes internes, le président de la république avait promis des "sanctions" pour les "fautes" et "dysfonctionnements" ayant permis, selon lui, la remise en liberté sans suivi de Tony Meilhon, un délinquant multirécidiviste, principal suspect du meurtre de la jeune fille de Pornic (Loire-Atlantique). Ses accusations avaient déclenché avec ses propos un mouvement de protestation inédit du monde judiciaire qui, depuis des années, tire la sonnette d'alarme quant à son manque de moyens. Le chef de l'Etat continue d'instrumentaliser l'affaire. Il devait rencontrer ce jeudi soir la famille d'accueil de la jeune fille pour lui donner des explications.

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