Les cheminots veulent stopper 

la casse de la SNCF

06/04/2010
Fret, concurrence, externalisation de l’informatique, emplois et salaires sont au cœur du mouvement de grève qui débute ce soir, à 20 heures. La CGT accuse la SNCF d’avoir fait sciemment échouer les négociations prévues dans les préavis.

La grève à la SNCF commence ce soir, à 20 heures. À l’heure où ces lignes étaient écrites, l’entreprise n’avait pas communiqué ses prévisions de trafic mais celui-ci s’annonce d’ores et déjà perturbé. SUD Rail a déposé un préavis reconductible pour l’ensemble des services. La CGT en a déposé sept. Trois sont reconductibles toutes les vingt-quatre heures. Ils concernent les agents de conduite, les contrôleurs et les agents du fret quel que soit leur métier. Les quatre autres sont de vingt-quatre heures et concernent les autres activités de l’entreprise publique.

Réduction des capacités de Fret

Les cheminots sont appelés à faire grève pour obtenir « un moratoire » sur la restructuration du fret. Rendu public le 29 janvier dernier par l’Humanité, ce plan table sur des pertes de trafic d’un volume de 616 000 wagons à l’horizon 2011, soit un tiers du total transporté en 2009 par Fret SNCF. 255 000 wagons seront purement et simplement abandonnés par l’entreprise, qui a décidé de ne plus assumer le wagon isolé (trains comprenant des wagons affrétés par plusieurs expéditeurs pour plusieurs destinataires) mais aussi de renoncer à certains trains entiers (un seul expéditeur et seul destinataire pour l’ensemble du convoi) car jugés insuffisamment rentables en raison d’une faible fréquence de circulation. Ce plan prévoit aussi la réduction des capacités de Fret SNCF. Sur onze grands triages existants, seulement trois seraient maintenus, dont un seul en région parisienne. La CGT dénonce un projet contraire aux objectifs de report du transport de marchandises de la route vers le rail fixés par le Grenelle de l’environnement. En 2007, le président de la République fixait pour objectif d’augmenter de 25 %, d’ici à 2012, la part du ferroviaire dans le fret. Or avec ce plan, ce sont 500 000 camions supplémentaires qui seront jetés sur les routes de France. Ainsi, selon une étude interne baptisée Carbone 4, 300 000 tonnes supplémentaires de gaz à effet de serre équivalent CO2 seraient rejetées chaque année. La CGT accuse enfin la SNCF de transférer l’activité fret ferroviaire vers ses filiales privées de transport routier. Après avoir racheté Géodis, l’entreprise s’apprête en effet à acquérir les transports Giraud.

Agents de conduite et contrôleurs sont appelés à se mobiliser spécifiquement sur la réorganisation de leurs métiers qui visent à dédier ces personnels à l’exploitation d’une ligne en particulier. La direction prépare ainsi la mise en œuvre de la concurrence dans le transport de voyageurs. En cas de perte d’exploitation d’une ligne, elle souhaite pouvoir transférer à son concurrent l’ensemble des personnels roulants y étant attachés. Pour la CGT, ce projet est inacceptable car il préfigure « l’éclatement de l’entreprise publique ».

Avec cette grève, la CGT veut essayer également de contrer le projet d’externalisation de l’informatique de la SNCF. Le 11 janvier dernier, malgré l’opposition des élus salariés, le conseil d’administration a examiné et adopté la création d’une filiale commune avec le géant américain IBM. Billetterie, gestion des circulations et de leur sécurité, organisation du travail. La CGT dénonce « une perte de contrôle » de l’entreprise. En outre, elle craint que cette décision ne permette à la multinationale de l’informatique de faire « main basse » sur les données confidentielles des clients et le savoir-faire des équipes de la SNCF. Enfin, le syndicat estime que 2 100 emplois directs et 2 000 emplois indirects dans la sous-traitance sont menacés par « des délocalisations offshore (hors du territoire national) ».

L’emploi est une revendication transverse à l’ensemble des préavis. La CGT, qui accuse la direction de vouloir supprimer 7 657 emplois d’ici à 2012, espère que cette grève permettra d’infléchir cette politique. Elle revendique ainsi l’embauche au statut de 2 000 cheminots en 2010 .

Création d’un véritable 13e mois

Côté salaire, le torchon brûle également avec la direction. Celle-ci a concédé une hausse de 0, 9 % en 2010 alors que l’inflation, selon l’Insee, devrait atteindre 1, 3 % pour le seul premier semestre. La CGT revendique une hausse de 6 % « pour rattraper les pertes de pouvoir d’achat enregistrées ces dernières années ». Elle exige aussi la transformation de la prime de fin d’année en véritable 13e mois et une revalorisation du salaire d’embauche pour le porter à 1 600 euros brut par mois. Pour les retraités, elle réclame également un retour à l’indexation des pensions sur les salaires des actifs.