
Espagne. « Il faut des réponses rapides pour les victimes de la crise »
Ramon Gorriz est secrétaire
confédéral de Commissions ouvrières (CCOO)
à l’action syndicale.
Envoyée spéciale.
Comment les Commissions ouvrières analysent-elles la situation de crise ?
Ramon Gorriz. Depuis plusieurs années, nous avons relevé la gravité
du modèle productif espagnol, d’une croissance économique basée sur un
boom immobilier, gavé par les faibles taux d’intérêt, et l’endettement
des économies familiales. L’Espagne compte plus de 4 millions de
chômeurs dont un million ne perçoivent aucune prestation. Il faut des
changements urgents
et, en premier lieu, apporter toute l’attention qu’il se doit aux
individus. Nous avançons l’idée d’un pacte social pour l’emploi, la
protection et la cohésion sociales, et pour l’économie, afin de
déboucher rapidement sur une réforme qui augmenterait les prestations
de chômage. Au-delà, il faut poser les bases d’un changement de modèle
productif.
Les dernières mesures gouvernementales avancent-elles en ce sens ?
Ramon Gorriz. Dans le cadre du débat sur l’état de la nation, le
discours du président du gouvernement a été décevant. Zapatero n’a
absolument pas parlé de politiques sociales, de dialogue social entre
les syndicats, le gouvernement et le patronat. Des mesures annoncées
sont graves, comme celle visant à réduire les dépenses publiques. Il
convient aussi de changer la politique de défiscalisation de la rente
du capital, et imposer des régulations dans le système financier.
Comment changer de modèle productif ?
Ramon Gorriz. Dans un premier temps, il faut soutenir des secteurs
qui ont favorisé la croissance mais également asseoir un plan de choc
dans les secteurs de demain : la haute et moyenne technologie, les
transports… Quel modèle énergétique voulons-nous ? Quel modèle de
développement de l’État social dans le cadre de la loi de dépendance
(d’aides aux personnes âgées) ? Il faut une politique universelle de
services sociaux qui soient réellement publics. Il n’y aura pas non
plus de changement de modèle, s’il n’y a pas un renforcement du système
éducatif et de la formation professionnelle en lien avec les secteurs
productifs.
Depuis 2002, l’Espagne n’a pas connu de fortes mobilisations sociales nationales. Pourquoi ?
Ramon Gorriz. Les appels aux grandes manifestations ou grèves
générales, sous des gouvernements socialistes comme de droite, se
voulaient une réponse aux agressions contre les droits des
travailleurs. Aujourd’hui, s’il y a la moindre destruction des droits
syndicaux, comme le souhaite le patronat, il ne fait aucun doute qu’il
y aura réaction. Nous allons présenter avec l’UGT des propositions
syndicales pour affronter la crise, et nous serons attentifs à chaque
étape de la négociation. Mais nous disons aussi qu’il faut des réponses
rapides pour les victimes de la crise.
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