
Un Code lié à l’histoire sociale de la France
29/12/2010
Adopté
en décembre 1910 sous l’impulsion du ministre socialiste du Travail
René Viviani, le Code du travail consacre un nouveau droit. Il
symbolise, aujourd’hui, un siècle de bras de fer entre patronat et
salariat.
«La liberté de penser s’arrête là où commence
le Code du travail. » Datée de 2006, cette saillie rageuse de la
patronne du Medef, Laurence Parisot, vient rappeler que le Code du
travail, dont on fête aujourd’hui le centenaire, n’est pas qu’un simple
recueil législatif et réglementaire. Le contenu de ses 3 652 articles,
répartis en huit parties, est intimement lié à l’histoire sociale de la
France et à plus d’un siècle de bras de fer entre patronat et salariat.
Adoptée sous l’impulsion de René Viviani, ministre du Travail,
député socialiste de la Creuse et cofondateur du journal l’Humanité, la
loi du 28 décembre 1910 a pour but de codifier les « lois ouvrières »
votées depuis la
seconde moitié du XIXe siècle. Ce texte, qui donna
lieu à des débats houleux à l’Assemblée entre droite et gauche, est à
la fois une étape et un aboutissement. Une étape car l’élaboration de
ce premier Code va s’étendre sur près de dix-sept ans. Et un
aboutissement car il affermit la conception même de droit du travail,
jusqu’ici embryonnaire.
Le XIXe siècle reste, en effet, marqué tout autant par l’avènement
d’un capitalisme échevelé que par les dégâts sociaux qu’il engendre.
Durant des décennies, le travail se caractérise en France par la
« liberté contractuelle » entre le salarié et l’employeur (celle qui
fait rêver aujourd’hui le Medef ! ) et dépend du seul droit civil. Les
travailleurs, femmes et enfants compris, perçoivent bien souvent des
salaires de misère et sont contraints de faire des journées de travail
démesurées (14 heures quotidiennes) sans hygiène ni sécurité. En 1840,
le fameux rapport du docteur Villermé dénonce l’état de santé
catastrophique de ces ouvriers et participe à la prise de conscience
que l’État ne peut plus laisser à la seule liberté contractuelle le
soin de régir les relations de travail. L’idée qu’il faut un droit
spécifique fait son chemin.
Le 22 mars 1841 est votée la première
des lois sociales. Elle fixe à
huit ans l’âge d’admission au travail, interdit aux
enfants les travaux
de nuit ou dangereux mais permet, en revanche, de faire travailler
72 heures par semaine ceux de douze à seize ans… De
nombreuses autres
lois vont suivre : l’instauration, en 1884, de la
liberté syndicale, la
création de l’inspection du travail en 1892, la loi de
1898 sur
l’indemnisation des salariés victimes d’accidents du
travail… Jusqu’à
l’instauration du Code, en 1910, qui va rassembler
l’ensemble de ces
lois régissant les rapports entre employeurs et salariés.
Le premier
livre sera édité en 1911. Il comporte cinq titres :
« Du contrat
d’apprentissage », « Du contrat de
travail », « Du salaire »,
« Du
placement des travailleurs » et « Des
pénalités », le tout compilé
sur…
14 pages.
Un siècle plus tard, sa fonction n’a pas varié. Comme le stipule
l’article L. 120-3, le Code du travail est là pour donner des
contreparties au « lien de subordination juridique permanent à l’égard
de l’employeur » qui caractérise tout contrat de travail. « Sitôt
franchie la porte d’une entreprise, l’employeur décide, le salarié
obéit, résume Gérard Filoche, inspecteur du travail. Le Code contraint,
en échange, l’employeur à payer non seulement l’acte productif, mais
aussi tout ce qui le permet : le repos, les congés payés, le logement,
le transport, la formation, la protection contre le chômage, les
accidents du travail, la maladie, la vieillesse. »
Quelques grandes dates jalonnent l’histoire du Code du travail. En
mars 1919 sont instaurées les premières conventions collectives. La
même année est votée la journée de 8 heures. En juin 1936, le Front
populaire proclame la semaine de 40 heures et octroie 15 jours de
congés payés. En 1946, les droits sociaux, dont le droit de grève
interdit cinq ans auparavant par le régime de Vichy, sont inscrits dans
la Constitution. En 1950, c’est la création du Smig. En 1982, la gauche
abaisse l’âge légal de la retraite à 60 ans et, en 1998, instaure la
semaine de 35 heures.
Des avancées qui ne doivent pas masquer le combat violent qui
perdure entre ceux qui veulent renforcer ce Code et ceux qui veulent
l’affaiblir. Depuis un siècle, le patronat n’a eu de cesse de dénoncer
ce « carcan ». « Vos lois sociales coulent une industrie déjà
fragile », lançait en 1909 le sénateur Eugène Touron à René Viviani…
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