Les syndicats, à boulets rouges contre Zapatero

11/09/2010

Les commissions ouvrières et l’UGT, les deux principales confédérations espagnoles, s’activent avant la grève générale du 29 septembre contre la réforme du marché du travail que le Congrès adoptait hier.

Pas moins de 16 000 syndicalistes se sont retrouvés hier à Madrid, à l’appel des commissions ouvrières (CCOO) et de l’Union générale des travailleurs (UGT), dans la perspective de la grève générale du 29 septembre. « La gestion des politiques du marché du travail est absolument négative », a rappelé Ignacio Fernandez Toxo, secrétaire général des commissions ouvrières, en soulignant que l’Espagne affiche déjà un taux de chômage vertigineux puisqu’il dépasse les 20 %.

 
Une cascade de mesures injustes

Même critique du côté de l’UGT, pourtant réputée proche du gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero. Aux yeux de son secrétaire confédéral, Candido Mendez, l’administration de la crise économique qui frappe l’Espagne s’est transformée en une « cascade de mesures injustes, injustifiées mais qui justifient amplement » la journée d’action à venir.

Depuis 2002, l’Espagne n’avait pas connu de grève générale. C’est dire si cette manifestation, la cinquième du genre depuis le retour à la démocratie, en 1975, constitue en soi un net avertissement contre le gouvernement, et ce alors que le Congrès adoptait hier la très critiquée réforme du marché du travail. Selon la ministre de l’Économie, Elena Salgado, le nouveau dispositif améliorera « la compétitivité » de l’économie nationale en flexibilisant davantage le travail. Cette loi est d’ailleurs présentée comme une pièce maîtresse de la politique d’austérité de l’exécutif qui, dans le cadre d’un plan d’ajustement draconien, prévoit en outre une réduction des dépenses de 50 milliards d’euros via le gel des retraites, des baisses des salaires des fonctionnaires…

Championne de l’emploi précaire, l’Espagne s’apprête donc à fragiliser encore plus un marché du travail pourtant déjà sinistré. À titre d’exemple, 93,4 % des contrats de travail établis en août ont été des CDD, contre 6,6 % de CDI. En outre, le nouveau projet de loi facilitera les conditions et réduira les coûts des licenciements. La période d’allocation chômage devrait passer de 90 à 30 jours. Le nombre de bénéficiaires de l’aide mensuelle de 426 euros aux chômeurs en fin de droits sera également revu à la baisse, et tous les 30-45 ans sans enfants devraient en être exclus. Ce texte, qui fait la part belle aux souhaits de la Confédération patronale, qui en demandait encore plus, devrait être adopté d’une courte tête grâce à l’abstention des nationalistes conservateurs basques et catalans. À droite, le Parti populaire (PP) a cru pouvoir malmener une « réforme qui ne sera pas celle de l’emploi mais celle de la précarisation », selon l’expression de la congressiste Alicia Sanchez-Camacho, oubliant un peu vite qu’hier encore le PP a largement contribué à généraliser les emplois dits poubelles.

 
Épreuve de force pour zapatero

L’adoption de cette nouvelle législation « rompt avec le consensus des alliances sociales et s’installe dans un modèle néolibéral », a déclaré le représentant de la gauche verte catalane, Jordi Guillot. Or, a-t-il insisté, « une gauche qui abandonne ses valeurs est une gauche en échec ». Épreuve de force, donc, pour José Luis Rodriguez Zapatero, à la veille d’un mouvement social unitaire dont le leader des CCOO, Ignacio Fernandez Toxo, estime qu’elle constitue « une opportunité pour la société espagnole de changer la situation ». Et cela d’autant plus que, après la réforme du marché du travail, l’exécutif socialiste souhaite s’attaquer au dossier des retraites en rendant obligatoire l’allongement de la durée du travail jusqu’à 67 ans.