Les commissions ouvrières et l’UGT, les deux
principales confédérations espagnoles, s’activent avant la grève
générale du 29 septembre contre la réforme du marché du travail que le
Congrès adoptait hier.
Pas moins de 16 000 syndicalistes se sont retrouvés hier à
Madrid, à l’appel des commissions ouvrières (CCOO) et de l’Union
générale des travailleurs (UGT), dans la perspective de la grève
générale du 29 septembre. « La gestion des politiques du marché du
travail est absolument négative », a rappelé Ignacio Fernandez Toxo,
secrétaire général des commissions ouvrières, en soulignant que
l’Espagne affiche déjà un taux de chômage vertigineux puisqu’il dépasse
les 20 %.
Une cascade de mesures injustes
Même critique du côté de l’UGT, pourtant réputée proche du
gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero. Aux yeux de son
secrétaire confédéral, Candido Mendez, l’administration de la crise
économique qui frappe l’Espagne s’est transformée en une « cascade de
mesures injustes, injustifiées mais qui justifient amplement » la
journée d’action à venir.
Depuis 2002, l’Espagne n’avait pas connu de grève générale. C’est
dire si cette manifestation, la cinquième du genre depuis le retour à la
démocratie, en 1975, constitue en soi un net avertissement contre le
gouvernement, et ce alors que le Congrès adoptait hier la très critiquée
réforme du marché du travail. Selon la ministre de l’Économie, Elena
Salgado, le nouveau dispositif améliorera « la compétitivité » de
l’économie nationale en flexibilisant davantage le travail. Cette loi
est d’ailleurs présentée comme une pièce maîtresse de la politique
d’austérité de l’exécutif qui, dans le cadre d’un plan d’ajustement
draconien, prévoit en outre une réduction des dépenses de 50 milliards
d’euros via le gel des retraites, des baisses des salaires des
fonctionnaires…
Championne de l’emploi précaire, l’Espagne s’apprête donc à
fragiliser encore plus un marché du travail pourtant déjà sinistré. À
titre d’exemple, 93,4 % des contrats de travail établis en août ont été
des CDD, contre 6,6 % de CDI. En outre, le nouveau projet de loi
facilitera les conditions et réduira les coûts des licenciements. La
période d’allocation chômage devrait passer de 90 à 30 jours. Le nombre
de bénéficiaires de l’aide mensuelle de 426 euros aux chômeurs en fin de
droits sera également revu à la baisse, et tous les 30-45 ans sans
enfants devraient en être exclus. Ce texte, qui fait la part belle aux
souhaits de la Confédération patronale, qui en demandait encore plus,
devrait être adopté d’une courte tête grâce à l’abstention des
nationalistes conservateurs basques et catalans. À droite, le Parti
populaire (PP) a cru pouvoir malmener une « réforme qui ne sera pas
celle de l’emploi mais celle de la précarisation », selon l’expression
de la congressiste Alicia Sanchez-Camacho, oubliant un peu vite qu’hier
encore le PP a largement contribué à généraliser les emplois dits
poubelles.
Épreuve de force pour zapatero
L’adoption de cette nouvelle législation « rompt avec le consensus
des alliances sociales et s’installe dans un modèle néolibéral », a
déclaré le représentant de la gauche verte catalane, Jordi Guillot. Or,
a-t-il insisté, « une gauche qui abandonne ses valeurs est une gauche en
échec ». Épreuve de force, donc, pour José Luis Rodriguez Zapatero, à
la veille d’un mouvement social unitaire dont le leader des CCOO,
Ignacio Fernandez Toxo, estime qu’elle constitue « une opportunité pour
la société espagnole de changer la situation ». Et cela d’autant plus
que, après la réforme du marché du travail, l’exécutif socialiste
souhaite s’attaquer au dossier des retraites en rendant obligatoire
l’allongement de la durée du travail jusqu’à 67 ans.