
Bernard Thibault « Dans un mouvement exceptionnel »

04/10/2010
Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, pense que le
mouvement social est aujourd’hui plus fort que le gouvernement. Pour la
suite, la «démocratie va être essentielle». Après les manifestations de samedi, la mobilisation prend-elle un sens nouveau ?
Bernard Thibault. C’est une
nouvelle étape : la mobilisation s’est
installée dans le pays. La journée de samedi
conforte un mouvement qui dure, rendez-vous après rendez-vous,
malgré le gouvernement et le président de la
République qui ne cessent de répéter qu’ils
ne céderont pas sur le recul de l’âge de
départ à la retraite. Nous avons fait un pari en
choisissant une mobilisation un samedi, ce qui n’est pas habituel
dans la pratique syndicale en France. De telles mobilisations ne
réussissent qu’à des moments exceptionnels. Le
succès d’aujourd’hui montre que nous sommes
justement dans un mouvement exceptionnel.
Parce qu’il y a eu aussi un public nouveau ?
Bernard Thibault. Oui, il y a eu un renouvellement
très important du profil des manifestants. Sans doute pour la moitié,
nous avons vu manifester ceux qui ne peuvent pas sortir de leur
entreprise par peur de représailles ou de licenciement, des jeunes qui
ne sont pas spectateurs, qui deviennent de plus en plus acteurs de la
mobilisation. Nous ne sommes pas dans un baroud d’honneur. Il y a une
véritable détermination à ne pas laisser passer ce recul social. Ce
qui me fait dire que si le gouvernement et le chef de l’État persistent,
nous allons vers une crise lourde. Le pouvoir est dans le déni, il a
choisi une position radicale.
Vous avez déclaré vendredi que les grèves reconductibles
n’étaient pas à exclure. Est-ce que ça veut dire que la CGT va pousser
en ce sens ?
Bernard Thibault. L’intersyndicale a souhaité une
multiplication des initiatives dans les territoires et les entreprises.
Nous, nous voulons promouvoir la méthode des assemblées générales, des
assemblées de personnel, des consultations dans les entreprises pour
poser la question : « Que pouvons-nous faire ensemble ? » Pour réussir
la suite, la démocratie va être essentielle. Tout ce qu’on envisage de
faire doit contribuer à un élargissement, et en même temps, nous avons
un calendrier qui se resserre. Nous savons que, dans certains secteurs,
les salariés sont disponibles pour des grèves qui ne se limiteront pas à
vingt-quatre heures.
Le gouvernement joue le bras de fer. Nicolas Sarkozy lie la
réussite de la réforme à l’élection présidentielle de 2012… En quoi cela
pèse-t-il sur le mouvement ?
Bernard Thibault. Je pense qu’un gouvernement, quel
qu’il soit, qui ignore à ce point un mouvement social, se condamne pour
les prochaines échéances électorales. La question désormais est moins
« combien cette réforme peut contribuer à la réélection de Nicolas
Sarkozy », que « combien cette réforme, s’il la fait adopter malgré les
protestations, pèsera sur sa défaite et celle de sa majorité ». 70 % de
la population est opposée à ce projet, sur une question qui structure en profondeur leur vie…
Cela signifie que vous croyez toujours pouvoir le faire reculer ?
Bernard Thibault. Je crois que dans la majorité
gouvernementale, on prend la mesure de ce qui se passe. On commence à
entendre çà et là des petites musiques différentes. Chez les sénateurs,
il y a des signes qui montrent les inquiétudes sur les répercussions
politiques de la protestation.
C’est donc le moment pour les syndicats de tenir bon ?
Bernard Thibault. Le gouvernement ne dit plus que
la réforme est juste, il ne lui reste plus comme argument qu’elle est
incontournable, un mal nécessaire ! La campagne menée par les syndicats,
dont l’unité a été un des facteurs de réussite, a renversé totalement
la tendance. Aujourd’hui, c’est nous qui sommes plus forts que le
gouvernement. À partir du 12 octobre, le mouvement peut prendre une
nouvelle configuration sur la base de décisions prises par les
salariés, avec des formes d’actions multiples.
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