Discours de Pierre Laurent à Bordeaux![]()
02/12/2011
Bordeaux, 1er décembre Seul le prononcé fait foi Amis, Camarades, Au moment précis où nous sommes, à l’heure où nous nous avançons dans une bataille dont nous sentons bien qu’elle n’est pas une simple bataille électorale, mais un combat décisif contre le pouvoir des marchés financiers, il nous faut dire clairement ce qui menace le pays. N’ayons pas peur des mots. Notre démocratie est en danger. La souveraineté des peuples européens est en danger. Les principales libertés constitutionnelles des peuples européens sont en passe d’être abolis par une armée de commis politiques qui ne reconnait qu’un seul maître, les marchés financiers. Des commis à la solde, comme le sont de vulgaires mercenaires. La France, à l’instar de la plupart des pays européens, est attaquée. Incapables depuis maintenant trois ans de juguler la crise provoquée par leur système capitaliste financier devenu fou, les grands groupes de la banque, de la finance et de l’industrie, ceux qui en détiennent le capital et les privilèges, ont décidé de sacrifier le niveau de vie de tous les peuples européens pour sauver leurs fortunes, leurs rentes, leurs dividendes. Vous m'entendez bien. Ils ont fait leurs comptes, et pour eux la solution est là: faire régresser le niveau social de tous les Européens. Trop de CDI, trop de salaires, trop de conventions collectives, trop de protection sociale... L'Europe sera compétitive à leur prix ou elle ne sera pas. Voilà leur verdict. Soyons clairs, le projet européen, la perspective d'une Europe sociale et solidaire, une Europe des droits et des libertés, ça ne les intéresse plus. Ils ont bazardé tout cela. Pour sauver leurs profits, leur système, leur privilèges. Sauve qui peut la finance, c'est désormais leur seul cap. Alors, il faut se le dire: si nous ne les arrêtons pas, rien ne les arrêtera. Tout y passera, nos emplois, nos salaires, nos retraites, nos services publics, nos vies tout simplement. C’est une guerre qu’ils ont décidée, contre nous, contre la France, contre les peuples européens. Regardez-les : un jour de carence supplémentaire pour les travailleurs malades, des mois de retraite volés plus vite encore que prévu, un système public hospitalier mis en pièces, des pressions accrues au travail jusqu’à pousser au suicide… C’est la vie des travailleurs qu’ils ont dans le collimateur, pendant qu'eux ils se gavent. Savez-vous que la France est au deuxième rang européen pour les versements de dividendes ? 210 milliards d’euros en 2010 ! Derrière qui ? Le Luxembourg, vous savez le pays de Clearstream. Pour les capitalistes de la grande fortune , nous sommes devenus sous le régime de Sarkozy un vrai paradis fiscal. Et tout ca pour quel résultat ? Le triple zéro : zero croissance ; zero emploi (le chômage bat tous les records, 4.193.000 salariés en recherche d’emploi, durée moyenne de chômage 458 jours) ; zero salaire. Que Sarkozy arrête de nous dire qu’il est train de sauver la France. C’est insupportable. Dans cette guerre que livre le capital au travail, aux nations, aux démocraties, les dirigeants actuels, tel le Président de la République, choisissent la défaite du peuple pour assurer leur victoire personnelle. Car oui, il y a de la perfidie à abuser le peuple et à présenter comme victoire ce qui est en réalité un reniement de la capacité de la France et de l’Union européenne à résister et à imposer aux marchés et aux banques la loi supérieure de l’intérêt général. Il aura suffi d’à peine un demi-siècle pour que la droite française trahisse définitivement celui qui lui avait redonné sa dignité, je parle du Général De Gaulle, et pour que ses chefs redeviennent une armée d’impuissants aux médiocres ambitions, incapables de se rappeler la dignité et la hauteur de vue qu’exigent les temps troublés qu’affronte notre continent, notre pays et notre peuple. Le temps est venu d’une nouvelle drôle de guerre, où ceux qui claironnent la victoire déposent en réalité les armes de la démocratie au pied des marchés et des banques. Une partie des élites françaises sont profondément du côté de la défaite. Ils ne croient plus dans la France, dans ses travailleurs et ses travailleuses, ils ne croient plus dans la politique. Ils ne savent plus que sans solidarité, il n’y a pas de communauté humaine. Je le dit et je le maintiens, la droite française au pouvoir trahit le peuple français. Alors qu'il soit bien clair que pour nous, il n'est question d'accepter. Le peuple est sommé de s’aligner, d’abdiquer. Nous l’appelons à se révolter, à résister, à reprendre le pouvoir.
*** Car c’est bien la question. Qui gouverne ? Qui gouverne la France, l’Italie, la Grèce, l’Allemagne ? Qui gouverne ? Qui gouvernera notre pays au printemps prochain ? Et cette question va au-delà des clivages partisans. C’est une question posée à tout notre peuple, à tous ceux, droite comme gauche, qui se présentent à ses suffrages. Laisserons-nous aux marchés financiers et aux banques le soin de désigner et de conduire par le truchement de fondés de pouvoir, la politique des nations ? Laisserons-nous longtemps au pouvoir des marionnettes qui ne sont pas le pouvoir mais juste son apparence ? C’est un coup d’Etat financier qu’ils veulent nous imposer, nous faire accepter. Regardez la Grèce et l’Italie. Mais ne nous y trompons pas, ce coup d’Etat, il est à l’œuvre chez nous, plus rampant peut-être, mais il est bien là. Notre chance, c’est qu’en avril, en mai, en juin prochain, nous pouvons prendre la parole et le mettre en échec. Voilà l’enjeu fondamental de la bataille politique dans laquelle nous sommes entrés avec le Front de gauche, avec notre candidat Jean-Luc Mélenchon. L’enjeu, ce n’est pas seulement, pas principalement, qui siègera à l’Elysée, mais qui aura le pouvoir : les marchés ou notre peuple ? Ainsi, au-delà des clivages partisans, car oui, je le répète ce qui se joue c’est le principe fondamental de liberté et de souveraineté des peuples, au delà des luttes intestines et des guerres picrocholines, la première, la seule et unique question qui est posée à chaque responsable politique français comme européen est : de qui sommes-nous les représentants ? Du peuple ou des marchés financiers ? Qui gouverne ? Le peuple ou les marchés financiers ? Pour nous, c’est clair, la gauche n’ a qu’un seul camp, celui du peuple. *** Le Front de gauche a donc choisi son camp. Oui, nous entendons gouverner au nom du peuple, pour le peuple et avec le peuple. Et nous avons désormais, cinq mois jusqu’à la présidentielle, sept mois jusqu’aux législatives, pour que la force de la démocratie emporte toute la gauche dans le mouvement de résistance aux marchés et aux banques. Qu'est-ce que la gauche sinon le parti du peuple? Alors, dans cette situation, il n’y a qu’un seul camp à gauche : celui du refus de l’austérité, celui d’une relance de l’activité sur des bases nouvelles pour mettre en route un autre mode développement social et écologique, un nouvelle manière de développer l’humain, « l’humain d’abord » comme nous le disons. Oui, il n’est qu’un seul camp à gauche : celui du changement. Alors, on arrête les mauvais procès faits au Front de gauche ! Nous, nous sommes clairs, nous ne nous trompons pas d’adversaires, la droite, les marchés financiers, l’austérité. Ce que nous proposons c'est que chacun à gauche entre à nos côtés dans l’arène, non pas du combat politicien, des petits accords de circonstances plus ou moins bâclés, ceux-là sont dérisoires, mais du combat social qui se joue entre les peuples et l’aristocratie financière. *** La France est riche, la France a les moyens. Les travailleurs et les travailleuses de notre pays doivent savoir qu’ils sont parmi les plus productifs du monde, les mieux formés. Nous travaillons plus que les Allemands. Nos ingénieurs, nos universités, nos chercheurs, nos petites et nos grandes entreprises, les fonctionnaires, les ouvriers, les employés, les agriculteurs, le peuple des travailleurs peuvent être fiers. Nous voulons leur redonner combativité et courage ! Les chiffres ne manquent pas, amis, camarades, qui montrent que leur travail crée bien assez de richesses pour vivre autrement et sortir de la crise. C'est le pillage de la finance qui a provoqué la crise et creusé la dette, pas l'inverse! Alors ces chiffres, n’hésitez pas à les répéter, à les colporter. Téléchargez le petit film « on va leur faire un dessin » et faîtes le circuler.
Les chiffres, ils accusent le système : 200.000 personnes détiennent dans le monde 25 trilliards de dollars. Les 400 plus grandes sociétés capitalistes se sont constituées dans la crise des « coussins de sécurité », dixit Les Echos, de 3.000 milliards de dollars. Trois chercheurs américains ont dressé la carte de la détention du capital dans le monde, ont passé au crible 43 000 entreprises multinationales de la planète. Résultat : un nœud de 147 sociétés contrôle tout, et parmi elles, le gratin de l’assurance, de la banque et de la finance française, AXA, Natixis, la Société Générale, BNP Paribas, les Caisses d’Epargne. En France, les profits du CAC 40 sont de plus de 80 milliards d’euros, le coût des cadeaux fiscaux de plus de 150 milliards, le montant des exonérations de cotisations sociales de plus de 30 milliards d’euros. Oui, les Bastilles de l’argent existent, et il faut les reprendre. C'est pour nous en empêcher qu'ils veulent quadriller le système, cadenasser la démocratie. En 2005, les traités européens étaient intangibles paraît-il. A l'époque ils pensaient que cela leur suffirait. Mais aujourd'hui que leur crise éclate de partout, ce n'est plus une camisole mais un corset de fer dans lequel ils veulent écraser les politiques dans toute l'Europe. Merkel dicte les conditions, Sarkozy s'y plie. Et pour se conformer à ces diktats, il faudrait changer les traités séance tenante sans consulter les peuples, adopter la règle d'or si chère aux marchés financiers, et même un conseil budgétaire indépendant (cf OCDE), pourquoi pas supprimer le Parlement, accepter que les budgets soient soumis à la Commission de Bruxelles avant adoption, qu'un gouvernement économique indépendant des peuples aient tous les pouvoirs. Mais de quel droit? Oui, de quel droit? Nous devons alerter et mobiliser contre ce coup de force. Leurs traités sont caducs, les politiques menées en leur nom illégitimes. Tout doit être remis sur la table. La France doit rouvrir le débat européen. Des dizaines de millions d'Européens, grecs, italiens, espagnols, portugais, britanniques, allemands, attendent qu'un gouvernement ait ce courage là. A nous Français de donner ce courage au futur gouvernement de la France. Dans la tempête, il s’agit de donner à notre pays et à l’Europe une direction claire, une volonté, des principes nouveaux. Alors que l’Humanité affronte des désordres sociaux, écologiques, économiques considérables, il s’agit pour la gauche de se hisser au niveau de ses responsabilités et d’indiquer un chemin pour sortir de la crise. Commençons par chasser l’avidité financière de la direction des principales banques nationales, de la direction de la Banque Centrale européenne.. Ainsi, il est nécessaire pour la gauche de nationaliser des banques, de créer une grande force de frappe bancaire et financière publique, de changer les critères du crédit et d’en faire les instruments par lesquels développer une politique nouvelle. En votant NON, les Français était à l’avant-garde: oui il faut en finir avec l’indépendance de la Banque centrale européenne, qui doit financer les Etats et cesser de protéger les marchés. . Ensuite, construisons une nouvelle ambition industrielle. C’est le choix de l’avenir, car affronter la crise écologique et sociale, c’est faire le choix fondamental de la réindustrialisation de la France. Quand dans un lycée, vous installez une nouvelle chaudière bois, procédé écologique de chauffage, il n’y a pas en France d’entreprise pour installer des aspirateurs à cendres, seul l’Allemagne et l’Autriche en disposent. C’est un petit exemple pour montrer que dans le domaine de la sobriété énergétique des bâtiments, il y a des centaines de milliers d’emploi à créer, une filière à développer, de la recherche et développement à financer. Bref, affronter la crise écologique, c’est doter la France d’un appareil industriel, de compétences, de nouvelles entreprises et donc la puissance publique doit organiser pour les vingt ans à venir ce secteur. Idem pour les transports urbains. Actuellement, ce sont les salariés les moins payés qui subissent de plein fouet la hausse du pétrole. Dans moins de dix ans, des centaines de milliers de nos concitoyens seront assignés à résidence dans les zones périurbaines. Certains déjà ne peuvent plus assumer les frais de déplacement vers leur lieu de travail. Prenez chaque région française, chaque métropole et vous constaterez le retard énorme d’investissement. Le capitalisme est incapable d’anticiper le choc pétrolier, écologique et social à venir. Des centaines de milliers d’emplois sont à créer, il est nécessaire de faire un bond en avant industriel qui se traduise par la construction de centaines de kilomètres de tramway, de métro et de trains, et du matériel qui roulera dessus. Cela vaudrait mieux pour la gauche que de voter ou de s'abstenir sur le quatrième paquet ferroviaire de déréglementation au PE comme viennent de le faire socialistes et écologistes, quand il n'y avait qu'une seule chose raisonnable à faire voter contre comme l'ont fait nos députés européens du Front de gauche avec leurs collègues de la GUE. Oui, quand certains veulent opposer écologie et industrie, écologie et social, nous au Front de gauche, nous plaidons pour une écologie sociale qui s’appuie sur un renouveau industriel de la France. La loi de la concurrence conduit à produire des marchandises toujours plus loin avec des salariés toujours moins payés. La loi de la concurrence, c’est le chaos pour les générations futures. *** Amis, Camarades, Dans cette campagne, rien ne nous sera épargné. Ils sont prêts à tout pour garder le pouvoir. A tout. Et surtout au pire. Ainsi, nous devons puiser dans le peuple, les forces de la résistance et du combat. Eteignez vos télévisions. Désobéissez aux discours dominants. Désobéissez à la réduction de la politique aux petites affaires, aux petites phrases. Désobéissez aux discours qui transforment chaque citoyen en consommateur passif. Désobéissez aux forces du fatalisme et à tous ces idiots utiles qui répètent en boucle leur brouet d’idées courtes. Il y a dans ce pays des rivières souterraines, une tradition de combat, des réserves de mobilisation. Le rôle du Front de gauche c’est d’aller vers le grand nombre. C’est de créer une chaine humaine. La place du Front de gauche, elle est au pied des immeubles, dans le porte-à-porte, auprès des travailleurs en lutte. Elle est dans la mobilisation populaire que nos assemblées citoyennes ont vocation à déployer. Et ici, je veux rappeler l’histoire. Marine Le Pen entonne le discours de la lutte contre le capital et contre les riches. Elle sait l’histoire. Elle sait que dans les années 30, c’est sur un discours national et socialiste que perce de manière décisive l’extrême-droite en Allemagne. Et son discours présent est national-socialiste dans la mesure où il mêle la détestation de l’étranger à une chansonnette aux accents pseudo anti-capitalistes. Mais nous n’avons pas oublié que pendant des décennies le Front national a défendu la suppression de l’impôt des plus riches, la baisse des salaires et des règles sociales pour les grandes entreprises. Marine Le Pen avec son nouveau discours est en réalité une politicienne opportuniste : c’est un scorpion pour la vie politique française. Amis, Camarades, dans quelques mois, nous serons appelés aux urnes. La première de nos tâches est de clarifier l'enjeu de ces échéances, pour ne pas le laisser s'enfermer dans un choix médiocre. Le Front de gauche n'est pas un but en soi. C'est le moyen que nous avons créé pour donner au peuple la chance de reprendre la parole, de sortir du silence qu'on lui impose, de reprendre le pouvoir. Avec Jean-Luc Mélenchon, avec les candidates et les candidats du Front de gauche aux législatives, nous voulons donner une chance au pays de construire une majorité et une politique de combat contre les marchés financiers. Vous en avez la force, notre peuple en a la force. Allez partout pour le dire. Tout est possible. Nous avons plusieurs mois devant nous. Au travail. En avant pour transformer le Front de gauche en un nouveau Front populaire ! Vive le Front de gauche ! Vive la République ! Et Vive la France !
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