
Crise financière : où en est-on vraiment ? Entretiens croisés
avec :
Jean-Luc Gréau, économiste indépendant Isaac Johsua, économiste, membre
du conseil scientifique d’ATTAC, Jacques Lesourne, prospectiviste,
professeur d’économie et statistique industrielle, au Conservatoire
national des arts et métiers (CNAM), Alain Morin, rédacteur en chef
d’Économie & Politique, revue marxiste d’économie du PCF
Que
pensez-vous du discours sur les « signes de la reprise », de plus en
plus présent dans les médias ? Certains analystes pronostiquent une
reprise lente vers la mi-2009… Quelle crédibilité accorder à ces
projections ?
Jacques Lesourne.
Avant la réunion du G20 à Londres, les organismes les plus sérieux
comme le Fonds monétaire international (FMI) et l’Organisation de
coopération et de développement économique (OCDE) envisageaient une
reprise possible au début de l’année 2010, mais ces projections étaient
soumises à des hypothèses qui anticipaient largement les décisions du
G20. Il faut donc être très prudent et ne pas interpréter comme
indicateurs de reprise quelques statistiques récentes favorables.
Néanmoins, la chute de la conjoncture a été exceptionnellement brutale
pour deux raisons : 1. Le système d’information mondial est si
développé que tous les acteurs ont immédiatement compris qu’une grave
récession se préparait et ont ajusté instantanément leur comportement.
2. Les nouvelles règles comptables obligeaient les sociétés cotées à
évaluer leurs actifs sur la base des cours de Bourse. La chute de la
Bourse a donc entraîné une détérioration extraordinairement rapide des
bilans de toutes les sociétés cotées, ce qui a propagé la récession. Il
n’est donc pas impossible que lorsque la reprise s’amorcera elle soit,
pour les mêmes raisons, relativement rapide.
Alain Morin. S’il y
a certains signes, ils sont flous et ne concernent pas la France et
l’Europe. En Chine, des signes de redémarrage semblent répondre au plan
de relance public massif, appuyé par le crédit des banques. Seront-ils
durables face à la récession mondiale en cours ? Aux États-Unis, la
baisse du marché immobilier ralentit, mais pas les saisies de logement.
Le soutien public du rachat des titres pourris des banques, y compris
par les fonds spéculatifs, ne touche pas les critères du crédit tandis
que la spéculation est relancée sur les titres publics. Une reprise
éventuelle de la croissance n’est pas certaine pour 2010 et, de toute
façon, elle sera précaire. La zone euro est comme soeur Anne qui ne
voit rien venir. Avec une BCE privilégiant le capital financier à
l’emploi et aux services publics, elle est enfoncée dans la crise. Son
taux de chômage atteint 8,5 % et sa croissance devrait reculer de 4 %
en 2009. En France, au moins 400 000 emplois seraient détruits en 2009.
Partout, il s’agit de rompre pour d’autres règles de financement en
faveur de l’emploi et des services publics. Le discours sur les
« signes de reprise » vise à rassurer et à freiner les luttes et les
propositions pour d’autres voies.
Jean-Luc Gréau. Les
pronostics favorables s’appuient pour l’essentiel sur quatre éléments.
Premièrement, la hausse relative du prix de certaines matières
premières, suggérant qu’un essor de la demande se manifeste en amont de
la chaîne de production industrielle. Deuxièmement, les meilleures
nouvelles en provenance des trois grands pays émergents que sont la
Chine, l’Inde et le Brésil. Troisièmement, le redressement récent des
indicateurs avancés de l’économie américaine. Quatrièmement, une
amélioration de la situation sur le marché du crédit à court terme,
grâce à l’action incessante des banques centrales.’autres éléments
imposent une grande prudence intellectuelle. Premièrement, l’activité
continue de décroître dans la plupart des pays développés : le Japon et
la Corée connaissent une situation de dépression comparable à celle des
États-Unis et de l’Allemagne au début des années trente. Deuxièmement,
les entrées au chômage restent massives dans ces pays développés, tout
spécialement aux États-Unis, ce qui ne peut qu’aggraver l’insolvabilité
potentielle des entreprises et des ménages endettés. Troisièmement, les
trésors publics des pays jugés les moins fiables éprouvent de la
difficulté à emprunter. Quatrièmement, et enfin, les entreprises
emprunteuses sont obligées de s’endetter à des taux disproportionnés.
Il paraît impossible de se prononcer tant que deux points ne seront pas
éclaircis : la situation exacte du système bancaire international qui
tient grâce à la garantie et à l’aide des États ; l’évolution, dans les
mois à venir, des défauts et retards de paiement des ménages américains
qui n’ont cessé d’augmenter jusqu’à l’automne dernier.
Isaac Johsua. Les
signes dont nous disposons sont beaucoup trop ténus pour pronostiquer
une reprise vers la mi-2009. Aux États-Unis, les facteurs de la crise
sont toujours présents. Une bulle immobilière a également éclaté dans
de nombreux pays européens. Le château de cartes qu’est l’activité
productive tombe, pan après pan. La progression foudroyante du chômage
est loin d’avoir produit tous ses effets en matière de consommation.
Les bombes à retardement ne manquent pas, à commencer par le risque
majeur de la déflation. Enfin, on ne peut remettre en route un modèle
qui est en ruine et on ne voit pas se dessiner un autre qui prendrait
la relève.
Le renforcement des moyens financiers du FMI a
été présenté comme la grande réussite du dernier G20. Quelle est votre
position à ce sujet ?
Jacques Lesourne.
Le renforcement des moyens du FMI est une décision très importante
parce que celui-ci aura la possibilité d’aider au rétablissement des
banques dans tous les pays, notamment du monde en développement, en
situation difficile. D’autres décisions du G20 sont aussi importantes :
les décisions nationales sur le refinancement des banques, la mise sous
contrôle des fonds spéculatifs et des sociétés financières non
bancaires, l’assouplissement des règles comptables, etc. En tout état
de cause, l’augmentation des moyens du FMI et le changement des droits
de vote dans son conseil d’administration étaient demandés depuis
longtemps. Il ne faut pas oublier qu’en dehors du communiqué, le G20 a
adopté trois autres documents : une déclaration technique sur la
réforme du système financier, une note sur la coordination des
institutions internationales, un tableau de bord des mesures à prendre.
Isaac Johsua. Le
G20 était annoncé comme un nouveau Bretton Woods. En réalité, en
matière de régulation financière, pratiquement rien n’a été fait. On
parle d’encadrement des fonds spéculatifs, alors que nombre d’entre
eux, basés dans des paradis fiscaux, échappent à tout contrôle. La
surveillance des agences de notation est limitée à quelques mesures
sans réel impact. En ce qui concerne les paradis fiscaux, la liste
noire s’est rapidement vidée, la liste grise est incomplète et, pour le
reste, l’OCDE s’est contentée d’engagements de portée limitée. Quant
aux sommes affectées au FMI, elles permettront (si elles sont obtenues)
de « secourir » des pays, mais il ne s’agit pas de relance et nous
sommes toujours dans le domaine du curatif, pas du préventif.
Jean-Luc Gréau. Le
renforcement financier du FMI poursuit deux objectifs. D’abord, lui
procurer les moyens de se porter au secours de pays potentiellement en
faillite comme il l’a déjà fait pour l’Islande, la Roumanie et
l’Ukraine. Ensuite, offrir aux exportateurs et aux importateurs les
fonds qu’ils ne peuvent plus recueillir sur des marchés du crédit
bloqués ou trop chers. Le FMI se transforme en prêteur du commerce
mondial.
Alain Morin. 1 100
milliards pour le FMI et les institutions financières internationales :
c’est le fait le plus important de ce sommet, exprimant l’inquiétude
grandissante de tous les dirigeants capitalistes. La décision d’allouer
250 milliards de dollars, en droits de tirages spéciaux (DTS) du FMI
pour soutenir les États en difficulté est importante au plan réel et
encore plus au plan symbolique. Les États-Unis s’étaient opposés à leur
essor, pour maintenir le monopole du dollar comme monnaie mondiale de
fait. Cependant on est loin de la proposition chinoise de création
d’une autre monnaie internationale de réserve que le dollar, par le
FMI, à partir des DTS, faite à la veille du G20 et soutenue par
d’autres pays comme la Russie. Cela rejoint la proposition avancée par
Paul Boccara, depuis 1983, et redéveloppée récemment. Au-delà de
l’instauration d’une véritable monnaie commune mondiale, cela
concernerait une création monétaire massive, et surtout d’autres
critères afin de refinancer les banques centrales en faveur de l’emploi
partout ainsi que pour le soutien des emprunts de financement des
services publics.
Au G20, le président des États-Unis, Barack
Obama, et le directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn, ont pointé
l’insuffisante « demande mondiale ». Est-ce là la racine de la crise ?
Celle-ci est-elle une crise de sous-consommation ?
Jacques Lesourne.
La crise est la conséquence des modalités de fonctionnement du système
financier et monétaire international : 1. Les pays ayant des échanges
extérieurs excédentaires ont placé souvent à court terme leurs
disponibilités aux États-Unis. L’abondance des surplus de la Chine et
des pays pétroliers a donc augmenté les possibilités d’octroi de
crédits des banques américaines. 2. Ces banques poussées par la
concurrence entre leurs services commerciaux ont dès lors accordé des
prêts immobiliers à des ménages qui ne pouvaient pas les rembourser de
manière sûre. Mais les banques s’empressaient de céder ces promesses de
payer douteuses à des sociétés financières non contrôlées qui
espéraient elles-mêmes, en les achetant avec des décotes, en tirer un
profit positif. Les banques accordaient néanmoins à ces sociétés des
prêts ou des cautions. Aussi, dès que sont apparues des défaillances de
remboursement, ces sociétés ont été en grande difficulté, n’ont pas
remboursé leurs propres prêts ou ont fait jouer les cautions. Dès lors
toutes les banques ont été prises dans la tourmente. Prenant peur,
elles ont cessé de se prêter. La contagion au monde entier était
devenue inévitable. Dans les grandes crises de conjoncture du passé,
c’est presque toujours au sein du système financier et des changes que
sont nés les retournements d’anticipation accrus par le mimétisme des
acteurs.
Jean-Luc Gréau. La
crise de la demande finale est au coeur de la double crise économique
et financière qui afflige le monde. Elle prend racine dans un phénomène
rampant de déflation salariale que j’avais pour ma part diagnostiqué
dans l’Avenir du capitalisme, mais que les gouvernements néolibéraux se
refusent à constater. Ce phénomène résulte à la fois de la pression des
actionnaires boursiers et des localisations opportunistes d’emplois
productifs dans les zones à bas coût du travail et de la matière grise.
Tant que ce phénomène ne sera pas contrecarré, il est vain d’espérer
une reprise durable, favorisant l’emploi stable, la pérennité des
entreprises et l’équilibre des comptes publics.
Alain Morin. Les
raisons de la crise ne sont pas unilatéralement une sous-consommation.
L’insuffisance de la demande globale concerne à la fois
l’investissement et la consommation. La crise renvoie en même temps à
l’excès d’endettement et au crédit spéculatif. D’où le besoin d’agir
sur les critères du crédit et des financements publics, pour le
développement de la demande globale et pour les capacités humaines
d’une croissance durable, émancipée des gâchis financiers. Barack Obama
a fait pression sur les Européens pour augmenter les plans de relance,
en mettant au second plan les exigences de contrôle nouveau du système
financier dominé par le dollar. Les dirigeants de l’Union européenne
ont refusé d’augmenter les plans de relance, pour des raisons
réactionnaires mais aussi pour ne pas affaiblir l’euro par rapport au
dollar, dans leur collaboration et rivalité avec les États-Unis.
Isaac Johsua. Aux
États-Unis, la demande a surtout été soutenue par une boulimie
consommatrice des plus riches, qui ne souffraient certainement pas
d’une insuffisance de revenus. La thèse de la sous-consommation est
donc hors de propos, c’est plutôt de surconsommation qu’il faudrait
parler. La crise actuelle est une manifestation de la foncière
instabilité du capitalisme, une instabilité contenue par la régulation
dite « fordiste », instaurée dans l’après-guerre. Cette régulation est
détruite au cours des années 1980 et (mal) remplacée par un modèle fait
de « moins en moins d’épargne, de plus en plus de dettes ». Ce modèle
soutient l’activité, mais sur un mode explosif, car il repose aux
États-Unis sur une épargne flirtant avec le zéro et un endettement sans
cesse croissant. Pour fonctionner, il exige des taux d’intérêt bas, et
dès lors l’économie américaine navigue de bulle en bulle, boursière
d’abord, immobilière ensuite. C’est l’éclatement de cette dernière
bulle que nous vivons aujourd’hui, comme un prolongement de la crise de
la nouvelle économie (2001), elle-même une crise de suraccumulation
dont les effets n’ont été que reportés dans le temps.
Le communiqué final du G20 parle de
« supervision et régulation », comme si la régulation n’impliquait pas
forcément la supervision. Comment interprétez-vous cette ambiguïté ?
Isaac Johsua.
Surveiller sans intervenir est dénué de sens et une intervention sans
surveillance manque de bases. La vraie question est : quelle régulation
instaurer ? Celle-ci doit-elle véritablement piloter l’économie, guider
son activité et orienter son développement ? Ou n’est-elle appelée qu’à
jouer un rôle de complément par rapport à une économie de marché
demeurée prédominante ?
Jean-Luc Gréau. Que
le G20 ait balancé entre ces deux notions (supervision et régulation -
NDLR) est révélateur de sa cécité intellectuelle. La crise financière
se situe au carrefour de deux grandes questions distinctes dans leur
énoncé, mais liées dans la pratique. D’un côté, le surendettement des
ménages dans différents pays (États-Unis, Angleterre, Espagne et bien
d’autres). De l’autre côté, la faculté donnée aux banques de céder
leurs prêts sur les marchés du crédit, faculté qui les a
déresponsabilisées et a ouvert la voie à une émission massive de prêts
auprès d’un public peu solvable : ceci inclut le subprime rate (prêt
hypothécaire à haut risque - NDLR) et bien d’autres catégories de
prêts. Je fais deux propositions susceptibles de mettre un terme à
l’irresponsabilité des prêteurs. En premier lieu, es contraindre à
conserver une partie substantielle de leurs prêts dans leurs comptes.
En deuxième lieu, définir une proportion maximale des prêts que les
banques peuvent se faire entre elles, pour éviter l’effet château de
cartes que la si bien vu à l’oeuvre. Ces deux propositions ne relèvent
ni de la supervision ni de la régulation, mais de la réglementation.
Jacques Lesourne.
L’emploi des termes de « supervision » et
de « régulation » n’est pas
clair dans le texte publié par le G20. Mais on comprend
aisément la
nécessité de ces deux types de mesures. Par exemple, la
définition des
règles comptables est une régulation tandis qu’une
recommandation à un
pays sur sa politique monétaire relève de la supervision.
Dans l’état
des textes disponibles, je ne crois pas qu’il faille attacher
trop
d’importance à cette - distinction.
Alain Morin.
Régulation et supervision du système financier vont de pair. La
régulation ce sont les règles, la supervision, la surveillance du
respect des règles. Mais les mesures du G20 sont très insuffisantes.
Ainsi, pour les paradis fiscaux, les cocoricos de Nicolas Sarkozy
cachent le recul des ambitions de mise au pas, avec notamment la
réduction à zéro du nombre de pays de la « liste noire » des
non-contrôlés. Les mesures concernant les fonds spéculatifs sont encore
plus faibles. Il faudrait de tout autres règles pour les mouvements des
capitaux et les critères du crédit favorisant une croissance sociale
durable. Et leur supervision devrait reposer sur des institutions
internationales radicalement démocratisées et transparentes.
Le Prix Nobel d’économie 2001, Joseph Stiglitz,
chargé par l’ONU de diriger une « commission indépendante d’experts »
sur la crise financière, plaide pour une « profonde réforme de la
gouvernance des institutions de Bretton Woods et la création d’un
conseil de coordination économique global » (1). Ces objectifs sont-ils
pertinents, suffisants ?
Jean-Luc Gréau.
Pourquoi le nouveau conseil imaginé par Joseph Stiglitz se
montrerait-il plus lucide et opératoire que l’OCDE, le FMI ou notre
Commission européenne ne l’ont été durant les prémices de la crise ?
Halte à la multiplication des bureaucraties supranationales ! Ne
serait-il pas plutôt impératif, si l’on veut consolider l’économie dite
« réelle », de réglementer l’octroi du crédit, dans le sens indiqué
plus haut, mais aussi de mettre en place un système monétaire stable
dans l’esprit de celui de Bretton Woods, en tenant compte des nouvelles
données de l’économie mondiale ? Le moment n’est-il pas venu aussi de
détricoter la mondialisation, en concentrant les échanges au sein de
grandes régions homogènes, par une protection commerciale appropriée,
afin de surmonter la suicidaire course au moins-disant salarial, voire
fiscal ou environnemental ?
Jacques Lesourne.
Les commentaires publiés en France ont attaché peu d’importance à la
création d’un nouveau conseil de stabilité financière (FSB) qui
comprendra notamment les pays du G20, l’Espagne et la Commission
européenne. Ce FSB reçoit un grand nombre de missions qu’il est
difficile d’énumérer. Ces missions sont de réglementation et de
surveillance. Elles incluent la prise de mesures contre les pays non
coopératifs dont les paradis fiscaux font partie. Ce conseil a moins de
fonctions que celui qu’envisageait J. Stiglitz mais il a reçu a priori
les missions permettant la réforme du système. J’espère pour ma part
que le G20 continuera à exister car c’est la première fois qu’est créée
une enceinte où se trouvent tous les pays ayant une influence sur la
situation économique mondiale. Certains se sont plaints de l’absence
des pays les moins développés mais ces pays ne sont guère en état par
eux-mêmes de prendre des décisions influençant la conjoncture
économique mondiale. On peut le regretter, mais par rapport aux anciens
G7 et G8 le progrès est incontestable.
Isaac Johsua. Une
sortie de crise durable implique une refonte radicale de l’édifice
économique, à proposer au niveau européen, à initier au niveau
national. Il faut interdire la titrisation des créances et les fonds
spéculatifs, constituer un grand pôle bancaire public, placer les
Bourses en position subordonnée. Il faut aussi remodeler l’économie
réelle, avec un nouveau partage de la valeur ajoutée et une
stabilisation du marché du travail, en rétablissant la prépondérance
des CDI. Il faut un nouveau statut de l’entreprise, car, outre ses
propriétaires en titre, celle-ci appartient aussi à ceux qui y ont
trimé. Une planification aurait comme objectif d’orienter le
développement, mettant en oeuvre une croissance respectueuse de
l’environnement. Dans les rapports avec les pays en voie de
développement, des accords commerciaux bi ou multilatéraux seraient
passés, soumettant à encadrement les flux commerciaux dans les deux
sens. Il faut recentrer tous les organismes internationaux autour d’une
ONU profondément réformée et démocratisée et reformuler les missions
dans le sens d’une coordination économique globale. Dans l’immédiat,
pour hâter la reprise, il faut s’opposer aux licenciements et
fermetures d’entreprises qui font des profits ou pourraient en faire :
en exigeant le remboursement des aides publiques, s’il y en a eu ; en
imposant une indemnisation à un niveau tel des salariés qu’elle
dissuade le licenciement ; en nationalisant les ateliers ou entreprises
concernés. On nationalise des banques pour sauver les profits : au nom
de quoi refuserait-on de nationaliser des entreprises pour sauver des
salariés ? Il faut aussi augmenter le SMIC, les bas salaires, les
minima sociaux. Cela suppose : 1) une profonde réforme de la fiscalité
2) un nouveau partage de la valeur ajoutée dans les entreprises. Sur le
premier point, il faut renoncer au bouclier fiscal, revenir sur le
paquet fiscal, augmenter les taux de l’impôt sur les bénéfices des
sociétés et sur la fortune. Sur le deuxième point, prélevons sur les
dividendes pour augmenter les salaires.
Alain Morin. Une
refonte des institutions de Bretton Woods est nécessaire. Cela vise un
autre FMI, avec sa démocratisation, contre la domination des
États-Unis. Une véritable monnaie commune mondiale, à l’opposé du
dollar, permettrait d’autres critères des financements et une autre
économie réelle, pour le développement prioritaire des êtres humains.
Ce FMI refinancerait les banques centrales pour le refinancement de
toutes les banques par ces dernières avec d’autres critères des
crédits : des crédits aux investissements réels, matériels et de
recherche, avec des taux d’intérêt très abaissés jusqu’à zéro et même
négatifs (diminution des remboursements), d’autant plus abaissés que
l’on programme de l’emploi et de la formation. Cette création monétaire
permettrait la prise de titres publics, pour financer les services
publics, avec des biens communs de toute l’humanité, de l’alimentation
à la culture. Cela irait de pair avec d’autres règles pour les banques
centrales, dont la BCE. Une nouvelle gouvernance mondiale, suppose une
refondation du FMI, de la Banque mondiale, de l’OMC et leur
articulation à un conseil de sécurité et de promotion de l’économie et
du développement social, au niveau mondial. Cela se relierait à des
pouvoirs d’intervention des travailleurs avec des critères d’efficacité
sociale dans les entreprises et les services publics, du local au
mondial.
(1) Les Échos du 10 avril 2009.
Bibliographie :
- Jean-Luc Gréau a notamment publié la Trahison des économistes et
l’Avenir du capitalisme, respectivement en 2008 et 2005, aux Éditions
Gallimard, collection « Le débat ».
- Isaac Johsua vient de publier la Grande Crise du XXIe siècle, une
analyse marxiste, aux Éditions la Découverte, collection « Sur le vif ».
- Jacques Lesourne vient de publier les Crises et le XXIe
siècle, aux Éditions Odile Jacob, collection
« Économie ».
- Économie & Politique, revue marxiste
d’économie du PCF, dispose d’un site Internet :
http://www.economie-politique.org/
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