
Équilibre des finances publiques. Le projet dans le texte.
06/05/2011
Les six points-clefs du projet de loi constitutionnelle en cours d'examen à l'Assemblée Nationale
1- Des budgets publics et sociaux placés sous la tutelle de l’Union européenne
Le Projet : Le présent projet de loi
constitutionnelle renforcera également le rôle de la France vis-à-vis de
ses partenaires européens et de l'union européenne. À cet égard, un
projet de directive européenne sur les cadres budgétaires nationaux,
actuellement en cours de discussion, vise à renforcer le rôle de la
programmation pluriannuelle des finances publiques et des règles
budgétaires nationales. La nécessité d'une convergence économique dans
la zone euro nous invite à progresser rapidement dans cette voie.
Notre commentaire : Le pacte de stabilité
européen prescrit aux États de ne pas dépasser un seuil de déficit et
de dette publics de respectivement 3 % et 60 % du PIB. Faute de
quoi
les pays devraient se voir
infliger une amende. Cela n’a
jamais été le
cas. Lorsque la crise
financière est advenue, en 2008,
les pays
européens ont renfloué
les banques. La crise financière s’est
transformée en crise de la dette.
Quelle conclusion en a-t-on tiré
à
Bruxelles ? Les États attaqués par les marchés aujourd’hui ont eu une
mauvaise gestion hier. Il faut donc, en renforçant le pacte de
stabilité, que les amendes deviennent plus automatiques et que, chaque
année, les ministres des Finances soumettent leur projet de budget
à la
censure des Vingt-Sept.
2- La super-austérité
constitutionnalisée « quelles que soient les conditions
économiques »
Le projet : Les dispositions de la présente
loi constitutionnelle permettront de conforter la démarche ambitieuse
de réduction des déficits engagée par le Gouvernement avec la loi de
programmation des finances publiques pour les années 2011 - 2014, dont
les lois financières pour 2011 (loi de finances initiale et loi de
financement de la sécurité sociale) constituent la première traduction.
Notre commentaire : On est là au cœur du
projet gouvernemental : inscrire une politique d’austérité sans
précédent dans le marbre de la Constitution
de la France. L’objectif de
« réduction des déficits », qui est l’orientation actuelle de la
droite, deviendrait donc la « règle d’or » de toute politique économique
et sociale. Le paragraphe suivant de l’exposé des motifs de ce projet
de loi constitutionnel précise même
que cette disposition permettrait «
de respecter la trajectoire
de déficits publics inscrits dans
la loi
de programmation des finances publiques (6 % en 2011, 4,6 % en 2012 et
3 % en 2013) quelles que soient les conditions économiques ». Et qu’il y
ait
un changement ou non de majorité politique en 2012 !
3- La démocratie bafouée
Le projet : Il s'agit, tout d'abord, de
créer un instrument juridique nouveau, les « loi-cadres d'équilibre des
finances publiques » dont les dispositions auront pour objectif, à un
horizon pluriannuel défini, d'assurer l'équilibre des comptes des
administrations publiques. À cette fin, ces lois-cadres pluriannuelles
s'imposeront, dans certaines de leurs dispositions, aux textes
financiers ordinaires annuels (lois de finances et loi de financement de
la sécurité sociale).
Notre commentaire : Le Parlement ne
déciderait plus souverainement chaque année des orientations politiques
de la France, en votant le budget de l’État et celui de la Sécurité
sociale. Il serait créé des « lois-cadres pluriannuelles d’équilibre des
finances publiques ». Le projet de loi précise qu’elles doivent couvrir
une durée minimum de trois ans et qu’elles « s’imposeront » aux budgets
généraux et à ceux de la Sécu. Le gouvernement, anticipant sur le
changement constitutionnel, veut faire voter, en juin, une telle
loi-cadre couvrant la période 2011-2014.
Si le projet constitutionnel
passe,
les budgets votés en 2012, 2013
et 2014 seront
anticonstitutionnels s’ils n’entrent pas dans les objectifs de réduction
des déficits.
En 2012, on pourrait donc changer de majorité et de
président mais l’austérité resterait la règle.
4- Un risque d’étranglement accru des dépenses publiques et de la protection sociale.
Le projet : L'article 1er modifie l'article 34 de la constitution.
Il établit d'une part le monopole des lois de finances et des lois de
financement de la sécurité sociale pour traiter de la fiscalité et des
principes fondamentaux concernant les ressources de la sécurité
sociale.
Notre commentaire : Aucune mesure fiscale,
aucune
recette supplémentaire pour la
Sécu ne pourrait être prise
hors
des votes de la loi de finances
et de la loi de finances de la
Sécurité sociale. Si le prix du pétrole flambe par exemple, le Parlement
n’aura pas le pouvoir de diminuer les taxes sur les produits pétroliers
si cette mesure n’est pas prise
au moment du vote du budget.
Et que
se passera-t-il si, en cas
de canicule ou d’épidémie,
les dépenses de
la Sécu dépassaient les prévisions en cours d’année ? Le Parlement
aurait
interdiction de prendre des mesures
pour augmenter les recettes.
Le gouvernement devrait alors procéder à des coupes claires
dans les
dépenses pour rééquilibrer les comptes.
5- Les communes et les départements verraient leurs ressources encore plus réduites
Le projet : L'article 11
modifie l'article 72-2 de la Constitution afin de réserver aux lois de
finances le soin de régir les dispositions relatives aux ressources des
collectivités territoriales, y compris en cas de création ou extension
de compétences.
Notre commentaire : Ou comment reprendre
d’une main ce que l’État donne de l’autre : cet article 11 supprime
toute autonomie
du législateur pour mener des politiques favorables aux
collectivités locales. Assiette et taux d’imposition de toute nature
seraient soumis à une loi de finances privant d’autonomie les
collectivités en frappant à la caisse. Elle suggère que les
parlementaires seraient d’irresponsables dépensiers
qu’il faut mettre
sous tutelle.
À l’heure où la suppression
de la taxe professionnelle
n’est
pas intégralement compensée
par l’État, asphyxiant les
collectivités territoriales, le texte organise leur dépendance accrue en
matière fiscale, mettant en péril
les services de proximité
comme
l’aide à la personne.
6- Le Parlement français menotté par le gouvernement et la Commission européenne
Le projet : Enfin,
il est proposé d'inscrire dans la Constitution le principe d'une
transmission systématique à l'Assemblée nationale et au Sénat des
programmes de stabilité, avant qu'ils soient adressés à la commission
européenne dans le cadre du volet préventif du Pacte de stabilité et de
croissance.
Notre commentaire : Avec le pacte pour
l’euro, les États se voient imposer la politique à mener sur l’emploi,
la protection sociale, etc. Ces domaines sont pourtant de la compétence
des États. Comment Bruxelles s’immisce-t-il dans les politiques
nationales ? Grâce à l’instauration d’un semestre européen. Chaque
année, en mars, les Vingt-Sept se mettent d’accord sur les priorités
économiques.
En fonction de ces dernières, les États ajusteront leurs
budgets, qui seront contrôlés par la Commission et le Conseil avant
d’être transmis aux Parlements nationaux. Assemblée et Sénat n’auraient
plus aucune marge de manœuvre pour le faire évoluer. Tout juste
seraient-ils « consultés en amont ». Le gouvernement et la Commission
auraient la haute main sur le budget.
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