
Pierre Laurent « L’intervention populaire peut faire bouger les choses »

05/10/2010
Pour le secrétaire national du Parti communiste
français, le projet partagé
du Front de gauche doit être le fruit d’un
débat public et transparent afin d’énoncer ce que
la gauche devrait
faire pour réussir à changer vraiment la vie
en 2012.
La gauche en débats : L'Humanité a entamé la publication
d'une série d'entretiens avec les leaders de gauche. Aujourd'hui, le
secrétaire national du PCF.
Pensez-vous qu’il est encore possible de faire reculer
le pouvoir sur la réforme
des retraites ?
Pierre Laurent. Le gouvernement a perdu la bataille
des idées. La journée du 2 octobre a montré que l’élargissement du
nombre de personnes dans l’action se poursuit. C’est la clé de la
victoire, qui sera possible si la majorité d’idées qui unit le pays
contre cette réforme se transforme en majorité dans l’action. Les jours à
venir, la grève du 12 octobre et ses suites seront décisifs.
La nouveauté à gauche est que, désormais, toutes ses
composantes
se rencontrent et parlent
de rassemblement. Est-ce un
signe positif pour l’alternative en 2012 ?
Pierre Laurent. Ça bouge à gauche parce que ça
pousse dans tout le pays. Mais ces manifestations d’unité, essentielles
pour battre Sarkozy, ne résolvent pas à elles seules tous les défis
posés à la gauche. Pour crédibiliser une alternative, il faut que la
gauche ait du courage face aux marchés financiers et s’accorde sur les
objectifs politiques à réaliser. Or le débat demeure, comme on le voit
sur les retraites. La lumière ne jaillira pas du face-à-face entre
formations. Seule l’intervention populaire peut faire bouger les choses.
C’est le sens du Front de gauche. De même que leur entrée dans l’action
contre la réforme des retraites change la donne, l’irruption des
citoyens sur le terrain politique peut déplacer les lignes à gauche.
Quelles sont les conditions pour que
la gauche gagne les
élections
de manière durable et ne se contente pas d’une victoire par
défaut ?
Pierre Laurent. N’allons pas trop vite en besogne,
ce n’est pas parce qu’un pouvoir est en grave difficulté qu’il a perdu.
Non seulement les gens qui souffrent ont besoin de gagner tout de suite,
mais ce sont ces victoires qui peuvent le mieux préparer celle de 2012.
Donc, ne lâchons rien sur les retraites. Ensuite, pour construire une
victoire solide et durable, il faut énoncer les grandes questions
auxquelles la gauche ne doit plus se dérober : la construction de
nouveaux droits sociaux contre les marchés financiers ; la nécessité de
redonner du sens au travail, à la production, aux missions publiques,
aux choix de développement pour faire reculer la dictature des logiques
de profit sur nos vies ; le besoin de reconstruire la démocratie en
reconquérant des pouvoirs contre l’argent, en réorientant les richesses
vers les dépenses publiques utiles via la fiscalité, en se réappropriant
le crédit et la banque grâce à un pôle public financier, en changeant
la politique européenne.
Vous partagez donc l’idée qui s’exprime à gauche que l’antisarkozysme ne suffit pas ?
Pierre Laurent. Quand on est face à un pouvoir qui
démolit la France, lui résister est un devoir. Si l’antisarkozysme ne
suffit pas, il est indispensable. Mais il doit être conséquent,
c’est-à-dire aller au bout de la critique et être capable de dire par
quelle politique nous voulons remplacer la sienne. Je n’oppose donc pas
l’antisarkozysme à la construction d’une alternative.
Où en est le Front de gauche
après
le lancement de son projet partagé
à la
Fête de l’Humanité ?
Pierre Laurent. À la Fête de l’Humanité, plusieurs
milliers de personnes ont souhaité s’associer à cette démarche. Des
initiatives de lancement se préparent dans les départements et nous
éditons des « cahiers » du projet pour élargir le processus. Des
initiatives nationales sont prévues avec nos partenaires du Front de
gauche sur les retraites et sur la République, les droits et les
libertés. Des fronts thématiques sont envisagés sur les enjeux
économiques et la jeunesse. Les 27 et 28 novembre, le PCF tiendra un
colloque national très ouvert pour enrichir sa contribution. Ces travaux
convergeront progressivement pour aboutir au projet partagé.
Vous engagez avec le Front de gauche ce projet partagé et,
simultanément, le PCF propose un pacte d’union populaire. Pouvez-vous
préciser
la place respective de ces offres ?
Pierre Laurent. Il n’y a pas deux mais une seule
démarche. Nous voulons construire un projet partagé. Pour dire quoi ? Ce
que la gauche devrait faire pour réussir vraiment à changer la vie.
Nous parlons de projet partagé parce qu’il doit, à nos yeux, être établi
en commun par les forces du Front de gauche et par toutes celles et
tous ceux qui partagent des ambitions claires sur le contenu d’un projet
de gauche. Comment construire ce projet ? Nous pensons au PCF qu’il
faut le faire dans un débat public, populaire et transparent. C’est cela
le pacte d’union populaire, l’outil du rassemblement qui permettra à
toutes les forces mobilisées dans la société de s’engager dans ce débat
pour exprimer ensemble le contrat qui devrait lier toutes ces forces et
ces citoyens.
Vous vous êtes porté garant de l’absence de guerre des ego au
Front de gauche concernant la candidature à la présidentielle de 2012.
Comment allez-vous faire concrètement ?
Pierre Laurent. D’abord en approfondissant cette
démarche sur le projet qui, si nous n’y prenons pas garde, sera
marginalisé par la mécanique présidentialiste. La désignation d’une
candidature commune pourra alors s’appuyer sur un contrat politique
partagé et des objectifs qui nous réunissent. C’est la garantie d’une
ambition collective. Que ce soit Jean-Luc Mélenchon, André Chassaigne ou
une autre personnalité, ce dispositif collectif permettra que nos
formations et leurs adhérents effectuent un choix sur la base d’un
contrat clair, sans conduire à la guerre des ego ou à l’éclatement du
processus.
Ne craignez-vous pas une répétition de l’échec des collectifs antilibéraux en 2007 ?
Pierre Laurent. Ce que nous construisons avec le
Front de gauche est d’ores et déjà très différent et peut devenir plus
solide encore si nous parvenons à franchir les étapes souhaitées. Vous
savez, je suis le premier à ne pas vouloir revivre 2007. Je peux vous
dire qu’au PCF nous abordons cet enjeu dans un esprit constructif, sans
arrogance et avec l’envie d’aboutir à une construction réellement
partagée.
|