
Formation des professeurs : témoignage d'un stagiaire en colère
13/12/2010
Témoignage d'un(e) stagiaire de
Bordeaux racontant sa journée de formation interdisciplinaire du
vendredi 3 décembre 2010
Je
me permets de vous envoyer ce mail car je voudrais témoigner
directement de ce que vivent les professeurs stagiaires lors de leurs
formations organisées par le corps d’inspection.
Lors de la réunion de « formation » du vendredi 3 décembre, qui
s’est tenue au lycée Gustave Eiffel à Bordeaux, les professeurs
stagiaires ont été conviés à suivre un cours magistral de 9h30 à 12h30.
Les interventions successives n’ont répondu en rien à nos demandes les
plus pressantes et à nos inquiétudes.
La première traitait de l’organisation interne d’un rectorat, avec
toutes ses strates de responsabilités, la seconde expliquait avec un
tableau obsolète comment les IPR décident d’une note pédagogique lors
de leurs visites etc… A la fin de la troisième intervention détaillant
les droits et devoirs du fonctionnaire, un responsable des ressources
humaines nous a rappelé que nous « devions » 35 heures par semaine à
l’Etat et que nous n’étions pas une profession libérale et que nous
dépendions d’une hiérarchie structurée. Inutile de vous préciser que
beaucoup d’entre nous ont très mal apprécié ce « petit rappel » qui, en
plus de résulter d’un postulat douteux, prouve encore une fois (et
c’est peut être le plus grave)que les autorités sont bien loin de la
réalité de ce que vivent les professeurs stagiaires ! D’ailleurs à la
fin de l’intervention, un collègue a posé la question suivante : « tout
ce que vous nous dites est certes intéressant et je suis d’accord qu’en
tant que fonctionnaire, nous nous devons de connaître le fonctionnement
de notre institution mais qu’en est-il de notre droit à la formation
disciplinaire ? Nous n’avons encore eu à ce jour aucune formation ! » A
cette invective fortement applaudie par tous, une inspectrice a pris la
parole et a répondu : « Il faut savoir qu’il est du devoir de tout
enseignant de s’autoformer et les tuteurs sont aussi là pour vous
aider… ».
Pour la matinée de ce vendredi 3 décembre je regrette tout
simplement que le contenu de la formation soit non pertinent par
rapport à nos nombreuses attentes. Ce problème de formation des profs
stagiaires est un problème maintenant connu et je n’aurais pas pris la
peine de vous écrire pour quelque chose que vous connaissez déjà. En
fait, je voudrais surtout vous rendre compte de ce qui s’est passé
l’après midi de cette « formation ».
A notre grande surprise, à 14h, lorsque la réunion a repris, nous
avons vu se succéder à la tribune deux militaires, un major et un
colonel (si je me souviens bien) accompagné d’un IPR d’histoire
géographie et d’un professeur agrégé d’histoire, commandant de réserve.
Les thèmes abordés ont été alors plus exotiques les uns que les autres,
« l’enseignement de la défense », « la défense aujourd’hui : nouvelles
menaces, nouvelles configurations, les enjeux », « un exemple de
partenariat Défense/lycée », « le recensement et la JAPD etc. Tous ces
thèmes ont été servis avec une sauce idéologique particulièrement
intéressante : « Grâce à dieu, grâce à dieu, grâce à dieu nous
connaissons la paix en Europe depuis plus de 60 ans ». « La paix a été
préservée grâce à la bombe nucléaire » etc… Nous avons aussi été
incités à orienter nos élèves en difficulté vers des carrières
militaires !! Tout ça avec en arrière plan des images de jeunes
militaires avec des armes à la main en exercice de tirs etc… Nous avons
été plusieurs à nous demander si ce n’était pas une mauvaise blague
avec une caméra cachée…
Evidemment beaucoup de nos collègues furieux que l’on se moque de
leurs préoccupations quotidiennes (apprendre à construire des séquences
de cours ou évaluer les élèves par exemple) ont déjà commencé à quitter
massivement les lieux… l’IPR, irrité, alors lâche quelques remarques
injurieuses allant jusqu’à remettre en doute notre posture
professionnelle. Peut être aurait-il dû se féliciter d’avoir devant lui
des enseignants avec un esprit critique !
La fin de la séance a été épique, l’IPR nous a interpelés en nous
interpellant : « Bon… nous sommes en retard mais … A qui la faute ? …
Il a ensuite apostrophé une professeur stagiaire qui était en train de
se diriger vers la sortie et lui a dit « Mademoiselle, vous n’avez pas
le droit de quitter la salle, vous êtes payée pour suivre ces
formations »… A la professeur stagiaire de lui rétorquer courageusement
« j’ai un train à prendre, il est 16h 31 et je ne suis payée que
jusqu’à 16h30 ».
Face à l’hostilité généralisée et réciproque, beaucoup ont quitté la
salle. Le commandant de réserve, visiblement en colère se permet une
comparaison hasardeuse : «En salle des profs, on entend des
conversations d’intellectuels qui ne servent à rien alors que nous dans
l’armée on est dans l’action pour la nation » et enfin, un autre gradé
de l’armée prend la suite en affirmant de manière décomplexée qu’il n’y
a pas de déontologie dans l’éducation nationale !
Pour conclure, nous nous sommes tous sentis insultés tant par le
choix des thèmes abordés qui témoignent d’une ignorance totale de nos
problèmes quotidiens que par des propos inacceptables à notre égard et
sur l’ensemble de la profession que, quelque part nous représentions ce
jour là. J’attends une réponse des autorités compétentes.
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