
François Asensi « Une instrumentalisation évidente du thème de la laïcité »
05/04/2011
Pour François Asensi, député maire communiste de
Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis), la loi de 1905 reste éminemment
moderne.
En liant débat sur la laïcité et sur la place de
l’islam, les responsables de l’UMP cherchent-ils à stigmatiser les
musulmans de France ?
FRANÇOIS ASENSI. Comme l’UMP est en grande
difficulté électorale, le calcul de ses dirigeants est d’aller chasser
sur les terres du FN pour gagner ses électeurs au vote UMP. Dans cette
optique, il y a une instrumentalisation évidente du thème de la laïcité,
qui a pour but de remettre en cause la place des musulmans en France,
et donc de stigmatiser l’islam. Ce qui est tout à fait contraire à la
loi de 1905 de séparation de l’Église et de l’État, dont l’article
premier stipule que « la République assure la liberté de conscience » et
qu’elle « garantit le libre exercice des cultes ».
S’agit-il, sous couvert de
laïcité, d’une incursion de l’État dans
les affaires religieuses ?
FRANÇOIS ASENSI. On ne peut aborder ce thème sans se
rappeler le discours de Latran du président de la République et les
propos qu’il a tenus sur le rôle des prêtres face aux instituteurs. On
est à mille lieues d’une conception républicaine qui veut que, selon la
belle formule de Victor Hugo, c’est « l’État chez lui, l’Église chez soi
». La séparation de l’un et de l’autre est la seule garantie de la
liberté d’exercer sa foi si on le souhaite, tout comme celle de ne pas
croire et de ne pas avoir de religion. La loi de 1905 affirme la liberté
de conscience qui permet le vivre-ensemble dans un cadre librement
accepté par tous.
On insiste beaucoup sur la place à accorder aux cultes. Mais qu’en est-il de celle des non-croyants ?
FRANÇOIS ASENSI. La liberté des cultes est
consubstantielle à la liberté des noncroyants de pouvoir affirmer leur
philosophie dans le cadre républicain. La loi de 1905 ne s’adresse pas
qu’aux pratiquants des religions, elle garantit également aux athées le
droit de ne pas croire en toute liberté. On voit bien comment l’UMP
cherche à tordre cette vocation universelle, qui est celle de garantir
la liberté de penser, de croire et de ne pas croire.
Pour vous, il n’est donc nul besoin de réviser la loi sur la laïcité ?
FRANÇOIS ASENSI. Cette loi garde toute sa valeur,
car elle est à caractère universel. C’est un cadre unique, qui permet la
construction de lieux de cultes sans que l’État ne participe à leur
financement. C’est justement cela que l’UMP souhaite remettre en cause
aujourd’hui.
Quelle est la part de responsabilité des pouvoirs publics dans la garantie de l’exercice des cultes ?
FRANÇOIS ASENSI. Selon la loi de 1905, il appartient
aux pouvoirs publics d’entretenir les édifices religieux, non de les
construire. À Tremblay, nous avons simplement veillé à dégager un
terrain au coeur de la cité que les croyants ont acheté sur leurs
propres deniers pour y construire la mosquée. Ce qui est inacceptable,
c’est de contraindre certains cultes à aller prier dans des lieux
désaffectés, cachés, loin, en périphérie des villes. Je le répète :
permettre à chacun de vivre sa foi dans des conditions dignes et
décentes, ce n’est pas contraire à la laïcité, c’est une condition de
celleci. Cela permet d’éviter de voir les rues transformées en lieu de
prière, ce à quoi je suis catégoriquement opposé.
|