Suite aux déclarations de François Baroin, Jean-Baptiste Prévost,
président de l’Unef (Union nationale des étudiants de France), première
organisation étudiante de France, a répondu aux questions de l’Humanité
et fait part de ses inquiétudes concernant la suppression du cumul de
l’aide au logement étudiant.
Dans une interview accordée au journal Les Echos ce mardi matin,
François Baroin, ministre du budget, a annoncé une baisse des aides de
l’Etat. Cela fait suite aux 150 mesures de « modernisation de l’Etat » -
le gouvernement ne préférant pas parler de mesures d’austérité-
présentées le mercredi 30 juin au Conseil des ministres. Il apparait que
les étudiants seront aussi les victimes de la rigueur, François Baroin
ayant annoncé que le gouvernement aller supprimer « la possibilité
donnée aux étudiants et à leurs parents de cumuler l’aide personnalisée
au logement et la demi-part fiscale pour enfant à charge. Il faudra
choisir entre l'une et l'autre ».
Le président de l’Unef juge cette décision « inacceptable » et la
perçoit comme une « une véritable provocation pour les étudiants ».
L’aide sociale aux étudiants sera fortement ébranlée, il faut
effectivement prévoir une baisse de l’aide de plusieurs centaines de
millions d’euros. Le contexte social actuel et la difficulté d’accès au
logement rendent cette mesure « profondément injuste ». Ne disposant pas
de bourses les classes moyennes pourraient être les premières victimes
de cette suppression du cumul. Aujourd’hui 700 mille étudiants
bénéficient de l’aide personnalisée au logement (APL) et la demi-part
fiscale représente un budget total de plus d’1,1 milliard d’euros.
Selon Jean Baptiste Prévost les étudiants renonceront à la demi-part
fiscale en priorité ce qui se traduira par une perte de 50 à 150 euros
par mois pour leurs familles. Le président de l’Unef craint un
accroissement de la « précarité étudiante », certains étudiants pouvant
renoncer de fait à leurs études par manque de moyens financiers. En
pleine période de crise le gouvernement « maintient la tête sous l’eau
des étudiants », déjà confrontés à des conditions de vie difficile -pour
certains-et à à la baisse du pouvoir d’achat. Après le dossier des
retraites qui ne présage rien de bon pour l’avenir de la jeunesse, cette
nouvelle décision gouvernementale fragilise encore plus la période
d’apprentissage et de formation.
« Par la baisse du montant des pensions les jeunes payent le
prix fort pour une crise dont ils ne sont en rien responsables ».
Si François Baroin évoque la
nécessité d’un « effort
considérable » de la France pour réduire le
déficit public, Jean-Baptiste Prévost défend
« que les étudiants ne sont pas dans une situation
sociale qui justifie de les faire contribuer de cette manière
à la crise ». Il dénonce en contrepartie la
politique économique et fiscale du gouvernement
« totalement inégalitaire » prenant
l’exemple de bouclier fiscal qui « protège les
hauts revenus ».
« Les étudiants ne resteront pas sans réagir face à ce qui est une
régression majeure de leur droit » assure le président de l’Unef. Il
jure aussi que si le gouvernement ne retire pas cette mesure « la
rentrée universitaire sera offensive et combative ». Selon lui, « on
discute là de la suppression d’un filet de sécurité sociale pour des
dizaines de milliers d’étudiants » insistant notamment sur le fait que
les familles des étudiants seront aussi touchées par la suppression du
cumul des aides au logement pour les étudiants. L’Unef ne comprend pas
cette décision qui intervient dans un contexte où le « climat social
avec les jeunes est déjà particulièrement tendu ». Inquiets face au
chômage et confrontés à une perspective sombre de leur avenir les
étudiants doivent désormais s’attendre, en plus, à une « dégradation du
niveau de vie ».
Jean-Baptiste Prévost résume le
sentiment de l’organisation étudiante par un
« coup de poignard dans le dos ». Le
ministère du logement qui avait promis de ne pas toucher aux
aides au logement a trahi la génération étudiante.
Afin d’organiser sa réplique l’Unef prépare
déjà une campagne de pétitions massive
dès la fin de semaine. L’organisation étudiante et
son président ne veulent pas laisser passer ce qui est avant
tout vécu comme une véritable
« provocation » pour la jeunesse.