
La dépense publique : un facteur de justice, de croissance, d’efficacité
04/05/2011
Pour sortir de la crise, plutôt que de chercher à
sécuriser les marchés financiers, il faut créer les conditions d’une
expansion inédite des services publics en France et en Europe.
La volonté de la droite de constitutionnaliser la baisse des
dépenses publiques au nom des exigences des marchés montre qu’il ne
s’agit pas, pour elle, d’une orientation conjoncturelle, elle relève
d’un choix de société. Elle vise à structurer sur le long terme le vivre
ensemble des Français. Aussi, la réponse doit être à la hauteur du défi
lancé et portée par d’autres valeurs.
Derrière ce projet visant à ériger l’équilibre budgétaire en principe
constitutionnel, il y a en fait l’idée que les dépenses publiques
seraient excessives. Il y aurait trop de fonctionnaires, trop de
services publics, trop de soins… S’y ajoute l’affirmation qu’il est
impossible d’obtenir ce retour à l’équilibre en augmentant les
prélèvements sur les entreprises et le capital, au risque prétendument
de compromettre notre compétitivité. En vérité, la démarche est guidée
par une préoccupation : réduire la dépense publique afin d’accroître les
prélèvements de la finance, ouvrir aux intérêts privés de nouveaux
secteurs (les retraites, la santé…). Après la crise de 2007-2009, et en
raison de celle de l’euro, les équipes dirigeantes européennes veulent
restaurer la rentabilité des capitaux, relancer les marchés financiers
et, à cette fin, garder la capacité de la monnaie européenne à attirer
des investisseurs.
Cette orientation ne peut que conduire à de nouveaux désastres. C’est
l’importance de la dépense publique qui a permis d’atténuer en France
les effets de la crise par rapport à d’autres pays. L’éducation, la
santé, la protection sociale ne sont pas que des coûts, leur
développement est un facteur essentiel de croissance, de compétitivité
et d’efficacité en même temps que de lutte contre les inégalités et de
cohésion sociale. Les dépenses de santé par habitant aux États-Unis sont
plus importantes qu’en France et pourtant les Américains sont plus mal
soignés que les Français. Cela tient au poids du secteur public de ce
côté-ci de l’Atlantique et au parasitisme du privé de l’autre côté.
En matière constitutionnelle, il faudrait plutôt assurer la réalité
de certains principes tels que le droit à l’emploi, à la formation, à la
santé pour tous. Pour cela, compte tenu des retards pris, et aussi des
besoins liés aux nouvelles technologies, il ne s’agit pas simplement
d’empêcher la baisse des dépenses publiques mais d’obtenir qu’elles
soient développées comme jamais. Cela suppose évidemment une
réorientation de la politique budgétaire et de protection sociale avec
une mise en cause des faveurs dont bénéficient la finance et le capital,
une réforme de leur financement. Il faut également mobiliser un outil
bien plus large que le budget de l’État, le crédit bancaire. Cela passe
par l’instauration d’un pôle public financier au périmètre élargi,
inspiré par de nouveaux critères de financement et une transformation de
l’institution en charge de la politique monétaire de l’euro : la BCE.
Celle-ci, pourrait utiliser sa capacité à créer de la monnaie pour
acheter des titres de dette publique et contribuer, par l’intermédiaire
d’un fonds européen de développement social, à l’expansion des services
publics dans chacun des pays.
Euraustérité.
« Le pouvoir fait
allégeance à la finance » Jean-Claude
Sandrier, député PCF.
« Le programme de stabilité européen
et le projet de
constitutionnaliser
l’équilibre des finances publiques visent à
instaurer
la régression sociale et économique. Ces dispositifs
constitueraient une grave atteinte à la démocratie.
Le budget de la
nation serait piloté par l’Europe capitaliste et les marchés financiers.
Nous avions l’article 40
qui bordait les initiatives parlementaires,
nous aurions une loi-cadre qui aurait tout pouvoir sur tous les budgets.
Ceux de l’État, de la Sécurité sociale, des collectivités
territoriales. Même des députés de droite renâclent. Concernant la
“constitutionnalisation”, nous sommes devant une mascarade. Ce projet de
loi constitutionnelle ne sera jamais voté en tant que tel. Il doit être
approuvé par les deux tiers des parlementaires en Congrès.
Le
gouvernement, craignant de ne pas obtenir le nombre de voix, ne
convoquera pas le Congrès. C’est un projet
qui sera peut-être voté au
Parlement mais jamais
adopté, comme tel, par le Congrès. C’est de
l’affichage politique, c’est un signe pour faire allégeance
aux marchés
financiers. »
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