
Marie-George Buffet « La gauche doit redevenir la gauche du peuple »
11/05/2011
Pour Marie-George Buffet, députée PCF de
Seine-Saint-Denis, la gauche peut renouer durablement avec la victoire à
condition qu’elle « retrouve l’audace d’un projet radicalement
antilibéral et qu’elle s’unisse sur cette base », condition pour
dissiper le doute des électeurs.
Se référer à 1981 a-t-il encore un sens aujourd’hui ?
Marie-George Buffet. Oui, car le 10 mai 1981 est le
synonyme d’un formidable espoir qui se lève. Aujourd’hui, l’envie de
changement est très profonde, mais
il y a un doute sur la capacité de
la gauche à faire bouger les choses. Raviver cet espoir du 10 mai, c’est
l’occasion de dire
à la gauche qu’il faut travailler encore
et encore
sur un projet de transformation et le rassemblement des hommes et
des
femmes, pour que, cette fois, la gauche réussisse. Car 1981, ce n’est
pas que
cet immense espoir, c’est aussi la déception qui a suivi, avec
le tournant de la rigueur
à partir de 1983. Ce qui va marquer
ce 10
mai, à mon avis, c’est cette nostalgie de l’espoir ressenti à l’époque,
mais aussi le débat sur ce qu’on peut attendre de
la gauche
aujourd’hui.
Justement, selon vous, est-il encore possible de susciter un espoir et un élan populaire comme en 1981 ?
Marie-George Buffet. Oui, c’est possible, mais à
deux conditions : d’abord, que la gauche redevienne une gauche populaire
et citoyenne, c’est-à-dire que ses responsables, ses élus, s’ancrent
dans les aspirations populaires. Il faut que la gauche redevienne la
gauche du peuple, celle qui va reprendre aux spéculateurs les richesses
produites par le travail pour qu’elles reviennent au peuple, sous la
forme de salaires, mais aussi de services publics, de nouvelles
nationalisations.
Il faut retrouver une ambition du niveau du celle du
Conseil national de
la Résistance, lorsqu’au sortir de la guerre on
s’est dit : on va tout changer. Après le quinquennat de casse des droits
de Nicolas Sarkozy, l’heure est à l’impulsion d’une VIe République de
partage des pouvoirs et des droits. La deuxième condition, c’est de ne
pas apparaître comme tirant la couverture à soi, mais de s’unir sur des
contenus, un grand projet pour rassembler une majorité populaire et
politique. C’est comme cela qu’on peut, non seulement chasser la droite,
mais aussi changer la vie.
Mais la gauche n’apparaît-elle pas comme condamnée à décevoir ?
Marie-George Buffet. Elle le sera si, à chaque fois
qu’elle se heurte à l’Europe libérale
ou aux pressions de la droite et
du Medef, elle renonce en invoquant les contraintes
de la
mondialisation. Chaque fois que
la gauche a eu l’audace de résister
à
ces pressions et d’impulser une politique conforme aux intérêts
populaires,
elle a marqué des points. La deuxième condition, c’est la
participation populaire
à l’élaboration des grandes réformes,
en
s’attelant à construire un programme populaire qui parie sur
l’implication des hommes et des femmes. Pour que la gauche réussisse au
pouvoir, ce n’est pas seulement une question de victoire à une élection :
bien sûr, il faut gagner par le projet et par l’union, mais c’est, dès
le lendemain
de la victoire, mener le combat avec
le peuple pour faire
reculer les logiques libérales et les puissances d’argent. Les gens
sont prêts à se mobiliser à cette condition.
Certains, à gauche, estiment qu’être fidèles à l’esprit de
1981 serait de se rassembler tous dès le premier tour derrière le
candidat socialiste…
Marie-George Buffet. C’est le cycle infernal :
on
nous propose en fait de mener à nouveau une politique qui ne répond pas
aux attentes populaires. Au bout, à nouveau, il y a la déception,
l’abstention et, peut-être, les réponses autoritaires. Pour gagner
durablement, il faut que la gauche retrouve l’audace d’un projet
radicalement antilibéral et qu’elle s’unisse sur cette base. Alors la
question des candidatures se réglera sans problème. Le Front de gauche
est encore jeune, mais c’est le chemin qu’il propose d’ouvrir, et je
suis convaincue que c’est le bon chemin pour la gauche.
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