
Pierre Laurent « La gauche n’est pas là pour gérer la crise »
02/09/2011
Á l’occasion de la sortie de son livre, le Nouveau Pari communiste,
écrit cet été, le secrétaire national du PCF s’explique sur les enjeux
de la rentrée et le rôle qu’il entend faire jouer à son parti et au
Front de gauche pour hisser l’ensemble de la gauche à la hauteur des
réponses qu’on attend d’elle.
La rentrée est marquée par l’aggravation de la crise et la
réponse qu’y apporte le gouvernement : 12 milliards d’économies
budgétaires supplémentaires. La réduction de la dette est-elle la
priorité, selon vous ?
Pierre Laurent. Nous sommes dans une situation
exceptionnelle de crise et toutes les réponses du gouvernement sont en
échec. Les chiffres du chômage sont les plus graves depuis 2009, la
pauvreté s’accroît de façon dramatique, et François Fillon a lui-même
pronostiqué le recul de la croissance en 2011 et 2012. L’approche qui
prétend réduire les déficits en renforçant l’austérité, en écrasant les
dépenses publiques et les salaires, et en privilégiant le remboursement
de la dette aux spéculateurs et aux banquiers, va conduire à des
catastrophes. Nous connaîtrons un nouvel accroissement des déficits, la
récession et une augmentation du chômage et de la pauvreté. La priorité
des priorités, c’est d’inverser la vapeur, fermer le robinet de la
finance spéculative et réinvestir dans la relance sociale, en brisant
notamment le tabou sur l’augmentation des salaires. Nous appelons à la
mobilisation sociale contre l’austérité, pour empêcher l’adoption de la
« règle d’or » budgétaire qui va appauvrir l’État et les collectivités
locales, et amplifier notre campagne contre la vie chère, pour
l’augmentation des salaires et la création d’emplois.
Un rapport de l’Inspection générale des finances préconise de
s’attaquer à certaines « niches » comme l’exonération d’impôt sur les
prestations familiales ou l’abattement sur les salaires et les pensions.
Qu’en pensez-vous ?
Pierre Laurent. C’est une logique folle ! Bien sûr
qu’il faut cibler les niches fiscales et sociales, mais à l’inverse de
ce que préconise ce rapport ! Au deuxième trimestre 2010, le recours
jamais vu aux heures supplémentaires détaxées a atteint 186 millions
d’heures, ce qui équivaut à
400 000 emplois à temps plein. Autrement
dit, les niches fiscales qui encouragent le capital détruisent l’emploi
et la croissance. Les dividendes versés aux actionnaires atteignent
maintenant 210 milliards d’euros, cela représente le tiers de la masse
salariale versée par les entreprises. Ce sont ces prélèvements
financiers sur le travail qui étouffent la croissance. C’est à cela
qu’il faut s’attaquer : taxer les revenus financiers de la spéculation,
faire contribuer les profits, encourager le pouvoir d’achat, investir
dans l’industrie et les services publics en promouvant un nouveau type
de croissance.

Le PS dit refuser la rigueur et, en même temps, par souci
d’apparaître crédible, propose de concilier priorité au désendettement
et investissement dans les dépenses d’avenir…
Pierre Laurent. Qu’est-ce qui est responsable ?
Continuer d’accompagner la logique des politiques actuelles, même avec
des corrections, sans
aucun espoir de déboucher sur une réelle sortie
de crise ? Ou, au contraire, engager une rupture avec ces logiques ? La
responsabilité de la gauche face au coup d’État de la finance est
d’organiser la sortie de la crise. Le Front de gauche ne se présente pas
aux élections pour concourir au titre de meilleur gestionnaire de la
crise. Le devoir de la gauche est de dire la vérité sur l’échec des
recettes actuelles et d’engager un débat national sur les solutions à
mettre en œuvre. C’est le sens de l’offre publique de débat lancée par
Jean-Luc Mélenchon pour le Front de gauche, le week-end dernier. La
règle d’or, nous allons la refuser au Parlement, mais il faut la refuser
aussi dans les faits.
Vous dites dans votre livre qu’un second mandat de Nicolas
Sarkozy serait un cauchemar. Comment susciter l’élan nécessaire pour le
vaincre ?
Pierre Laurent. D’abord, je confirme : un second
mandat de Nicolas Sarkozy serait une catastrophe pour la France. Nous ne
sommes pas sûrs de pouvoir reconnaître notre pays et ses valeurs après
dix ans de sarkozysme. Il nous faut donc chasser Sarkozy du pouvoir et
sa politique, en construisant un rassemblement sur des choix alternatifs
centrés sur la réponse aux besoins sociaux et la réduction des
inégalités. Nous appelons dans tout le pays à la création d’assemblées
citoyennes pour construire ces solutions et les porter tous ensemble.
Beaucoup de jeunes, d’ouvriers, d’employés qui ne supportent plus la
politique gouvernementale doutent de la capacité de la gauche à mettre
en œuvre d’autres choix. Cette campagne électorale doit être le moyen
pour eux de reprendre du pouvoir sur les choix politiques à venir, donc
sur leur vie.
Mais comment, pour le Front de gauche, peser dans une élection aussi difficile que la présidentielle ?
Pierre Laurent. Nous connaissons cet obstacle. Mais
je le répète, nous sommes dans une situation exceptionnelle. La droite
fait l’objet d’un rejet profond dans le pays. Et l’échec des solutions
prônées par le pouvoir ou de ses variantes rend plus ouvert que jamais
le débat sur d’autres voies. Donc la possibilité de rassembler autour de
choix politiques différents est plus grande que jamais. Rien ne dit que
l’élection présidentielle se jouera dans les rails tracés d’avance. Le
Front de gauche peut être un espace de rassemblement inédit qui déjoue
les pronostics.
Vous dites, dans votre livre, que la décision de désigner
Jean-Luc Mélenchon comme candidat du Front de gauche à la présidentielle
n’allait pas de soi pour les communistes. Sont-ils aujourd’hui
rassemblés et en campagne ?
Pierre Laurent. L’ambiance
des universités d’été confirme que nous
sommes déjà à pied d’œuvre. La Fête de l’Humanité
qui se prépare de manière très active, la mobilisation très forte dans
toutes les fêtes et initiatives du PCF cet été, tout cela indique que
nous allons franchir, avec la Fête de l’Humanité, une étape
spectaculaire dans l’adhésion populaire à l’espoir créé avec le Front de
gauche. Ceux qui spéculent sur des dissensions ou des divisions au sein
du Front de gauche vont en être pour leurs frais. Le débat du printemps
dernier était nécessaire, mais il est aujourd’hui derrière nous, la
dynamique enclenchée par le choix des communistes en juin est désormais
en marche.
Où en est-on de l’accord aux législatives et de la composition du conseil national de campagne ?
Pierre Laurent. Nous avons travaillé activement
depuis la désignation du candidat à la présidentielle et nous serons
prêts à la Fête de l’Humanité. Je présiderai le conseil national de
campagne du Front de gauche pour lequel nous allons solliciter de très
nombreuses personnalités de nos partis, des élus, des acteurs du
mouvement social, syndical et associatif. Marie-George Buffet prendra en
charge la constitution d’un front des luttes avec les syndicalistes,
Clémentine Autain sera chargée du développement de fronts thématiques,
Christian Picquet animera le comité de coordination de la campagne… Nous
sommes maintenant assurés que cette exigence d’un front et d’une
campagne collective où tout le monde trouve sa place va voir le jour,
comme l’a dit Jean-Luc Mélenchon ce week-end, lors de notre université
d’été, en revendiquant une parole qui l’engage au nom du nous collectif
du Front de gauche. À la Fête de l’Humanité, le lancement du programme partagé du Front de gauche intitulé « l’Humain d’abord » donnera chair à cet engagement collectif.
« Et le Parti communiste dans tout ça ? », écrivez-vous au
début d’un chapitre de votre livre. Justement, quelle place et quel rôle
peut-il occuper dans la période actuelle ?
Pierre Laurent. Le Parti communiste a une très
grande responsabilité et il dispose de moyens pour y faire face. Notre
attention aux problèmes populaires, nos analyses solides sur les causes
de la crise et les réponses à lui apporter, et notre force militante,
notre réseau d’élus, peuvent contribuer à donner l’ampleur nécessaire au
déploiement du Front de gauche. Les semaines à venir seront décisives.
Au chapitre des transformations du PCF, vous parlez
d’approfondir la démocratie interne dans votre livre. Mais le PCF
n’a-t-il pas déjà mené ces transformations depuis
la mutation des
années 1990 ?
Pierre Laurent. Le PCF n’a pas cessé de se
transformer depuis quinze ans, souvent davantage qu’on ne peut
l’imaginer. 50 000 adhérents ont participé au débat sur le choix pour
l’élection présidentielle. Si, à l’issue de ce choix, le rassemblement
des communistes a pu s’opérer, c’est parce que la démocratie militante
est devenue une réalité incontournable. Notre objectif est, maintenant,
de refaire du PCF, non pas une force nationale qui compte, il l’est
déjà, mais une force politique de premier plan. Un des atouts du PCF est
l’afflux, depuis 2005, de nouvelles générations qui constituent une
force militante extrêmement active mais qui a encore insuffisamment les
commandes.
|